‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 5 sur 506 · Tradition populaire : la mort du Loup · texte numérisé non relu

Tradition populaire : la mort du Loup

Toulouse arborait la brebis et la croix ; le Béarn , la vache aux cornes lumineuses ^ ; Garcassonne à la houlette pastorale joignait le soleil d'Alby ; Comminges et tous ses rameaux pyrénéens, Foix, Gonserans , Palhars , Castelbon et même Barcelone , portaient aussi la houlette changée en lance et teinte de sang, sous un ciel éclatant, c'est-à-dire, en langage héraldique, d'or à trois ou quatre pah de gueules. Les noms des barons étaient goths; les noms des femmes et des familles étaient généralement ibères. La femme donnait son nom à la famille ; chaque tribu avait une matrone pour patriarche ; on disait : les fils de Nos , d'Oliva , d'Impéria, de Bélissena. En somme, bien que mêlée d'éléments grecs, juifs, goths, arabes, la race au fond était ibère, Téducation latine, la langue romane, lé génie, comme le sang, infiniment divers, mobile, ingénieux, merveilleux, et se résumait dans ce mot caractéristique, romanesque *.

La victoire fut nationale, Tœuvre commune des peuples et des barons ; mais trois princes dépas-

1. Glarinées* t Florez remarque que, dans les médailles de la Bétique, le taureau est toujours accompagné d'un croissant. Dans les autres provinces ( Ibères ) on trouve le taureau, mais non le croissant. > G. de Humboldt.

2. Roman-Esque, Ibéro-Latin. Les Ibères sont la première race historique de TOccident. Les noms d'Angers, des Andelis, de la Seine marquent leur route vers le Nord. Ils passèrent en Angleterre où Ton retrouve une de leurs tribus, les Silures; et en Irlande qui leur doit ses deux noms antiques, Ibernia,Escotia. La philologie a pleinement confirmé le récit de Tacite. Agricola XI.

Il INTRODUCTION

mer qu'un médiocre prince. La nature manquait, ou fut arrêtée par Tinclémence des temps. Il avait deux ans quand il perdit sa virile mère , douze quand la croisade envahit ses États et bouleversa sa maison , quinze quand la bataille de Muret, où périt le roi d'Aragon, dispersa les princes méridionaux, rejetés derrière les Pyrénées et quelques-uns jusque dans les îles Britanniques. Fugitif de Toulouse bientôt occupée par Montfort, le jeune infant dut se retirer à la cour de son oncle, le roi d'Angleterre. Ce roi n'était plus Richard Cœur-de-Lion. La mort de Richard fut au nombre de ses malheurs. Richard n'eut jamais permis ni l'invasion de l'Aquitaine, ni les victoires de Montfort. Ramon Sans-Avoir fut recueilli par Jean Sans-Terre^ prince errant luimême dans ses lies, à demi dévoré par Philippe- Auguste, et excommunié par Innocent III. C'était le temps où ce pontife, pour réorganiser la catholicité bouleversée par la superbe théocratique, convoqua le quatrième concile universel de Latran. Ramon VII quitte ce Lazare des rois anglo-normands dont il semble trainer le malheur mais non le crime surlesmers, et, suivi de son fidèle Topina, débarque en Italie. Il retrouve son père Ramon le Vieux , Ramon-Roger, comte de Foix, et d'autres seigneurs méridionaux arrivés d'Espagne. Us vont à Rome revendiquer leurs héritages auprès du plus oljrmpien des papes , dispensateur des sceptres et des couronnes, et des quatre cent cinquante patriarches , archevêques, évêques, chefs d'abbayes, qui formaient à ce Jupiter du Vatican comme une cour de dieux. Le comte de Foix fut le magnifique et magnanime ora-

teur de la patrie romane auprès du concile de Latran. Sa harangue est repoussée^ la croisade justifiée, et le Midi irrévocablement acquis à Montfort, c'est-à-dire au roi de France. Tel est Tarrêt du Vicaire de Dieu. Les princes dépouiQés se rembarquent tristes au port de Gènes, et se dirigent les uns sur Marseille, les. autres sur Barcelone. Le comte et l'Infant de Toulouse sont accueillis avec transport par la chevalerie provençale et reçus en triomphe dans la cité d'Avignon. Les deux princes se séparent : l'Infant, sur des nefs couronnées de fleurs, descend le Rhône, investit Beaucaire, et, assiégeant et assiégé, enlève cette Roche, premier degré de la ruine de Montfort. Pendant ce temps, le comte aborde en Catalogne, rallie les conjurés d'Andorre, traverse les Pyrénées , et , voilé d'un brouillard, rentre dans Toulouse. Simon, pris entre les deux camps, rugit comïne un lion, mais il est tué à la porte de Montolieu, et la croisade, décapitée de ^on chef, ne fait plus que se tordre et palpiter convulsivement comme un serpent coupé. Ramon le Vieux ne vit pas l'entière délivrance du Midi. L'Infant, quand il lui succéda , n'avait que vingtKtinq ans (1222), mais les comtes de Foix et les consuls toulousains, dont il est le pupille, achèveront la victoire nationale. Il était léger, jovial dans des temps si tristes, et même facétieux dans des ci]> constances si tragiques. Poète, il échangeait volontiers avec ses chevaliers des strophes de guerre et d'amour. C'était, avec plus d'honnêteté et de valeur, le neveu de son oncle, un Jean Sans-Terre aquitain, et avec ses bouffonneries et ses éclairs d'héroïsme.

comme une ébauche malheureuse du Béarnais, et un type attristé de la race gasconne. Il restera jusque dans sayieillesse enfantine et dans la mémoire sympathique des hommes : Le jeune comte *. Deux traits peindront cette jeunesse incorrigible. A vingt ans, il avait épousé Dona Sancha d'Aragon, mariage politique qui, par la mort éventuelle du roi Don Jaïcmé , pouvait réunir Toulouse et Saragosse , et former, entre TÈbre et la Dordogne, un vaste empire solidement échafaudé sur la robuste épine dorsale des Pyrénées. Ce prince licencieux, bientôt dégoûté de l'Infante maladive, rétsolut de répudier la sœur du martyr de Muret, pour épouser, qui?... une fille de Montfort, le bourreau de sa maison et de la patrie romane. C'était pis qu'une légèreté, c'était un crime domestique et national. Naguère encore, pendant qu'on assiégeait Carcassonne, Ration VII disparut tout à coup sur le soir. On le chercha vainement toute la nuit. L'ennemi avait-il enlevé le prince? Non, il s'était rendu dans la cité; il avait visité son rival dans son camp, et trouvé bon de coucher dans le même lit avec Amaury, dans le château de Carcassonne. Le matin, il redescendit riant de son héroïque étourderie dont sans doute il fut sévèrement tancé par le comte de Foix. Son cœur aurait dû lui dire qu'il ne devait pas plus coucher avec le frère qu'avec la sœur, et que les Saint-Gélis étaient séparés des Montfort par une mer de sang et des montagnes de cadavres *. Tel

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