Guil. de Paii. — Raynald, an
magne ? Dans cette spoliation immense youlaientils se donner des airs de modération et de magnanimité ? Est-ce stratagème de moine, ou caprice de femme, ou mélange de tout cela dans Blanche et Romain ? Ils pouvaient sans doute écraser Toulouse, dévorer le Midi ; ils n'avaient qu'à laisser Humbert poursuivre son œuvre de Tartare ? Ils ont pourtant reculé, non devant la justice ni devant la pitié, mais peut-être devant la réprobation du siècle. Ils ont voulu mystifier la conscience de l'avenir. A la force ils ont substitué la ruse, mais dans cette substitution l'astuce italienne l'a certainement emporté sur la vigueur française et la fierté castillane. Le filet où ces pervers prirent le comte de Toulouse fut évidemment tissu par Romain de Saint-Ange.
Il fallait alors près d'un mois pour qu'ils se rendissent de Toulouse à Paris, au pas de leurs chevaux. Montauban, Cahors, Brives, Uzerche, Turenne, Limoges furent les haltes de leur voyage à travers d'interminables forêts. Tant qu'ils marchèrent sur la terre romane, les populations du même sang et de même langue se montrèrent sympathiques au puissant et valeureux prince qui pendant vingt ans avait tenu tête aux injustes agressions du roi- de France et des hordes dévastatrices de l'Europe ameutées par les pontifes romains. Ramon était le dernier défenseur de l'indépendance romane : avec lui leur race, leur langue, leur génie descendraient au tombeau ; aus^i les Aquitains fêteront-ils à son passage ce prince doux, aimable, et illustre, bien que si inégal à sa renommée qui remplissait tout l'univers. Ils durent bien des fuis