Guilh. de Puyl., ch. xxxiv
INTRODUCnON i5
était oe .prince léger, frivole, inconséquent, mais chevalereux et deux fois cher à son peuple dont il reproduisit d'abord l'héroïsme et la victoire, puis la défaite et le long martyre.
Ramon Vil avait & ses côtés son jeune frère Ber^ tran, et son beau-frère Ugo d'Alfar, suivi lui-même de ses deux fils Joan et Ramon d'Alfaro. Puis s'a* vançaient les barons de la cité, les Toulouse brandie de la maison comtale, les Villeneuve dont les rameaux couvraient tout le Midi, les Roaïx, hôtes de Ramon VI à son retour de l'exil d'Espagne, les Maurand illustrés par le martyre encore plus que par la guerre, les ArnauId*Bemard dont une porte de la ville atteste encore la vieille popularité. Puis, les barons des campagnes, citoyens aussi de la mé* tetjpole ; les seigneurs de Vertfeuil qui dans le dernier siècle avaient éconduit saint Bernard et le légat du pape; de Caraman qui, plus tard, reçurent dans leur bourg l'évêque bulgare Nicétas; de Lantar, qui prétendaient descendre des ducs d'Aquitaine détrônés par Charlemagne ; du Mas-Saint-André Capde-Porc, savants légistes et guerriers impétueux. Avec ces barons venaient les barons duCapitole, les consuls de Toulouse et des autres villes romanes, commandant leurs milices urbaines, consuls égaux aux chevaliers, chevaliers eux-mêmes, quoique parfois plébéiens. Les ingénieurs Escot de Linars, Jordan du Villar, Bertran de la Baccalaria; les troubadours Pierre Cardinal, Guilhem Figueyras et Guilhem de Tudella, l'Homère des guerres romanes. Enfin le patriarche Guillabept de Castres, avec les évêques et les diacres albigeois, après
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vingt ans d'une vie errante, rentrait dans Toulouse, la métropole tnundine^. Ces évêques sont presque tous des chevaliers, comme ces chevaliers vont presque tous devenir des évêques. Frères de race et compagnons de guerre ils partagent le triomphe entre deux martyres. Princes, évêques, barons, consuls, diacres, troubadours, peuples, serfs même, par l'arc et la flèche, Tépée ou la harpe, la parole oula prière, ou l'hymne, ont tous diversement mais unanimement concouru à la délivrance de la patrie romane. Toulouse fête les phalanges libératrices : les maisons sont pavoisées, les rues jonchées de rameaux, le peuple chante son triomphe : « Voici l'étoile du matin I Maintenant nous avons Jésus- Christ I Parage et honneur sont revenus! Vive Toulouse I Toulouse la grande, la puissante, la rose ^ des cités ' I » Jamais joie plus sainte I Jamais victoire plus légitime et plus glorieuse 1 Car c'était celle de la justice, de l'humanité, et de l'avenir du monde. La guerre des Albigeois est l'Iliade des peuples pyrénéens : Iliade chevaleresque, religieuse, philosophique, avec un rayon de l'Orient, un vague reflet de rinde. Ramon le Vieux en eât à la fois l'Agamemnon et le Nestor. Les héros sont les comtes de Foix ; Ramon-Roger en fut l'Achille dans les batailles, et TUlysse éloquent, l'orateur de la patrie romane au Vatican. Roger-Bernard, son fils, non moins valeureux, non moins éloquent, fut un guerrier plus religieux, plus mystiquement
i. Munda, Cathare.