‹ Histoire des Anglo-SaxonsChapitre 86 sur 124 · dëcliné , mourut bientôt après la réduction de · texte numérisé non relu

dëcliné , mourut bientôt après la réduction de

la Northumbrie , sans laisser de postérité , et

son neveuy le jeune Edwy, qui n^avaît pas alors

plus de quinze ans , lui succéda dans le gouvernettient de Tempire. U fut promptement adopté, comme le mot en courut dans son domaine de Wessex. La Mercie le reconnut également , et il paraît que tous les antres états de l'empire se soumirent sans imposition à l'empereur des Anglo-Saxons et des Norlhumbriens , gouverneur des Païens et protecteur des Bretons, iin même teras, Edgar, frère d'Edwy, devint sueregubis ou roi vassal , sons son autorité* Ce fait, de quelque importance , est prouvé , comme beaucoup d^autres points de même espèce , non par les historiens , mais par mie charte. Le document nHndique pas de quel territoire se formèrent les domaines assignés à Edgar ; mais il est très-probable que ce (ut la Mercie qui constitua son apanage.

Dans les parties lointaines de notre histoire ^ si ttovs en exceptons les rois, nons n^ avons qu^une légère connaissance personnelle àc^ acteivs qui paraissent sur la scène. Le rm , dans rhistoire d'une monarchie , est naturellement considéré comme le personnage le plus saillant ; cependant , ceux qui se tiennent auprès du trône , et plus encore ceux qui se cachent derrière , sont très-fréquemment d^une importance

3oO DUNSTAN.

beaucoup plus réelle que le prince , tout reyètu qu^il esl des insignes de la roputë ; les annales de Tère dans laquelle nous venons d^entrer nous fournissent le portrait frappant d^un individa qui , pendant plusieurs règnes , fut le rëgulateur et le génie supérieur de Tempire anglo-saxon.

Dunstan , abbé de Glastonbury, avait été admis dès son enfance dans cet ancien monastère qui , à cette époque , était aussi un collée. Glastonbury était principalement occupé par des moines scots , c'est-à-dire des moines d^Lrlande. Cétaient les hommes les plus savans du siècle ; mais les défauts de l'esprit celtique , si sévère et si bizarre , étaient plutôt augmentés que réformés par une piété mystique : et le lieu même était fait pour disposer à tous les rêves de la superstition et des romans. Les légendes enseignent que Joseph d'Ârimathie avait fondé la sainte maison dans File prédestinée d^Avalon. La, se trouvait le tombeau d'Arthur, dernier des monarques bretons , si toutefois il avait cessé de vivre, et n'était pas entré dans quelque bosquet enchanté '. Une population bretonne languissait

' Arthur , dtsait-on , avait ëtë métamorphosé en corbeau , et «levait après un certain tems reprendre sa première forme .{N.da T,)

DDNSTAN. 3oi

encore dans les contrées environnantes ; on était venu des parties de l'ouest les plus éloignées chercher un refuge à Fabbaye , de sorte que Glastonbury était comme un point central qui commandait à-la-fois la vénération des trois grandes nations de Tile de Bretagne , les Scots ^ les Cymri et les Anglais.

Dunstan se pénétra tellement des légendes poétiques racontées dans ce monastère , que dans le cours ultérieur de sa* vie on eut à lui reprocher sa prédilection pour les chants magiques du vieux tems. Dans Tenfance, il était d*uhe constitution physique singulièrement faible et délicate , mais déjà ses talens se développaient d^une manière extraordinaire.

Très-jeune encore , son application persévérante lui causa une attaque de fièvre : ses forces l'abandonnèrent, et ses compagnons ainsi que ses instituteurs crurent qu'il était à son lit de mort. Tout-à-coup Dunstan se leva, et, dans une sorte d'extase , il dirigea ses pas vers l'église de l'abbaye ; les grandes portes en étaieat fermées , mais par quelque autre entrée , il parvint à une suite d'escaliers qu'il monta et qui le conduisirent jusqu'au toit. Il s'avança le long des solives avec précaution , et réussit à se glisser

3o2 DUNSTAN .

«ans accidenl Jusque dans la partie inférieuTe de Tédifîce. Dunstah revint à la santë ; alors il raconta quHl s^était levé de son lit par Tordre d'un ange ; qu'il avait rencontré des démons en son cheinin , mais qu'il les avait mis en fuite, et que, soutenu par les ailes d'un ange protecteur , il était* lentement desceiuia de cette hauteur e£Grayante jusque sur le pavé de l'église.

Ce fut la première des visions de Dunstan. Il serait inutile de parler de tcHites celles que l'on trouve encore dans sa Inographie. Si je les répétais sérieusemcait , je ne pourrais en tirer aucune instruction^ tandis que d'un autre câté je ne saurais tourner en dérision la plus grande infirmité qui puisse afiOiger la nature humaine ; car il est évident que ces visions résultaient d'une monomanie. La démence partielle de Dunstan , comme cela se rencontre fréquemment , se conciliait avec un jugement parfait sur tous les si^ts, sauf celui qui était devenu la cause de son Rarement , et ses illusions n'afiEaiblissaient en aiioune manière sa perspicacité , son adresse et son activité presque sans exemple. Dunstan possédait , autant que son siècle le permettait , non seulement les belles-lettres et les sciences, mais

0UN8TAN. 3o3

les orneinens de Téducation. U excellait particulièreoient dans les arts. Dunstan ëtait sculpteur, peintre et calligrapbe ; U traTaîUait avec une ëgale facilité sur les métaux les plus ductiles et les plus durs, comme Tor et l'acier. Mais la musique était soq plaisir favori. U jouait sur une I^pe qfx*i\ avait faite , et la légende nou^ dit que les corder de cet instrument vibraient &axi3 quç Von j tquchât et iaisaiept enteadre des airs. S'il en était ainsi i, nous devons sup* po^ef* qqe. l'habileté d^ Di^pstan dai^s la méca*- QJque l'sivait mis à même de produire cette mélodie pajr quelqu,'une de ces inventions dont nQUS. voyons un g^rsind nç^bre apjonrd'bni, m^is dont les effets , dans ce tems-là , pouvaient ^tre attribués, à un pouvpir suma^tuirel.

A, peine adolescent, Dunst;an avait été introduit à la cour d'Athelstane , par son* oncle Athebn«9 archwêqw dft (iintorbery^ Dlnn^tan était de famille noble , ou plutôt royale , car il ét^it. purent du roi , (A son^ talent ponr la musique,, ainsi qiae sqs vaâteis connaissances^ lui valurent l'accuml lci.plus> dîsli^igué.

Sa faveur QrQissantfi.ctxcitaTen^ede plusieurs courtisans, Ule dif&mèrent auprès-d'Alk^lstane,

3o4 DUNSTAN.

en insinuant que le jeune étudiant de Glastonbury était un magicien. Dunstan ne tarda pas à s'apercevoir qu^il avait perdu la bienveillance de son souverain ; son esprit hautain ne poutait endurer un afiront, et au lieu d^attendre que Âthelstane lui donnât des marques entières d'aversion, il se décida de lui-même à quitter le palais. La disgrâce et le départ du favori ne suffirent point à ses ennemis. Us complotèrent contre Dunstan et lui tendirent une embûche. Ik l'attendirent sur son 'chemin , rentourèrent, chassèrent ses gens , le firent descendre de cheval , lui lièrent les quatre membres , et après Vavoir foulé aux pieds , le précipitèrent dans un marais fangeux. Dunstan y fut trouvé par des passans, qui le portèrent à un village voisin , où il reçat des soins jusqu'à ce qu'il se fut remis des suites de cette agression.

Dunstan se retira chez son oncle Tarchevéque , qui lui fit des exhortations pour le décider à embrasser l'état monastique. Le jeune honmie y répondit par des refus formels. Il avait pris de l'attachement pour une fille fort belle , d^on rang égal au sien , et à laquelle il désirait s'unir. Il n'y avait rien que de louable dans ce projet.

BONSTAN. 3o5

Si DuDstan avait pu suivre son indinatioii ; s'il avait épousé celle quHl aimait , et qu^il se fût établi dans ses foyers paternels , la faiblesse de sa constitution l'éloignant pour toujours du métier des armes j et son savoir ainsi que son amour pour les arts lui permettant de se suffire à luimême , il eût été préservé des vices grossiers de ses contemporains, et aurait offert l'exemple , bien rare à cette époque, d^un laïque passant une vie utile et heureuse , dans les jouissances de la littérature.

Tel ne fut point le sort de Dunstan. L'archevêque lui représentait sans cesse que son amour, si pur cependant , n'était qu'une tentation qu'il fallait repousser. Dunstan résistait aux in^ortunités de son oncle , et argumentait doucement et avec raison en faveur de ses propres idées . Athelm , à la fin , adressa tout haut une prière au ciel afin que quelqu'affliction pût tomber sur son neveu , et le ramener à son devoir. Dunstan fut saisi d'une fièvre violente , résultat probable de l'anxiété de son esprit. Le mal augmenta, et il se trouva dans le plus grand danger; mais ce désordre se dissipa , sa santé revint , et , croyant voir dans sa maladie ainsi que dans son établissement , des avertissemens du ciel , il

3o6 DUNSTâN.

coalrada enfin l'obligaëon de prononcer ses ▼aux.

Le jeune m<Hiie n'avait plus rien qui l'attachât au monde , il résolut de d'ensevelir vivant Les aastëritës ordinaires du cloitre ne suffisaient point à Dunstan ; l'infortuné se trouvait dans cet état pénible où les souffrances du corps soulagent les tourmens de l'esprit , l'exdtation produite sur le physique empêchant l'attention de se fixer sur les tortures bien plus cruelles tpt l'ame éprouve. Dunstan se construisit^ à côté de l'église , une hutte dans laquelle il s'enferma. Cette cellule avait cinq pieds de long sur deux et demi de large , et elle ne s'élevait pas de plus de quatre pieds au-dessus du sol '. Il ne pouvait donc s'y coucher , mais il avait creusé la terre de manière à pouvoir se tenir debout B demeura dans ce sépulcre ^ où il se priva de repos et de la nourriture nécessaire. Il jeûna jusqu'à exk être exténué , donnant au travail de sa forge tout le tems qu'il n'employait pas à la prière. Le bruit du marteau n'était interrompu que par ses oraisons.

' Le pied anglaU n^est que de onze pouces et an peu plus de cinq Irgnes , comparé an pied de Paris. ( N. du T. )

DOMTAN. - 3on

On ne s^ëtonnera pas si Dunstan fut repris de sa monomanie pendant cette réclusion. Il s'imaginait être assailli parle dëmon, et racontait ses aventures avec cet ennemi des hommes ' ; mais I sur toute autre matière , i] avait toujours autant de bon sens et d'intelligence qu'auparavant. Sa renommée s'étendit au loin , et les personnes pieuses accoururent à lui de tous côtés. Dunstan sortit alors de tems en tems de son antre enfumé , et lorsqu'Edmond fîit monté sur le trône , il invita le solitaire à venir à sa cour pour être à la tête des pairs et des officiers palatins ^ en d'autres termes pour devenir le premier ministre de son royaume.

Dunstan accepta cette offre sans balancer , ou plutôt il obéit à cet ordre ; il agissait ainsi , disait-il^ pour tacher d'établir Tempire de l'honneur et de la justice , et en conformité du pré-

■ Une naît , lu babitms du Toûinai^ furent alarmés par d*a^ freux barlemeiiA, qui panÎMaîent Tenir de sa retraite. Quand le )our fut venu , ils se rendirent en foule près de lui pour sarotr quelle •n était la cause ; il leur dit qu*au moment oà il faisait cfaauff«r son fer , le démon ayant Tintention de le tenter , aTaît passé sa tlte par la fenêtre | dans Tîntérteur de sa cellule ; qu*il Pavait pris par le nés avec des pinces brûlantes , et que Satan avait fait tout c«i vacarme en ru^^issant de douleur. History qf 0ie Angia^axons; by Sluiron Tumer , toL 0, pages S&S-9&9. ( N. du T.)

So8 GÉUBAT BV CXtEAGE.

cepte de Tapàlre : 4^u€ iouie personne soii soumise aux puissances supérieures ' .

Le mëpris des richesses , manifesté jusque là par Dunstan , peut nous £iire croire à la sinoéritë de tt% paroles. Pendant son séjour dans sa cellule , il aTait donné au monastère son ample patrimoine , ainsi que d'autres propriétés considérables qui lui avaient été léguées. Il s'était imposé de dures mortifications , avait dompté ses désirs et ses passions : et c^était par un sentiment profond de sts devoirs , quoiqu'en cela il se fut trompé , quHl s'était cru oUîgé de renoncer à l'objet qu'il chérissait le plus. Msîs cet effort pénible avait eu de terribles consé*qu^ices ; le cœur de Dunstan s'était fermé à toutes ces émotions , à toutes ces affections de l'humanité , qui nous lient avec nos semblables et nous procurent les meilleurs moyens de témoigner notre reconnaissance au créateur. Son esprit s'étant circonscrit dans le cercle étroit de son ordre , il n'eut plus d'autre but que l'établissement de la règle bénédictine et l'extension du pouvoir papal.

Vers cette époque , les papes s'occupaient

> Saint Paul , Éf Ure an R«Baiiift, chap . un , v. I. ( ilT. A T. )

CELIBAT DU CLERGÉ. 3oq

avec ardeur d^éublir généralement le célibat du dei^é. Jusque-là , dans l'empire anglo-saxon , les classes inférieures de la hiérarchie ecclésias^ tique n'avaient point été assujéties à ce règlement. Le principe sur lequel on s'appuyait pour défendre le mariage aux prêtres , était fondé sur une, fausse application de certains passages de rÉcriture. En les séparant de ce qui les précède ou de ce qui les suit y ils semblent justifier cette prohibition, que Ton ne pouvait cependant imposer comme un joug sur la conscience des hommes, sans se mettre en contradiction manifeste avec l'esprit de l'Évangile. Considérée comme objet de discipline et d'utilité , nous devons convenir que des raisons de politique pouvaient jusqu'à un certain point la faire juger convenable. Dans le moyen-âge , lorsque toutes les institutions avaient une forte tendance vers les droits héréditaires , et qu'il existait peu de lois écrites , tout usage ou toute coutume qui avait subsisté pendant deux ou trois générations acquérait facilement la validité d'une législation positive. Qr , des terres avaient été données au clergé pour son entretien. Les prêtres mariés auraient bientôt dégénéré en une caste de noblesse sacerdotale ; possédant ces terres par droit

3lO ORDEt BB SÂINT-VENOIT.

d'héritage , sous la condition apparente de des* sefvir Tàutel , mais > dans lé fait , négligeant tous les devoirs de son ministère.

A hnt époque antérieure , cet état de choses ë Vtait suffisamment réalisé dans la Northumbm pour montrer la nature et l'étendue de l'imminent danger dont l'élise était menacée. Si ce Système tât prévalu, l'administration spirituelle de la reKgion eût été sapée dans sa base ; la société eût été entièrement privél? des avantages temporels résultant de l'établissement du christianisme ; nous devons donc concevoir comment beauceiup d'hommes graves et dévoués aux vrais intérêts de la religion se sont employés à prévehârun ^^mblablie abus. L'introduction de la règle bénédictine parmi les moines d'Angleterre était intimeikient liée avec cette question du célibat. Avant le tems de Dunstan , chaque congrégatioii de reclus se conduisait selon de& réglemens ibténetirs qui lui étaient particuliers ^ et les divers monastères n'étaient point réunis en une seule communauté. Un romain , nommé Benedictus {'Benôh), hotnme d'une piété sincère, avait introduit un houveau code dans le monastère qu'il avait fondé sur le Mortt^-Cassiù ' , datis

ORDRE DE SAINT-BENOIT. 3l I

Tancien territoire des Samniles '. Au milieu de choses insignifiantes ^ se trouvaient des dispositions fort bien imaginées pour rendre la vie monastique plus, utile el pour en restreindre les vices , parce qu'elles étaient conçues de manière à empêcher le cloître de de^nir le repaire de la paresse et de la dissolution. Les monastères du continent s'étaient réunis en une seule corporation. Les bénédictins dltalie étaient membres^ du même corps que les bénédictins de la Gaule^ fjçempts de la juridiction des évêques , et placés sons un général pris parmi eux , ils defvinrent bieqtôt les commodes insU'umens de l'ambition des papes.

Le grand objet poursuivi par les papes , c'était la suppression de l'indépendance des diverses^ églises nationales de la chrétienté ; le célibat du clergé devint un signe de ralliement , gage de soumission envers l'église de Kome, si on TacccM-dait , marque d'hostilité, s'il était refusé. C'est avec cet esprit de conquête que Dunstan el ceux qui le secondaient , s'engagèrent dans, l'exécution de leurs plans.

L'église Bcote d'Irlande et les églises picte el bretonne , quoiqu en communion avec Rome ^

■ Aujourd'hui la ierre de Labour dans le royaume dè'Naples.. (N.duT.)

3ll ORDRE DE SAiNT-tENOir.

étaient restées indépendantes du saint -siège. L'église anglo-saxonne était plus disposée z céder , et la règle bénédictine avait été intraduite Il Glastonburj. Cependant , une forte opposition se manifestait : toute dissention est contagieuse ; les querelles du clergé furent épousées par les laïques ; les prêtres séculiers troarèrent plus d'un protecteur puissant , et les schismes de l'église , comme cela s'est vu trop souvent, firent naître des factions au milieu du peuple.

Dunstan se vit obligé de combattre avec toutes les armes qu'il put saisir. Le moine devînt homme d*état, il se lança dans l'intrigue, etU usa de tout le pouvoir que lui donnait son rang, de toute Tinfluence qui résultait de son caractère, pour faire réussir les projets de son parti.

Dunstan avait entièrement captivé la confiance d'Edred : suivant les paroles de son ancien biographe , il fut , durant ce règne , « roi et maître A du roi. Rex et régis imperator. » En toutes choses Edred avait obéi à Dunstan , qui s'était emparé de toutes les parties du gouvernement. Le roi n'avait pu faire de Tabbé l'héritier de son trône , mais Edred avait eu la faculté de répandre ses trésors sur Dunstan. Edwy, d'un autre côté , qui , pendant tout le règne de son oncle , s'était

DUN8TAN ET ELGIVE. 3l3

toujoars considëfë comme injustement exclus du trâne , ëtait naturellement mal dispose envers les conseillers d'Edred , et Dunstan ne tarda pas à se trouver en Mllision avec le nouveau roi. .Le jeune Edwy était d'une beauté, peu x^rdinaire , mais orgueilleux, imprudent, pétulant, débauché , et entouré d'une foule de jeunes courtisans qui encourageaient leur maître dans ses vices. Agissant d'après leurs conseils , Edwy créa des impôts injustes : il traita d'une manière 957. outrageante sa respectable aïeule , et dépouilla le clergé de ses biens. II. avait épousé une femme dans laquelle brillaient les qualités les plus aimables et qui se nommait Elgive. Le jour de son couronnement, pendant' que les nobles se livradent au plaisir d'un banquet royal , Edwy sortit de la salle du festin et se retira dans un des appartemens particuliers , avec sa femme et sa belle-mère Etbelgive. On avait attribué à Elgive des torts réels ou supposés ; Dunstan , député par les nobles afin d'engager Edwy à venir rejoindre ses convives , s*élança dans la chambre , et fit entendre' à la reine ainsi qu'à sa mère le langage le plus grossier, menaçant même celle-ci de la potence. Les anciens biographes de Dunstan , qui font de lui un héros sans tache ,

'3l4 DUNSTAN BANNI.

n*ifidiquent itulleinent . qu EthelgiTe , quelcpie blâme qu'elle ait pu encourir , ait jaaiais clé coupable d'aucuo crime punissable par les lois temporelles ; nous pouvons 4onc aflfirmer ayec certitude , que le langage de Dunstan n'eut d'aptre cause que l'effervescence d'une colère fougueuse. Sa conduite envers £dwy ne fut pas plus modérée. Le moine fooçant son souverain de (fuitter son siège ^ l'entraîna dans la salle, et ce {ut dans cet état d'kumiliation qu^E^wj reparut devant sa noblesse assemblée.

Cependant , le jeune bpmme insulté était an roi : il avait le pouvoir de se venger de celui qui l'avait outragé. Dunstan Ait banni de la Bre^ tagne , et les moines dont il était le guide par* tagèrent sa proscription : ils furent chassés de leur monastère et exilés comme leur patron. Edwy, après cette action, devenait immanquablement le protecteur du clergé séculier , et les clercs mariés entrèrent avec pompe dans le monastère même de Grlastonbury , qui a?ait appartenu à Dunstan. Gelui-d s'enfuit à Gand , où il se réfugia dans* le monastère de Saint- Pierre , échappant ainsi heureusement à la ven* geance d'Elhelgive , car elle avait envoyé à sa poursuite des émissaires qui , s'ils l'eussetit atteint , lui auraient crevé les yeux.

XOGAR. 3l5

La légende de Dunstân prétend que , quand il fut forcé de quitter son abbaye , un rire infernal réâoïina sous les voûter du saint édifice, «c Va , dit Dunstali y s'adressant au démon in- » TÎsible, tu seras plus affligé de mon retour n que tu n*es joyeux de mon départ. » Il est très* possible que les illusions dont il était obsédé lui aient fait tenir ce langage ; mais ceft incident n^est probablement qu'une fiction légendaire , fondée sur des paroles qu'il proféra aumomeat de son expulsion. Il laissa derrière lui' des hommes disposés à soutenir sa cause. Dunstàn 957. avait à peine quitté le pays , que Tarcbevéque .959. Odon suscita une émeute générale dans le peuplé ; le^ Merciens et les Northumbriens prirent Edgat* pour leur roi , non comme roi vassal sous les ordres de son frèrei» mais en lui accordant Tâutorité suprême ; et depuis la Tamise jusqu'au Châieau des Vierges, le moderne Edimbourg , Edwy fut privé de sa puissance.

Il nous reste à dire quel fut le sort dTd^ dans son propre domaine y le royaume de Wessex. I/archevéque Odon l'obligea d'abandonner Elgîve. Elle fut saisie dans le palais même du roi par les chevaliers et les soldats du prélat. Ht» loi brûlèrent le visage qu'ils sillonnèrent avec

3i6 kogàa.

un fer rouge , et la firent transporter en Irlande ^ probablement comme esclave. Elle revini de ce misérable exil auprès d'Edwy ; mais ils furent tous deux poursuivis par leurs ennemis acharnés , qui les prirent dans les environs de Gloucester. Les partisans d^Odon déchirèrent Elgirc si cruellement ^ qu'elle expira peu de jours après dans des (ourofiens affreux. Bientôt aussi Edwy 958. mourut, soit par le fer, soit de son désespoir; et Edgar fut alors reconnu monarque du Wessex et gouverneur de tout Tempire.

Aussitôt que la Mercie et la Northumbrie s^étaient séparées du Wessex, Dunstan élaît revenu triomphant ; et Edgar , alors âgé de seize ans , se jeta dans les bras du parti qui Tavait élevé au trône. Dunstan obtint à la fois les sièges de Worcesler et de Londres , et peu de tems après la primatie de Cantorbery. Dans ce dernier siège , les successions avaient été rapides. Odon avait cessé de vivre dès le commencement du règne d'Edgar ; son successeur, Elsy , était mort de froid en traversant les Alpes. On élut à la place de ce dernier un certain Brithelm , évéque de Sherborn , homme d'une humilité , d'une- douceur «t -d'une modestie parfaites. On prétendit qu'il n'avait pas l'énergie

BDGAR. 31*7

nécessaire pour la reforme du clergé , ce qui signifie qu^il n'était pas entré cordialement dans les projets de Dunstan. Edgar contraignit Brithelm de résigner Tarchevéche et de retourner dans le Dorsetshire. Quel autre que Tillustre Dunstan pouvait le remplacer? Avec Tarchevéché de Gantorbery, Dunstan conserva Tévéché de Londres ^ auquel Rochester fut ajouté. Rien ne semble plus incompatible avec le véritable esprit de l'église qu'un pareil surcroit de cumuls; mais l'ambition qui avait porté Dunstan à solliciter ces emplois , l'avait mis en état de les occuper ensemble , et de profiter de toute l'influence qu'ils lui procuraient.

Dunstan, le Wolsey ' de son siècle en pouvoir, mais qui ne ressembla pas à Wolsey dans la chute de celui-ci , devint le premier des conseillers du jeune roi. Le second était Osvtrald , danins de naissance , neveu de l'ancien archevêque Odon , et qui avait obtenu l'évéché de

* Célèbre cardinal , SAs d*un boucher de Long-Melford près d^Ipswî^ n parvînt par ses talens à une haute faveur scmis Henri TIII, dont U fut le principal ministre. Disgracié ensuite , persécuté par le roi , et condaiiiné par la chambre étoilée , il fut arrêté à Cawood , iieu de sa retraite, d^où on le fit partir pour Londres , coflame ooopable de haute trahuon. Q mourut en chemin , à 1* Abbaye de Leicester , accablé des revers qui avaient succédé à la plus brîUbntefonuiM. ( iV. db 7. )

3l8 EDGAK.

Worcester par le crédit de Dunslan , ce dermer ayant volontairement renonce à ce siëge, lorsqu'à avait été promu à la dignité archiépiscopale. Le troisième était l'évéque Âthelwold, autre créature de Dunstan , à qui celui-ci avait fait accorder le siège de Winchester.

Ces hommes avaient incontestablement des talens, et sous leur direction Edgar atteignità une haute prospérité. Il est juste d'attribuer à leurs conseils les succès de son règne; car, en considérant la jeunesse d'Edgar, nous devons penser qu'il n'agissait que diaprés les suggestions de Dunstan et du cabinet que eelui--ci avait formé. On en peut inférer que , comme ministres , ils remplirent leurs charges avec honneur et habileté, et la réputation méritée qu'ils y acquirent leur donna d'autantplus d'ascendant pourrexécution de leurs plans relatifs au clergé. Armés de Taotorité que le chef de l'église latine leur avait déléguée , soutenus et défendus par le roi , qui leur avait dévoué son cœur et son bras , ils agirent avec la plus ferme résolution et la plus grande énergie.

Les ecclésiastiques mariés qui ne consentirent pas à se séparer de leurs femmes furent chass& par la force. D'autres cédèrent, séduits peut-être par les bontés du roi. Aussitôt, des moines

EDG4R* 3 19

ëlaiept établis -dans l'ëglise qui leur étak asçignëe , la nouvelle colonie recevait d'amples el^ généreuses donations. Parmi les anciens moines anglais qui n'avaient pas adopte la règle bénédictine , il s'en trouva aussi qui se décidèrent à fraterniser avec le MontXassin , soit à cause du mérite qu'ils reconnaissaient dans le s|istème, et qu^il avait réellement , soit afin de se concilier la bienveillance du roi. Pendant les invasions des Danois et les troubles qui les suivirent , la plupart des dotations des monastères av^ent été saisies ou acquises par les nobles et d'autres laïques. Edgar parvint souvent a leur persuader de restituer ces propriétés , qu'une bonne conscience ne leur permettait pas de retenir. Dans d'autres circonstances, quand quelque ihane obstine refusait de se conformer awL désirs du monarque y et méprisait les anatkémes prononcés contre les usurpateurs de biens ecclésiastiques , £dgar achetait la terre de ses propres deniers et la rendait à l'église. De cette manière , avant la fin de son règne , quarante-huit monastères opulens de moines bénédictins , et de religieuses du même ordre , turent fondés dans la Bretagne anglo-saxonne, et ils subsistèrent jusqu'à l'époque qui fiit fatale à tous les établissemens de ce genre.

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