‹ Histoire des albigeoisChapitre 406 sur 442 · P. de Vaox-Cêniay, chap. LXXVII · texte numérisé non relu

P. de Vaox-Cêniay, chap. LXXVII

mariage ne fat donc que simulé ; mais Simon emmena* la'pelite danphine à Garcassonne. Cest Ift que, quelques mois pins tard l'henrenx Amanrj éponn la

princesso bourj^uignonne et capc'ti^^hrie.

Cependant Gui de Montfort et i'évi^que de Garcassonne traversèrent le Rouergue. Le légat Robert de Courçon vint les rejoindre à Mauriac, près Rhodez. Ils assiégèrent ce chàtean, qni se rendit à discrétion. Ils y tronvèrent sept Vandois qni, devant maître Robert, confessèrent pleinement leur incrédulité ^ c'esl-à-dïte TEvangile, et furent brûlés par les pèlerins arec une qrande joie. Simon arriva ot marcha sur Moiitpezat. Les laidils aban'Iuniièrent ce château. II s'enfonça dans l'Agénois, qui, l'année précédente, avait secoué sa domination. Toutes les places se soumirent excepté Marmande. Montfort les fit tontes démolir, hors un petit nombre, qu'il garnit de Français. Puis il vint assiéger Marmande, défendue par un baron du roi d'Ani^lelerre, qui avait arboré sur la plus haute tour la bannière ^ la licorne et au lion. Les assiégés, après une faible défense, montèrent sur des b jrcjues et descendirent la Garonne jusqu'à la Réoie, Les croisés mirent le boni^ au pillage et laissèrent sortir sains et saufs les servants dn donjon. Il j mit garnison française et démolit tout le reste des murailles et des tours. Puis il revint à Agon, pour assiéger Gassanhol, vers les frontières du Qucrcy. C'est ce chiiteau défendu en 1209 par Seguin de Balems contre Tarchevêque de Bordeaux, et maintenant commandé par Hue de Rovignan, frère de Tévôque d'Agen. Hue est protecteur d'hérétiques et capitaine de faidits. Son noble et paissant chft-

teau est assis sur nu contrefort de montagne arrosé de sources qui remplissent ses larges fossôs, dans nn bel horizon de rochers, presque au confluent du Lot et de la Léda.

Montfort arriva le 28 juin devant Cassanhol. 11 campa sur la hauteur, ne pouvant investir la place. Mais des pèlerins étant survenus, il descendit dans la plaine et termina la circonvallation. Alors ses machines du côteau et du vallon démolirent beancoup de maisons et ébranlèrent les remparts. II avait Jaissé sur le m6nticale son fils Âmanry, avec l'évéqne de Garcassonne. Un jour, avant l'aube, un peloton du château s'élança sur les pavillons du jeune comte, • du vieil évôque endormi et de son neveu, le fanatique historien. Montfort accourut et leur arracha le beau joncencelei les deux Vaux-Gernaj. Rovigoao faillit donner an blond époux une noire fiancée aux sôches mamelles dont il n'eût jamais rompu la lune de mieL Pei^lant ce temps le roi Jean d'Angleterre, Imploré par les deux Ramon, était débarqué à Bordeaux avec un ost anglais. Il s'avança jusqu'à Périgueux, où il fut rejoint par les barons dépossédés, les faidits des forêts. Ces proscrits le pressaient de marcher contre Montfort. Les assiégés de Cassanhol rappelaient de tous leurs clairons. Il annonçait sa venue, mais il ne bougea pas. Il fut sans doute arrêté par Innocent ÎII. Richard Cœur-de-Lion.se ftt moqué des tonnerres du Vatican. Il eut été en trois bonds à Cassanhol. Il eut vengé le désastre de Muret. Simon ne s'inquiéta nullement du lâche monarque : il sentait à ses côtés Philippe-Auguste et Innocent III. Ce fut probablement le cardinal de

Conrbon qui fit recaler Jean et qui vint an camp rassurer Monlfort.

Ses calabres avaient fracassé les murailles de Cassanhol ; il fallait aborder les remparts et tenter Tassaut. Mais comment francbir les fossés, larges, rem« plis et bien défendus ?Montfort convoque ses lieutenants; un charpentier assiste au conseil. Rovignan avait coupé le pont de pierre. L'artisan se chargea de lancer un pont sur des tonneaux flottants. L'évôque de Garcassonne fil apporter du boi^^ par les pèlerins ; les charrons construisirent le pont sur la rive; les soldats prirent les armes et se couvrirent de leurs boucliers. Le pont, de la haute berge, fut lancé; il descendit au fond, et jamais on ne put le remettre à flot. A ce pont de tonneaux on substitua un pont de bateaux ; il fut jeté et rattaché à l'autre bord par des soldats passés sur des baïqucs. Mais le tablier se trouva trop étroit et l'accès en fut balayé par une pluie de pierres. Les assiégés, du haut des murs, riaient des Croisés qui, le ventre en Tair, pataugeaient et gesticulaient comme des grenouiUes dans Fean sanglante des fossés. M ontfort enrageait.

Il fit construire, avec de forts madriers arcboutés de fer, une forteresse roulante, quadrangulaire, avec toiture et paraclet ; de sa plateforme s'élançait une longue tour circulaire avec cinq gîfes au sommet pour cinq archers. L'énorme machine portait dans ses fiancs des soldats, des armes, des amas de pierres pour combler le fossé, et des bassins d'eau pour éteindre le feu. La façade était recouverte de cuir de bœufs fraîchement écorchés, pour repousser rincendie. Le monstre de chône et de fer, poussé.

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tiré» épaalé par les soldats, combattu par les cala- ))re8des remparts, soas les pierres qui rebondissaient sur ses côtes retentissantes, aborda le fossé. Les soldats jetèrent dn bois« des fascines^ desgravois, et la bôte mugissante s'avança sur celte étroite et tremblante digue. Les arbalétriers du donjon écartaient les défensei^rs des remparts et neutralisaient les projectiles des créneaux. Une nuit, ils chargèrent une barque de suif, de lard, d'étoupes, de sarments de yignes et d'autres matières combustibles; mais les soldats de la tour incinérèrent ce brûlot avant qu'il se cramponnât à ses flancs de bois. Kt la machine atteignit le pied des remparts. Alors les défenseurs lancèrent des créneaux une pluie, un orage de feu liquide et de brandons enllammés. Ils s'éteignirent contre les aspersions incessantes d*eau et la cuirasse de peaux humides de taureau. Montfort craignait la crémation et Tincinération de sa tour victorieuse; Assiégeants et assiégés ne s'attaquaient plus de Tarbalète, mais croisaient la lance et l'épée. 11 précipita l'assaut. Un dimanche soir il ordonna l'attaque au son de tous ses clairons et au chant de tous ses clercs. L'évêque de Garcassonne, de la hauteur voisine du donjon, dirigeait la psalmodie. Les croisés s'élancèrent, an chant du Veni Creator ^ de la machine dans les barbacas eztérieors de l'ennemi. Devant cet impétueux élan, les faidits rentrèrent dans leurs murailles et accablèrent les pèlerins d'une grêle incessante de cailloux. Les échelles des Croises se trouvèrent trop courtes. MontforL ordonna la retraite, et le lendemain fit construire les engins d'escalade. L'ascension eut lieu dans la nuit. Les iaidits se portèrent en

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armes à la brôche; mais devant cette irruption impêtaense ils reculèrent, sortirent du bourg et s'éloignèrent par la montagne. Les Croisés entrèrent à i minuit ; ils firent main basse sur les fugitifs et mirent j tout à feu et à sang. Gomme au premier siège de i Gassanhol, il j eut des bûchers et de belles patarines ricanant et rugissant dans les flammes. Le siège avait duré sept semaines. Il rappelle les héroïques sièges de Ménerbe et de Termes. Rovignan s'immortalisa. Il alla rejoindre les camps de la Dordogne. Le comte fît raser les murs dVnceinte. « Ainsi, dit le chroniqueur, témoin oculaire, fut pris et ruiné Gassanhol, le dix-huitième jour du mois d'août, à la louange de Dieu, à qui soient honneur et gloire ' dans les siècles des siècles. »

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