‹ Histoire des albigeoisChapitre 155 sur 442 · Trottb., Biogr. de P. VidaL · texte numérisé non relu

Trottb., Biogr. de P. VidaL

airs de ses gémissements inconsolables; il fallut qne le roi Alphonse le renvoyât en riant à ses galoubets . et à ses cymbales. Sa dernière et suprême extravagance fut l'armement d'une flotille de barques ^ Maguelonne, pour reconquérir sur les Latins Tempire d'Orienty héritage de sa Basiléa. La mer roula dans son écume la flotte et le rêve impérial du jongleur. £t ce bouffon prodigieux est le même homme qui fournit au philosophe le plus de mots profonds, qui découpe sur le vif des figures historiques, et sculpte notamment en bronze le masque immortel de Philippe- Auguste. C'est le Rabelais de la lyre, le Garguautua du galoubet.

Époque pt 0 ligieuse où la poésie romane» errante ayec ses troubadours et ses rois, à travers le monde émerveillé, chantait sur les Pyrénées et sur les Alpes, sur TËtna, le Rhodope, le Liban, et défiait la harpe musulmane depuis le golfe Persique jusqu'au détroit de Gibraltar. Mais elle n'a pas eu son Ferdoussi! Elle a été égorgée et décapitée avec l'Homère des comtes de Foiz.

Après une jeunesse de musique et de poésie, de galanteries, d'aventures et de guerres, voyant leur soleil baisser et leur automne pâlir, les troubadours se sentaient saisis d'une profonde mélancolie. Comme de vieux oiseaux muets qui cherchent pour mourir un coin de forêt, un creux de rocher , ils implorent la solitude et Tombre du cloître. L'aimable Peyrol (d'autres disent Pierre d'Auvergne), rencontra, un jour de printemps, son maître, Bernard de Ventadour : Gomment» lui dit le jeune harpéor, peux-tu

résister à la voix da rossignol qui t'iavite à chanter? — Ah ! répond le vieux troubadour, l'amour est une folie ; j'aime mieux dormir. Et le vieillard, fatigué de gloire et de volupté, va demander le sommeil du tombeau, au monastère de Dalon, en Limousin, sur la frontière du Périgord, et comme à l'ombre du manoir, de Pépée et de la gloire de Bertran de Bom. Telle était la mélancoUe de tous les troubadours vieillissants. *

Pierre Vidal, nous l'avons vu, était revenu de la croisade, quand mourut son ami, lo comte Ramon V, Ramon V expira pendant le retour du roi, et emporta son siècle avec lui dans la tombe (1194). 11 fut le prince le plus complet et le plus harmonieux de la maison de Toulouse; politique et romanesque, artiste et guerrier, un prince des poètes, un héros de ballade et d'épopée, un Amadis d'Aquitaine. Les troubadours ne l'appelaient que le bon comte Ramon, exprimant par ce simple mot les diverses perfections de leur prince idéal. Son règne fut une guerre incessante, un perpétuel tournois. Entouré des rois de France, d'Angleterre et d'Aragon, il se heurtait contre ces colosses courant de combats en combats, nouant et dénouant ses alliances, et se maintint indépendant et victorieux. Il fut un héros purement aquitain. Il ne s'aventurait pas aux croisades, comme ses ancêtres. Sa croisade et celle de ses descendants devait être désormais entre les Alpes, les Pyrénées et l'océan ; c'est lÀ qu est leur trOne et leur calraire. Ramon V

Page 1