‹ Histoire des Anglo-SaxonsChapitre 78 sur 124 · LOIS D*ALFA£D · texte numérisé non relu

LOIS D*ALFA£D

Âlfired ne fit aucun changement dans les lois et les usages de ses états. U s'abstint d'y introduire des innovations. Il n'osait s'y hasarder, et comme il nous le dit lui-même , il craignait que les nouvelles lois qu'il rendrait ne fussent rejetëes à leur tour par la postërilë. Il dut s'apercevoir sans doute qu'il existait un grand nombre de défectuosités dans les lois des Anglo- Saxons , mais il jugea , et nous avons sous les yeux ses propres paroles à ce sujet, qu'il valait mieux laisser en vigueur une loi défectueuse, que de détruire le respect qui s'attache à une autorité sanctionnée par le tems , la plus solide base de toutes les lois , que de soudains changemens peuvent miner même en y apportant des améliorations.

Le premier principe qui paraît avoir guidé Alfred fut donc le maintien d'institutions qui , bien qu'imparfaites en théorie , ne pouvaient être altérées sans que Ton s'exposât aux chances d'un plus grand mal. U renonça sans peine à l'honneur de paraître plus sage que ses aïeux , et au lieu de se fier en ses talens pour la législation, il évita d'imposer ses opinions à sa nation.

Son second principe fut de suppléer à Tin»-

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perfection des lois par leur exécution équitable et prompte; et, plutôt que de les réformer, il mit tous ses soins à ce que les tribunaux en fissent un usage convenable et juste. Alfred fut le défenseur de la veuve et de l'orphelin , et protégea le pauvre contre la rapine et Toppression. U révisait et examinait avec attention tous les jugemens rendus par les magistrats auxquels il avait confié le pouvoir judiciaire. S'il découvrait qu^un jugement avait été perverti par la haine ou la méchanceté, ou que ées présens corrupteurs avaient fait pencher la balance de la justice , il punissait le coupaUe avec sévérité. D'après l'ancienne tradition de Londres , il fit pendre , dans ie cours d'une seule' année , quarante-quatre magistrats qui avaient rendu des jugemens iniques. Ce fait <n'est peut-être garanti par aucune autorité anglo-saxonne ; mais le témoignage d'Asser , son biographe , nous prouve qu'il exerça une surveillance très-acttve. Lorsque le juge s'était trompé sans le vouloir, et sans avoir été séduit, mais par ignorance ou par inattention , il le réprimandait de sa faute , et l'avertissait qu'une conduite semblable l'éxpôsait à perdre l'autorité dont il abusait. Cest ainsi qu'au lieu d'introduire dans l'administration de

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nouyeaux rouages , qui , bien que meilleurs , n'auraient pas rëpondu à ses vues dans des mains maladroites , il fit tant , par ses soins et sa persëvërance , que ceux qu'il possédait marchèrent parfaitement.

Le troisième principe d'après lequel Alfred se dirigea , fut de communiquer autant qu^il le put, Tesprit de la loi religieuse à la législation temporelle de son royaume. Les statuts d^Alfired sont précédés du Décalogue, auquel il joignit un choix des préceptes de Moïse , et les canons du premier concile apostolique. » Faites » ceci » , ajoute-t-il , « et si tous obéissez à ces » commandemens , vous n^aurez pas besoin » d'autres règles. » On dit ordinairement que le christianisme fait partie des lois du pays ; Alfred avait une idée plus juste du rang que la religion doit occuper chez une nation chrétienne. Il aurait voulu que le christianisme eût été la loi elle-même. La nécessité d'une législation humaine n'existe uniquement qu'en proportion de notre négligence envers la loi divine , et si nous poutions écrire celle ^ dans nos coeurs \ toutes les autres deviendraient inutiles.

Cl)apitrr X*

Edouard-l' Ancien. — Succession au trône contestée pr Ethelwald , fils d'Ethelbald . — Edouard obtient l'ayan tage.

— Ethelflede, Dame de Mercie. — La Merete occupée par Edouard. — Soumission de la Northumbrie et de l'Estanglie. ^^Les Danois , les Scots et les Bretons reconnaissent l'autorité d'Edouard . — Athebtane. — Son caractère. — Ses guerres contre les Bretons. — Réduction du pajs de Galles de l'ouest et de la ville d'Exeter. — Toute la Bretagne au sud de l'Humber se soumet à lui. ^ Sihtric , roi de NortKumbrîe , épouse la soeur d'Athelstane.

— Commotions dans la Northurabrie après la mort de Sihtric. — Les Scots et les Danois s'unissent contre Athel*stane. — Ds sont défaits dans la grande bataille de Bnmnaburgh. — Renommée d'Athclstane. — Alliances de sa famille avec des princes étrangers. — ^Elgive épouse Charlesle-SimpIe, roi de France. — Expulsion de la djnastîe carlovingienne par les Gapets.

A la mort d'Alfred ^ son fils Edouard , connu sous le nom d^Édouard-F Ancien , et Ethelwald, fils d*£thelbald , se disputèrent la possession du trône. Si la loi de primogéniture eût ëtë fer mement établie , Ethelwald , qui représentait le

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frère aîné , aurait pu prétendre arec justice à la couronne ; mais Edouard était fils du roi qui Venait de régner, et ses droits furent reconnus par les Saxons de l'ouest , sinon par les autres nations saxonnes et anglaises. Cependant Ethelwald, que nous devons appeler le prétendant, avait un parti puissant. Il s^empara de Twineliam et de Wimbum , et , se jetant dans cette dernière ville dont il ferma les avenues , il déclara qu'il voulait vaincre ou mourir. U ne fit sans doute entendre ces paroles que pour tromper ses adversaires, car, dans le cours de la nuit, il sortit sans bruit de la ville et se dirigea vers les peuples danois de la Northumbrie. Edouard , qui campait près de là , le poursuivit avec toute la diligence possible , mais il lui échappa , et arriva sans obstacle chez les Danois , qui le proclamèrent leur roi* Ethelwald avait épousé une ^^* religieuse , au mépris des réglemens ecclésiastiques , et Ton croit qu'il Pavait enlevée de son couvent. Elle s'attacha aux pas de son époux , et fut connue lui poursuivie par Edouard , dont elle eut aussi le bonheur d^éviter les atteintes. Ethelwald eut ensuite des succès , et son autorité s'étendit. U conduisit une flotte sur les côtes d'Essex, et les Saxons de Test se soumirent à lui.

2f)0 MOAT d'etBELWILI).

Les DaiMÎs île TEsUingtie se rangèrent à leur tour «ouft «a bannière y et toutes les popolatioiis anglaises da Daiwlagh embrassèrent vivement sa cause. Les Anglo-saxons qui habitaient ks provinces occupées par les Danois , commençaient, à s'identifier avec leurs conquérans. En général , les Anglais avaient été si peu habitués à un gouvernement régulier, que l'espèce de K« bèrté anarchique dont ils pouvaient jouir sous les holdas ou chefs danois , laur paraissait préférable à tous les avantages qui naissent de la tranquillité.

Edouard, dans le cours de son règne, donna de grandes preuves d'habileté guerrière. Ethelwahl 905. et ses partisans envahirent et pillèrent la Merde. Aussitôt « Edouard rassembla ses combattans et prit une forte position sur la firoatière de TËstanglie ; mais les habitans du Kent , sommés à plusieurs reprises de se joindre aux troupes du Wessex , refusèrent d'obéir. L'année d'Edouard se trouva cernée parles Danois, et il y eut un choc terrible. Ethelwald fut tué, ainaique le roi danois Eric et un grand nombre de holdas fameux., danois et nonvégiens ; mais la perte fut encore plus grande du côté du Wessex, et les Danois restèrent maîtres du champ de bataiHe. Edouard

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avait ëchappë à tous les dangers , et les Danois consentirent volontiers à une paix., ou plutôt à une trêve qu^ils observèrent, selon leur coutume, tant qu^ils le jugèrent convenable , c'est^-dire jusqu^au moment où Rëginald, fils de Guthred , vint ad>order en Northumbrie. Il parait qu'après la mort de Guthred, Niel et Sihtric, frères de Rëginald, avaient continué de gouverner le pays, comme chefs subordonnés à Tautorilé d'Alfred. £n très -peu de tems, Réginald prit la ville d'Yorck et occupa une grande étendue du territoire de ia Bemicie. Ceux des chefs de TAnglie qui avaient cherché à lui résister furent chassés , et la meilleure partie du patrimoine de Saint- CulMyert fut partagée entre Scula et un hoida aussi vaillant que féroce , nbmmé Olave. Pendant que ces événemens se passaient, les Danois envahissaient la Mercie et s'avançaient jusque 91 1. sur les bords de la Seveme, où ils furent rencontrés par Edouard , qui obtint sur eux une victoire complète et décisive.

L'année suivante vit mourir Etbelred , qui , en qualité d'ealdorman de la Mercie , avait gouverné cette contrée avec un pouvoir royal. Edouard prît possession de Londres et d'Chcford, et le reste des domaines d'Ethelred échut

9fl

2t52 RTHELFLEI>C.

à Ethelflede , fille d* Alfred. Oa donnait à celie-ci le titre emphatique de la Dame^ et eUe possédait le courage opiniâtre attribue par T Aiiôste à si Bradamante. Cette princesse , que les moines ont appelée, dans leurs écrits , Vaudacieuse Kirago, eut tout le caractère d\me héroïne de roman, et sa sagesse était égale à sa valeur. Les succès des Danois avaient été surtout facilités par leur système de fortifications; Ethelflede Tadopta et tâcha de le perfectionner. Tous les points qui pouvaient être défendus fîirentmis en état de résister. Worcester, sa capitale, avait été fortifié du tems d'Ethelred. Shiregate , Tamworth , Stafford , Eddisbury , Warwick , Cheihury , Runcorn , furent successivement protégés par les remparts qu'elle fit élever. A l'attaque de Breccanmere , que Ton croit être à présent Brecknock , elle fit prisonnière la femme d'un roi gallois ou breton , et montra dans cette expédition combien elle était active et intrépide ; mais elle se signala plus encore en reprenant Derby et Leicester ; elle recouvra ainsi des parties importantes de l'ancien territoire de la Merde, et la soumission des pophlations danoises de ces villes et de leurs environs affermit son autorité. Ethelflede mourut bientôt après ce dernier

CONQUÊTES d'£DOUAAO. 253

succès , et le domaine de Mercie passa entre les mains d'Elfwine, sa fille et son héritière. Les 99o. chroniqueurs établissent sts droits avec tant de précision, qu'ils ne laissent aucun doute a ce sujet ; ce fait est d'une grande importance , en montrant que, contre Tusage des nations teutoniques, Tautoritë souveraine, chez les Ânglo-- Saxons, pouvait être transmise à une femme, ou, selon Pexpression anglo-saxonne que les Français ont adoptée , qu'elle pouvait tomber en quenouille. Ici , cependant , la faible héritière fut forcée de succomber sous Tinfluencç^^d'un antagoniste puissant , dont elle n'aurait pas du avoir à craindre les attaques. Elfwine fut réduite en captivité , dans la Mercie , par son oncle Edouard , qui alors combattait les Danois avec avantage , et il n'est plus ensuite question d'elle dans l'histoire.

Edouard avait gagné du terrain sur les Da- 921. nois, et, à l'exemple d'Ethelflede , il s'était assuré ^^tàla conservation de ses conquêtes en érigeant de puissantes forteresses. Il commença dans l'Essex, où, comme dit la chronique , il charpenia le bourg de Witam. Cette petite ville était autrefois un poste romain ; les murs du prétoire ^'j voient encore , et l'expression employée dans la

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