‹ Histoire des Anglo-SaxonsChapitre 49 sur 124 · PATRIARCHES DE ROME · texte numérisé non relu

PATRIARCHES DE ROME

naient leurs yeux vers la lumière et cherchaient à devenir meilleurs. Le terrain ëtait bon, et quand on y jeta la semence , il rapporta une abondante moisson.

Pendant que les Jutes, les Angles et les Saxons s'établissaient dans la Bretagne, les moyens de leur communiquer les vérités salutaires de Tëvangile se préparaient, par Fintervention de Grégoire, qui était alors évéque ou patriarche de Rome, titres changés depuis en celui de Pape.

La possession de l'évéché romain donnait la prééminence au prélat qui l'avait obtenue. Après que les Romains et les peuples qui constituaient leur empire eurent été convertis au christianisme , il parut convenable que quand les évéques des diverses villes et provinces s'assemblaient afin de délibérer sur la règle et le gouvernement de Téglise , certains prélats fussent désignés parmi eux pour présider et maintenir Tordre dans ces conseils du clergé. Ce soin fut confié aux évéques , appelés quelquefois patriarches , dont les chaires , caihedrœ, étaient placées dans les principales églises des diocèses les plus importans. Ce terme de diocèse, qui maintenant appartient exclusivement à la hiérarchie -ecclé-

PATAIIRCHES D^OAIEMT. ^3

siasdque , avait fait partie de la nomenclature impériale , ainsi que je Fai dit ' , pour indiquer une des divisions de territoire du gouvernement temporel de V empire. Le premier, ou primat, des évéques de cathédrale, était le patriarche de Rome, à qui les autres évéques cédaient une honorable préséance, parce que Rome était anciennement la capitale de tout l'empire. ConstantinopJe, ou la nouvelle Rome , avait un patriarche, qui possédait aussi le rang de président ; parce que cette ville, quand Tempire fut divisé , devint la capitale de Fempire d'Orient. Jérusalem fut le siège d'un patriarche, à cause du respect que Ton portait à la cité sainte ; Ântioche et Alexandrie, comme villes principales de TÂsie mineure et de TÂfirique, possédèrent également des prélats investis de la dignité patriarchale ; et beaucoup d'autres villes jouirent du même honneur.

Les évéques tiennent leur ordre et leurs fonctions spirituelles des apdtres ; mais les arrangemens relatifs aux lieux où ils sont fixés , ainsi qu'aux dotations qui leur sont accordées, forment une partie du gouvernement civil de l'église ,

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^4 LE PAPE OnicOIRE.

et comme ces mêmes airangemens ne sont pas essentiellement lies anx doctrines que Tëglise enseigne , ils peuvent être modifies par Tautoritë compétente. L'ëglise de Rome a change beaucoup d^nstitutions humaines en articles de foi , et la chaire de Saint-Pierre, placée au centre du gourer nement temporel , acquit par ce seul motif une supériorité , origine de la vaste puissance que les papes s^arrogèrent ensuite sur les autres églises du monde chrétien.

Le .pape Grégoire avait pris beaucoup d^intérét au bien-être des Ânglo-Saxons , à cause dVne. aventure qui lui arriva dans sa jeunesse. EoTiioB U passait sur une des places de Rome, au moment où certains marchands des pays étrangers venaient d^y arriver , amenant 'des esclaves , qu^ils exposaient en vente comme de vils animaux. Cet infâme trafic existait de tems immémorial ; et quoique le christianisme eût adouci le sort des esclaves , il n*avait pas jusque-là réussi à briser leurs fers. En conséquence, Grégoire ne pouvait que plaindre les captifs, et ilfiit particulièrement ému en voyant plusieurs pauvres petits garçons, qui, debout et tremblans , attendaient qu'on les fit passer au pouvoir d^un nouveau maître. Cétaient de beaux enfans , aux joues

LE PAPE G|lÉGOia£. - ^5

yermeilles , aux yeux bleus et dont la chevelure blonde et boudée flottait sur leurs épaules. Dans ce tems-là , des cheveux longs marquaient une naissance distinguée. Il n'y avait que les rois et les nobles qui eussent coutume de les laisser croître , et les individus d^une classe inférieure ou servile les portaient fort courts. Grégoire devait donc sentir encore plus de compassion , en s'apercevant que ces enfans avaient éprouvé quelque grand revers de fortune, et que leurs soufiErances étaient comparativement plus cruelles que s'ils eussent été habitués aux privations et au travail. Leur père avait probablement été tué à la guerre ; ces êtres faibles , élevés dans toutes sortes d'agrémens et de jouissances, étaient maintenant exposés à une captivité sans espoir , et , privés désormais des tendres soins de leurs parens , allaient passer sous la direction d'un maître inhumain dans une terre étrangère. « A quelle nation ces pauvres enfans appar* tiennent-ils? » demanda Grégoire, en s'adressant aux marchands. « Ce sont des Angles , mon père. » — «Dites des anges, car ils en ont la » beauté , et je voudrais qu'ils devinssent des » chérubins dans le ciel ! Mais comment appelez- » vous celle des nombreuses provinces de la

^6 MISSION d'aUGUSTIN.

» Bretagne d'où ils viennent? » — « Deïra , mon père. » — « Déïra! » continua Grégoire ^ vDe ira dei liberandi suni. — Ils sont à délivrer de la colère de Dieu. » Et lorsque demandant aussi le nom de leur roi , on lui répondit que c'était Ella ou Alla,. il ajouta que Ton devrait faire chanter AUeluia dans les domaines de ce prince.

Cette conversation peut paraître frivole , mais elle était destinée à produire les plus importans résultats. L'attention de Grégoire s'étant ainsi portée sur la situation de la Grande-Bretagne , il en fit Tobjet de ses méditations , et résolut de se rendre dans ce pay& en qualité de missionnaire. Des obstacles survinrent et le forcèrent de renoncer à ce projet, mais l'impression qu'il avait reçue demeura dans son esprit,et lorsqu'il devint pape , il envoya Augustin remplir la tâche dont il avait désiré l'accomplissement avec tant d'ardeur.

 cette époque , le Kent était gouverné par Ethelbert ' , monarque puissant et habile , qui avait forcé les autres souverains de l'île , soit

597. Bretons , soit Anglo-Saxons, à reconnaître sa supériorité. Il avait épousé une princesse nommée

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