AIFRBB DANS LE CAMP DES DANOIS
« Alfred het meh gets^irean » , c'est-à-dire , « Alfred m^ a fait fabriquer » , fournit la preuve la plus authentique de son origine.
Pendant qu^ Alfred ëtait cacbë , les habitans du Wessex remportèrent une victoire signalée. ^7& Biom, Côie-de-ferf et Hubba, qui avaient tente un débarquement dans le Devonshire, furent tuëaavecun grand nombre deleur&compagnons. Hubba fut enterre sous un amas de pierres qui retint son nom dans la suite.' Les Danois, à la perte de ce chef, témoignèrent leur douleur en poussant de grands cris , mais ils n^avaient pas coutume de regretter long-tems leurs morts , et quand même ils auraient perdu dix fois plus de soldats qu'en cette occasion , leurs forces eussent à peine été diminuées. Cependant leur bannière magique du corbeau était devenue laproie de l'ennemi, et cette perte, ajoutée à celle de leurs capitaines,énervaleurcourageenleurfaisant éprouver un sentiment d'infériorité, inconnu d'eux jusqu'alors. Alfired apprit dans sa retraite d'Athelnej la nouvelle de la bataille , et résolut de tenter l'exécution de projets plus hardis. Après s'être déguisé en ménestrel, ou glee^man, il se glissa
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* Hubbelov ou HubblesUnes.
I^O SORTIE d'aLFRED.
dans le camp des Danois oè ilfiit bien reçu par leurs chefs , comme qoelqu'un^ont ils poayaieni attendre de Tamusement et de la gaîlé. Alfred joua son rôle avec tant d^adresse^ que, sans faire naître le moindre soupçon , il n^y eut rien qu'il n'observât des yeux et des oreilles. Il demeura ainsiparmi les Danois pendant pkisienra jouni , jusqu'à ce qu^il eut satisfait son esprit sur tout ce qu41 Toulait aaroîr, et il retourna ensuite dans son lieu de rrfuge.
Vers Piques , Alfred et ses compagnons terminèrent à Athelney un i«trancfaement dcadnë à devenir la clé des opérations contre l'ennemi. Sept semaines après , ayant été rejoint par les hommes du Somerset, il fit une sortie, et prît position à Egbert's Stone, sur la lisière de la forêt de Selwood , appelée ia grande forêt , ou coifmmvr^ par les habitans bretons du Somerset , qui, peut-^étre, Coarmaiaat'.la plus forte partie de la population Tous les habitans du Dorset et du Hampshire , districts voisins de celui du Somerset, accoururent avec ardeur sous les drapeaux d'Alfred ; ils se nj^ouissaient de' le revoir au milieu d'eux, et les motifs de mécontente- . meni qu'ils pouvaient avoir eus auparavant étaient entièrement oubliés.
VICTOIRE d'eTHANDUNE. t 'J I
Avec cea forces, et à (a léte d'une année qui , pour la première fois , pouvait espërer de^ délivrer le pays de ses perséouteuFS , Alfred se prépara au combat. Deux jours furenl employés à tout disposer. Le troisième, le roi rassembla ses guerriers, et, prenant Tayantage d'une hauteur, il y assît son camp. Le matin du jour suivant, il s'avança jusqu'en un lieu nommé Etbandune % où il se trouva en face de l'ennemi. Alfiped^ alors porta la parole à ses soldats : son discours 6it concis , mais énergique ; il leur représenta que c^étaii peut-être là dernière occasion qui leur était offerte de se racheter d'un honteux esda* vage , et il leur fit sentir la nécessité d'en profiter. La bataillé commença par une volée de flèches. Les Angisâs lancèrent ensuite Leurs javelots contre les hommes du nord ; et lorsque les armes de trait furent épuisées, les combattans s'engagèrent corps à corps. Après une lutte meurtrière , les Anglais restèrent maîtres du champ de bataille, et les débris épars de Tarmée danoise , commandée par Guthrun^fiirent obligés de cherdier leur saint dans leur&retrancfaemens.
' On peut présumer que c^est Ëddindon près de Westbury, dans le Wilto.
I<^a GCTHAUN.
AJfired les y bloqua pendant quatorae jours. lies Danois ne pouvaient recevoir aucun secours de leurs compatriotes, et à la fin , presque morts d'inanition, ils se virent forces d'accepter les conditions qu'Alfred jugea convenable de leur imposer.
Alfred , quoique victorieux , ne put expulser les Danois de la Bretagne. Il leur cëda , ainsi qu*à Gutbnin , leur roi , un territoire considérable qui s'ëtendait depuis l'embouchure de la * Le^a jusqu^à sa source ; de là jusqu'à Bedfbrd, et ensuite , le long des rives de TOuse jusqu*â Watling-^treet , Tancienne voie romaine. Depuis ce tems , ce même territoire , rëuni à la Northumbrie , a été connu sous le nom de Danelaghf c/est-à-dire , loi danoise ou gouvememenl danois.
L^Estanglie et une partie de TEssex et de la Mercie se trouvèrent ainsi cédées aux Danois , qui s'y fixèrent , non plus en ennemis, mais comme vassaux de la couronne d'Alfred. Gulfarun se convertit au christianisme; Alfred fut son parrain, et les Danois imitèrent Inentôt l'exemple de leur roi. Ils semblaient s'être lassas S78. de leur état de barbarie. Alfred et Guthrun con- 880. durent ensemble un traité pour consolider la
6UTHRED. I>j3
paix et Tamitié entre les deux nations , et , d^un consentement mutuel, ils établirent des lois assorties le plus possible au genre de gouyeme* ment des Anglo-Saxons, tout en ménageant les anciennes coutumes ^es Danois .
On pourrait penser qu'Alfred eut agi plus sagement en faisant tous ses efforts pour chasser entièrement les Danois de la Bretagne. Mais, dans ce cas. , comment aurait-il pu les empêcher d^y revenir Tannée suivante? ils étaient maîtres de la mer, le pays avait été tellement dépeuplé par les guerres , que rétablissement -des Danois au milieu des Estangles ne fit que remplir les vides , et d'ailleurs Guthrun , pendant tout le tems qu'il vécut, parait avoir été en parfaite intelligence avec Alfred , auquel il rendit toute Vobéissance. due par un vassal à son seigneur.
Après la mort de Halfdane, l'armée danoise, qui avait conquis la Northumbrie , continua sans chef ses opérations. Les hommes du nord eurent de grands différends entre eux. Plusieurs années auparavant, les fils de Régner Lodbrok, s'étaient emparés de Guthred , fils d'Hardacnut, roi de Lethra en Suède ; ils le vendirent comme 803. esclave , et à l'époque dont il s'agit en ce moment , le fils d'Hardacnut appartenait dans sa servitude aune vieille veuve duNorthumberland.
|';4 G0THREI».
Cepeudauirextraction deGuthred était connue ; on savait quHl était de race royale , et il parvînt à Tautoritë sapréme d'une manière fort singulière. Eadred , évéqne de Lindisfaime , agissant, prëtend-on, par les ordres de Saint-Guthbert qui lui ëtait apparu en songe , se rendit à Tarmëe des Danois, et leur persuada , aussi bien qu'aux An^ais,de prendre Gulhred pour leur souverain. Il fut conduit à Oswin^s Dune ( la colline d'Oswin ), on lui mit les bracelets d'or, emblèmes de la dignité royale, et il fut solennellement couronné roi des Northumbriens , tout en restant vassal d'Alfred. Guthred avait ainsi de grandes obligations à Eadred; et se conformant à l'insinuation donnée par une seconde vision de SaintCutlibert , il paya sa dette de reconnaissance^ en accordant à Tévéque, non seulement les terres comprises entre les rivières de Tyne et de Wear, ancienne dotation de Lindisfaime ' , mais encore une autorité royale sur tout le territoire qui se trouve entre celles de Tyne et de Tees. Alfred consentit à cette dona^ tion : peut-être se fit-elle sous sa direction, et il distingua probablement les avantages qui pouvaient en résulter. Couvertes en partie de bois et
Voyet page ISO.
DROITS PALATINAUX. I<^5
de forêts , ces terres étaient d'une médiocre valeur. Le pays , possédé par Téglise devait s'améliorer, être mis en culture, et le respect que l'on portait à Saint-Cuthbert pouvait contribuera le garantir d'une invasion hostile. C'est de cette ancienne donation que dérivèrent les droits ^olaiinauxdes prélats de Durham, dont les évéques . actuels ont conservé une partie. L'évéq^e >.dans un comté palatin , est propriétaire en dernier ressort de la terre, elle lui revient de droit lors-^ que le franc tenancier meurt sans, héritiers , ou encourt une confiscation légale. La disposition du donateur royal fut conçue de manière- h comporter une jviridiction complète, et l'évéqud devint une espèce de [urince dans l'étendue de sa franchise. Il avait le droit de vie et de mort; Il pouvait, de même qu'un roi, condamner et absoudre, et maintenant encore, l'évêque de Durham ^ s'il lui pjbit de faire usage de cette faculté, pfcut venir, vêtu de sa robe écarlate, s'asseoir parmi les juges qui instruisent le procès d'un criminel dans son palatinat.
Guthred se montra aussi fidèle que Gulhrun envers Alfi^ed^ et les Anglais commencèrent à jouir d'un peu de repos. Alfred n'eut point de guerre avec les Bretons ; ils parurent avoir
1 ^6 PUISSANCE d'alfa ED.
reconnu que son gouyernement était leur plus puissante protection , et ils se soumirent con^ plètement à son autorité. L'ancienne fiemiille royale de Mercie s^était éteinte ; les habitans de ce pays se crurent trop heureux de pouvoir le proclamer leur maître; mais comme, d'après la •constitution des états anglo-saxons , ce peuple devait avoir un chef particulier , Alfred confia cette fonction à son gendre Ethelred , qui , sous le titre d'alderman , gouverna le pays avec un pouvoir royal. Dans Tintervalle des sept aimées qui suivirent sa restaivation, Alfred fat reconnu monarque suprême de la Bretagne au sud de THumber ; car, bien que lés Danois ne fassent pas entièrement dans sa dépendance , la théorie de leur gouvernement impliquait qu'ils étaient ses vassaux. Le Wessex et les contrées annexées, la plus belle et la plus riche partie de Tile , étaient entièrement , de nom comme de fiul , sous son\ autorité. Il était virtuellement souve-rain de la Mercie , et partout où son pouvoir s'étendit il employa tous ses moyens à faire le bonheur de la nation. •
L* Angleterre ressemblait à un pays sur lequel a passé une inondation destructive. Le torrent s'était écoulé, mais la face de la terre était couverte
.LES HOSTILITES DES DANOIS CONTINUENT. l^^
de ruines et de désolation. Nous parlerons* bientôt des travaux d'Alfred : ils eurent un plein succès ; cependant il ne put s'y livrer que pendant une période d 'hostilités presqu^aussi opiniâtres et aussi fatigantes que celles qui avaient été sur le point d'anéantir l'indépendance de son royaume.
Xes pirates Scandinaves étaient devenus si actifs et si furieux ^ qu^ils semblaient • avoir projeté de subjuguer PEurope entière. Scût qu'ils pillassent les villages au nord ou au midi du détroit , leurs mouvemens se rattachaient i l'exécution d'un vaste plan. C'était. Tidolàtrie aux prises avec le christianisme. Leur défaite était donc un avantage pour toutes les* nations civilisées, qui devaient voir aussi dans chacun de leurs succès un désastre conminn; aussi les Scots s'acquirent-ils la reconnaissance et l'amitié de Charlemagne, en remportant une victoire sur les hommes du nord. g^g. La balance générale du succès était cependant en faveur des Païens; souvent ils étaient vainqueurs en réalité , lors même qu'ils paraissaient vaincus , et quand on les dispersait après qu'ils avaient pillé une ville, ils emportaient néan^ moins assez de butin pour se dédommager de
If 8 NOinriLLB lA&OPTIOir BUDAIVOM en Afr6l.BTËRKK^
la perte des kan , ce qui les affectait du reslir aasez peu.
Les chroniques donnent les dëlails d'une suite d'attaques contre lesq^eUes Alfired eut à se dëiendre^ après avoir recouvre 9on pouvoir , et que Ton ne pourrait exposer intelUgiblenaeDl qu'en les narrant selon leur ordre chronoiogîque. Il suffira de Êiire connaître ici que les Danois continuèrent de voltiger sur les côtes , transférant leurs quartiers de FuUiam à Gand ,. de la Tamise à la Maine » selon ce qui répondait le mieux à leurs desseins. De son côté, A.l£red ne se relâcha point de sa vigilance , et quand \xi^
S86. armées des Danois allèrent bloquer Paris , il profita de cette dromstance pour fortifie» la ville de Londres , déjà saccagée à diverses- reprise» par les barbares.
Le siège de Paris- dura deux ans entiers. U fiit
1^. suivi d'une guerre très-animée dans la Flandre , qui dépendait de la couronne des souverainsfiranc*. Une famine afireuse. mit le comble à la désolation de ce pays. L'Angleterre présentant encore des. ressources qui pouvaient tenter les- Danois^ ils se décidèrent à revenir dans notre ile^ et^ dans l'intervalle de quelques jours, les habitans du Kent virent se rassembler , à l'embou-
BAffTINO. 1^9
chure du Rodier ' et le long des rivages Voîsms, «me flotte de deux cent doqoante vaisseaux rem* plis de guerriers , tânctis qii*une autce flotte de quatre«>vingls vaisseaux entrait dans la Tamise.
Cette escadre fomûdable ëlait commandée )par le fiimeux Hasling, un des guerriers danms 893. les plus expérimentes ; il montra son habiktë dans Part militaire en élevant aussitôt de forts retranchemens dans lesquels il fit prendre posi-^ tionà une partie de son armée ^ qui s'y m^ântiiit pendant un an« Le reste se répandit dans le •pays. Les Ikanois de la Northttmbrie et de l'EstangHe, ces derniers gouvernés par le roi Eric, violèrent leur serment de fidélité et se joignirent k leurs compatriotes dans leurs projets de d^truction.
Alfired se trcmva dsotis un grand embarras , mais ne se laissa point intimider. U éprouvait beaucoup de difficulté i organiser seê forces. La /^jrrd ou levée en masse ne pouvait être obligée
* Ayu»! la conquête , cette rivière débouchait dans la mer entre &OBIMJ et L]rda ou North-Lade* Son court a. beaucoup changé, et son canal s*est presque rempli de vase et de saUe. En 18S2 , on trouva dans l'ancien Ut un vaisseau qui donna lieu k beaucoup de canîcctnres. Maïs et n'était » selon toute apparence , qvt la carène d^un bateau hollandais ou flamand du xvi«. siècle. ( Archœoiogi^j 4. XX , ^n^e 553. )
t8o HASTING;^
de serrir au-delà d'un tems dëtermiiié qui vCé^ tait probablement que de quarante jours ; il était nécessaire d^ailleurs de pourvoir à la défense des villes et à la culture des champs. 0 résolut en conséquence de n'appeler aux armes cette milice que par divisions qui se remplaçaient alternativement et rentraient tour-à-tour dans leurs foyers. Dans le cours de cette guerre, les troupes d' Alfined surprirent , à Benfleèt « une forteresse dans laquelle Hasting avait laissé sa femme et ses enfans. Alfred renvoya les eniàns et leur mère à Hasting, sans qu^il leur fût fait lemoindre mal. Cette action généreuse n* excita aucun sentiment analogue dans Tame du Danois; Loin de s'y montrer sensible, il recueillit de nouveau tous ses moyens d^attaque, et, pénétrant dans la Mercie, il porta la guerre jusqu'au cœur de l'Angleterre*
Cernés dans une position désavantageuse, sur les bords de la Seveme^ les Danois ne pouvaient plus se procurer de provisions et se trouvaient sur le point de périr par la faim. Ils se firent jour au travers de l'armée anglo-saxonne qui les entourait, et qui leur fil éprouver une perte considérable. Cependant ils se rallièrent encore dans l'Elssex. Us confièrent alors à la garde des