‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 94 sur 506 · LIVRE DEUXIÈME Ifô · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME Ifô

Coupable, il fallait confisquer tout son domaine. Innoœnt, on devait lui rendre tout son héritage. Au lieu de cela, prenant un moyen terme, on lui laisse sa capitale avec saHDanlieue comme s'il n'eût été Di absous ni condamné. Mais par un mélange de conquête, de confiscation et de mariage, on s'assura que tout son patrimoine tomberait directement ou indirectement à l'Église romaine et dans la maison de France. Le comte, une fois dépouillé de tout, se trouva fidèle et orthodoxe; et maintenant, pour justifier son iniquité et sa superbe, le légat cherche à tromper la conscience du genre humain, mesure la prétendue culpabilité du prince àrénormité de l'expiation dans Notre-Dame, et met sa flagellation sous les yeux de tout l'univers. Romain de Saint-Ange et Blanche de Castille se hâtèrent d'envoyer deux commissaires se saisir au nom du pape et du roi des immenses confiscations opérées sur la maison de Saint-Gélis. Le comte, dont les ancêtres prétendaient ne relever que de Dieu, dut faire hommage pour le domaine excessivement restreint que lui concédait, comme une grâce, la munificence de la régente et du légat. Ce domaine consistait dans la cité de Toulouse et son territoire compris entre les diocèses d'Auch et de Carcassonne, le Tarn au nord et les Pyrénées au midi. C'est le noyau primitif de l'ancien comté, l'héritage de Ursio, patriarche goth de sa dynastie, étendu de siècle en siècle par ses descendants depuis les cimes des Alpes jusqu'aux landes voisines de l'Océan dont les pins imitent les murmures orageux. Ramon VII, après ce dépouillement, ne

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fut plus duc ni marquis; il n'était plus que comte, et du premier rang il était descendu au quatrième dans la hiérarchie des grands vassaux de la couronne, pour parler le langage des historiographes de France. Voici le catalogue des États qui lui furent enlevés : le duché de Narbonne, le marquisat de Provence , les comtés particuliers de Narbonne , Béziers, Maguelonne, Nimes, Uzès et Viviers; les comtés de Vêlai, Gévaudan et Lodève; les deux tiers du comté d'Albigeois ; les vicomtes de Carcassonne. Rodez, Albi, Razès, Grezès ou Gévaudan; enfin la terre du Maréchal ou de Mirepois. N'oublions pas l'Agenais, dot magnifique de sa mère Jehanne d'Angleterre.

Ramon VII fut retenu captif dans les tours du Louvre jusqu'à ce que les commissaires envoyés par la régente et le légat eussent reçu livraison des territoires confisqués et de l'infante destinée à Alphonse, comte de Poitiers, frère du jeune roi*. Les barons toulousains, compagnons du comte, et signataires du traité de Paris, furent, au mépris du droit des gens, gardés comme otages et mis sous les verrous du donjon royal. Ils étaient capitouls ou du moins issus des antiques races consulaires. A leur tête, nous distinguons le noble Pierre de Toulouse, rameau éloigné de la maison comtale, et qui devait s'illustrer encore par Ses luttes magnanimes contre les premiers inquisiteurs; Hugo d'Alfar» d'origine aragonaise, époux de Guillelma,

1. Le roi feignait que la captivité du comte était volontaire : remansii in priswne ad petiîionem iuam. Duchesne, t. V, p. 8i4.

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