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CHAPITRE m

. Mariage du vicomte de Narbontie avec Marguerite de Marli. — Soumission des baruus meridiouaux. — Coaciie de Saint* Géiia. — Siège d« Termes.

A ce tragiqae siège de Ménerbe» l'hamanitô ne fot représentée que par Mathîlde de Marli. La mansuétude de Tabbé de Cîteaux et de Simon de Montfort n'était, de leur propre aveu, qu'un leurre hypocrite et peut-être n'est-ce qu'un mensonge du moine Pierre de Vaulx-Gernay, masquant d'un semblant de charité la férocité des chefs de la croisade. Le seul qui fut sincère et dans le vrai, ce fut Robert de Maovoisin : Les pèhrins sont wnus pour extermi" ner Us patarins. C'est le droit commnn, Tosage habituel de cette guerre. Le supplice légal des cathares, c'est le bûcher. On sera peut-être étonné du grand nombre des Parfaits brûlés à Ménerbe. C'est que des plaines et des vallées etivironnautes, ils s'étaient réfjgiés devant la croisade sur cette Hoche réputée inexpugxiabie. Ménerbe était une arche du Paraciat.

let HISTOIRE DES ALBIGEOIS

Dd ce siège de MôDerbe surgit un mariage de croisade» de ce bûcher s^alloma an amonr de guerre et d'oppreenon. Mathilde de Garlande avait avec elle sa fille Marguerite, la jeune sœar de Bonrchard de Marli et de Lambert de Croissi. Le vicomte de Narbonne s'éprit de la belle Française. Marguerite était petite-nièce de Montfort, Améric était, à ce qu'il semble, petit-neveu de Tabbé de Gîteaux. Cette union fut donc J'œuvre des deux chefs de la conquête. Marguerite était une àme destinée à rattacher à la France le cceur ondoyant du vicomte et la plage maritime de Narbonne. Le descendant des Lara Tint chercher la fille des Marli dans le palais en deuil de Garcassonne, et leurs noces se célébrèrent sur les tombes d'Aladaïs et de Ramon-Roger, le liéi'OS mar tyr.

Un infant de Carcassonne, oncle du martyr, Ramoii Trencabel, fils de Uamon Trencabel, tué à Béziers, et de s;i seconde femme Saura, vint à Mônerbe, et céda tous ses droits à Montfort. L'homme et la chose étaient de peu de valeur, et Simon n'j gagna guère que l'exémple contagieux de sa Iftcheté. L'indigne Trencabel imitait sa plus indigne nièce Agnès. Dom Vaissette excuse ce prince en disant qu il fut contraint; mais est-on jamais forcé de vendre son âme, même par un Montfort et par un abbé de Citeaux !

A ce iiiéiiie sièi^^e de Ménerbe (20 juillet 1210) Montfort tit à Réginald, évéque de Béziers, donation de Gcish liiau, près de Vendras, confisqué sur Bernard de Rieussec, hérétique^ mais réconcilié de^ puis à V Église, La maison d'Amiel de Rieussec

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avait été donnée à rÉf^lise romaine, après le massacre (juillet . 1209). Les deux frères n'avaient Jonc plus de foyer. Simon se réserva l'hommage, et Réginald le reconnut pour son prince spéctalyle défenseur de saint Aphrodise.

Montfort reçut an siôge de Ménerbe une balla d'Innocent III, confirmant la possession d*Âlbi K liO pontife, le même jour, ordonna aux éTÔques de Narbonne, Béziers, Gareassonne, Toolonse et Albi, de livrer à Simon de Montfort tous les effets que les hérétiques, non convertis, leur avaient eonliés. 11 autorisa Tabbo de Gîteaux et l'évéqne de Hiez, seslég-ats, à lever dans les provinces de Besançon, Vienne et Bordeaux, et dans les diocèses de Limoges, Glermont, Le Puy, Mende, Cabors, Rodez et Pampelane, les subsides destinés à la croisade. Il leur recommande de sommer les antres provinces ecclésiastiqnes de fournir les mêmes subsides. Il les cbarge enfin d'in* former contre les archevêques de Narbonne et d'Auch, accusés de néprlip-ence et d'immoralité. Ils étaient amis du comte de Toulouse.

Pendant le siège de Ménerbe, le chAteau de Ventalon, vassal fidèle, ne cessait, comme un moustique irrité, de harceler les assiégeants. Après la chute de la forteresse» le seigneur invaincu vint fièrement se soumettre à Monfort. Le comte se rendit 1^ Ventalon» et pour les inquiétudes qu'il avait causées aux soldats de la croix, il en fit raser les tours. La chute de la superbe forteresse de montagne fit trembler le cœur de tous Ic^ manoirs de la plaine

' Ball«dtt23juin.

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encore insoumis. Améric de Laorac dépota Yen Hontfort» poar liyrer Montréal, à condition de recevoir en échange un domaine ooTert, mais à son choix; Simon y consentit; il donna d'antres terres

aux seigneurs de Ménerbe, de Veiitalon, de Montréal ; mais ces b u'ons aquitains ne purent rester fidèles au conquérant étranger.

Ainsi tout secondait Theoreux Montfort. La terre et le ciel s'armaient pour le champion de la croix. Le ciel devenait d'airain ; la terre tarissait on mnltipliait ses eanz. La croix arrêtait les flammes. Montfort eut son /o^arum» comme Constantin. Pendant qa*il assiégeait Ménerbe, la croix triomphait miracnieusement à Toulouse. Près des palais des comtes de Toulouse, dit le Mioiiic comteraporain, se trouve une église fondée en riionneurde la Vierge Marie. On venait d'en blaucliir les murailles. Un jour, sur le vèpre, un nombre intioi de croix commencèrent de se montrer sor les murs 9 blanches et d'argent, paraissant, dispara issanty en perpétuel mouvement, et avec la mobilité des éclairs. L'abbé de Ctteanx, Foulques, évéqne de Toulouse, mettre Thédise^ et presque toat le peuple, durant quinze jours, virent le miracle. Mais le chapelain de l'église ne put d'abord discerner les croix. Il se mit en prière, suppliant le Seigneur. Et soudain il vit des croix innoiubrahles, non plus sur les murailles, mais éparses dans l'air, et entourant une croix gigantesque. Bientôt celle-ci sortant de Téirlise, toutes sortirent après elle, et se dirigèrent vers les portes de la ville. Le prêtre, stupéfait à ce spectacle, suivit les croU lnfijninsiwr. Bit

eomma elles étaient enr le point de sortir» il loi sembla qa*nn personnage superbe, entrant dans la citét one ép6e dâfrainée à la main, taait, secouru par ces mêmes croix, un bomme de grande taille, an

moment môme où il sortait de Tonlouse. C^tte église blanche évidemment était la Dalbade (de alhatA). Il n'est pas difficile non plus d'en deviner le drame phosphorescent. La croix gigantesque entraînant une multitude de petites croix, c'est Innocent III^ le pontife des croisades; le cavalier à la grande épée dégainée, c'est Simon de Montfort; le proscrit fugitif et immolé, c*est le malbeorenx Ramon VI. C'est ainsi que leurs noirs projets s'écbappaient dé leurs ftmes ténébreuses, et se réverbéraient dans Tair en croix, en glaive, en cavalier de feu *.

Maître Thédise raconta cette vision à Thistorien Pierre de Vaulx-Cernay, pendant le siè^'e de Ménerbe. Après la prise de la célèbre forteresse albigeoise, le chanoine de Gênes et l'évêque de Riez, Tuii légat et l'autre délégué, se rendirent vers le Rhône, ponr tenir le concile de Saint-Gélis. L'objet de ce concile était, on s'en souvient, la purgation canonique du comte' de Toulouse. Ramon VI y de* Tança ses juges, i^amon, en les attendant, s'accorda aisément avec Guilhem de Baux, prince d'Orange, et Ramon de Pelet, seigneur d'Alais. Mais il n*en fut pas de même avec Bernon, évéque de Viviers. Le comte et l'évêque disputaient un inextricable embronilloment de revendications féodales. Ils ne pouTaieoi s'entendre quand le légat Hugues de Ries

i. P. d« TaaiK-CImiy, ehap. XXXVŒ.

et le déléfzrné Tbédîee airiTdrent à Saînt-Satnrnîn on

Pont Saint-Esprit. Ces jnp-ps décidèrent en somme (aprtX^ force cessions, mutations, restitutions), que le comte ferait hommape-li^je à l'évêque, représentant du martyr saint Vincent (Vinctor), et qu'il serait conduit parce prélat, la chaîne au col, jusqu'à Tautel, baisant Tautel, jarant sur Taotel, et sur les évangiles de Diea, et se reconnaissant le vassal de son suzerain céleste, dans la cathédrale de Viviers. Le comte de Tonlonse se soumit à toutes ces ignominies pour toucher le coenrdeses jnjres de Saint-Gélis.

Ce. concile s'assembla vorsla tin desejitembre 1210. Il fut présidé par l'évéqne de Riez et maître Thédise. Le comte se présenta, assisté de Gui Gap-de- Porc*, pour être absous du double crime d'hérésie et du meurtre de Pierre de Castelnau. Il produisit les lettres du pontife. Quelques évôques se montrèrent favorables à Ramon. Mais Foulques» évéque de Toulouse, était à la téte des opposants. Gui Cap-de* Porc plaida la cause du comte et de FAquitaine.

Le concile était partaf^é. Thédise se leva et dit que le comte n'avait pas tenu ses promesses d'expulser de ses domaines les héréliques, et que s'il s'était parjuré sur cet article, i> plus forte raison il se parjurerait sur le crime d'hérésie et sur le meurtre du légat. Il ne méritait donc pas d'être absous. Thédise entraîna le concile. A ces dures paroles, le comte se prit à pleurer. Thédise continnsy inexorable: Quand les grandes eauœ se déborderaient^ elles n'atteindraient pas le Seigneur (Ps. xzxu, 6). Le

U Tadelle, itr. LVm.

coneile se sépara en taronlte, flottant entré Timpla* cable moine et le prince éploré. Thédîse, éponvanté de son audace, crqt devoir se {nstifier d'avoir éludé Tordre pontifical, et prévenir la plainte du comte au Vatican. Innocent semonça le prince, mais d*un accent adouci, quoique au fond dans le sens de ses légats. Il lui reprocha de n'avoir pas tenu sa promesse d'expulser de ses domaines les hérétiques. Il l'en prie et Fen presse par le péril de son âme, le soin de sa renommée, et la menace de l'anathôme. « Ezterminez^les, ajoute«t-il« autrement leurs biens seront accordés, par le jugement de Dieu, à leurs exterminateurs. » C'était un tonnerre suspendu sur Toulouse, et l'exterminatenr dé$ip:né était Simon de Montfort. Le pape, trompé par ses légats, croyait que le comte avait refusé fièrement de se justirier au concile de Saint-Gélis. Le même jour, il écrivit aux comtes de Toulouse, de Commence et de Foix, pour leur recommander le chef de la croisade *.

Après la prise de M énerbe, Monfort convoque ses barons dans son palais de Garcassonne. C'était Gai de Lévis, le maréchal; Robert de Màuvoisin, Oui de Lucé, Lambert de Groissi, Guillaume d'Encontre. Thédise l'ingénieur devait être aussi du conseil, et l'abbé de Cîteaux, maître de toutes les af» fairesdu Christ. Ils s'assirent sur des tapis de soie, • dit le poète, délibérèrent longuement et résolurent d'assiéger Termés, une autre forten^sse de l'hérésie. Après le dîner, Montfort réunit de nouveaux ses lieutenants. U devait diriger le si^, mais en son

absence, qael chef gardera Carcaasonne? La cmû-

tesse ne veut pas y rester ; elle accompagnera son mari dans le Termenois. On offrit le commandement au rirhe et honoré Lambert de Croissi, cousin de Simon^ et, sur son refus, a Rai nier de Cauderonqai refusa également. « Nous n'y resterions pas pour un royaume, dirent-ils, tant le pays est plein de mauvaiseté. » ËnÛn tons supplièrent Gnillanme d'Encontre. Gaillaume y pense mûrement, réfléchit profondément, puis cédant aux prières des barons et de la comtesse, il répond : « Au nom du Christ et de la sainte Vier^^e, je garderai Carcassoiiiie. * Mais Montfort en est trèsfâché ; il consent pnrce qu'il ne peut faire autrement ; il regrette son compagnon « car il n'y avait dans tout le pays homme plus sensé, ni meilleur chevalier, ni plus intrépide, plus courtois, ni plus preux, ni de plus grande loyauté. » Il n'y en avait pas de plus riche, ni de plus haut baronnage. il était né en Bourgogne, à deux lieues de Nevers. On lui donna pour compagnons Crespi de Rocafort» le courtois, et les deux frères Gui et Simon de Saxe <t la face hardie, avec beaucoup d'autres barons de France, de Bourgogne et de Normandie. Ensuite ils seséparent; le comte suit son chemifj ; il s'en va avec tous ses barons assiéger Termés. Il dit pour adieu à Ûiiillaame: Garde Carcassonne et envoiemoi les engins. «Termés est merveilleusement fort. Avant qu'il soit conquis, bien des ftmes sortiront de leur corps. Il sera dépensé force marcs et force tournois* Il y sera gagiiô dee chevaux» des palefrois, des

harnais» et un riche batin! » chante le poète national *.

Guillaume tire les machinés de lenrs tours, les traîne hors de la ville sur le gravier (lel'Auile, elles fait charirer sur des chariots. Des espions rourent en avertir Pierre-Roger à Cab-Aret. Il descend de la Montagne- Noire avec CSat et Mir, ses lieutenants» et trois cents chevaux. Ils chevanchent par une lune claire, et vers minuit attaquent les machines pour les incendier ou les détruire à coups de hache. Mais le vent ne seconda pas les flammes.. Aloirs ils jouent des cognées. Au cri d'alarme des vedettes. Encontre descend deCarcassonne avec les chevaliers, s'élance dans le fleuve et fond sur les Mirens. Le combat s'engage autour des chariots clisj)ulés. Pierre-Roger est repoussé, mais il n'abandonne passa proie, et va s'embusquer à quelque distance, sur le passage des machines* Dè^ que le jour fut levé, le convoi se mit en mouvement. Une avant-garde battait Testrade. Elle vint donner dans l'embuscade de Pierre-Roger. Ce chef s'élance, la refoule en désordre sur l'escorte et lui arrache les chariots et les engins. Mais Ouil* laume accourt de Carcassonne et le combat devient si sérieux que Pierre-Roger manque d'être pris dans la mêlée et n'échappe qu'en poussant le cri des croisés : Monffort! Monifort! 11 fut deux jours sans reparaître à Çab-Aret. Ën(;ontre resta maître du terrain, mais ramena dans Carcassonne son ost écharpéet ses chariots éclopés dans ces deux combats. Quelques jours après passait « un corps de pôlerins bretons. Il

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