‹ Histoire des Anglo-SaxonsChapitre 87 sur 124 · EDÇAR · texte numérisé non relu

EDÇAR

Edgar , surnommé le Pacifique , fit prendre à la dofiination anglo-saxonne plus d'ëtendae et de majesté qu'elle n'en avait reçu jusque-là d*aucun bretwalda. On croyait que la paix loi avait été prédite par Dunstan , et elle se maintint en effet. Un combat avec les Bretons , à peine vemarqué , est le seul indice de guerre que Ton trouve dans les annales de ce règne. Cependant, Edgar reçut des témoignages de soumission auxquels aucun souverain de la Bretagne n'avait encore pu prétendre. Faisant une fois le tour de l'ile avec une flotte dont le nombre de vaisseaux s'élevait, dit-on^ à cinq mille , il conduisit cette fi)rce imposante à la ville de Cbester, où les vassaux de la couronne anglosaxonne s'étaient assemblés en conséquence de ses ordres '.

Et qui sont-ils ceux qui viennent comparaître devant le trône d'Edgar , le basileus ou empereur d'Albion? C'est Kenneth , roi des Scots; Malcolm , roi des Cumbriens ; Macus , le da-

* L*aatciir n^indîque pat le motif de cette navigation ; mais on voit dana V Histoire des expéditions manttmes des Nonnands , pv M. Depping , v.S , p. 199 , qu^Edgar faisait deux fois par an le toor de la Bretagne avec sa flotte , poor détruire les vaisseaux des pirates qui en infestaient les côtes. { N, ^ T,)

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nois , roi de Mona et des Hébrides. Ils sont suivis de Dyfnwall , Siferth et Edwall , rois des Bretons. Le cortège continue d'approcher, et f parmi les autres souverains , on voit aussi les rois de Westmere et de Galloway. Kenneth fléchit le genou devant Edgar , il joint les mains dans Vhumble attitude de la supplication , et en faisant cette déclaration consacrée : « Je des^iens votre homme » , il reconnaît sa sujétion au monarque anglo-saxon. Kenneth doit alors prêter ce serment de fidélité : « Sei- » gneur , je te serai fidèle , et tu peux compter 9» sur ma sincérité. Tout ce que tu aimes , je '> Taimerai ; tout ce qui te déplaît me déplaira ; » ni de mon propre mouvement , ni par con- » descendance , je ne ferai ce qui pourrait te » nuire. >» Déclarant de plus qu^il se soumet à Edgar et «• qu^il ri aura d'autre volonté que la » sienne » , il affirme «c qu'il le secondera sur >» mer et sur terre » , autrement dit , qu'il rendra au basileus tous les services militaires que celui-ci pourra demander. Tous les autres rois rendent successivement le même hommage , font le même serment et s'imposent la même obligation. On prend ensuite place à un banquet , et la journée se termine par de grandes réjouissances. SI

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Le tendemain matin , le basileus Edgar el ses hommàgerâ entrent dans la barque royale amarrëe sur la Dee , qui baigne les murs du palais. Edgar saisit le gouvernail ; chacun des rois vassaux se courbe sur une rame, et , guides par le monarque suprême, ils abordent près de là, ao monastère de Saint-Jean. On y célèbre le service divin; ensuite la barque redescend la Dee jusqu'au palais. Edgar entre dans là grande salle , et, sV dressant à sies nobles, il 5*écrie que ses successeurs pourront à juste titre s'appeler des rois, puisqu'il leur lègue tant d'honneur et de gloire.

Le triomphe d'Edgar n'appartint qu^à lui seul : il ne fut jamais renouvelé , mais les sermens de fide'lité que prêtaient ainsi les vassaux et leurs obligations militaires , constituent deux des ëlëmens de \di/éodaliié, institution d'un genre très -complexe, dont il faut chercher Vorigine dans l'union de la coutume feutonique avec la loi romaine.

Je dois à ce sujet présenter quelques observations. Le système féodal joue un rôle important dans rhistoire du moyen-âge. La féodalité s'est tellement entrelacée avec la politique des prirr^ cipaux royaumes , que ,* sans en connaître h nature, on tté pourrait avancer d'un pas dans

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la science bsstorique. La splendeur de la pio« priété tetritoriale en général doit être considérée comme le terrain sur lequel se fonde l'histoire des nations.

Dans le traité anglo-saxon d'EUric, mentionné précédemment , se trouve le passage suivant : « Tout trône ne se soutient que sur » trois colonnes : le prêtre ^ le guenrier et le A laboureur. Le prêtre prie jour et nuit pour la y> prospérité du peuple ; le guerrier défend le 1» peuple avec son épée ; le lal»oureur cultive i» la terre et travaille pour la subsistance de tous, n Si Tune de ces trois colonnes vient à se rompre, » le trdne est renversé. >» D'après Tespèce de matériaux dont nous voyons que se compose rhistoire , le palais , la cathédrale et le château serotit toujours les traits les plus fortement pronoti^és du tableau , et nous sommes en conséquence portés à oublier que les habitans de ces massives et orgueilleuses demeures, dépendent finalement de la ferme et de la chaumière. Il n'est poÎM de richesse qui ne tire sa source de la fertilité de b terre , et c'est surtout par l'aisance ou la misère des villageois, que l'on peut expliquer le malheur ou la prospérité des nations. Une image familière fera mieux sentir la nécessité

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d'apprëder la situation réelle ducultivateur. Supposons que demain, chaque habitant de T Angleterre, depuis le roi jusqu^au moindre individu , soit priyë , par la baguette d'un magicien , de son déjeuner , de son dîner et de son souper ; qu41 n'ait plus de vétemens pour se couvrir, ni de lit pour se reposer ; il est certain que, dans ce cas y toutes les affaires s'arrêteront. Un tel état de t:boses , quant à la nation entière , est donc impossible ; mais il peut exister pour une partie de la société. Qr, tant que les estomacs afiEsimés seront en minorité, la paix et la tranquiilîcé régneront généralement , quelles que soient les privations qu'ils aient séparément à endurer ; mais si, malheureusement, ils deviennent les plus nombreux , le pays sera continuellement troublé, malgré la bonté de sa constitution, ou Texcel* lence de ses lois. Les avantages obtenus par la diplomatie, ou les succès remportés sur le champ de bataille ne seront d'aucune utilité, si la charrue ne marche. Je me suis étendu sur ce sujet , parce qu'en diverses parties de cette, histoire , j'entrerai dans le détail des relations du seigneur avec son fermier, plus profondément qu^on ne Ta fait d'ordinaire dans les ouvrages du genre de celui-ci. Mais je ne dois pas oublier que je

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suis Tinstituteur d'une famille ; et je puis assurer à mes jeunes lecteurs que , lorsqu'avec les années ils auront acquis de la sagesse , ils trouveront un plaisir plus rëel dans des faits semblables que dans les plus brillantes fictions des romans. Retournons à la fëodalitë.

L'hommage , renferme dans ces mots : « Je 3» deçiens votre homme » , était une obligation que les Germains apportèrent de leurs forêts. C'était un âruit du vieux chêne , un peu adouci par la culture , si je puis ainsi m' exprimer. Le seigneur était le protecteur de r homme, qui , de son côté 9 était tenu de servir , soit en paix , soit en gueire , le supérieur auquel il s'était recom^ mandé. Le prix de cet engagement était tantôt un cheval ou un casque, tantôt un bouclier d'argent ou une bourse d'or , et sa durée fut danf Tori* gine limitée à celle de l'existence de Tune ou de l'autre des parties contractantes. Si le seigneuf mourait, son fils ne pouvak réclamer la soumission du vassal. Si ce dernier cessait de vivre , son fils était libre de choisir un autre seigneur: mais tant que le pacte subsistait , le vassal devait prendre son rang dans la salle de sou supérieur et combattre sous sa bannière lorsqu'elle était déployée ; ce devoir était tellement

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impëiicttx , que s^il abandonnait aon souveram pendant les liosdlitës , il sa rendait passible de la peine capitale.

A mesuK que la sociëtë fit des progrès^ et q«e ses direrses relations acquirent plus de finie , 3 se manifesta une forte tendance à rendire héri^ ditaire œ genre d'obligation. Le fils du seigneur s'eiforça de se substituer aut droits de son pèrr. et , d*un autre côte , le fils du vassal jngea qu'il était de son intérêt d^appeler sur lui'^mérae 11 protection dont son père avait joui. Cette tendance augmenta beaucoup , lorsque , ao iîeu d^acheter les services de son vassal par des effets mobiliers , le seignenr lui donna de la terre. Tant que les vieux saxons et les autres peuples teutoniques restèrent dans leur situation primilive j il ne put y avoir parmi eux de récompenses de cette espèce ^ parce que la terre était un objet dont aucun homme ne pouvait posséder la propriété distincte ou particulière. Le district habité par chaque sept ou clan , et nomme gau ' en langue germanique, appartenait au peuple collectivement : de la même manière que les t«rres de chasse des hommes rouges de TAmérique sont

' Probablement fie la même racine que yn«

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possédées par chaque tribu. Ce genre de possession n'exclut nullement l'idée exacte de propriéU ; car il n'est pas de pauvre Cherol^ee , de misérable Qsage, m^ntenant dévoré par la tyrannie envahissante de raristoçratiç américaine » qui ne se si^n^e des droits à la terre de ses aïeux ^ autant que le citoyen de New-York à son magasin de Broadvi^ay. Mais en même tems^ cette ocx:upation du sol ne donne à aucun individu la faculté de s'approprier une partie de cette terre ou d'en jouir exclusivement

Les premiers encouragemens donnés par les. Gennains a l'agriculture, ont été remarqués par les historiens romains. Tous les ans , les chefs assignaient une portion de terre à chaque homme de leurs dans. Celui-ci labourait le champ et en recueillait les fruits, mais ensuite la terre retournait à la communauté, et l'on faisait ainsi un nouveau partage tous les ans. Le plus noble du clan obtenait la meilleure part, qu'il subdivisait probablement ensuite entre ceux qui étaient sous $a dépendance. Mais cet arrangement n'empêchait pas qu'une grande partie du territoire appelé gau, ne fût réservée comme terre commune, sur laquelle çh?^que homme dM cl^n pouvait mener ses troupeaux. Ces coutumes et d'autres semblables.

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descendues d'une haute antiquité , ont subsisté en Angleterre jusqu'à une époque récente, et se rencontrent peut-être encore dans quelques unes des paroisses peu nombreuses où il n'existe pas de clôture. Dans quelques parties du pays, il y avait des arpens changeons. Par exemple, John Spring jouit d'un arpent dans la prairie de Cowholme; mais il le possède cette année le long de la rivière ^ et Tannée prochaine ce sera peut -être à l'extrémité opposée. Dans d'autres fiefs, les portions de terre du champ commun étaient indiquées par des bornes , et reconnues au moyen de marques particulières. A certain anniversaire convenu, on mettait dans un chapeau le nombre nécessaire de pommes , sur chacune desquelles était gravée la marque affectée à tel ou tel champ ; elles étaient tirées par un jeune garçon , en présence des divers tenanciers, auxquels l'usage donnait des droits à la terre , et chacun d'eux prenait te lot que le sort lui donnait. En Norfolk , la coutume était qu'après la moisson , et jusqu'au tems des semailles de l'année suivante , tous les champs fussent mis en commun ; on laissait les troupeaux errer en pleine liberté sur toute la juridiction , sans empêchement ni réclamation.

Bientôt d'autres usages parurent préférables.

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