P. de Yaul-Gernay, xxix
as BISTOtRI DBS ALB16BOI8.
avait le tempérament de ce chat sauvage et gigantesque du désert : guerrier, souple et sanguinaire, impitoyable aux vaincus, adulateur aux puissants, traquant sa proie dans tout l'univers, superbement hypocrite, humble serviteur des évôques, dévot esclave de la papauté, semblable, en un mot, à son STinbole armoriai» tel qu'on le voit sculpté sur la dalle de Garcassonne, monstre famélique, féroce et rampant : le lion chasseur de Philippe-Auguste et le tigre pourvoyeur d'Innocent III
Simon de Montfort, déclaré chef de la croisade
par le légat, fut salué parles acclamations des chevaliers et les cantiques des évêques, dans le château désert de Carcassonne. Son légitime seigneur enlendit, hélas! du fond de sa prison, ces vociférations triomphales des conquérants qui intronisaient son meurtrier et le spoliateur de sa race. En effet, dès que Simon fut maître du château et de la cité, il annonça son avènement par cette proclamation :
« Je» Simon, seigneur de Montfort, comte de Leicester, vicomte de Bésiers et de Carcassonne, ÙÔB savoir à tous, que le Seigneur» ayant livré entre mes mains les terres de la race incrédule des héré-
1. La pierre tombale de Coreanonne n'est pu celle de Simon deMontfort qui était chargée d'ineeriptions triomphalee. G'eet
le couvercle de la tombe de Gui, son second fils, ttic levant Castelnaudari. Elle n'a do nom, d'i-pitaphe, désigne indicatif que son lion. Cette figure juvénile est superbe et ressemble par son nez aquilin et sa longue chevelure au portrait que trace de Simon P. de Vaui-Cemay. De eorto que c'eet à travers les traite de son fils que nous apparaît Timage farouche du vieux chef de la croisade. '
UISTOIEB DES ALBIGEOIS
tiques, savoir ce qu'il a trouvé bon de leur enlever par le ministère des croisés, ses serviteurs, j'ai accepté humblement et dévotement la charge et le gouvernement de celte terre, à l'instance tant des barons de l'armée que du seii^neiir légat et des prélats qui étaient présents, dans la confiance du secours et Pespoir des rétributions de Dieu. Désirant obtenir sa grâce, dans ce service, par les prières des saints, et pour le remède de mon âme, je donne k Diea et à Téglise de Sainte-Marie de CSlteanz, entre les mains du seigneur abbé, légat du saint-siège apostolique dans ces contrées, les biens que Dieu m'a donnés, selon Tordre apostolique : dans la dté de Carcassonne, la maison qui fut à Bernard de Lérida, hérétique; dans la cité de Béziers, la maison qui fut à Amiel de Rieusec, hérétique; et dans le château de Salelles, au diocèse de Narbonne, la maison qui fut à la dame hérétique qu'on appelait Filesars, avec toutes leurs possessions et biens quelconques. » ' Telle fut la reconnaissance de Simon envers son protecteur, Tabbô de Clteaux. Quant à labbé de Vauz-Gernay, son compagnon et fidèle ami, il lui réservait TéTèché de Carcassonne. En outre, il ordonna le payement des prémices et des dîmes aux églises et aux monastères; frappa les excommuniés, qui ne seraient pas absous dans un délai de quarante jours, d'une amende de cent sob pour un cheyalier, de cinquante pour un bourgeois^ de vingt pour un vilain. 11 établit enfin un cens annuel de trois deniers par feu,^owr /aire sa cour au
i. Dom VaUsette, t. V, liv. XXI, chap. lx.ui, p. 63.
HISTOIRE DBS ALBIGEOIS
pap0p et s'imposa lai-même et aux autres chefs français une redevance considérable en faveur de î'Eirlise romaine, instigatrice de la croisade. (Août 1209.)'
Qoels étaieot ce Bernard de Lérida, cet Amiel de RiTO-Sicco dont Montfort confisqua les hOtels et les domaines? La terre de Lérida comprend la région orientale qui 8*étend entre l'Aude et les montagnes jusqu'à la mer. Bernard, son seigneur, devait être un puissant baron des Corbières et un noble consul de Carcassoiiue. Ses ancêtres avaient reçu Tévêque Nicétas. Et cet Amiel de Rien -Sec? Un vaillant consul de Béziers, mort en défendant sa cité, et martyr du grand massacre. Et madonna Filesars? Quelque illustre matrone cathare de Narbonne qui, probablement, avait réalisé son nom symbolique, Philis-Arsa ou d'Arsac. £lle aima, elle fut brûlée. Voilà son épitaphe*
Philia nous ramène aux bûchers^ et cette fois aux bûchers des morts. Arsa, son nom l'indique, en fut les prémices, la fleur funèbre. On fouilla les maisons, on sonda les caves, on fureta les tombes. L'anathème était suspendu sur les vivants et sur les morts. Carcassonne vit donc encore, avec de la chair vive, brûler des cendres, des ossements, des squelettes. C'était le con)plénient de la victoire et le plus suave parfum du triomphe. La croisade voulait horripiler le monde par cet échantillon de Tenfer. Ce supplice des morts est, dans notre Occident, d'origine théocratique. 11 vient d'un pape, du féroce Etienne VU, qui fit exhumer, juger dans la chaire de Saint-Pierre,