‹ Histoire des albigeoisChapitre 377 sur 442 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'abbé de Citeaux nommé arcbevt'que de Narboune. — Gui de ■ Vaux-Ceraay élu uvèque de Garcassouue. — Leur sacre dans Ul métropole do U SopUmaiiie.— Arnaald>Am«lric usurpe le

, dnelié de Gothie. ^ Sa campegne contre loi Maurei d^spagne.

Innocent 111 avait enfin déposé Bérenger d'Aragon, vieil évôque tolérant, indépendant, et de sang royal, mais que ne protégeait plus le prestige affaibli du monarque allié de Toulouse. Il plaça sur le siège de la Septimanie l'abbé de Ctteauz, généralissime pontifical de la croisade, qu'il couronnait en lui. Il cassa aussi Ramon de Rochefort^ éydqae de Carcassonne, de sang albigeois, et qu'il remplaça par un français, Gui, abbé de Vaux-Gernay, ami de Montfort. Les deux prélats partirent après la prise d'Hautpoul, pour se faire sacrer à Narbonne. Simon resta à la tête de l'ost, mais il députa, pour le représenter à cette grande solennité, le petit Amaory, son fils, et son frère le prince de Sidon.

Narbonne est une noble cité antique. Ses murailles étaient toutes constellées de débris romains. Elle

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était la digne fllle de Narbo-Martius. Elle avait une Amistanza,o\i confraternité de citoyens.dont le jeune tribun s'appelait Villerouge. Mais son vicomte Amérie de Lara^ castillan, bridait son patriotisme roman. De là ses dôâiillances devant la croisade. Nar* bonne était mécontente da vicomte Améric, fâchée dç la destitation de rarebevéqne Bérenger, irritée de la nomination de l'abbé de Gîleaux, exaspérée de l'entrée dans ses murs du primat, flanqué des deux Montfort. Elle se crut envahie par la croisade. Arnault-Amalric logea dans son palais le noble prince de Sidon, et son jenne neveu fat hébergé par les .Templiers.

Narbonne vit arriver tous les prélats du sacre : Ramon d'Uzés» légat du Saint«Siôge, Pierre de 6é* ziers, Ranàon d'Agde, de la maison de Montpellier,

Guilhem de Maguelonne, Pierre de Lodève, Gui de Carcassonne, Ramon de Perpignan et le fameux Foulques de Toulouse; puis les abbés de la Grasse, de Saint-Pons, de Valmagne, de Saint-Tibéri et Tabbô de Saint-Aphrodise de Béziers, qui venait sacrer le massacreur de son peuple ; toas les princes des cloîtres septimaniens qui venaient oindre le gé< néralissime tonsuré de la croisade.

Narbonne fermentait. Villerouge contenait le bouillonnement de TAmistanza. Ua grain de sable, jeté par un enfant, fit déborder Torage. Du temple où il logeait, le jeune Amauride Montfort se rendit un jour chez sa cousine, la vicomtesse Marguerite de Marli. L'hôtel vicomtal était un palais vermoulu des roi Goths. L'enfant, violent peut-être et brutal dans ses jeux, comme tous les Montfort, brisa

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le chtais de pierre d'un fendtre ea raines» Ces gra- ▼018 en tombant rappelèrent an peuple que cet adolescent venait démolir Narbonne, oomme son pôre

dévastait toutes les villes du raidi.

Amauri, entendant gronder le populaire, regagne la maison des templiers rougés de Tours. Le peuplé s'ameute ; il hurle : mori aicx Français ! Deux écuyers des Montfort, plusieurs pèlerins de la croîx, sont massacrés. Uasàiôge le Temple, et l'arclieTéché od logeait le prince de Sidon. Chii n*osa sortir pour venir an secours de son neveu, qui s'arma et se cacha dans nne tour. Le chef de TAmistanza, le tribun Villerouge, caluia Témeute et fit enlever les cadavres. Ce fut au milieu de ce frémissement orageux que s'accomplirent les cérémonies du sacre^ dans la cathédrale de Saint-Paul.

Le sacre fat précédé d'un simulacre d'élection. C'était un reste des libertés primitives. Les droite du peuple étaient passés aux évéques et -des évéques

aux papes; mais les papes en laissaient Timage aux évéques. Les su lïra gants élurent Arnauld au trône primatial. Puis le légat prononça la consécration pontificale. L'évêque d'Uzès versa l'huile sainte^ Fonction divine, sur ce crâne chauve encore fnmant du massacre de Béziers et de Cercassonne, sur ces lèvres noires de mensonge et de perfidie, sur ces mains qui tenaient le glaive, et qui, alors même» exécutaient le larcin et la proie. Le Te Deum retentit, mais les murmures populaires se mêlèrent à ces psalmodies triomphales.

Une autre chose encore irritait le patriotisme nar«

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bonnais. Le pape investissait Arnaald, non sealernent de l'Église, mais encore de la Tille et da duché de Gotbie. C'était une application du système théocratiqne; l'Église saisissait la terre. Arnauld était

évôque et duc de Narbonne, comme Innocent était pontife et roi du monde universel. Il était vicaire du pape, qui Tétait de Dieu. En conséquence il fit arborer sur la tour de son palais, (tour énorme aux quatre tourelles angulaires) la senheira de Narbonne et de Gothie* Le lendemain, il reçut l'hommage du vi* comte Améric. Le vicomte lui donna iin grand festin a titre d'albaque ; ce prince àxA, comme son ▼assal, le servir à table, et le soir, à son départ, tenir Tétrier dn primat-duc.

Amalric et Améric (c'est le même nom) étaient l'un et l'autre Manrique de Lara. Il semble que le vicomte dut être content de se trouver sous le patronage de rarchevôque.. 11 n'en fat rien. Il craignait son cruel et superbe parent. Cette parenté le brouillait avec son peuple, ami des cités romanes. Il regrettait la domination légitime da débonnaire et in^rtané comte de Toulouse. Le vicomte et le tribun Villeruuge se concertèrent contre l'impérieux primat.

Cette usurpation mit aussi la discorde entre les deux chefs de .la croisade. Josquid Montfort était un lion soumis ; il ne faisait rien sans consulter Monseigneur Vahbé de Cîteaux, C'est du légat que dépendaient toutes les affaires du Christ, Simon entendait être comte de Toulouse et duc de Gothie. Il voulait

succéder en tout à la maison de Saînt-Gélis. Il était le

conquérant de l'Aquitaine, le Macchabée de la Croix.

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Déflormais le lion rampaDt deyant son dompteur se révoltera, Itériflsera ses crins, montrera ses dents.

Au surplus, un nuage d'iniquité plane sur ces actes d'Innocent III. Il a donné Carcassonne à Montfort, Narbonne à Amalric, Maguelonne au Saint- Siège. Il dépouille l'infortuné Ramon VI, et pourtant, il écrit ceci : « Quoique Ramon, comte do Toulouse, ait para coupable contre Dieu et l'Eglise, et que nos légats aient excommunié sa personne et livré ses terres au premier occupant, cependant il n'a pas été encore condamné comme hérétique, et complice du meurtre de Pierre de Gastelnau. C'est pourquoi nous avons ordonné qu'on lui assignât un jour pour se justifier, nous réservant de rendre une sentence définitive. Nous ne comprenons pas pour quelle raison nous pourrions accorder à d'autres, ses états, qui ne lui ont pas été (Més; surtout poui* ne pas paraître lui extorquer frauduleusement les châteaux qu'il nous a remis. Toute sentence rendue contre lui sur ces deux articles serait donc nulle. Il n'y a donc pas lieu de disposer de ses états en foreur d'autrui. Nous vous ordonnons, nous mandons à l'évêque de liiez et à Maître Thèdise, de terminer celte affaire et de nous instruire de la vérité. *

Cette lettre d'Innocent est adressée à l'abbé de Citeaux et à l'évéque d'Uzès» ses légats, quelques jours avant le sacre de Narbonne. Il en résulte évidemment que cet Infaillible était le jouet de ses légats, ou qu'il joutait de perfidie avec les chefs de la croisade. Voici un autre trait simul* tané de la perfidie de ce vice-Dieu. Nous avons vu qu'Innocent 111 avait refusé à Guilhem VIII,

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comte de Montpellier, la faveur do reconnaîtro les enfants d'Agnès d'Aragon, faveur que Philippe- Auguste avait obtenue pour ceux qu'il avait eus d'Agnès de Méranie. Les infants de Montpellier forent déclarés adultérins, et le comté adjugé à Marie, reine d'Aragon. Mais Guilhem IX ne se tînt pas pour battu ; il sé rendit à Rome et offrit au Saint-Siège le comté de Maguelonne. Alors le bâtard se trouva légitime et comte de Montpellier. Innocent III écrivit à Marie d'Aragon et aux citoyens de Montpellier. 11 déclara que la juridiction sur le pays lui appartenait, il ordonna à la reine et aux consuls de restituer cette ville à Guilhem IX^ ou de se présenter, à la Toussaint, devant son tribunal, à Rome. Cependant Montpellier fut maintenu à la reine; Guilhem fut exclu et n'obtint que le nom, sans la terre de Montpellier. Le pape garda, comme do bonno acquisition, le comté de Maguelonne. Mais Guilhem se réserva sa vengeance; il est l'aïeul du fameux tribun Bernard Délicios.

Ainsi, malgré les défenses, A rnauid-Amalric garda la duché de Gothie; Montfort conserva Carcassonne en attendant Toulouse, et Innocent III retint Maguelonne, les sept châteaux du Rhône, en espérant le marquisat de Provence et les vallées vaudoises des Alpes. Ramon VI était comme un vieux cerf entouré de chiens dévorants qui l'assaillent tour à tour, et s'éloignent, leur lambeau de chair aux dents.

Ces scènes de Gusman d'AIfarache se terminent par une action du Gid Campéador, Le nouveau duc,

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après son onction, revêt son armure et remonte sur son palefroi. Mohamat, calife du Maroc, avait franchi le détroit de Gibraltar. C'était un second Almanzor entraînant après lui toute la chevalerie .sauvage de l'Atlas et des déserts. Il inondait TEspagne de ses hordes africaines. Alphonse IX, roi de Castille» trop faible contre cet onragaû maure, appelait à son secours ses cousins, les rois de Navarre et d'Aragon. Rodrigue, archevêque de Tolède, implorait l'appui des évôques et des barons aquitains. Amalric était Castillan. Il entendit la voix de TEspagne, ^a mère. Il quitta la croisade cathare pour la croisade musulmane et partit à la tête de cent chevaliers des bords du RhOne. Il rallia le vicomte de Turenne et ses Limousins, le comte d'Astarac et ses Gascons, Tarchevôque de Bordeaux et . ses Landais. Ces troupes réunies formèrent un corps de 4,000 chevaliers et écuyers, de 10,000 sergents à cheval, et de 50,000 fantassins. Ils rejoignirent les rois d'Aragon,'de Navarre et de Gastille et les armées espagnoles à Pampelune, à Tolède, à Las Navas de Tolosa. Le massacreur de Béziers, le voleur de Narbonne, dans ces flots d'héroïsme devient un héros. Il se transfigure dans son fanatisme superbe. Dans cette lutte contre le calife africain, il représente le calife catholique de l'Europe. Il écrit une page de Tépopée de rOccident.

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