GOUVERNEMENT DES ROMAINS. I I
vaîses comme les bonnes. Us apprirent à parler la langue latine , prirent des noms latins ^ se couvrirent de riches vêtemens, et rivalisèrent de luxe et de mollesse avec les Romains. Suivant Tusage ordinaire des peuples qui se disent civilises , dans leurs relations avec ceux qu*ils sgppellent sauvages , les coqquérans romains , lors de leurs premiers succès , traitèrent avec une inflexible rigueur les princes du pays , quand ceuxci osèrent leur opposer de la résistance. Boadicéej saignant sous les coups de fouet , et Caractacus ou Caradoc , charge de fers par un licteur insolent , sont des exemples fréquens de cette inexorable tyrannie. Cependant , on n'exerça pas toujours une aussi dure sëvéritë , et Ton permit à d'autres princes bretons de conserver leurs domaines sous la suprématie des Romains. Cogidumnus , qui , d'après une inscription trouvée à Chichester , parait avoir régné dans le Siusex , ancien territoire des Regni , ou du moins près de là , peut être cité comme un de ces gouverneurs tributaires. Dans les contrées où la population indigène possédait ainsi un chef pris dans son sein , elle était probablement moins opprimée que dans celles qui se trouvaient immédiatement placées sous la Terge romaine. Mais
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dans d'autres districls , et surtout vers la partie orientale de Tîle , il semblerait que la noblesse et Taristocratie du pays ont été complètement chassées , et que les terres furent données aux colons romains, sous le pouvoir desquels les Bretons, cultivateurs du sol, tombèrent dans une espèce de servitude prédiale.
Quand on parle de Tempire romain , on est enclin à y voir une puissance consolidée. L'étendard impérial et la majesté de Rome frappent seuls nos regards ; mais on comprendra mieux le véritable état des choses sous la domination de Taigle, si on le compare à la condition actuelle des provinces assujélies par les Russes , et ajoutées aux possessions du czar. Dans quelques parties , on trouve des villes florissantes , telles qu^Odessa , qui est peuplée par les conquérans eux-mêmes , parle leur langue et se régit par leurs lois. Dans d^ autres, comme dans la Crimée en général , les Russes ont expulsé les Mirzas et Khans tartares , anciens princes du pays , et sont devenus les propriétaires du sol ; mais la conquête n'a point déplacé la population tartare des campagnes , qui conserve ses anciens usages et ne parait pas jusqu'à présent s'apercevoir beaucoup de l'influence des seigneurs
VT l'ehfire rvme. i3
âmquels elle appartient On peut former une troisième classe des provinces semblables à la Mingrelie , où les anciens chefs sont restés ; mais sous la surveillance d un gouverneur nomme par Vautocrate, qui ne permet au royaume de subsister que sous son joUg militaire. Une quatrième classe consistera dans les provinces telles que TEsthonie et la Livonie, qui conservent leur ancien gouvernement mixte , quoique les races de leurs princes soient éteintes et que la souveraineté réside maintenant dans la personne de Tempereur russe. U y a dans TEsthonie une landlag, composée des nobles et des députés des villes. Cette assemblée est dans une sorte de débilité respectable. EUe^in^est ni assez forte pour exciter la jalousie de Tempereur, ni assez faible pour ne produire aucun effet. La/aiii/-lû^peut rendre des décrets concernant les réglemens de localité, ou affaires de la province. La répartition de plusieurs impôts entre dans ses attributions. Cependant , tout en tolérant l'existence de la land-iagy l'autocrate de toutes les Russies n'en a pas moins le pouvoir de renverser sa législation par les ukases qu'il promulgue à Saint- Pétersbourg. 11 est en théorie , sinon en réalité , le maître absolu de la vie et de la fortune des
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Eâthoniens , et s^il lui plaisait d'agir en despote envers eux, ils ne trouyeraient aucun moyen dVchapper à son autorité suprême. Enfin , dans le soi-disant royaume de Pologne , Fempereur permet qu41 existe une dièie formée en partie de la législature primitive possédée par \€ pays lorsqu'il était indépendant , mais russianisée, remodelée , restreinte et réformée , ayant un degré suffisant dUnfluence pour empêcher que la nation polonaise ne soit amalgamée en masse avec les Russes, mais entièrement inefficace pour limiter le pouvoir de l'empereur, excepté dans les circonstances où un souverain bienveillant et sage peut trouver convenable de se rendre à Tavis de ses sujets respectueusement exprimé ^ J'ajouterai que si le gouvernement russe éprouvait une subversion, les villes auxquelles je viens de faire allusion conserveraient une partie de l'organisation qu'elles ont reçue. Dans les provinces où les Russes se sont répandus, les
' Dans le tems où nous vivons , quand on parle des gouverne— mens , il tk'y a pas trop de s&retë à baser des explications sur les circonstances du moment^ attendu qu'elles peuvent être remplacées par d'autres pendant que la feuille est sous presse.
Ce paragraphe a été ëcrit pendant le mois d'octobre dernier , et je n'y ai rien change : la dernière révolution de Pologne ne peut que confirmer la justesse de ta comparaison. (Janvier 1S31. )
£T l'eMPIRB RUSiBE.
anciennes races reprendraient leur ascendant , mais il leur resterait probablement , surtout dans la discipline militaire , des vestiges de Tadministration importée par leurs derniers chefs. Les provinces de la troisième classe , celles dont les souverains dépendans sont gouvernes par la cour de Sàint--Pëtersbourg , reparaîtraient sous leur première forme , à moins que leurs schahs ou sultans ne jugeassent à propos , comme il y a lieu de le croire , de retenir des coutumes et des principes susceptibles dei'ehausser Tëdat de leur trône , et d'augmenter Pautoritédont ils pourraient alors jouir, délivres de la suprématie russe. Dans la quatrième clasâe , en'Esifaonie et en Pologne, la land'iag et la diète gagneraient en pouvoir et prendraient plus de consistance ; et si les droonstances leur étaient £arvorables , en' supposant par exemple que ces législatures continuassent d'exister tranquillement jusqu a ce que les villes fiissent devenues opulentes, et que la liberté eut été donnée aux serfs , elles pourraient devenir des obstacles puissans aux prérogat^es des monarques qui gouverneraient le pays.
Toutes ces hypothèses sont fondées sur celle d'une dissolution de l'empire russe , mais si cette dissolution était suivie de l'irruption d'un
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peuple beaucoup moins civilisé, tel que les Tartares-mongols , les traits de T ancienne domination se trouveraient bien plus altères ; les envahissseurs apporteraient avec eux un grand nombre de leurs lois et de leurs usages , et les coutumes ainsi que les lois des Russes seraient surmontées par celles d'un peuple sauvage et nomade. Cependant , les relations générales des parties de l'empire, Tune envers l'autre, resteraient les mêmes , à moins qu'il n'arrivât dans quelque district que l'ancienne population fut violemment expulsée.
Le parallèle entre l'empire russe et l'empire romain ne pourrait se soutenir jusque dans les moindres détails ; mais le tracé général en est assez exact, et je le présente ici pour que mes jeunes lecteurs puissent comprendre la*situartion des provinces romaines au moment où commence Thistoire de la chrétienté moderne.
Les formes de l'administration coloniale de Rome subirent des changemens considérables , entre le tems d'Agricola et le cinquième siècle , mais les principes essentiels subsistèrent sans altération. En prenant le règne de Constantin comme point intermédiaire de développement, quoique ce ne soit pas là une époque