‹ Histoire des Anglo-SaxonsChapitre 70 sur 124 · LANGUES ROMANCES OU ROMANES · texte numérisé non relu

LANGUES ROMANCES OU ROMANES

quand il disparut lui-même de la scène du monde.

Dans le ym^ siècle , qui ëtait le tems de Bède, ia Bretagne élait distinguée par les sciences; leur dëdin rapide avait été causé par les invasions des Danois. Les églises et les monastères avaienit été particulièrement les objets de leurs attaques; ces établisseraens , les seules bibliothèques et les seules maisons d'éducation qui existassent alors, avaient été brûlés ou démolis, 4ît le clergé était tombé dans un état si complet 'd'ignorance, qu'il ne pouvait même plus remplir convenablement les devoirs du service di- Tin. « Au sud de l'Humber », dit Alfred, dont nous pouvons citer les propres paroles, « il y » avait, dans les commencemens de mon règne, » peu de prêtres qui pussent comprendre le I» sens de leurs prières ordinaires^ ou traduire »» une ligne de latin en anglais ; il y en avait si » peu, que dans tout le royaume de Wessex il » ne s'en trouvait pas un seul. »

Un préjugé puissant existait, dans une grande partie de l'Europe, contre l'emploi des langues vulgaires dans les écrits. Les langues romances '

' Ce terme i toujoars été applique aui langues dont il est question •dans le teste , et romance est encore' employé en espagnol comme ^nonyme de castillan ou langue vulgaire.

ai2 LANGUES ROMANES.

OU romanes de la Gaule, de TEspagne et de l'Italie n'étaient qu'un latin dégénère , ou des dialectes auxquels il avait donné naissance ^ corrompu par les habitans des provinces romaines , et ensuite par les conquérans barbares de l'empire. Ou a dit en plaisantant , mais avec assez de vérité , que l'espagnol était un latin tel qu'on aurait pu l'entendre de la boucbe d'un esclave romain de mauvaise humeur. Toutes ces langues romanes , le français , l'espagnol , ^e portugais , le provençal , l'italien , ne sont effectivement que le latin mutilé , privé de sa construction, de ses formes grammaticales, et entremêlé ensuite de mots dérivés des sources barbares teutoniques, celtiques, gasconnes, et même slaves. Ces idiomes irréguliers ayant été cultivés depuis, ont acquis de l'élégance; mais les savans, qui, tout en manquant peut-être d'un goût délicat, étaient habitués aux formes correctes de la langue latine, devaient trouver ces patois aussi ridicules que l'est pour nous le baragouin des nègres de nos colonies, avec lequel ils ont la plus parfaite analogie. On pouvait se servir d'un semblable langage , et l'on s'en servait en effet pour l'instruction orale de la classe inférieure du peuple , à cause de l'im-

LANGUES KOMANE8. 31 3

possibilité d^en employer un autre , et Ton prononçait en chaire des discours dans ce qu'on appelait la langue rustique. Mais un écriyain aurait cru déroger sMl avait employé ce jargon dans une composition littéraire. Encore moins en aurait-on fait usage pour traduire l'Éa-iture- Sainte, car on eût craint de profaner la dignité des Jiyres sacrés en les faisant passer dans un idiome plébéien , qui portait le cachet de Tignorance et la trivialité.

On traite souvent sans respect la parole di-<vine, et il est peu de fautes où l'on soit pluy facilement entraîné. Nous aurions donc besoin de yeiller avec attention sur nous-mêmes à ce sujet. Nous devrions résister à la fréquente propension que nous avons à mêler une idée familière ou burlesque avec un usage ou un nom mentionné par PEcriture-^Sainte , avec une des expressions ou un des passages de son texte, et ne pas nous croire excusables , quand même ce ne serait que le résultat de la négligence ou d^un défaut de réflexioù. Toute personne de bon goût évitera de lire la parodie ou le travestissement d'un beau poème, parce que le souvenir d'une ressemblance dégradée vient ensuite importuner la mémoire , et détruit le plaisir que

21 4 LANG0E8 KOllAirES.

Toa aurait trouvé à contempler la beaulé de Torî. ginal. Mais quel devoir n'e»t-ce pas pour nous de garantir les pages de la Bible de toute atteinte faite pour diminuer le bonheur de ceux qui révèrent la loi sacrée.

U faut, en conséquence, admettre qu*en général ce fut un principe judicieux qui porta le clergé de la Gaule i, de TEspagne et de Tltalie à ne pas vouloir que les Ecritures fussent revêtues de formes qui paraissaient devoir inspirer le mépris ; mais Fapplication particulière de ce principe fut évidemment fausse. Les langues romanes étaient les seuls idiomes que la masse du peuple entendît. Ce peuple était un composé de diverses raœs d'hommes qui parlaient une langue mélangée. Ils ne trouvaient rien d^étrange ni de désagréable dans les barbarismes et les solécismes qui offensaient les oreilles des grammairiens, ^et si les prêtres répudièrent un langage employé par eux-mêmes dans toutes les affaires ordinaires de la vie , ce fut seulemenl par une vanité de savans , et parce qu^il était dépourvu d^érudition et de pureté.

Il en fut ainsi dans les pays ronumisés , où les races conquérantes assimilèrent rapidement leurs dialectes et leurs usages à ceuit; des vaincus :

LANGUES TECTONIQUES. 21 5

mais les peupks teutoniqoes s'atlachaieat au contraire à consei;ver leur naticmalitë ; ils chërissaient leur vieille langue maternelle , si expressive , et seul véhicule de la littérature qu'ils avaient pos-^ sedée. Leur idiome était à leurs yeux une marque de noblesse et de supériorité , et son abondance ainsi que sa régularité permettaient à l'écrivain versé dans l'étude des grammairiens de la Grèce et de Rome, d'employer le gothique ou le saxon avec autant de précision que les langues cultivées. U n'avait aucun terme à éviter. Ulfila, évéque des Mjeso-goths , fit ainsi cette inestimable tra^ duction du Nouveau -Testament dont j'ai déjà parlé. On trouve aussi les évangiles dans le Codex Oiigeïïèieus^. D'autres fi*agmens des actes et des épitrcs ont été recueillis récemment dans des palimpsestes, et si l'on voulait étudier l'origine et la formation de la langue anglaise , la version d'Ulfila fournirait pour cette recherche les matériaux les plus précieux*

■ Conserve dans la bibliothèque de runîversitë d^Upsal. (Voyes aussi page 203. ) Uû palimpseste trouve à Wolfenbotteî a fourni an petit fragment des épttres. L'abbë Maii en a découvert beaucoup d^anlres dans la btMiolbèque du Vatican , confiée à ses soins ; mais ce savant veille sur us trésors d*un œil jaloux ; il n*a publié que des parties de fracmens. On croit que la version d'Ulfîla fut composée vers Tan 360.

3l6 CiBOMON.

On voyait assez souvenl des passages de la Bible rendus par des- traductioas , ou plutôt par des paraphrases en vers. Les nations teuloniques, ainsi que je Tai fait observer, étaient tellement habituées à voir dans la poésie un moyen d^nstruction , que cette manière de rendre les Ecritures accessibles et agréables à la classe du peuple fut non seulement convenable , mais digne d'éloge. Le rhytme aidait à la mémoire , et , dans certains cas , la liberté nécessaire à ce genre de composition permettait au traducteur de produire une version plus intelligible qu^iJ n'eût pu le faire autrement; car les anciens tra-* ducteurs s'imaginaient souvent qu'une interprétation fidèle ne pouvait être obtenue qu'en plaçant chaque mot de la version dans la position exacte du mot présenté par l'original. Il existe en anglo-saxon une traducticMi des psaumes sur ce modèle ; et à l'exception des articles et des particules, dont on ne fait pas usage en latin, chaque mot anglo-saxon couvre pour ainsi dire le mot analogue dans le texte de la Vulgate.

De tous les poèmes sacrés des Ànglo-Saxons « il n'en est point de plus célèbres ou de plus singuliers que ceux de Caedmon. Il avait atteint

CiBDMON. 217 .

déjà le milieu de la vie avant de pouvoir seule- Ea^iroa ment réciter une strophe. LorsquMl lui arrivait ^'^^ de se trouver dans une réunion où chaque convive devait chanter à son tour, il quittait ordinairement la fête en voyant la harpe s'approcher de lui, tant il était honteux de son infériorité.

Un jour, s*étant ainsi échappé d^un banquet, au moment où la harpe redoutable était sur le point de lui arriver , il alla se réfugier dans une étable. Cétait précisément au tour de Caedmon de veiller sur les troupeaux ; et, parvenu ainsi à éviter Thumiliation qui Teût attendu au milieu de ses compagnons , il s'étendit sur la paille, et s'y endormit. Dans le cours de la nuit , il rêva qu^un étranger s^était approché de lui et le priait de chanter. « Eh! quoi », répliqua Cxdmon dans son rêve , « est-ce que 3» je sais chanter, et n'est-ce pas mon ignorance » qui me fait fuir la société? » Son interlocuteur imaginaire Tengagea de rechef à chanter, lui proposant pour sujet la Gréation, et aussitôt Caedmon improvisa un chant qui , à son réveil , se trouva fermement empreint dans sa mémoire. La paraphrase suivante, que nous devons à un savant très -versé dans les études

2 I 8 Ci£DMON .

anglo-saxoiiues ' , pourra donner une idée de la poésie de Caedmon :

Louons tous le roi des cicuz , célébrons le pouvoir et les arrêts de Aoirc créateur. Père de glorieux onvriges , seigneur étemel ,3a établi Torigioc de toutes ces merveilles si variées. D'abord il fonaa pour nous , fils de la terre , la vo&te du firmament. Ensuite , cd uaivers , ce globe terrestre est sorti de ses mains toutcs-puissantei, et sa bonté Ta donné aux mortels.

Il ajouta beaucoup de lignes à celles-ci , et la première personne à laquelle il rëcita sa composition, fut le bailli ou intendant de son village de Streoneshalch , maintenant appelé Whitbj , où se trouvait un monastère célèbre.

Cette histoire , quoiquVtrange , n'est m incroyable , ni merveilleuse , et peut s^expliquer par des causes naturelles. La timidité nerveuse de Caedmon prouve qu'il était doué d^un tempërament vif et irritable. Il s'était endormi Tesprit rempli des mortifications auxquelles il était sans cesse exposé, et du désir ardent de les éviter par la suite. La construction de la poésie anglo-saxonne était fort simple. On n^ employait pas la rime : l'harmonie des vers courts

' K«u M', J.-J. Conybeare. Voyes sts Kciairtissemens sêt la poàit tM^fê^smx^mmê * pubKés et complétés par Mr. W.-D. Conjbearc, Trgal » sious loy» Us rapports» de soa frère , obyel de nos regrets.

CiEDMON. 21C)

y dépendait principalement de rallitération y ou du retour des lettres initiales des mots, et consistait aussi dans une espèce de rhythme vague et changeant , détermine par Toreille plus que par aucune règle fixe de mesure. Les Anglo-Saxons possédaient un grand nombre d^expressions poè% tiques, qui différaient du langage ordinaire et formaient le bagage du barde ; mais ces expressions répétées journellement étaient connues de chacun, et avaient dû se graver dans la mémoire. Le défaut de connaissances dans Tart musical paraît avoir seul arrêté Csedmon , qui ne manquait pas d'intelligence. Il est donc très-possible , à pari quelque peu d'exagéraiton , que son talent poétique se soit tout-à-coup développé , à peu près comme on vient de le voir.

I^ bailli introduisit aussitôt Caedmon dans Tabbaye de Sainte-Hilda , où il le présenta comme la merveille du village , à un nombreux et savant auditoire qui s'y était assemblé. Après avoir entendu son hymne , on lui donna un sujet tiré de rhistoire sacrée à' mettre en vers , soupçonnant peut-être que , comme beaucoup d'autres poè'tes , il s'était paré de plumes empruntées ; mais Cxdmon soutint l'épreuve, et dès le jour suivant il produisit sa composition, qui fut cou^

220 CjEDMON.

verte d'applaudissemens.Caedmon consentit sans hésiter à la proposition de ceux qui pensèrent que son talent pouvait être très-utilement employé à la versification des Ecritures saintes. Oq le reçut moine dans le monastère de Streoneshalch. Il ne savait pas lire , mais ceux de ses frères qui étaient plus instruits lui enseignaient de tems en tems des passages de Thistoire sacrée, et quand il les avait retenus et médités , il les chantait , sous une forme métrique , à ceux qui les lui avaient appris. Caedmon ne fit pas une version entière des Ecritures , mais il compléta de cette manière un choix de passages contenant la grande histoire de la création et de la rédemption du genre humain^ et il y joignit un grand nombre d^hymnes et d'autres poèmes religieux. Bède nous dit « que Caedmon ne composa jamais i> un vers inutile. i> Il nous est resté un fragment considérable de sa paraphrase, et, par une coïncidence bien singulière et inexpliquée jusqu^ici, son récit de la chute de l'homme contient des passages qui ressemblent tellement an poème de Milton , qu^ils pourraient être traduits ligne pour ligne en anglais par une centaine de vers du Paradis perdu.

Dans le tems où Àlfi*ed commença sérieuse-

ALFRED RÉPAND L^INSTEUCTION. 221

ment à se liyrer à ses études , la connaissance de la Bible , telle qu'avaient pu la répandre les versions de Caedmon, était devenue familière au peuple. Le vénérable Bède avait fait passer dans la langue de ses compatriotes l'évangile de saint Jean avec des extraits des aptre^ parties de rÉcriture. U existait aussi, comme je l'ai dit, des versions . anglo-saxonnes du Psautier. La première des lectures d'Alfred fut la collection des poèmes ; il lut ensuite un volume contenant un choix des psaumes , avec les prières journalières, suivant Tancien usage de l'église ; pendant sa retraite dans Tile d'Àthelney, ce livre , qu'il portait précieusement dans son sein, lui procura toujours un soutien et des consolations.

Les plans d'Alfred poiur les progrès intellectuels de sa nation , le portèrent en premier lieu à répandre l'instruction dans la masse du peuple. D'après ce principe , il recommanda vivement « la traduction des livres utiles dans Fidiome » entendu de tous, afin n, dit-il , « que les jeunes » hommes de l'Angleterre, surtout ceux qui » sont d^extraction- noble et dans Taisance , » puissent s'instruire dans la littérature ; car ils » ne feront d'études profitables qu'après avoir » bien appris à lire l'anglais. » Cette opinion est

2^2 LES SA VANS ENCODRA6BS.

extraite d'un document qui parait avoir été une lettre circulaire adressée par Alfred aux évéquès, et le délir que Ton y voit exprimé est la plas forte preuve de la sincérité de ses intentions, ainsi que de la précision et de la haute portée de son esprit. Beaucoup de choses avaient été faites sur le continent pour la culture des sciences, surtout par Charlemagne. Mais la munificeuce de ^empereur franc et de ceux qui pensaient comme lui , n^avait eu pour but que de renfermer ce bienfait dans Tenceinte des cloîtres. La tendance générale du moyen-âge était de concentrer toute Térudition dans une caste particulière séparée du reste de la société. Alfred, au contraire , dirigea ses travaux de manière à ce que chaque individu pût obtenir sa part dans l'héritage commun de l'instruction , selon son état et son rang.

Alfred avait appris seul le latin, en traduisant. On se rappelle combien il regrettait dans sa jeunesse de n'avoir pas de maîtres. Aussitôt qu'il fut établi dans son royaume , il s'efforça d'y suppléer, non seulement pour hii , mais encoi^ pour son peuple , en appelant à lui les savans étrangers. Asser, natif de Saint-David ou Ménévie, et qu'il nomma évéque de Sherbourne , était

LEâ 8AVANS ENCOORAGÉS. 2^3

un de ces énidits. Alfred et le prêtre breton se livrent d'une étroite amitié , et nous devons à la plume d^Asser une biographie du monarque an*glo-saxon , écrite avec autant d'exactitude que 'de simplicité. Grimbald , sur l'invitation d'Alfred, quitta la Gaule, sa pairie, et vint se fixer en Angleterre. Un troisième étranger célèbre fiit Jean Scott, nom qui lui fut donné à cause de sa nation ; il reçut aussi celui d^JErigène , c'est-à-dire V Irlandais y du pays où il était né '. Erigène avait visité Athènes, et vécu en Asie où il avait passé un grand nombre d'années dans de pénibles études. GVtaitun philosophe profond, trèsversé en outre dans la connaissance du gi*ec , de rhébreu , du syriac, du chaldéen et des langues arabes ; somme de science qu'il est dans tous les tems difficile d'acquérir , mais dont on ne devenait possesseur qu^avec des peines infimes , à cette époque où l'on ne connaissait guère du grec que l'alphabet , ou tout au plus quelques mots ou quelques phrases ; d'ailleurs on n'avait point le secours des livres pour trouver accès à

' 11 faut ici se rappeler qu^à cette époque le peuple conna sous le non de Scots habitait Tirlande , qui portail alors celui d*£rin. (iV. du T.)

224 PREMIÈRE TRADUCTION d'aLFRED.

ces langues , dësignëes ordinairement par la qualification d'orieniales, mais auxquelles conTÎent mieux le nom de langues sémitiques , parce qu'elles appartiennent aux enfans de Shem.* H faut ajouter Plegmund à la liste des hommes distingues qui mirent Alfred à même de se procurer cette instruction objet de ses vœux depuis si long-tems.

Asser nous montre Alfred commençant ses travaux littéraires. Os étaient un jour engages dans une conversation agréable , lorsqu\4sser cita un texte de la Bible ou des ouvrages d'un des Pères de Pëglise. ^Ifred pria son ami de le lui écrire sur une des feuilles blanches de ce livre de psaumes et d'hymnes qu'il portait toujours sur lui , mais on ne put y trouver assez de place. Asser se ht apporter une feuille de vëlin qu'il plia en quatre; il y écrivit ce passage, et Alfred, se mettant ensuite au travail, le traduisit en langue anglo-saxonne.

Il prit ainsi l'habitude d'écrire tous les passages remarquables cités dans là conversation. Cependant son Hand-boc ou Manuel contenait en outre des anecdotes , des paroles d'hommes pienx,.et des sujets nés de sa propre observation ; mais la collection paraît avoir consité surtout

VERSIONS DE LA BIHLE PAR ALPRIC. 2^5

en extraits de rÉcriture, mêlés de réflexions d'un genre religieux.

Alfred , s' animant dans ses travaux , conçut le projet de faire une version entière de la Bible. Plusieurs écrivains assez anciens ont cru qo41 avait accompli la plus grande partie de cette tâche ; il paraît cependant que sa mort prématurée l'empêcha de s'y livrer , mais l'impulsion qu'il avait donnée ne finit pas avec lui. Les traductions se multiplièrent. L'évêque Alfric , le meilleur philologue de son siècle, entreprit une nouvelle version du Pentateuque et de quelques uns des livres apocryphes , et réfuta dans sa préface certaines objections que l'on avait élevées contre les travaux de cette espèce. Ces objections prouvent que l'opinion mal fondée qui devint pour Téglise de Rome la source de tant d'erreurs , commençait à se développer dans Tesprit de quelques uns de ses membres ; mais Topposition d' Alfric prouve aussi que cette opinion rencontra bien peu d'appui dans l'église d'Angleterre , et les rubriques placées en tête des leçons de la version anglo-saxonne des évanmles, font assez connaître qu'on les lisait régulièrement dans les églises , les dimanches et autres jours fériés. On introduisit aussi des parties

1^ VERSi'OlfS ANGLO-SAXONNES D£ LA BWLK.

ooasidéraUea de TÉcHtiire dans les homélies et les sermons en anglo-saxon, et Tëtnde des livres saints fut reconimaBdée aux laïques aiasi qu*aa clergë, comme la base de lear foi \ Il existe encore plusieurs yersioas manuscrites du Nouveau Testament. Dans certaines parties dia pays , «m prélat titwvaif peut-éire moins de difficulté à faire une nouvelle traduction qu'à emprunter uu manuscrit pour le transcrire. D^autres ecdésias* tiques peuvent avoir ji^é nécessaire de présenter les Écritttres au peuple d'un district particu^ Uer^ dans un dialecte qu'il comprit parSaitemefit.

' B BUlfira , potûr confirmer cette issernoo , àt c»ter le Tmilé air tAfuien £t le Noupeém TestamerU , ëpitre «dreanée p^r AUîric à som ami. Dani cet ouyrage , IVcrivain donne brièvement , mais avec talïftt, uii«<Mimalre<des d^ers livras de TËcriturè, mfilë^e rfltc^iw, dont on trouvera dans la suivante un spécimen instructif :

« Les deux Séraphins { Isaïe , VI y S } étaient sans doute la figurt » <dt l*Attciea 'éi do Nooveiia Tesumaat, rcfndaat k^ioaDaf^ à la » parole et aux œuvres du Tout-Puissant, qui règne seul en unilé » de divinité suprême , sans commencement toi (in. Tous ccna qui » taMignent^ «t ^ui ne y «isentpas ieur dodme et Itors «iMomies » dans ces livres sacrés, ressemblent aux hommes dont le Christ lui- » même a dSt : ^ Si «m «veugle conduit un autre irvcugle , ils tuak» benl iMis deux dans la fosse. » Mais les instituteurs qui «n loatla » base de leurs exemples et de leurs doctrines , soit qu*ils s*appuient » sur TAneiMi ousnr le Nouveau Testament, «oAt ceux dont \t » Chrut a parlé en ces mots :« Tout docteur instruit en ce qui w regarde le royaume des cieux , est semblable à un père de » famille^ tii«de ado ti^or dct«lhoses ii«u^les et <èeB chiiMt » anciennes. » ( Trcaiût conceming the old and Ne» Testament, page 38. )

VEftStOllS ANGLO-SAXON MlS DE LA BIBLE. IV]

Le proTinmlisme (]ui catactériie encôi^èlé^ comtes àt Test , de Totlest et du nord de I*Atigleteite, se tinanifestait aloi"» par des idîômés diÔ'drens qui n'avaient pas plus d'analogie entr'eux que n'en a le langage d*AIIdn Ramsey areé defui de Shenstone. Une langue familière^ à peu près semblable à l'anglais moderne , paraît avoir exista , peu de tems avant la conquête 4 en vtAtûé tems que le dialecte plus cultive que nous appelons anglo-saxon y et nous possédons en cette langue une des versions du Nouveau Testament ' . lia variété des textes des versions anglo-saxonnes doit être attribuée 'aux causes qui viennent d'être exposées; cependant ce sujet ne pourra être convenablement approfondi que quand on aura mis au jour les fruits des études bibliques de nos ancêtres. Les versions de la Bible , tant en vers qu'en prose , qui se sont succédé en Angleterre , depuis le tems des Anglo-Saxons jusqu'à celui de Wickliffe , sont si multipliées , qu'aucune autre nation de l'Europe n'en pourrait présenter un aussi grand nombre. Mais nous n'avons pas encore exhibé nos richesses,

■ Celte Tenion , ^ai se trouTe dam U bibliothèque Bodleieone , est connue sous le titi'e de Codex Hatiwûanus,

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