‹ Histoire des Anglo-SaxonsChapitre 79 sur 124 · CONQUÊTES O* EDOUARD · texte numérisé non relu

CONQUÊTES O* EDOUARD

chronique semble indiquer que les fortifiçatioiis d'Edouard consistèrent en une forte palissade , qui entourait Tancienne ligne de défense. Là , le peuple se soumit à lui. Bedford et Norlhampton firent de même. Après quelques fluctuatious de fortune, il prit Colchester et Maldon ; et il résulta de ces conquêtes que tous les clie& danois au sud de la Wellande , de TEstanglie, de TEssex çt des contrées voisines , devinrent ses vassaux.

La Mercie se rangea également sous son obéissance. Les sqets d^Ethelflede , se tournèrent vers lui et Tacceptèrent pour leur souverain ; mais le royaume continua d'être séparé de celui de Wessex , comme il l'avait toi^gours été , quoique tous deux fussent gouvernés par le même monarque. Les rois des Bretons, Howel-le-Bon, Cledaue et Edwall , devinrent les hommes liges d'Edouard et lui rendirent hommage , ainsi que leurs peuples. H reçut les mêmes marques de soumission des Danois et des Angles au nord de l'Humber. Les Bretons de Strath-Clyde et de Cambrie , et les habitans de Gallovray , imitèrent avec empressement cet exemple, qui fut en outre suivi par le roi des Scots et sa nation. Tous le proclamèrent leur père , leur maître et

ATl^LSTANE. 255

leur protecteur, et de ce moment Edouard fiit étk ëtat de prétendre au souverain pouvoir sur toutes les^ races diverses qui habitaient Tile de Bt^tagne.

Après un règne heureux et plein de gloire, Edouard mourut , ayant désigné son fils Athelstane pour lui succéder. La mère d^Âthelstanc! 925. n'était que la fille d'un berger, et il esl fort à craindre qu'elle n*ait pas été une épouse légitime , mais seulement une concubine. Le nom d'Athelstane sigtiifie pierre précieuse ' ; peutêtre le lui donna-t-on à cause de la beauté de sa personne. Il était grand, bien fait, de bonne mine , et , avant qu*il fiit roi , il avait coutume de réunir par de brillans fils d^or les longues tresses de ses cheveux blonds. D montra de bonne heure des talens et un jugement au-dessus de son âge, et en Pélevanl au trône Edouard ne fit qu'obéir aux désirs d'Alfi*èd, qui avait recotmu dans Athelstane Tespoir futur de la Bretagne.

Fort jeune encore , Athelstane fut anobli par son grand -père Âlfi'ed, des mains duquel il reçut lés insignes de ses honneurs : une robe de pourpre, un baudrier enrichi de pierreries, et Parme nationale, le cimeterre saxon appelé

' AEihel , noble, et statij pierre.

!l56 ATHELSTANE.

seax, renfermé dans un fourreau d'or ; et, coufonnëment à l^usage très-anciennement établi chez les Teutons, il put , à compter de ce moment, jouir des droits et des privilèges d'un guerrier indépendant.

C'est à peu près à cette époque de sa vie que, cherchant peut-être les aventures , il vogua dans la mer du Nord et visita les rivages de la Baltique. Il s^y instruisit dans la langue norse et prit beaucoup de goût pour les usages et les coutumes des hommes du nord. On dit que pendant la résidence d*Athelstane en Scandinavie , il s'y lia d'amitié avec Guthrun , ce qui aida ce dernier, par la suite, à obtenir le royaume d'£stanglie , comme état dépendant de la couronne anglaise.

Alhelstane avait trente ans lorsque son père expira , et les Merciens le proclamèrent aussitôt leur roi. Les nobles de Wessex, assemblés à Winchester, suivirent sans opposition l'exemple de la Mercie, et Athelstane fut couronné, avec beaucoup de pompe et de magnificence, à Kingston-sur-Tamise. Le nom de Kingston fut donné à cette ville parce qu'elle était considérée particulièrement comme la ville du roi, ce qui s'exprime en anglo-saxon par Cynges iun. Les

ATHBLSTANE. ^S*}

rois de Wessex , après leur couronnement , y prenaient possession de leur royaume en montant *ur une grosse pieire oufragment de roche, que Ton Toyait encore il n'y a pas très-long-tems dans * le cimetière. Une ancienne chapelle ornëe des statues des rois anglo-saxons , rappelait aussi le souvenir de ces inaugurations , mais dans le siècle dernier , elle est tombée de yëtustë ' .

Athelstane rencontra de l'opposition parmi les nobles de Wessex, lorsqu'ils délibérèrent ^^^^ si j conformément aux volontés de son père , 9C6. ils le reconnaîtraient. Le chef de cette sédition, qui s'appelait Alfred , et qui était probablement de la Manille royale , avait comploté avec ses adhérens de se saisir d' Athelstane et de lui crever les yeux. La conspiration fut découverte ; néanmoins, Alfred nia son crime, et d'après la jurisprudence anglo-saxonne , il fut admis à se justifier par serment Cette formalité était ordinairement remplie en présence d'un évéque; mais, à cause de la nature grave du crime dont Alfred était accusé, on décida qu'il prêterait son serment à Rome devant le pape. C'est ce qu*il fit en effet; il jura solennellement,

258 ATHELSTANS.

dans U baftilique de Saiiit4?ierre , q^*il était innocent ; mak ausaitôt il tomba sana connaia* aance au pied de Vautel , et trois jours après il mourut dans le colU^ge anglais, bâtiment que Ton avait fait construire pour la réception des pèlerins ou yojageurs anglo-saxons > et qui continua de servir à cette destination jusqu'au XVI*. siècle.

Cette conspiration eut d'autres suites plus malheureuses. Long-tems après , Edwin , firère d'Athelstane ^ fiit accuse de s'être joint au parti ^33. d^ Alfred contre le roi. Il protesta en vain de son innocence ; Âthelstane résolut de faire périr son firère. En conséquence , Edwin et son écuyer, qui était aussi impliqué dans l'accusation, furent jetés dans un vieux bateau percé , sans voiles , sans rames et sans gouvernail , et la barque ayant été poussée en mer,, ils forent livrés à la foreur des vagues. Ce genre de puni-* tion était assee usité dans le moyen-«ge ^ c'était un des nombreux moyens que Ton employât pbuï* éloigner de soi la responsabilité d'une action cruelle, en y faisant concourir un agent intermédiaire. Par un heureux hasard^ la barque fot ramenée au rivage par les flots , et l'écuyer conserva la vie ; mais Edwin n'avait pu

EXPÉDITIONS CONTRE LES BRETONS. ^So

supporter rhoireurde sa situation, et, craignant les lentes tortures de la faim, il s^ëtait précipite dans la mer. Âthelstane , lorsqu'il n'en ëtait plus tems , découvrit qu*il avait ëtë trompé par de faux témoins , tt pendant sept ans il fit pénitence de sa coupable erreur.

Âthelstane savait que le principal motif qui avait décidé les Anglais en sa faveur était Tespoir qu^ils fondaient sur son courage ; aussitôt quUl fut monté sur le trône , il s'engagea dans 926. une suite d'entreprises belliqueuses contre les 927. autres nations de la Bretagne. Il soutint par ce moyen sa réputation , et il y trouva aussi l'availtage de donner de l'occupation à des hommes qui , autrement , eussent peut-être été portés à devenir ses ennemis. Plus d*une épée qui se fût tournée contre lui se dirigea contre les Bretons et les Scots.

On se rappelle qu'Alfired , ainsi qii'Édouard , avaient été respectivement reconnus monarques suprêmes des chefs bretons. Mais les Bretons , désirant sans cesse recouvrer leur liberté depuis long-tems perdue , se soulevaient en toute occasion. Cette opposition au pouvoir saxon né fut pas heureuse. Âthelstane conduisit toutes ses forces contré les habitans du pays de Galles ,

a6o EXPÉDITIONS CONTRE LES BRETONS.

et Edwall Voel, roi de Gwyunedd , se vit bientôt dans la nëœssitë de livrer ses états au conquérant.

Âthelstane , cependant , avait trop de générosité, ou peut-être trop de jugement, pour priver le prince breton de ses domaines. « Faire un v> roi », disaitr-iL « vaut mieux que d^étre roi. k» Et il rétablit Edwall , qui toutefois , aussi bien que les autres princes gallois , (ut obligé de se reconnaître vassal d'Âthelstane. Rassemblés tous en sa présence , lorsqùHl tint sa cour à Heceford, ils rendirent boçimage au monarque saxon, qui leur imposa un tribut considérable. Il exigea que vingt livres pesant d^or, et trois cents livres d'argent (in , fussent annuellement payées à son trésor. Ils devaient aussi faire conduire chaque année dans les pâturages du roi vingt" cinq mille bœufs , et lui faire présent des chiens les plus agiles , et des faucons les plus ardens qui pussent être choisis par un peuple chasseur, comme marques d'honneur et de soumission, n fut en outre convenu que tout le territoire coippris entre les rivières de Severne et de Wye , et dont certaines parties paraissent avoir encore été gouvernées par des chefs gallois , serait entièrement réuni au royaume de Mercie.

FARTAGE DE LA VILLE d'eXETER. 7.(1|

Tel fut le sort des royaumes de Gwynnedd, de Deheubarth et de Powys , qai forment à présent la principauté de Galles , et que les Saxons appelaient Galles septentrionale.

Nous devons maintenant nous occuper des eTënemens arrives dans là partie ouest du pays de Galles, où les Bretons étaient encore le peuple prëpondëranît , du moins quant au nombre. Dans le Sommerset, le Dorset, et ' partie de la Damnonie jusqu'à l^Exe^ le pays était dans le même ëtat que les frontières galloises mentionnées précédemment ' , où les classes distinguées sont anglaises et parlent anglais,tandisque les habitans des campagnes sont gallois et parlent un langage qui leur est propre*. Les populations de ces divers districts reçurent le nom anglo-saxon de i^ealh cyn, race gaUoise. A mesure que Ton avançait vers Toccident , les Bretons devenaient de plus en plus dominans. L'ancienne ville d'Exeter ou Ceter isc était eonjointemeiit habitée par des Bretons et des.

* Vojespage 110 à 111. •

' C^cst prëcisëment la même chose en France pour les département des Cdtçs-dn-Nord , du Finistère et du Morbihan, où l'on parle breton dans les campagnes, et français dans les viUes.. {N,duT,)

362 PARTAGE DE LA VILLE d'sXETER.

Saxom. Lo^rsque je di^ que œa deoi^ nAtionft habitaient Ej^eter enâeiobb, je n'entendi pa» que la maison d*un breton et celle d'un saxon y étaient contiguës , mais que la ville était partagée de manière qu'une de ses divisions appartenait aux Anglais ou Saxons , tandis que les Bretons étaient en possession de Tantre. Des partages de ce genre ont été et sont enr core fréquens, lorsque le pays a été conquis par un peup^ qui refuse de se mélanger avec les anciens habitans. Kilkenny. , en Irlande , consistait ainsi en deux villes , dont Tune ^faît anglaise et l'autre irlandaise.

Autant qu'il est possible d'en juger, les bab^ tans d'Exeter /bretons et saxons , vivaient ensemble en bonne intelligence ; cette ville était une espèce de petite république comme les villes libres d'Italie et d'Allemagne , ou comme Marseille y qui , quoique enclavée en France , eut tous les droits d'un état indépendant jusqu'au moment où les rois français^ s'en emparèrent. II en a peut-être été de même de la plupart des autres grandes villes d'Angleterre , qui jouissaient probablement de franchises et de libertés , avant qu'aucun de nos rois anglo-saxons eût une couronne sur la télé ou un sceptre à la maiiv

LE8 BRETONS SOBJVGUÉS. 263

AAeialMie ayant pédoit les Bretons qai kabitaient les lîves septentrionales de l'emboodiuTe de la Seveme , tourna ensuite aie» avinés contre les Gallois ou Bretons de la Damnonie , antre* ment ^it du .Devon et de la Comooailles. Les Bretons fiivent aisément chassés dç Caep* iac. Athelslane entoura cette vîUe de fortes murailles et de tours constrmtes en pierre de taille; il en fit une ^Cffteresse capaUe de tenir en respect les. popidations neuveUement assujëUes. Tous les Damnooiens des rangs supérieurs s'enfuirent au-delà de la rivière de Tamar^ dans^ le comte actuel de Cornouaillesi , oà bientôt ils. fiirent eoii(trains de se soumettre au pouvoir, anglo-saxon. Cependant les Bretons se mélangèrent si peu avec leurs conquérans , qu'ils conservèrent leur ancien idiome jusqu'au règne de Henri VIII , époque à laquelle il se perdit peu à peu. Du*tems de la reine Anne, on ne le connaissait pius que dans quelques villages aux environs de Land's £nd. Les enfans apprirent l'anglais, et, k mesure que les vieillards de Coraoaailles moun^'ent , la langue s'éteignk par degrés avec eux ; si bien que vers le nyiKeu du règne de Georges HI , une femme nommée DoHy Pentratb , vieille marcbande de poisson ,.

264 NOUVEAUX socciu d'atheiatanb.

qui rësidaîl à environ trois milles deMousdiole, près Penzance , était le seul individu dans k monde, qui pût parler la langue des anciens Bretons damnoniens. Elle en faisait au surplus un fort mauvais usage , car elle ne s'en servait que pour gronder quand elle était offensée , on pour blasphémer et dire des injures quand on ne lui o£Erait pas un assez bon prix de son poisson. Les noms des champs , des villas , des montagnes et des rivières de Gimouailles , sont maintenant les seuls mémoriaux qui nous restent du dialecte breton , dont V extinction , quand on y réfléchit , fait éprouver une sorte de regret. Les plus utiles vertus politiques d'un peuple naissent d^un sentiment louable de nationalité , et il n'en est point de plus puissant, ni de plus innocent , que la possession chérie d'un idiome ancien qui lui est particulier.

C'est ainsi qu'Âthelstane soumit à son autorité la Bretagne au sud de THumber. Suivons 925. à présent ses conquêtes dans les régions septen- 927. trionales de Tile. Athelstane semble par caractère avoir été disposé à la paix. Il avait un jugement droit , des manières affables et gracieuses; il aimait la magnificence et probablement aussi les jouissances de la vie. Il donna un gage de

NOUVEAUX SUCCES b'aTBELSTAMB. ^65

son déair de la p^ en accordant une de ses aœnrs en mariage à Sihtric, roi des Danois. Du tems d*Athelstane , les domaines des Danois northumbriens s'étendaient vers le nord jusqu'à Edimbourg. Au-delà du détroit de For(h , ré^ daient les Scots , dont le roi, nommé Constantin , était fortement disposé à secouer le joug de la couronne anglaise. Les bommes du nord en général ne spufifiraient qu'avec iihpatience le gouvernement du sud , et la mort infortunée de Sihtric mit le pays entier dans Tagitation. Les chefs de la Northumbrie s'assemblèrent et engagèrent Godefrey, fils de Sihtric , à se délivrer 7t9. de son vasselage. « Autrefois , » lui dirent-ils , 93&. « nous étions libres ; nous ne serrions pas le » roi du sud. » Ils commencèrent donc à s'emparer des châteaux et des forts , abattirent partout le dragon du Wessex , et y substituèrent la bannière danoise du corbeau. Constantin et ses Scots firent aussitôt cause commune avec les Danois , mais cette alliance ne leur profita guère. Les chefs danois furent chassés au-delà de la mer. Le pays deâ Scots fut dévasté ; les flottes d' Adielstane en pillèrent les rivages ; ses troupes s'avancèrent jusqu'à Caithness ; le roi des Scots céda sa couronne qu'il né reçut ensuite qu'à

266 CONFÉOKAAIIOM CONTRE AVHELSTéMK.

tkre de msnl , «t îA fiii abUf ë Ae remtttre son fib au pouvoir d^AthaktaBe , qui •'as«ira par cet otage de la fidèle eKëcudoB dea conditMBS qu^îl aysMt imposëes. Olaire , autre chef danois , 6tt Aniâf , comme nos hiatonoDS TaippieUeat , prtnait pendant ce tems la ville de Doblîn , et a'emparait de la donûiiatiott aur les chefs de l'Irbnde. Les hommes de L'est , dësîgnatioD donnée à ces envahisseurs par les naturels da pays, s'ëtabKrent solidement sur les rivages, et Constantin dIEeosse, ardent à saisir les occasions qui pouvaient servir à le déharrassar de l'autorité d'Athelstane , excita Anlaf à revenir dans la Bretagne , et à reconqciérir le lerritoire que Sihtric amt possédé. Tous les Cyam du nord , les Bretons de Strath-Gyde, de Reged et de Cumbrie étaient gouvernés pu* uîs prince scot ', etils se laissèrent facilement persuader d'entrer dans la confédération. EdwaU^roî de Gwynnedd , se montra aussi tout prêt. Qa entendit partout retentir le m de guerre. JUos pirates danois et nonvégiens accoururent de tons les points de Phoriaon , *se réjouissant par avance à la pensée du carnage, et une flotte de

■ Voye« page 5W7.

tT&ATAGÉMB D*ANLAF. 367

sjjc c^nt viip^ v^dsseaux , iiv>iM^9 p^r dea guerrier^ d'élite , e^tra 49ii»3 l'emtmwbure de THuncw her. Le^ HeabrGerefas , ou gouveroews placés da0$ le pay» par AlheUlane 9 fiirent promptermept dé£ûu : Tun d'ew fut tué , et Tautre , s'échappajQt avec la, plu$ grande dilBcuké^ porta ai^ roi anglo-saxon ces désastreuses nouvelles* Daus cette extrémité, AthelsjUme v^e fat poînt a^ndoiiUié par la politique et le courage qui Uii étaient ordinaires. En habile général , il ouvrit des négociations avec Veaneiiui po«w détounier son afîtentio^ , et il se ^k^ta en même tems d'ar<^ riveiT &ur le théâtre de la guerre.

Atlp^ktaiie exécuta sa miarclie avec tant de 4îUgençe et de secret , qu'il parvint à Bxer son ca^ip à Brunnaburgh, dans le voisinage de Tannée d'Anlaf, avant que celui -d se fut doulé seulement de son approche. Le Danois , 93^pris ainsi à Timproyisle , avait le plus grand besoin d^ se prbci^rer des renseignemens sur les fopces d^Athelstane. Imitant le stratagème d'Alfr^ f il se déguisa ^1 barde ou scalde , et , une harpe entre les mains, il s'avança intrépide^ VxeoX au milieu d^s euaemi& Il trouva facilepieni ^iO^s auprès du roi. Athelstane protégeait ces musiciens et chanteurs ambulant, et les

3(>8 STRATAGEME o'aNLAP.

rëcompensaîl par un pea d'argent et beaucoup d^ëloges. Dans ce numient-là , il se iron^ ▼ait assis à un banquet , avec les chefs de son armëe. Anlaf dansa , joua de la harpe et chanta, et quand le rbpas fut terminé , Athelstane et ses généraux devant tenir un conseil de guerre , on remit au faux barde une bourse pleine de pièces d'argent f en témoignage de la satisfaction dn roi et pour lui faire entendre quMl pouvait se retirer.

Anlaf obéit avec joie. Ses regards , perçans comme ceux d^un partisan militaire , avaient parfaitement remarqué la situation de la tente royale , et il se glissa vite hors du camp. Quoique le Danois n'eut pas jugé au-dessous de sa dignité de prendre les habits d'un harpiste , il ne put supporter l'idée de garder ce qu'il avait gagné en jouant son rôle. L'argent qu'il avait reçu lui était odieux , et il résolut de ne pas le porter sur lui davantage : mais comme il aurait excité des soupçons en le jetant et encore plus en le donnant t il prit le parti de Tensevelir dans la terre.

Anlaf sortit heureusement du camp , mais il avait été découvert et aurs^it pu être livré. Un guerrier, qui autrefois avait combattu sous ses

BVLLV RÉPOirSB d'oM SOLDAT. 269

drapeaux , le reconnut , et ce ne fut que lorsque celui-ci vit Anlaf hors d^atteinte, qu^il courut vers Athelstane et lui révéla le nom de Tétranger dont il venait de recevoii' la visite. Le roi lui reprocha de lui avoir manqué, de fidélité, «c O roi !» lui dit Thonnéte soldat , « tu te » trompes. Le serment de fidélité qui me lie 1» envers toi, je Tai fait jadis à Anlaf, et si 3>» j^avais été paijure envers lui , c^est alors » qu^avec justice tu aurais pu me croire capable » de te trahir aussi. Mais écoute mon conseil : 9 pendant que tu attends des renforts , retire ta 3» tente du lieu où elle est maintenant « si tu » veux éviter les coups de ton ennemi. » Athelstane suivit cet avis et ordonna de faire placer sa tente dans un autre endroit , mais sans divulguer la cause de ce changement. Dans la soirée , de nouvelles troupes arrivèrent , et la tente d^un évêque fiit élevée à la place qu^occupait auparavant celle du roi.

A minuit, Anlaf et son armée donnèrent toutà-coup un assaut terrible aux Anglo-Saxons. Le Danois , suivi de ses plus zélés compagnons , dirigea lui-même la première attaque sur la tente qui avait été substituée au pavillon royal. Le prétendu scalde avait observé la place fatale d^un œil sur ; tous ceux qui s^j trouvaient fiirent mas-

^'jo TRuniPBE d'athelstane.

Mcrëê , et il cnit »ftiift doute qa'il s'était (>répàré la TÎctoire par la mort du roi ; mais le tutniihe se répandit , et Athelstane , sortant prëcipitamment de sa couche , rallia et ranima les 'soldats alaimës qui s'amassaient confusément autour de lui. Lorsque le soleil se leva, la bataille était d^à furieuse. Elle dura pendant la journée entière , et se termina par la déroute complète de l'ennemi. Cinq rois et sept iarls ou comtes j Succombèrent. L'armée combinée fiit totalement défaite. Le Scot Constantin s'enfiiit vers le nord^ pleurant son fils aux beaut cheveux , qui avait péri dans le combat. Anlaf regagna llrlande avec les restes épars de ses soldats consternés. Athelstane , lé seigneur tks Saxons de Pouesi, le distributeur de brcfcelets , resta maître du terrain , et la bataille de Brunnaburgh fut longtems chantée par les ménestrels , comme le plus grand triomphe qui eût été obtenu par les Angles et les Saxons , depuis ifu^ils muaient Irm^ersé les rMts orageuses.

Cette victoire fût si décisive , que pendant tout le reste du règne d'Athelstahe , aucun emietni n'osa se lever contre lui ; sa suprématie fut recohnue sans opposition , et sa gloire s'étendit dans les royaumes éloignés.

Page 1