VOYAGES ORDONNÉS PAR ALFRED. 23<J
Alfred s'efforçait d'attirer en Angleterre tous les étrangers dont il pouvait espérer recueillir des renseignemens importans. Il y fit venir Audher y qui avait essayé de reconnaître jus* qu'où le continent d'Europe s'étendait vers le pdle nord. Embarqué dans un simple esquif, il avait côtoyé les rivages septentrionaux de la Laponie , et s'était aventuré parmi les sauvages de la Finlande. Lorsqu'il vint en Angleterre, il raconta ce qu'il avait vu , et Alfired , comme je l'ai dit , inséra le récit de ce voyage dans sa traduction d'Orose , oii l'on peut encore le lire. Un des sujets d'Alfi^d , nommé Wulstan , entreprit un voyage dans la Baltique, il navigua le long des rivages de cette mer, donna des détails , à son retour, sur les peuples étrangers qu'il avait vus , et le roi écrivit encore la' narration de ce voyage dans le même volume. D'autres voyageurs furent envoyés par Alfred en des contrées lointaines ; il obtint par eux la description des peuples de la Bulgarie, de l'Esdavonie , de la Bohême et de la Germanie , ainsi que la topographie de ces contrées.
Alfired satisfit ainsi son désir ardent de connaissances. Mais il s'occupa d'un objet plus grand encore , et qui avait pour but de soulager
1238 AMiASSADE AUX CHRÉTIENS SmiEItS.
des hommes malheureut. U y avait dans Tlndc^ sur les cdtes du Malabar et de Coromandet, plusieurs villes et districts peuples de S]priem professant la religion chrëtietine , quoique placés sous le gouvernement des ragahs^ et dont les ancêtres s^ëtaient établis là de tems immëmorisL On ne pourrait afiirmer, avec certitude en quel lems et comment ils y étaient Tenus. On a pensé que quand les apôtres ireçurentl'cHrdre de prêcher rÉvangile à toutes les nations ^ saint Thomas avait rempli cette mission en voyageant dins rindostan > et que ces Syriens étaient deseendos des disciples et des fidèles qui Tavaient aocom^ pagné. Mais, quelle que soit Tépoque à laqndW ils allèrent se fixer dans Tlnde ^ ils étaient restée attachés à leur foi. Les Indous, au milieu des^ quels ils vivaient , adoraient leurs idoles moos- Irueuses à plusieurs têtes et à plusieurs brasi et entourées de serpens et de crânes ; aiais les Syriens avaient conservé la parole divine ^ et , ao milieu des ténèbres qui enveloppaient tontes lei nations eavironnantes , ils se félicitaient de pou^ voir lire la Bible dans la langue de leurs ancêtres « langue que le Christ lui^^méme avait pariée pendant qu'il était sur la terre , et dont ils oomb^ nuent de faire usage.
AMBASSADE ACX CHRÉTICNS ftVRIEMS. iSp
Les ttombrcwt voyageurs "reiMis à la <eotir
<1' Alfred lui avaient rëvâé Teiistence de ce»
chrëtiens «yrtens , et il rësokrt de leur envoyer
SwîtheUn > éyéqjOK de Sherbum , jMHir leur pùt^
htr des «eocNUB. Les diroQiîqttefi ne nous apprt^n-
a^ni pas qitelle espèce d'oifflaction les Syriens
éprouvaient dans ce moment-là. Peut-être étaient
ils t^primës par les Païem ; q«oi qu'il en soit ,
Alfred & panUr Swithelm p4^ur ce long pëletî-*
nage. Mainteuanlt, quand on va dans l'Inde , les
▼aÂsseaux doublent le cap de Bonïie-Espérance^
maïs du teats d'Alfred <, ce passage était inconnu :;
les oavigaileurs croyaient que le conlinent d' Ain«
^ae s'étendait jusqu'au paie do sud y et l'ofi
était en conséquence olAigé d^ fliire et voyagé
par fienre , route bien liMigue et bien Isborieilsê.
Mais Smtbelm était animé d'un gttind courage ^
il porta dans l'Inde les dons du roi, et en revint
avec des pierres précieuses et des parfems riAres «
présens que les Syriens iinlons envoyaient <en
témcignage de leur v«cotinaissanoê. Cette <enti^^
prise augmenta beaucoup la renomfi[ié« d'Alfred.
Noos savons par le èioigraplie de oe |^inc« que
son activité pàiétrait *dans toutes ks bnmchei
du gouveniem^it. Deveoait-il nécessaire de
créer «ne flotte propre à combattre les pirates
24o CARACTÈRE D* ALFRED.
danois , son habileté amëliorait la construction des vaisseaux. Il fonda des villes, en fortifia d*autres , ëleva des forts et des palais , et mit également ses soins à faire naître ou à maintenir tout ce qui « dans sa pensée , pouvait servir à Taisance , à la civilisation ou à la défense de son peuple.
Alfred apportait une. très-grande régularité dans ses affaires. Son revenu était exactement divisé et affecté , selon de justes proportions , aux besoins du service , et la moitié des sommes reçues par le trésor s'appliquait à des œuTres charitables et pieuses. Sur vingt-quatre heures , il en donnait huit à IVtude et à la prière, huit aux affsiires du royaume , et huit au délassement et au sommeil. Cet arrangement , cependant, ne fut praticable que pendant les intervalles de paix , et il n'y eut que bien peu d'années où il put trouver le tems de se livrer à ses occupations favorites. Alfred n^eut jamais , au physique, ni repos , ni bonheur. Il était atteint d'une maladie interne , aiguë' , que la science de ses médecins fut impuissante à guérir, ou même à pallier. Il endurait souvent les tourmens les plus affreux, et quand la douleur venait à s'assoupir, ce moment passager de souffrance moins vive était
CARACTÈRB d' ALFRED. 24^
empoisonne par la crainte et Thorreur des angoises qui devaient le suivre. Livre à de pareils supplices, il ne perdit pourtant pas sa force d^ame ; la main qui l'affligeait avait en même tems soin de le soutenir, et il persëvëra dans la tâche qu'il avait ëtë appelé à remplir.
Le caractère d'/Jfred , maigre toutes les vertus dont il était orné, n^approcha poipt de la perfection idéale que ses panégyristes lui ont donnée. Ce roi eut certainement de bonnes intentions dès le commencement, mais il s'en édarta quelquefois , et pendant la première partie de son règne , son orgueil et son despotisme le firent détester presque autant qu'il fut aimé par la suite. Toutefois , il avait en lui un principe sur d^épuration : la conscience de sa propre faiblesse , et après avoir cédé aux tentations du pouvoir, la même disposition qui l'avait d'abord porté à refuser la couronne le fit aussi revenir de ses erreurs. Les malheurs qu'il eut à supporter pendant sa retraite dans l'île d'Athelney , paraissent lui avoir inspiré un vif sentiment de ses fautes, ainsi qu'un espoir plus sincère dans la protection de la Providence. Il lui resta sans doute bien des défauts : il contijnua d'aimer la guerre plus que ne le devait un monarque chrétien;