GM&id. Vos. dur., p. 3^ etSe
m HIfTOIftE DIS ALlIGBOlt
vicomtesse AlaJaïs, fagitive de Burlats, son manoir favori, s'enferme dans Lavaur, principal siège du catharisme dans l'Albigeois. ArnaulddeMarveil, ce troubadour démocrate et patriote, était sans doute auprès de l'héroïne de son cœur et du Midi. Lavaur était la métropole des évêques Ramondi et Baimito^ expulsés de Toaloose. Il est situé, comme son nom rindifae, sur une hauteur (la Baoïir^ la ooUine), fortifiée de murailles et de tours. La yaiUante Ala* dalB résolut de se défeudre, el ses évéques et ses troubadours enflammèrent le oûsur des assiégés. Us re^ poussèrent lee attaques du cardinal d'Albano ; mais, n'étant pas secourue par Talhafer aux prises avec Ramon V, la vicomtesse rendit Lavaur. Elle sortit de son château avec les honneurs de la guerre. • Lavaur, à ce qu'il semble, ne fut pas pillé, ni son peuple molesté. Ramondi et Baimiac eurent à choisir entre un canonicat et le bûcher. Ils préférèrent aux flammes la douce et molle existence de chanoine, et ils allèrent s'engraisser, le premier à Saint* Étienne, le second à Saint-Saturnin. Ils disparais-* sent de ri&istoire dans leur l&cheté, »'ésquiTant de l'indignation de leurs troupeaux, car Lavaur, trente ans plus tard, aura d^héroiques martyrs*.
Albano marcha sur Toulouse. Il terrorisais grande
cité. Il arracha au comte un édit très sévère, dit un
moine, contre les hérétiques. Ils furent traqués, incarcérés, spoliés, jetés dans les bûchers. Ils s*enfoireot aux montagnes. Albano, sur les traces des
i. Du Màge, hist, de T.« 1^ %9.
'mSTOIEB n% ALBIGEOIS
fugitifs, s'élaD^a vers les Pyrénées. Il ne pouvait pénétrer dans les montagnes que par les vallées des fleuves. Il fallut enlever ces gorges défendues par ces montagnards aux grands arcs et aux longues flèches stridentes. Le comté de Foix fut alors probament, comme depuis, le refuge des proscrite. Le comte Roger-Bernard I, dit le Gros, était an prince positif, calcolatear et matériel. Mais sa femme Sézé- Jiia, de CSarcassonne» était la digne fille des Trencabél. C'est de leur mère qne devait dériver l'esprit novateur» chevaleresque^ amoureux de l'idéal» des in&nte de Foix. Nîcétas et Valdo, on très certainement leurs doctrines, vinrent dans le manoir comtal. L'infant Ramon-Roger, le plus beau, le plus vaillant, le plus éloquent jeune prince de son temps, allait de l'un à l'autre, ou planait entre les deux systèmes religieux. MaisSézéiia, sa sœur, embrassa la doctrine des Vaudois des Alpes, et sou autre sœur, Esclarmonde, s'énamoura pour les dogmes et les rites des cathares. , Ces deux princesses trouvèrent ou portèrent leurs religions dans les pays où elles allèrent vivre auprès de leurs époux. Sézôlia fut donnée à son cousin Roger, vicomte de Conserans^ petit-fils de' Bernard 11, comte de Commenges et de Diax de Muret. Elle alla régner sur les ravissantes vallées arrosées par le Volp et le Salât. Son manoir vicomtel s'élevait pittoresquement sur les rochers de Saint-Lizier, ainsi nommés de Glycérius, apôtre àes Coiisurani. Ce délicieux et sauvage canton est dominé par le mont Valôre ou Salao, qui porle sur sa cime tin petit lac comme une coupe d'eau dans le ciel. Sézéiia trouva dans ces vallées des débris d'églises
I7« HISTOIRE OfiS ALBIGEOIS
léODÎsCeSy qui remontaient à Félix d*Urgel et à Vig^lance de Galagarris.
Esclannonde fut accordée à Jordan, seigneur de
Lisle et vicomte de Giraoez, en Gascogne. Jordan était le chef dVine antique maison ibôre, qui possédait de vastes domaines sur la Save, la Gimone et la Garonne, et dont était sorti, dans le dernier siècle, Bertrand, évôque de Gommenges» qui avait reconstruit sa métropole, en ruine depuisla guerre des Méro- Yiugiens, et substitué son nom populaire à Tantique appellation romaine de Lugdunum des Gonvenœ. Jordan» ce puissant djnaste cantabre, était donc de la race des saints et des croisés d'Orient^. Sa mère Euscaronia était probablement de la maison de Gom* menges, de sorte que les deux infantes de Foiz étaient entrées dans les rameaux masculins ou féminins de leur propre tige pyrénéenne, les enfants d*Asnar. Esclarmonde, après avoir sié^'-é, à côté de sa cousine Aladaïs, aux cours d'amour de Carcassonne, présida plus tard les tribunaux célèbres des dames de Gascor/ne et sur le déclin de sa beauté, patronna sur ses domaines les églises du Faraclet.
Le fougueux Albano s'élança sur la Gascojjne, détruisit tout par le fer et le feu. Les populations des plaines s'enfuirent aux montagnes avec Esclarmonde de Foîx, vicomtesse de Sélio, et ses troubadours, Arnauld d'Aniel, Pierre Vidal, et Thérolque Marcabms. Le cardinal les suivit ?er8 les I^rénées.
1. Âbbatia Capellœ dotata ab Bemardo Jordano de Insula^ prosapiœ illiiitriB êt oomitnm loBoiB Jordanis, ine^fto amoro et •Qmmo dynaata, An&al. Pramonat., 1 . 865.
HISTOIRE DBS ALBIGEOIS
n remonta le cours de la Garonne et des afâaentt. Il pénétra hardiment dans les Tallées de la Baronsse, d*Aran, du Salai, jusqu'aux sources de TAridge. Là il renoontra les montagnards (Gottereanz)» les hommes des Bereails (BarabançonS), et les Aragonais» pAtres des hantes cimes. U j eut évidemment des combats : nous ne connaissons que les ravages. Ds wai décrits par un témoin contemporain. Le jeune roi Philippe Auguste avait envoyé, vers le cardinal, Étienne de Tournay, abbé de Sainte-Geneviève de Paris. Il crut le joindre à Toulouse; mais l'impatient légat était sur les frontières d'Espagne. Il dut l'aller chercher jusqu'aux Pyrénées. * Je suis, dit-il, l'évôque d'Albano par les montagnes» les vallées, et au miliea des déserts; je ne trouve partout qne maisons minées, villages incendiés^ Timage de la mort ; on dit que je le trouverai prés des Espagnols. » Il ae plaint ailleurs de la légèreté des Gascons, de la barbarie des Goths ^de Narbonne)« et des mœars féroces des peuples de la Septimanie (de* Garcassonne). « J'ai vu, dit-il, en passant dans le pays, one image la plus terrible de la mort, toujours présente à mes yeux ; les églises brtllées et les habitations des hommes devenues le repaire des bêtes sauvages *. »
L'évêque d'Albano, d'après ces indications, s'avançait comme un orage, du couchant au levant. A Test de rAriège, il trouvait encore des hérétiques. Les montagnes du Thabor étaient dédiées à saint Barthélémi, compagnon de saint Jean, apétre delà Perse, symboUsme qui signifie, pour qui sait l'en-
1« St0ph.TonL épiit. TSilTB.
loidre, qae ces cimes depuis si célèbres, aTaient été
consacrées au Paraclet, probablement par les Pria-
cillianites, au v« siècle. Au levantde l'Aude, le p^js de Lérida, depuis ce deuve jusqu'à la mer, le long des Gorbières, faisait partie, nous le savons, du diocèse cathare de Garcassonne. Ces indications, cou- Ibrmesau récit de l'abbé de Saïute-Genevieve, nous tracent la marche sanglante d'Aibano. Arrivé à Narbomie, le fier légat déposa de son siège i'arche- Téqae Pons d'Arsàc, trop indulgent à son gré et dont la moUesse avait favorisé la propagaUon du ^^tKtiriartM> dans la Ôeptimanie ^ il avait pourtant Mt brûler les cathares de Vezelay, et invoqué les armes dn rot de France* Cette campagne, mêlée de prédications et de guerre, fut une ébauche de croisade et le prélude de la grande tempête qui devait,, trente ans plus tard, bouleverser le Midi.
Que dis-je ? Albano la prépare déjà, cette tempête. U parcourt la province, il menace, destitue, excommunie ; en trois mois, il convoque quatre concdes : imau Fuy, un à Bazas, un à Bourges, un autre enfin à Bordeaux. Celui-ci fut double, car il se tint aussi ft Limoges* Dans Tintervalle, il se rendit k Gifteaux. C'était l'antre des orages, l'arsenal des tonnerres. (Sept, à janvier 1181.)
Albano, sans doute, alla saluer le jeune roi de France et répondre au message mystérieux de Tabbé