‹ Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du mondeChapitre 10 sur 36 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DécouTerte de la seriiigue. — Elle est contemporaine de celle de 11mprimerie et de la découverte du Nouveau-Monde. — Nom et patrlt de lluTenteur. — La seringue n*était pas connue à Rome, et n*t pas été trouvée dans les ruines d*flerculanum et de Pompéia. «<* Instrument qui Ta précédée. — Sa description par Avicennes. — La plume de paon des dames romaines. — Influence de la seringue sur la politique^ les sciences et la littérature. — La seringue, reine du inonde. — Sa déchéance. — Seringue brésilienne. — Seringues en écaille, en nacre, en argent, en vermeil. — Honneurs rendus à la seringue par M"^ de Pompadour. — Singulière coutume des Oma« guas avant le repas. — Sujet de prix proposé par l'académie é$ Mâcon. — V Allée de la Seringue, poème héroï-satirique. — Questions faites sur la seringue dans un examen. — Phases principales de la seringue. — Ses inconvénients. — Modifications apportées dans la construction de la seringue par MM. Bolscervoise , Chemin et Hej* mann. — Définition du mot clystère, — Le lavement et le remède, — Émeute à la cour de Louis XIV. — Épitaphe de tncdtre Louis,

Non jttTtt assidue libros tnetart iêrem , Sed libet ad dulces etiam descendere lm«f .

Joh. PoSTBIVt.

Les ténèbres du moyen-âge se dissipaient peu à peu» et le XV* siècle, qui avait donné naissance à rimprimeriet expirait en découvrant T Amérique.

Entre ces deux importantes découvertes vient s'en pla* cer une troisième , celle de la seringue. Dans sa pudeur, l'histoire l'avait passée sous silence , et lauteur de cette salutaire invention serait peut-être encore ignoré au^^ jourd*hui sans les infatigables recherches de Tun de nos plus savants chirurgiens, M. Malgaigne^ qui en a rappelé

le ftom dans son admirable introduction aux Œuvres d'Ambroise Parc.

Âpres avoir raconté Thistoire de la seringue que j'in* tercale ici pour reposer le lecteur, je reprendrai ma route chronologique désormais mieux éclairée par le jour pur et radieux de la renaissance.

Avant la découverte de la seringue, qu'il faut considérer comme une véritable conquête, à Tépoquc d'Hippocrate et dans les temps qui suivirent jusqu'au XV* siècle, on se iservait d'une outre fixée à une canule en roseau dont j'ai retrouvé la description dans Avicenncs, qui la donne en ces termes :

« Melior quidem clysterii figura quam antiqui dixea runt y est , ut sit drculalio vel concavitas cannœ ejm , <i divisa per tertiam^ et duos tertias, et sit positum inter a utrasque intermedias de corpore de quo facta est canna, c( et sit consolidatum cum canna , consolidatione vehe^ « menti, et fiât intermedias inter partes ejus divisas, et <c sit uter decenter aptatus, vel ligatus in orifi^do quœ <( duarum partium major est y et sit orificium partis mi- « noris apertum, et quando uter decenter aptatus est t< super utramque partem cannœy obtura caput vel orifi- « dum partis minoris cum ligamento forti ut non ingre- « diatur ipsam aery et sit ei sub utrC; in loco qui non (k ingreditur anumy meatus per quem egrediatur venm tositas.

« Cum ergo œquatur canna in loco suoy effunde eneina « in utrem, deinde exprime ipsum utrisqm manibuSy « expressione bona continmta quœ non sit cum labore. y^

Ce n'est qu'en faussant l'histoire que l'on a pu dire que la seringue avait été retrouvée dans les fouillés d'Herculanum et de Pompéïa; elle n'y a point été rencontrée, et toute surprise cessera quand on saura qu'à Rome , où la âeringue n'a jamais été connue , la déesse

DES APOTHICAIRES. lOi

Cloacina n*avait pas de temple , et que les patriciens se servaient du pan de leur robe en guise de mouchoir.

Lorsque les dames romaines étaient déchirées par les angoisses d'une indigestion, elles passaient dans le vomU torium , et s'introduisaient dans le gosier une plume de paon, ou bien elles se servaient, pour s'injecter les intes^ tins , de la vessie armée du chalumeau décrite par AviT cennes. Si, par la pensée, on se représente une noble matrone en proie à une laborieuse digestion, et obligée, la plume de paon ayant fait défaut, de recourir aux incertains services de cette mince vessie que la plus légère pression pouvait crevasser, on aura une juste et miséricordieuse idée des angoisses et des perplexités de la patiente.

Les noms de Guttemberg et de Christophe Colomb sont sur toutes les lèvres : personne ne sait celui de Tinventeur de la seringue.

Gatenabia , tel est le nom de ce bienfaiteur de Thumanité. La France ne peut revendiquer la gloire de lui avoir donné le jour. Compatriote de Colomb, il était originaire de Vercelli et professeur en l'Université de Pavie. II. consacra plusieurs années au perfectionnement de son œuvre, et mourut le 14 février 1496, après avoir laissé un livre qui, dans le cours du XVP siècle, eut les honneurs de quatre éditions ^

L'influence de la découverte de l'imprimerie et du Nouveau-Monde a été racontée par des écrivains éminents et décrite par des plumes brillantes ; celle que la seringue a exercée sur les destinées humaines n'a été indiquée par personne : en un mot, la seringue n'a eu, jusqu'à ce jour, ni apologiste ni historien. Dans les siècles

' Malgaigne, Introduction aux OSuvres chirurgicales d'Ainbroise Paré.

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du paganisme on eût dressé, n*en doutons pas, des autels à son inventeur, et les Césars, à Rome, lui eussent élevé une statue d*airain.

Si rimprimerie a régénéré le monde , la seringue n'a pas rendu de moindres services. Qui pourrait, en effet, méconnaître le rôle qu*elle a joué dans la politique et dans la littérature? Si Ton voulait se donner la peine de réfléchir un instant sur Timportance d'un coup de piston donné à propos , on serait surpris des immenses et bienfaisants résultats produits par cette opportunité. Qui nous dit que la seringue n'a pas soufflé maintes fois la sagesse aux législateurs des nations, et maintes fois aussi dirigé les hommes puissants qui tiennent dans leurs mains le sort des empires? Qui sait encore si ce n'est pas elle qui É adouci la férocité de certains tyrans, harmonisé le cerresu de quelques mélodieux poètes , tempéré leurs fiévreuses hallucinations et enfanté des chefs-d œuvre? Enfin qui oserait nier que , maniée à des heures bien choisies , elle n'eût pas comprimé les révolutions qui ont ensanglanté le monde? Il n'y arien de paradoxal dans ees questions que j'abandonne, sans chercher à les approfondir, aux méditations de la philosophie médicale.

La seringue méritait, à plus d'un titre, d'être proclamée la reine du monde; elle l'a été en effet, car elle a régné sans partage pendant trois cents ans sur tous les continents , à l'exception du Brésil , où Ton se sert d'nn intestin de bœuf ajusté sur un tuyau de bois; de l'Amérique septentrionale, où l'on a eu recours pendant longtemps à une bouteille de gomme élastique terminée par un ajutage d'ivoire, et de la classe indigente de Londres qui se sert d'une vessie.

Cependant il était réservé à la seringue de subir le sort détentes les royautés ^ et elle devait succomber sous le

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révolutions. Aujourd'hui, elle n'est regrettée qud par de rares partisans de son antique légitimité , qui vont pleurer sur ses restes abandonnés au milieu des dieux pénates deralcôve où régnent maintenant, en souverains, les clyseirs , les elyso-pompes , les clyso-bols , les clysopoches et les irrigateurs, indignes et insolents successeuri qui Ywt brutalement renversée de son trône. HoHis habet muros l

Aux jours fortunés où la seringue était à Tapogée de sa gloire , les artistes s'étaient ingéniés à en varier la forme à Tinfini. On en trouve encore de coquets et séduisants échantillons dans le cabinet de quelques archéo-^ logues. Il 7 avait des seringues en écaille, en vermeil, en nacre , en argent : les dames les plus prudes en ornaient leur ioiUtU , comme aujourd'hui elles parent leurs étagères de bijoux ravissants et de délicieuses chinoiseries. Sous Louis XV, M""* de Pompadour en faisait un luxueux étalage dans son boudoir parfumé.

En Europe , à la fin du repas, on apporte du café et quelques liqueurs pour aider à la digestion : chez les Omaguas, avant de se mettre à table,* on présente une seringue à chaque convive.

Il y a environ soixante ans , l'académie de Mâcon proposa pour sujet de prix cette question : Quelle est l'invention qui a été la plus utile à Thomme ? Un anonyme envoya cette seule réponse : La seringue. Ce laconique concurrent méritait , pour sa haute raison , d'être couronné. Il n'obtint cependant pas le prix, parce que, dit-on, le jour où Ton s'assembla pour juger le mérite des difiPérents compétiteurs , l'aréopage bourguignon avait fait un usage immodéré du fruit fluidifiant de ses plantureux coteaux.

La seringue a exercé le génie des poètes, et a fait éclore des productions dignes, par l'élévation de leur tour épi-

que , du législateur du Parnasse et du patriarche de Ferney. Je mentionnerai surtout un poëme héroi-satirique dû à la muse d*£u8tacbe Lenoble , de Troyes ^

Voici, en peu de mots, ce qui a donné lieu à cette œuvre empreinte du parfum des plus beaux siècles de la littérature.

M. Lenoble, président au bailliage de Troyes, a^ait fait planter une allée de noyers devant son château de Thennellières, près Troyes; quelques-uns de ces arbres em-i piétaient sur la propriété de M. Guichard de Vouldy, conseiller au bailliage, qui les fit arracher. Il y eut contestation, puis procès dans lequel MM. Tettel et Cop» pois, également conseillers au bailliage, se montrèrent iayorables à M. de Vouldy. Eustache Lenoble, fils du président, prit occasion de ce procès pour composer un poëme qu'il intitula V Allée de la Seringue ^ parce que MM. de Vouldy et Goppois étaient fils d*apothicaires.

Voici quelques passages de ce piquant ouvrage :

Il voit avec plaisir^ sur la fine gravure , Du conseiller Tétel l'entreprise future ; Il y voit allié, d'où naît ce sénateur.

Le sang d'apotliicairc au sang de procureur.

D'un côté , dans le fond ''d'une poudreuse étude. Son paternel ayeul, la griffe âpre et Toeil rude. Pour s*engrais8cr du sang d'un malheureux plaideur Fomente adroitement la chicaneuse ardeur; L'on voit, d'autre côté, Coppois Vapoticaire Au malade troycn présentant un clystère, Exercer à genoux , la seringue à la main.

Du plus sale métier remploi le plus vilain.

Là, contre dix noyers mis sur un bout de terre. Le ménage assemblé tient grand conseil de guerre; Et là Vulcain le fait, sur un luisant acier.

Marcher, en corpf d'armée, à cet exploit guerrier.

< Lei œuvres de M, Lenoble, U ivf , à Paris, ches Ribou, 1718.

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Mais , à prodige affreux ! à peine enUii frappé , Que cette triste Toix sortit du tronc coupe : Cruel! que fai-jc fait? quelle fureur impie Pousse ta main barbare à m*arracher la yie ?

Pnisqu'à ce tronc les dieux ont attacbc mon sort. Pourquoi m*en chasses-tu par une indigne mort ? Ce n^est point un noyer, cruel, que tu renverses , De la nymphe Syrinx c*est le sein que tu perces. De rimpudique Pan évitant les efforts, Les dieux en un roseau transformèrent mon corps ; Mais ce roseau séché, mon âme végétante A , jusque dans ce tronc , passé de plante en plante , £t, sans le coup mortel que je viens d'essuyer, Contente de mon sort, sous ce tendre noyer Je vivois en repos, et voyois cette allée Du nom de la seringue à ma gloire appelée.

Mais toi , vaillant baron, qu'on sait sortir d'ayeui Dont la seringue fut le sceptre glorieux ; Toi qui souvent as vu la plume de ton père Bien ou mal à propos ordonner un clystère ; De ton cœur courroucé suspends le mouvement, Et respecte le nom d*nn si noble instrument.

Je meurs; souffre, baron, qu^unc seule victime Apaise par son sang la fureur qui t'anime.

A la réception d'un candidat dans une de nos écoles de pharmacie, un médecin examinateur posa celte question : « Donnez-nous, Monsieur, la description, et faites-nous connaître les usages de l'instrument appelé seringue. » . « Je pourrais. Monsieur, dit le récipiendaire, me dispenser de répondre à cette question qui ne se rapporte que très-indirectement au sujet de cet examen ; mais , par déférence, j'aurai l'honneur de vous exposer que la seringue est un instrument de chirurgie destiné à verser, soit dans le canal intestinal , soit dans tout autre , les injections simples ou composées que le médecin prescrit, et que doit préparer l'apothicaire. » Ici le candidat fut Iut terrompu par le docteur qui s'étonna qu'un pharmacien, au lieu de revendiquer le droit exclusif de mettre en œuvre cet instrument, en fit un des attributs de la chi-

rurgie. Une discttuioii t'élèye sar-le-champ entre les médecins présents et les pharmaciens ; les définitions, les autorités furent citées de part et d'autre , et il resta démontré que les chirurgiens employant très-fréquemment la seringue pour injecter des liquides médicamenteux dans différentes cavités , et l'administration d'un lavement exigeant, dans certains cas, des connaissances anatomiques qu'on ne peut attendre d'un pharmacien , la seringue était et avait toujours été un instrument de chirurgie, quoique par humanité, et à une époque où les différentes branches de l'art de guérir n'étaient pas distinctes, plusieurs pharmaciens se soient prêtés à faire usage de la seringue pour d'autres que pour eux-mêmes, et aient ainsi donné lieu aux plaisanteries de Molière et de ses imitateurs. Ces plaisanteries étaient justes , et les pharmaciens les auraient évitées s'ils s'étaient dit : Ne nous mêlons que de ce qui nous regarde.

Qu'il me soit permis de payer un dernier tribut de regret à la mémoire de ce défunt instrument, en racontant les phases principales qu'il a subies avant de descendre dans la tombe.

La seringue, que son corps de pompe soit coulé comme en France, ou tourné comme on le pratique en Autriche^ avait l'inconvénient de n'être pas parfaitement calibrée ; elle fuyait souvent, et le piston, garni de filasse, agissait quelquefois par secousses et devenait très-dur à pousser. Pour peu qu'il y eut, de la part du malade, quelque réas-r tance naturelle ou involontaire, il devenait impossible de se servir de l'instrument. Les Allemands ont cru remédier à cet inconvénient en creusant la colonne du piston en spirale, et en faisant descendre celui-ci .par un mouvement circulaire imprimé par celte spirale : on évite effectivement les secousses par ce moyen , mais la seringue n*en est pas moins dure et d'un dfet très-lent.

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Un potier d*étain de Paris , M. Boiscervoise , imagina ^'appliquer a la construction de la seringue la crémail* 1ère et la manivelle du cric : c*était augmenter la force in conservant la douceur du mouvement. Ces seringues parurent extrêmement commodes, et reçurent Tapprobation des sociétés de médecine qui les examinèrent, mais elles étaient encore susceptibles de perfectionnement. La crémaillère n* étant que d*un seul côté du manche, il y avait une pression latérale qui faisait perdre au piston une portion de la force verticale : la noix ou pignon qui agissait sur la crémaillère se fatiguait promptement.

M. Chemin, balancier rue de la Ferroùnerie, à renseigne du couronné , a pensé avec raison qu*on remédierait à ce défaut en renfermant dans le manche même le mécanisme de Tinslrument, et en construisant ce manche et le pignon avec un alliage dont Tétain est la base , mais qui est beaucoup plus solide et plus dur que ce métal. Pour donner au corps de la seringue une forme parfaitement cylindrique , après l'avoir coulée il la fait passer au banc-à-tîrer, comme Ton fait pour calibrer les tuyaux de lunettes optiques; le piston, formé de rondelles de feutre, glisse doucement et également dans le cylindre à Taide d'une manivelle pareille à celle de M. Boiscervoise.

Cette construction offrait deux grands avantages : le premier, c'est qu'en état de santé l'individu pouvait, sans efforts, prendre lui-même un lavement; le second, c*est qu'un lavement pouvait, au moyen d'une canule et d'un tuyau de gomme élastique, être administré à un malade ou à un blessé, dans toutes les situations qu'il était obligé de prendre ou de garder. On sent combien, dans les hôpitaux militaires, un pareil instrument devenait précieux.

M. Heymann, ferblantier rue du Mont-Blanc, s'est occupé du perfectionnement de la seringue sous un autre

rapport. A\ec son invention, le service des inàins devient presque inutile ; la seringue , qu*il nomme à pompe , est formée par un cylindre creux d'un diamètre double au moins de celui de la seringue ordinaire, mais moitié moins haut. Un autre cylindre presque plein entre à frottement dans le premier; il est percé au centre d'un trou par lequel le liquide s'élève lorsque le cylindre le presse : ce conduit est terminé par une canule qui est environnée d'un large champignon d'étain, sur lequel on peut poser un coussinet de gomme élastique. Lorsque la seringue est remplie, le malade s'asseoit sur ce coussinet, et le poids de son corps pressant le liquide , le fait passer dans ses intestins sans qu'il ait besoin d'employer les mains : cette seringue se pose sur un siège en forme de guéridon, ou sur la boîte même qui la renferme lorsqu'on veut l'emporter en voyage.

Cet instrument joint à l'élégance une grande commodité , mais l'inventeur l'a toujours tenu à un prix trop élevé pour pouvoir être atteint par les fortunes médiocres.

Suivant un critique, dans un temps où la pudeur était plus dans les choses que dans les mots, on désignait par le mot grec clyslère (x)LU(7T>;p, de yAûço), je lave), l'injection pour laquelle la seringue est faite. Des gens délicats y substituèrent, longtemps après, le mot lavement qui fut adopté quoique vague; mais les ecclésiastiques s'en scandalisèrent, parce cpie ce substantif est employé dans les cérémonies de l'Église.

Grande fut la rumeur à la cour et chez M"® de Maintenon : les Jésuites gagnèrent Tabbé de Saint-Cyran , et employèrent leur crédit auprès de Louis XIV pour obtenir que le mot lavement fût mis:au nonibre des expresjsipns déshonnêtes, en sorte que l'abbé de Saint-Cyran blâma publiquement le P. Garasse qui s*en était servi.

« Mais, disait le P. Garasse, je n*entends par lavement qn'un bain local, une ablution ; ce sont les apothicaires qni Tont profané en l'appliquant à un usage messéant. » U fui décidé qu'on substituerait le mot remède à celui de lavement; remède ^ comme équivoque, parut plus honnête. Louis XIV accorda cette grâce au P. Letellier. Ce prince ne demanda plus de lavement^ il demanda son remède^ et donna ordre à TAcadémie française d'insérer ce mot dans son dictionnaire avec Tacceplion nouvelle. Ainsi, on substitua pendant quelque temps remède à lavement. Malgré cette décision et cet usage, malgré Saint- Cyran, les Jésuites, le P. Letellier, les dames de la cour et l'Académie, le mot lavement est resté dans la langue : les médecins et les apothicaires s'en servent exclusivement, et les dames qui, sans être malades, prennent chaque matin un lavement pour conserver la fraîcheur de leur teint, ne donnent plus le nom de remède a cette injection. Je ne parle pas ici des dames qui ont conservé religieusement la tradition des us et coutumes de l'ancienne cour.

Cy gist maître Louis, . Si accoustumé à prendre.

Qu'il aima mieux mourir que de rendre Un lavement qu'il avoit pris ^

Quoi qu'il en soit, j'emploierai, pour ce que j'ai à raconter, le mot clystère de préférence à toute autre dénomination, en raison de ma prédilection pour la langue grecque.

^ Bescherelle , Dictionnaire national.

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