Pierra de Yaux-Cernajr, chap. xvm
ti HISTOIRE DËS ALBIGEOIS
refiisa comme fonjonrs. Le moine insista et parla au nom da Très-Haut. Us étaient dans l'église déserte do chàteaa. Simon, indécis, onvrit le psantier posé snr le pnpitre. Il mit an hasard le doigt sar le Teraet 1 i dn psanme xc, et dit à l'abbé : Expliques-moi oe passage. L'abbé Int : « Dieu a commandé ft ses anges de vous garder dans toutes vos voies ; ils vous porteront dans leurs mains, de peur que vous ne heurtiez votre pied contre la pierre. » Sur cet oracle, Simon accepta, revêtit son armure, s'élança sur son cheval de guerre et partit pour la croisade, à la suite du duc de Bourgogne. Maintenant la prophétie normande se réalisait dans Carcassonne, et le conquérant n'oubliera jamais l'auteur de sa prodigieuse fortune militaire, qui pourtant devait être broyée avec son crftne et son casque d'airain par un rocher lancé du ciel.
Simon de Montfort était issu d'une antique race chevaleresque du Hainaut transplantée en France et mêlée à la dynastie royale capétienne, probablement par Bertrade, concubine du roi Henri P*" Il était le second fils de Simon II , seigneur de Monlfortl'Amaury, comte d'Ëvreuz» et d'Amicia, héritière normande dû comté de Leicester en Angleterre. Il eut en partage le cbàteau de Montfort et le comté saxon de Leicester, spoliation de ses ancêtres maternels. Il avait épousé, en 1190, Alice de Montmorency, mariage qui Tavait encore rapproché de
1. Cest l'opinion du duc da Stiat-Sim^n, très varsé dans les généalogiat. MémoirM, ioiiw VI, diap. vu, p« 135*
UISTOIRB DES ALBIGfiOlS ^
Philippe-Auguste, et plus étroitement uni avxflew gneurs de Marly, de Poissy, de Ghevreuse, qui remplissaient avec lui les grands offices de la couronne à la cour féodale de Saint-Gormain. Il était de la croisade qui, au commencement du siècle, partit de Venise pour délivrer la terre sainte, et aboutit à la conquête de Constant inople et de l'empire d'Orient. Mais, après la prise de Zara sur le roi de Hongrie, Montfort, impatient d'aventares, oublia le saint- Bépnlcre, abandonna le camp des croisés et fortivement entra an service du monarque magyare^ prince ft demi païen, dans l'espoir de gnerrojer contre les Grecs. Il revient à BrindeSy s'embar^iae pour Jéru*» salem et, de retour en Fran^, il espère retrouver aux pieds des Pyrénées le royaume qu'il a manqué sur le Liban, le Rhodope et le Bosphore. Ce paladin de la barbarie et de la perfidie hunniques, à qui les princes français abandonnaient Garcassonne comme une extorsion de honte et de malheur, devint ainsi le champion de la papauté, le chef définitif de la croisade. 11 devait s'v conduire en roi des Huns# Une pierre sépulcrale, retrouvée de nos jours à Carcassonne, nous a conservé Timage de ce Fléau de Dieu^. C'était un homme d'environ cinquante ans, d'une très haute taille, d'une noble et màle figure, d'un aspect formidable et superbe, le nez et le regard d'un aigle, avec une chevelure d'un brun fauve, autrefois flottante sur son armure, maintenant usée par le casque. On eût dit un prince mérovingien. Le lion était son emblème héraldique, et il