‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 33 sur 323 · Varennes. (K. aussi Baziége.) '2. Cambiac · texte numérisé non relu

Varennes. (K. aussi Baziége.) '2. Cambiac

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Guilhem Viguier. Guilhem avait une jeune femme ignorante, peureuse et bavarde , et qui détestait les Bonshommes. C'est elle qui venait de trahir Fabrina et les saints delà Barthe de Maurens. Deux vieilles diaconesses la voyante enceinte, lui dirent sévèrement qu'elle était grosse du démon. La simple Amersena comprit, à tort ou à raison, qu'elle portait dans son ventre le démon qu'elle n'avait que dans le cœur. De là une aversion plus grande encore contre les Amis de Dieu. Son mari voulut la réconcilier avec les deux parfaites qu'il aimait et que tout le monde vénérait à Cambiac. Il ne put vaincre son obstination et s'emporta jusqu'à la inaltraiter. La naïve Amersena prétendait toujours être enceinte de son mari et non de Satan. Les rieurs s'en mêlèrent et persiflèrent la délatrice furieuse, sur ses amours avec le diable. Aussi quand elle vit Sanche remettre en dépôt à Viguier le livre de Ramon Fort, elle poussa des cris de paon. Elle leur déclara que d'aucune façon elle ne supporterait que ce livre restât dans sa maison. Sanche, pour cela, lui dit des injures, et confia le volume à son beau-frère, Pierre Viguier. Un mois après, vint un messager de Bertran Alaman, de la part d'Astorga de Rosengas, demandant le livre de Ramon Fort. Amersena l'envoya chez Pierre Viguier, qui rendit le volume johannite. La remise de l'Évangile coïncide probablement avec le rachat de Ramon Fort. La prudente Amersena ne donna rien pour sa rançon : on craignait m^me sa loquacité. Mais l'énergique Astorga lui fît porter ce message. « Gardez-vous de trahir Bertran Alaman : si vous le

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faites, ses frères vous poignarderont I » Amersena retint son caquet, mais elle s'en dédommagea bien devant le tribunal à Cambiac; et nous sommes redevables à son commérage de connaître les aventurcs de révangile de Ramon Fort*. Cette scène risible dérida probablement la sombre Cour. Elle surexcita l'hilarité des persifleurs d' Amersena jusqu'à se jouer des inquisiteurs. Us changèrent de nom entre eux, et se firent inscrire à faux par le scribe dominicain. II en résulta le plus comique imbroglio, qui se termina dans les frissons et les horreurs des cachots de Toulouse.

Les Albigeois ne versaient jamais le sang, et c'est de leur église uniquement qu'on peut dire sans figure : abhorrel a sanguine. Ils n'avaient point d'armes, pas même un bâton, selon le commandement du Christ. Mais depuis qu'on les traquait comme des bêtes fauves, ils portèrent des armes, non pour l'attaque, mais pour la défense. Ils ne chassaient jamais, mais maintenant ils se déguisaient en chasseurs, les chiens quêtant devant eux*. Us seraient morts de faim plutôt que de tuer un roitelet. Ils voyageaient à cheval, munis d'arcs, de flèches et de lances ^. Us avaient des haches dans leurs huttes et leurs grottes. Arnauld Ségui raconte aux inquisiteurs qu'étant un jour dans la forêt de Seyra il découvrit dans une barthe une cabane d'hérétiques. Quand les Albigeois virent le fureteur, ils

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