CHAPITRE II
GroÎMMla d*Ori«Bt — Sm elwb, Philippe-Angute, FMdérie Bar-
berOQsae, Richard Cœar do Lion. — Poètes de la croisade : Pejrols, PMrre Cardinal, Ramhand d» Vaqnièrea, B«rtraa da Born*
Mais les grandes croisades étaient celles d'ontremer, car an terme de cette longue roate, on entre- Tojalt la cité sainte, le saint berceau» le saint tombeaa; tons les lieux consacrés par le Christ. Jérusalem était un sanctuaire pour les musulmans comme pour les chrétiens. Saladin compléta sa Tictoire de Tibériade par la prise de Jérusalem qu'il rendit à l'Islam en remplaçant sur la coupole du Temple la croix par le croissant. 11 laissa les chrétiens libres de rester dans ses murs ou de se retirer dans les villes de la plage, à Tjr, à Tripoli, à Saint- Jean-d'Acre. On aime à croire qu'une femme, une chrétienne, ne fut pas étrangère à cette magnanimité du sultan. Il avait, assnre-t-on, épousé la ▼euTc de Nooreddin. C'est sans doute cette India, infante de Toulouse, qui avait suivi en Orient le comte Alphonse son père, et qui, faite prisonnière
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dans une bataille» était doTenae sultane d'Aiep. Saladin Tépousa parpolitîc[aey et pour légitimer son osnrpatioii du vaste empire SeL^joadde. Cette priocesse» qjd avait une si grande part dans la gloire de son mari, devait dtre vénérée dans son harem comme une reine et consultée comme un oracle. Elle devait avoir prés de cinquante ans lorsqu'elle entra triomphante à Jérusalem. Quoi qu'il en soit, Saladin ne souilla pas de sang la ville sainte où, quatre-vingtsii ans auparavant, le massacre des musulmans avait inauguré le rè^ne de Godefroi de Bouillon. La ville et le Temple, dit le poète^ tout était plein de cadavres ^
A ce triomphe de l'Asie, l'Ëurope répondit par on immense gémissement. Rome fut consternée; elle ordonna une troisième croisade. Guillaume, archevêque de Tjr, en fut le saint Bernard. 11 vint eixposer en Occident les désastres de l'Orient latin. 11 montrait la bataille de Tibériade, le roi Baudoin IV captif; le régent Ramon de Tripoli, blessé à mort; les grands maîtres du Temple ei de l'ilùpilal, dans les lers; les cadavres des chevaliers gisant aux bords du lac; Jérusalem prise; les peuples fusant de la ville sainte, et Saladin les suivant vers les villes de là plagCi pour les relbuler dans la mer et dans la mort.
Les prédications des prêtres furent relevées par lee tronbadourSi et des Idvres des orateurs passèrent
i. Le Taaae ch. X.VII1, dû. XX, 143. U copie lUmoa d^Âgiles.
m HISTOIRE DES ALBIGEOIS
aux harpes des poètes. La poésie et la musique leur prêtaient leurs ailes. C'est la plus grande époque des troubadours. Les plus célèbres se firent les clairons de la croisade. De ce nombre, Pons de Capdueil, Pierre Vidal, Gancelm-Faidit, Girauld de Borneil, Pierre Cardinal, et l'illuslre Berlran de Bom. Les trois chefs couronnés dePexpédition étaient si glorieux! l'empereur Barberousse, le roi Richard Cœur de Lion, et, quoique moins sympathique, le roi Philippe-Auguste.. Aux nobles sceptres, les grandes harpes. Aussi Tébranlement fut universel, Tenthousiasme d'abord prodigieux.
Il fallut huit ans pour cet immense armement de l'Europe. L'enthousiasme eut le temps de se calmer et de faire place aux réflexions. Il y eut des calculs, des fluctuations d'esprit, des défaillances de cœur. Ce n'était plus la foi qui entraînait les troubadours, c'était plutôt Tesprit d'aventure, le désir de voir des pays lointains, la Grèce, la Judée, Jérusalem ; le plaisir d'assister aux batailles et d'y glaner des trésors, des perles, des palefrois; d'en faire des récits, des ballades, des épopées, de les chanter dans les châteaux d'Occident et d'obtenir au retour la Javeur des dames. C'était quelquefois un deuil, un regret inconsolé, un tombeau qu'on associait au sépulcre du Christ. Pons de Capdueil perdit N, Azalaïs de Mercor, fille de Bernard d'Anduze, et nièce de Na Clara, troubadouresse illustre qui lui avait légué sa harpe ^ Inconsolable de la perte de tant de