CHAPITRE V
Prise de Saint-Antonia, — L'évôque d'Agen appelle Montfort» Simon reçoit Agen, et assiège Peune d'Ageuais,
Pendant cette grande et magnifique lutte de la croix contre l'Islam en Espagne, Montfort, descendu d'Hautpoul à Sorôze» continuait ses petits et cniels succès dans le Lauragais. Le prince de Sidon^ son frère, et rôvéqne de Garcassonne, son ami, lai «imenèrent son âls à Sainte Michel de Lanès. Il apprit de leur bouche deux choses qui le firent rugir : la haine de Narbonne contre sa race^ et l'usurpation par Amalric du duché de Gothie. Il rasa Saiut- Michel et marcha sur Puilaurens ; à Revel, où il campa, il fut rejoint par les pèlerins allemands conduits par le Prévôt de Cologne et des barons des bords du Hhin. Le lendemain, à l'aube, û entra dans Pnilaarens qu'il trouva désert et qu'il rendit à Oui de Lacé. Là, il apprit TarriTée des pèlerins de France conduits par l'archidiacre de Paris et les deux Robert, Tun archevêque du Rouen et Fautre l'élu de Laon. Le prince de Sidou et Gui le maréchal allèrent les recevoir et en formèrent un nou-
veau corps, qu'ils conduisirent vers d'autres cantons où périclitaient les affaires du Christ. Quant à Monlfort, il se remit en marche et se dirigea sur Rabastencs. Moiitôgut, Rabastencs et Gaillac se rendirent presqaeen un jour et sans coap férir. Saint- Marcel, av brait de tant de chutes, trembla; Pépies, son chef, voulut négocier. Montfort refusa toute composition. Alors ses défenseurs abandonnèrent le château; Simon en fit raser les tours. De là, il marcha sur la Guépic qu'il trouva également désert et où il mit le feu. Puis il descendit FAveyroû vers Saiot-Antonin.
Saint-Antonin est construit au pied du rocher d'AnglaSy' qui porte son donjon vicomtal, dans la noble et gracieuse vallée de FAvejron ; les vicomtes Pons et Jourdain-Adhémar y commandaient.
Râraon-Jordan, l'amoureux poète, devait être dans Penne, domicile de sou cœur. I/évéque d'Albi conduisait l'avant-garde des croisés. Il somma les vicomtes de rendre la place. Le fier Adhémar lui répondit : « Sache le comte de Montfort que ses bourdonniers ne prendront jamais mon château ! » Monlfort arriva le dimanche de TOctave de la Pentecdle. Il assit son camp sur la rive droite, dans la plaine, devant les portes. Les habitants sortirent et lancèrent des flèches aux croisés. Puis, sur le soir, ils revin* rent encore, et leurs tîèches de pleuvoir sur les tentes. Le camp agacé se leva, courut à ces archers taquins, les refoula dans leurs murs, et, dans l'espace d'une heure leur enleva trois barbacanes. Ce fut l'œuvre des piétons, sans le concours des chevaliers, à Tinsu
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mdme de Montfort qui n'eut qa'à entrer dans les toars. Les assiégés, se croyant perdas, sortirent de la Yille par Tantre bord, et s'enfuirent à travers le
torrent. Les croises les sabrèrent dans le lit et sur les rives de TAveyron. Ils cessèrent Tassaut, car c'était le soir. Vers minuit, le vicomte olïrit de rendre la place, ne réservant que sa liberté. Montfort refusa, et le seigneur rendit à discrétion la ville et le château d'Anglas. Simon fit massacrer une trentaine • de bourgeois, les pins vaillants, ezpnlsa les autres des mars, mais, pour ne pas rendre le pays désert, les sauva de la mort. Le vicomte Pons, le vaillant Adhémar, et d'autres chevaliers, furent envoyés dans les tours de Carcassonne et mis aux fers. Saint- Antonin fut donné en garde au traître Baudoin de Toulouse, vicomte de Bruniquel, mais il ne voulut pas le recevoir avant de prendre Thommage de Caylus. Pendant que les croisés assiégeaient Saint -An* tonin^ les clercs chantaient leVeni SpiritHS ftélreentendus d'une demi-lieue.
Après la prise de Saint-Antonin, Montfort réunit en conseil les évêques d'Uzès, de Toulouse et de Carcassonne, vice-légat de l'abbé do Citeaux, inséparable ami de Simon, le comte Baudoin, et les autres barons croisés. 11 leur communiqua les lettres de l'évéque d'Agen. Ce prélat oârait de lai livrer sa ville épiscopale, et ses parents^ nombreux et puissants, promettaient de Faider à soumettre les châteaux de ce diocèse opulent et populeux.- De cette famille de traîtres, un seul restait fidèle, c'était l'héroïque Rovignau, défenseur do Cassagnol. On réso-
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lut la conquête de l'A-^énais. Us partirent de Saint- Autuiiiu et vinrent à Monteuc qu'ils trouvèrent dés ert. C'était le manoir de Bernard, vaillant chevalier, et patriote troubadour. Le poète était au camp des faidits du Lot et de la Dordogne, auprès de Bernard de Goardon et de sa femme Hôlis de Turenne, héros et héroïne de ces forêts. Montfort donna le château, le hourg, et le ôef abandonné au comte Baudoin, en récompense de ce que le traître venait de lui livrer Caylus. Monteuc venyera Caylus- et le midi. De Monteuc il vint camper deux lieues de Penne. Jl voulut d'abord attaquer le puissant donjon. Mais le siège devait en être long et laborieux. Les évéques lui conseillèrent d'aller auparavant recevoir la sou-mission d'Agen, Il partit avec quelques-uns de ses lieutenants et le comte Baudoin, le parangon des transfuges. Agen fut livré par l'évôque. Quelques vagabonds le proclamèrent leur Seigneur. Nous verrons plus tard le patriotisme d'Agen et l'héroïsme de ses combats. La noble cité succomba cette fois à la perfidie de i'évêque et ii Teiii oi qui volait devant Montfort. Simon, maître de la ville, regagna SOn camp et vint assiéger Penne (3 juin 1212.)
L*Agénai8 formait la magnifique dot accordée par Richard Gœur-de-Lion à sa sœur Jeanne Plantage-^
net^ en la mariant à Ramon VI, comte de Toulouse. Penne était le chef léodal et la clé stratégique de l'Agénais. « C'était, dit le chroniqueur contemporain et témoin du siège, un très noble château, dominant de vastes plaines, embelli par l'étendue des prai- TÏea, Taménité délectable des bois, la joyeuse fertilité
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des vignes» et l'opulente gaité des eaux jonant dans les vertes campagnes ^ La citadelle, du hant de sa roche escarpée, semblait inexpugnable. Richard avait revêtu de tours son escarpement et fait creuser dans le roc vif un puits profond ; Ramon y avait construit un four, un moulin, deux ateliers do forgerons;«Alfaro, son sénéchal, l'avait garnie de soldats d*élite, de machines, de bois, de 1er, de vivres. Penne, la reine des roches agénaises, n'avait pas peM^ le moins du monde ^ des bandes de la croix.
Le commandant de Penne était TAragonais Hugo d'Alfstr. Sa ville natale se voit encore sur les bords de FEbre, entre Saragosse et Pampelune. Il était venu sans doute à l'oulouse avec le jeune roi d'Ara** , gon; amoureux d'aventures, il se fit chevalier errant; il était le compa^^nion de Kanibaud de Vaquières et deBoniface de Montferrat; Boiiiface était devenu roi en Orient; Rambaud, baron en Grèce; Hugo, gendre de Ramon VI et sénéchal de Toulouse. Héros de roman, il était monté héros d'histoire et d'épopée. Il avait la valeur calme^ décisive, obstinée et superboy des Hidalgos d 'Aragon. Il s'enferma dans Penne comm^ Palafox dans Saragosse, avec ses trois lieutenants, Bausas, Bernard de Ëovon, Girauld de Montlavans, bavle de Montcuc, et 400 faidits des forêts. Il fit d'abord trois choses : il rxpulsa les habitants, mit le feu au bourg, et se retira dans la citadelle ; là, sur sou rocher aérien^ il attendit le chef de la croisade.