Maettrtas d*Amor
tait an chevalier armé de tontiBs pièces toajoars errant et à cheTal. Ce jeane paladin avait son écujer^
sa dame, sa cour ambulante. Or, si l'on est curieux d'avoir le portrait fidèle de l'amour, Pierre Vidal nous le retracera ; le troubadour fit sa rencontre un jour qu'il se rendait de Gastelnaudary à Muret, où le comte Ramon V tenait alors sa cour.
« C'était an temps, où les flears naissént dans les préSy où bourgeonnent les buissons, où se réjouissent les oiseaux. Le temps était serein; Talouette chantait son lai au printemps. Parlant de don Foulques de Marseille et de don Gui de Gavaillon , lequel aima le plus, je vis venir un cavalier beau, grand et robuste. Son poil est blond et flotte sur sa face rose, mais hûlée par le soleil; ses yeux sont verts et amoureux; nez élégant, dents de nacre, bouche souriante. L'un de ses pieds était chaussé de saphirs et d'émeraudes, Tautre était nu. U était vêtu de diverses fleurs, mantelet de violettes, surcot de roses, et sur la téte guirlande de soucis. Son palefroi avait la queue noire, une cuisse obscure et l'au* tre blanche comme l'ivoire. Uépaule droite était brune et la gauche grise ; la crinière fauve ainsi qae ' la tête. L'arçon de sa selle était de jaspe; Jes étriers de Calcédoine; au poitrail étincelait deux pierres d'un plus grand . prix que les trésors de Darius. L'escarboacle de son freiurespleudissait comme le soleil.
« A côté du chevalier marchait une dame mille fois plus belle encore; sa peau était comme la neige; son teint comme un bouton de rose ; sa longue chevelure avait Téclat de Tor. Rien de plus précieux
HISTOIRE DBS ALBIGEOIS
que le mors, la selle et le poitrail de son coursier breton, au poil ùme, et dont la crinière argentée se prolongeait sar sa croape en une baade plas blanche qae le lis.
« Après, Tenait nn écnjer sniTi d^ane damoiselle. Il portait une bel arc d'iToire, et à sa ceîntare trois dards d'or, d'acier poli, et de plomb rouillé. Nons ne
pûmes voir si la damoiselle était brune ou blonde, car ses cheveux tombaient à flots sur la selle, sur la housse, et sur la tête du cheval.
« Ce beau couple chantait un chant nouveau, les oiseaux le répétaient dans les bois. Je voudrais bien, dit la dame, me reposer auprès d'une fontaine, d'nne prairie, on d'an bocage,.car je n'aime pas les chftteanx,— Dame, loi répondis-je, Toici on lien charmant formé de roseaux, sous un laurier, près d'une source claire, roulant sur le gravier. — Nous nous assîmes sur l'herbe fraîche : Pierre Vidal, me dit le chevalier, sachez que je suis VAmoiir; cette dame se nomme Merci, cette damoiselle Pudeur ^ et cet écxyjQV Loyauté^, >
L'empire d'amour avait ses tribunaux. André, chapelain de la cour de France (1170), cite les cours d*amour : 1^ des dames de Gascogne ; 2» d'Er> mangarde de Narbonne; 3^ d*Éléonore de Poitiers, reine d'Angleterre ; 4^ de la comtesse de Champagne, Marie de France, aïeule du fameux trouvère Thibauld; enfin de Sibylle d'Anjou, comtesse de * Flandre. Les dames du Midi avaient porté dans le