M. Cénac-Montcaut : HisL des Pyrtnéet
reçut deux fois sur sa cime le sacerdoce cathare et les spoliés de la croisade. La première hégire, après un relèvement magnifique, se termine par la victoire et le retour des exilés dans les manoirs paternels. La seconde, après une lutte désespérée, se termine par le trépas, la captivité, l'étemel exil, une ruine irréparable. Montségur fut pendant trente-cinq ans une oasis d'indépendance, le champ d'asile du Midi, le Capitole des proscrits pyrénéens. Ce sommet désert a défié deux des plus hautes cimes du monde, le Louvi|^et le Vatican.
DBSTlUCriON DE VONTatécnt. — LES CAPTIFS.
Le sénéchal Pierre des Àrcis démolit jusqu'à micorps les murs du château S et jusqu'aux fondements sa barbacane occidentale. 11 ne laissa que les racines, encore visibles aujourd'hui, de la tour qui défendait, à l'autre extrémité de la montagne, la gorge de l'Ers. Ainsi la forteresse johannite, dépouillée de sa couronne féodale, de son armure et de son bouclier de pierre, demeura dévastée sur sa cime, et comme un cadavre mutilé.
1. C'est ce que prouvent les murs dont la pierre, dans la partie inférieure, est brune, comme la roche de la montagne, et dans la partie supérieure, évidemment plus récente, est d'une teinte jaune.
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Entre le château et la tour du sud, s'étendait, sur la croupe de la montagne sainte, à l'aspect du soleil levant, la cité sacerdotale et chevaleresque : le temple', les maisons des évéques, des chevaliers, les hospices des parfaits et des diaconesses qui te* naient à la fois du doltre, de Técole et de l'atelier, de celles isolées, des cabanes, des grottes, répandues parmi les rochers, comme des hermitages, dans la profondeur de la forêt. Tout fut détruit, saccagé, bouleversé , et leurs décombres balayés dans l'Âbès. On abattit justju'aux chênes séculaires sous l'ombrage desquels les docteurs cathares tenaient leurs écoles, seipblables à des brames de l'Occident. La montagne sainte, dévastée par le fer et par le feu, demeura comme un roc foudroyé, un repaire de bêtes sauvages ' .
Avant de quitter Montségur, l'archevêque de Narbonne et l'évêque d'Albi durent compléter l'expédition du sénéchal par une exécution qui dans ce temps était le couronnement ordinaire de toute croisade romaine. Après avoir dévasté la cité des vivants, ils durent bouleverser la cité des morts. Depuis plus d'un quart de siècle, Montségur était le seul lieu du Midi où un Albigeois pût se promettre un tombeau. Montségur n'était pas seu«* lement un sanctuaire, mais encore une nécropole cathare. De tous les environs les vieillards, les malades se faisaient transporter, pour y mourir, sur la montagne sainte. Il y eut plusieurs cimetières à Montségur. Avant le siège on enterrait près du