LIVRE TREIZIÈME
lier, ils convoquèrent, dans le couvent dès Franciscains, les trois états des sénéchaussées de Beaucaire, Carcassonne et Rouergue. Philippe voulut, chose remarquable, que cette assemblée se tînt à Montpellier, la ville naguère aragonaise, la cité essentiellement catholique, le rendez-vous des croisades contre le midi cathare, le berceau de Germonda, la poétesse qui quatre-vingts ans auparavant avait, en réponse à la satire vengeresse de Figueyras, entonné un dithyrambe en l'honneur de Rome. Les Occitaniens se prononcèrent avec enthousiasme contre le pape. Dans la sénéchaussée de Carcassonùe on distingue les votes de Gaston, comte de Foix, d'Éléonora de Montfort, dame d* Albigeois, de Guilhem de Voisins, seigneur de Couffoulens-Limous et de Jehan de Lévis, maréchal de Mirepois. Ainsi les conquérants établis cent ans auparavant par le pape votent aujourd'hui contre la papauté *. Un siècle avait retourné le monde. L'opinion maintenant soutenait le roi, Philippe obtint plus de sept cents adhésions : évoques, chapitres, universités, abbayes, villes, barons, tout se prononça pour le roi, jusqifaux dominicains. Le monarque tenait en laissé l'inquisition : comme une panthère apprivoisée, il la lâchait contre la papauté; il lui faisait dévorer sa mère. C'est un des plus beaux triomphes de la royauté populaire, intelligente, civilisatrice, contre une théocratie ténébreuse et barbare. Il fut célébré par les derniers troubadours, et par les poètes fran-