VICTOIRE DES DANOIS
Merciens , dont les domaines prirent depuis le nom de comte de Lancastre. Là moururent aussi Athelstane , parent du roi , et beaucoup d'autres thanes des plus braves. On voit dans le récit de la bataille que « le Cambridgesfaire tint ferme », expression qui prouve que l'on identifiait les divers corps de troupes avec les contrées d'où ils avaient été tirés.
Cette victoire des Danois semblait devoir mettre tout le pajB en leur pouvoir. Les witans fîu^ent convoqués auprès du roi , afin d'aviser à des mesures de défense ; mais les membres de la législature étaient déconcertés et devenus io^ capables de donner aucun bon conseiL Maigri les résolutions qui parent être prises , ce avant » qu'un mois se fiit écoulé , on ne trouva plus » un seul capitaine qui eût le pouvoir ou la )» volonté de rassemUer des soldats ; chacun •> cherchait de son mâeux son salut dans la fuite, f> et il n'y avait pas une seule province qui fut D en état de défendre l'autre. >> Les Anglais avaient perdu leur énergie , et lorsque deux ou trois pirates paraissaient , ils chassaient devant eux toute la population. Le chroniqueur énu^^ mère ayec une précision lamentid>le les diverses contrées qu'ils avaient réduites au dernier état de
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miftère et de dévastation , et il s'écrie ensuite : « Ces maux nous arrivèrent par de mauvais con- » seils , et parce que nous ne pûmes nous dé- » cider ni à payer des tributs , ni à combattre » Tennemi. » Le mal venait plutôt d'avoir ea dgà recours à la première de ces alternatives ; en soumettant les Anglais au danegeld ^ on avait énervé leur courage.
Les Danois s'étaient presqu' entièrement emparés de la Mercie et du Wessex, et, dans cette conjoncture , Ëthelred et ses conseillers usèrent de leur lâche ressource. On oflBrit un tribut , et l'on éloigna pour quelque tems les Danois avec de l'argent et des provisions. Un effort vigoureux pouvait sans doute encore délivrer le pays; mais les trahisons domestiques qui embarrassaient Ëthelred lui avaient rendu la résistance impossible. Edric Stréone avait déjà empêché que l'on s'opposât avec succès aux entreprises de Thurkill , et il était sur le point de causer un plus grand mal.
Un de ses frères avait été nommé gouverneur du Kent , peut-étr^ en qualité de shériff. U tyrannisa les habitans et «polia les nobles de leurs propriétés. Ce peuple fier et èruel, se révoltant contre lui , le fit périr sous les ruines de son palais incendié.
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Ëdric demanda vengeance; Ethèlred s'y refusa > disant que les crimes de celui, qu'on aVstittué justifiaient cette action. Edric sortit de la salle du conseil , pâle de colère. La flotte des Dabois I0i2. stationnait au-delà de Sandwich, leur armée n'javait pas encore ose attaquer Cantorberj ; ce qyi prouve qu^ils ëudenr .numériquement bien itiferieurs -aux Anglais. Edric se joignit, aux ennemis avec ce qu'il put réunir de troupes , qui s'élevait à plus de dix mille, hommes , et les armées réunies marchèrent sur ia métropole dp Kent* l^es'Jhabiians furent frappés d'épouvante ; L'archevêque Alpfiege y dont le coavage était à toute . épreuve , Jes conjura de se défendr^. Il leui" représenta la fermeté des premiers Maints et deç martyrs ; la' mi^ltitude. assemblée reçut sa bénédiction , et , raâimée par 'ses eschortations , i|e scmgea.plus qu'à recevoir les. Danois avec bvavoure.
l^eadant vingt jours y les Danois assiégèrent inulilei|ient'Gantorbery ; mais cette déloyauté , qui setnble avoir été le fléau de TAnglètenrc , fit enfin tomber là ville en leur puissance. Le p'erfide Elfiiiar introduisit i^cr^tement les Danois dans GaxHorbeiy ; il était doûbleûient coupable , car il avait dû la- vie à Finterceâsion du prélat qu'il
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trahissait. La Ville fiit brûlée ; l^s habîtaas forent massacres au. arrachés de kiurs . foyers comme esclayes. Quant à Tarchevêque , les Danois le jetèrent dans un cachot affreux. Ils lui penûaireiit de racheter sa rie par une rançon ,.et firent niéme beaucoup d'instances pour quHl acceptât cette offre ; maisle vieillard* persista dans son refos. Il n'avait, disait-il, aucun bicmsur la terre ^ et ne pouvait consentir à disposer de celui die TégUse^ qui ne consistait qu en donations faîtes en faveur des infortunés. A* la fiii , les Danois , que sa constance avait courroucés au derniei; point, le condamnèrent à là mort^ l\i croyaient encore poqyoir obtenir de lui Tobjet de leurs ntnx , et , eu le tirant de * sa prison ,' ils Im cnaieal ; « De Vor, évêqde,' de l'ot; dpnne-nous.de » l'or! >» Alphege resta caLoie et impassible. Les Danois étaient rassemblés pour une Mgie; il lui jetèrent leurs haches d'armes et les os de bœuf , débris de leur festin , ^et lé lapidènçnt jusqu'à ce qu'il- tombât horriblement meurtri, piais potirtant respirant encore! A la un, un des Danois qu'il avah baptisés termina son agonie. Edric et les f^rificipaiiK I0r ans d» royauiae se réunirent alors. à Londres, et le r^sul^t de cette conférence fui de payer à l'ennui quanmte-
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huit mille livres , formant Ta Taleur d'un million cent cinquante-deux mille acres de terre. Il n'est rien dit du roi , jce qui fait croire qu'il n'ëtait pas présent à cet arrangement ; mais après que les Danois, eurent reçu l'argent et juré la paix, il paraît avoir recouvre son* autorité. L'earl Thurkill , ainsi qu'un assez bon nombre de Danois s'engagèrent à son service et entreprirent de défendre le pays ; un comté fut donné au pirate, vraisemblablement dans l'Estanglie, et le rendit vassal du prince anglais. On a pensé que la soumission de Thurkill n'était qu'une déception , et qu'il n'avait pris en apparence parti pour Etheired qu'afin de pouvoir livrer les Anglais aux Danois ses compatriotes. Les transactions postérieures auxquelles il prit part, semblent autoriser cette opinion; cepen^ dânt la conduite de l'earl fut présentée à Sweyne comme une rébellion à son autorité. Déjà Sweyne était devenu jaloux du belliqueux et turbulent Thurkill , et lorsque ses adhérens le sollicitèrent d'attaquer les Anglais et leur nouvel allié , il en reçut le conseil avec joie et s'empressa de le suivre.
Sweyne rassembla une flotte formidable, étincelante d*or et d'argent, et ornée d'images fantastiques. Des lions, des dauphins, des aigles et
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d^ dragons s'élevaient sur le$ proues , et la mer ecumait aous lea rames de ces vaisseaux, qui, rivalisant avec les barques éfëgantes et somptueuses des mers du Levant, semblaient prépara pour une fête triomphale plutôt que pour un -combat. Ce faste barbaresque agissait sur Timagînation ; de même que la parure des clievaax de bataille, il excitait Torgueil et Tardeur des guerriers , et , en montrant la richesse et la puissance du chef qui les conduisait, ajoutait à la terreur de ses ennemis.
Sweyne remonta THumberetprit terre à York ou près de cette ville. La plus grande partie des habitans du Danelagh se joignirent à lui sans hésiter. L^earl Uchtred et les Northumbrîens, le Lindesey, les cinq bourgs, se levèrent en armes ^ et ensuite toute la population au nord de Watljng-Street. Il ne faut cependant pas cor tendre ici les anciens descendans des colons danois^ mais bien une nouvelle population flottante, qui s'y était répandue pendant hs troubles.
Après avoir remis le commandement de sa flotte à Canut, son fils, Sweyne marcha vers le sud avec son principal corps d'armée. Suivant leur système ordinaire , les Danois forçaient les Jbabila^s des provinces dont ils s'emparaient , à
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leur fournir d^s^chevaux et des proyisions , et ils se procuraient ainsi les moyens d'avancer avec la plus grande rapidité. Oxford et Winchester se rendirent, afin.fi'ëvitér de plus grands malheurs. . , , ' La r^orthumbrie avait ëté épargnée , mais le
.midi Jetait livré k Id désolation; le fer et le feu avaient dévasté tout le. pays. Londres , qui était
•occupé par Ethelred et Thqrkill , tint les Danois en échet. Les habitans de cette ville étaient éminemmeht distingiiés par leur caractère belliqueux I et Malmesbury dans un mouvement . d^éloquencé monastique , s^ écrie que Mars lui-
,inéme né les eut pa& dédaignés. Soit qu'ils aient livré bataille à Sweyiie ,' ou qu ils lui * aient imposé par leur contenance , U prit le par^i de se rçtirer. Mais il u^en fut pas' de mémç dans le Wessex, où les Danois ne rencontrèrent pas une résistance capable de leâf arrétier; Sweyne ayant établi son quartier-général à Bath , reçut Vh'Qmmage d'Ethelmar , éaldorman du Devon- ^hire, e) de tous les tllanes de, l'ouest. Les peuples du nord confirmèrent leur soumission pré*
* cédentel Ethelred quitta Londres, et, comme le roi Jean , dans une situation qui présente quel* qaes points de ressemblance , il alla se réfugier
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dans Tile de WIght. Les bourgeois de Londres, qui , jiisqa^-lï , s'étaient dëfendus vrec tant de résolution , se décidèrent à onvrir leurs jportes 1013. à Tenvahisseur.' Ils craignirent pour leurs biens et leurs personnes s'ils venaient à étce vaincus. Sweyne fut a}oFS complèiemeni roi d'Angleterre , c'est-*à-dire souverain des divers roy^aimcs et comtés dont \t pays se composait. Quelques parties seulement des domaines anglo-saxonsrévisèrent I^uf hommage ., et le prince scot qui régnait sur la Cumbrie ne voulut pas non plus reconnaître la suprématie des Danois.
On prétend que Londres ne se serait pas rendu pour peu qu'EtheIred eqt animé les bourgeoise se défendre. « La conscience de ses forfaits , dit » Malmesbury , avait abattu ton courage, r» Les anciens fais torienSparlent ordinairement d'£theired sur ce ton ; mais lersquTthelred s'adresse au petit nombre de prélats et de thanes qui lui étaient restés fidèles , il dévoile une autre cause de sa retraite. « Je.suis banni , dit-«il , par la perfidie » de mes généraux , qui m^ont délaissé^ aban-^ » donné , trahi. Le pays est subjugué, les câtes » sont étroitement surveillées , et mes partisans ' » ont plus à craindre de leurs comfpatriotes que » des étrangers. » Ëthelred avoue et ^crit Iik
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p^rUs ftu miheu desquels i\ se trouve aiosi que ses 4X>nipftgnoos et finit en manifestant LHntention d'envoyer Emma et ses enfans à la cour de Richard ^ duc de Normandie. « L'accueil favo- » rable qu'il fera sans doute à la reine , conti-- » nue-t-il , sera le gage de ma propre sëctaritë. )» S il en ëtait^autrçment, je sens que j'«urais le » courage de mourir ici ayéc honneur plutdt que » d'aHer vivre avec honte en Normandie. »
- Emma (ut reçue trè^-affectueusement par son . firère , et, Richard, témoignai par Jà suite la màne f OU. obligeance envers Ethelred , qui trouva une 1015. retraite • hospitalière .et sure dans 'le palais /lu dtic* de Normandie , jusqu'au moment où il fiit rappelé par • la mort soudaine et inattendue de Sweyne. Selon la légende , le païen avait été frappé par le courroux de saint Edmond , dont il avait envahi les possessions. «
A la mort de Sweyne , les guerriers qui formaient réquipage ,de la flotte et la thingmpnna danoise , . que nous pouvqns appeler la garde .particulière , se réunirent pour proclamer roi Ganut ; acte d'autorité qu'ils étaient peut-être en droit d'exercei^ comme représentant le peuple danois.* Mais la législature anglaise résol|At à l^unanimîté de rétablir la famille* de Cerdic.et
St)^ REfTAOAATlOIf S BTHELRED.
en consëqoeoce, des dépatës furent envoyés vers Elhelred , pour l'infomier de cette détermination , portant en substance que les Angiais donneraient la préférence à leur souverain légitime sur tout autre seigneur , poutvu qu'il les gouçemàt mieux çu'il n'açaii /ait aup€uraif^anL Ethelred ,. après avoir reçu cette adresse, fit partir son fils Edmond , Tatheling^ avec sa réponse , dont les expressions rapportées par la chronique saxonne semblent être les mots même de h lettre du roi. U assure <c qu'il sera bon maître; » qu'il améliorera ce qui, d'après le 'sentimeat » de tous / dem^andera une réfoiine , et qu'il » accordera une amnistie générale pour tout XI ce qui a été dit et fait contre lui; powvu » néanmoins que Von se soumetie à son autorité » rojnalê, sans supercherie ni trahison, y* G^coskditioQs furent acceptées. avec joie. La législature confirma le traité et rendit un décret* par lequel tout roi danois serait .désormais proscrit en Angleterre.
Cette transaction remarquable posa les fondemens des plus grandes altérations dans les principes de la constitution* Tout en^ reconnaissant pleinement les droits héréditaires « les ' législateur^ stipulèrent que le roi ^'abuserait pa»
RESTA CRATION D'iTHELRED. 3c)3
de son pouvoir. Ils imposèrent des conditions an roi ; ils revendiquèrent le\irs libertës* nationales sans s'écaArter du respect du à la couronne ; et dans les concessions que fit £thelred , on peut apercevoir le germe de Ja grande charte, comme de tous les coutrats sybsëquens .entre le roi et le peuple d* Angleterre.
. Ethel^ed revint ^ et prit possessiondu royaume ; mais le décret des ^witans fut en vain fiilminé contre Canut. U^paratt que les comtes de Northupibrie n'avaient pas cojicouru au rappel d'Ethelred, et que les habiCans du Lindesey* étaient restés sous le gouvernemeiU de iait de Canùt, dont l'irritation fut au comble. Des dtagos avaient é\é donnés à Swejne -; Ginut les fit déposer sur le rivsige anglais , après les avoir hoi^ riblement inutiles^ La ;somme dç vingt-un mille livres ^ équivalente à un million huit mille acres de (erre , qu^fithelred fiit encore, obligé de payer aux. Danois; à Greenwich, prouye que leurs forces et leurs hostilités n'avaient pas diminué. Au milieu de toutes ces révolutions ^^ Edric Stréone xpnservait son pouvoir; il avait toujours été le second personnage du. pays , quel qu'eut été le premier. Un grand conseil des witans danois et anglais réiinis se tint à Qxfôrd. Ge fiit iOfs. un des congrès politiques qui commençaient à