‹ Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du mondeChapitre 20 sur 36 · MULLER · texte numérisé non relu

MULLER

Les statuts que je viens de rappeler s'occupaient principalement des maîtres et des formes de réception. Il intervint une ordonnance de police du 23 avril 1 783 qui régla les dispositions relatives à la discipline des maîtres

* Extr. des arcb. de récole de pharm.

en pharmacie ; cette ordonnance se compose de sept articles qui portent sur les devoirs et les droits réciproques des maîtres et des élèves.

Ce fut dans cet état de choses qu'en 1789 TAssemblée nationale trouva tout ce qui se rapportait à Texercice et à renseignement de la pharmacie.

Le collège de pharmacie est la seule compagnie savante qui ait traversé la révolution sans en éprouver les outrages : il est resté debout au milieu des ruines ; et tandis que les factions mettaient la patrie en lambeaux et ren- Tersaient les monuments du génie, les pharmaciens de Paris s'assemblaient paisiblement pour se conmiuniquer leurs lumières * .

, L'Assemblée nationale accepta donc le collège de pharmacie tel que l'avait créé la déclaration de 1777; mais, obligée ensuite d'introduire dans toutes les institua tiens quelques innovations réclamées plus ou moins impérieusement par le temps , elle chargea son comité de salubrité publique , présidé par le fameux Guillotin , de prendre près des directoires des quatre-vingt-trois départements du royaume toutes les informations nécessaires sur l'état de la pharmacie en France. II résalta du rapport fait à l'Assemblée par Livré , membre de ce comité , que la profession de pharmacien était exercée par des hommes indignes et dépourvus des qualités requises. Un décret sanctionné par le roi, le 17 avril 1791 , disposa que nul ne pouvait exercer la pharmacie, sous les peines portées par les lois et par les règlements concernant cette profession, s'il n'ayait été reçu ainsi qu'ils le prescrivaient. Toutefois ce décret ne suffisait pas à tous le^ besoins et ne remédiait pas à tous les abus.

Entre le collège de pharmacie et la création des écoles

< Rapport au tribunat sur la loi qfoi établit la éeolcftf de i^armacie.

DES APOTHICAIRES. 2fi

de ce nom, une Société fut fondée et exista pendant quelques années sous la dénomination de Société libre de Pharmacie de Paris.

L'acte constitutif de cette Société est du 30 ventôse an iv. €et acte porte que les pharmactens détermineront , par un règlement qui sera arrêtàî^^an assemblée générale , lorganisation et la discipline intérieure de la Société, et les conditions nécessaires pour y être admis par la suite.

11 stipule :

Art. IV. Provisoirement, et en attendant que ce règlement soit fait, la Société sera dirigée par quatre commis*^ saires pris dans son sein , savoir : les citoyens Boilleau^ TrussoUy Buisson et Bacoffe^ que la Société charge de lui présenter incessamment un projet d'organiaition, el qui pourront la convoquer et présida les assemblées.

Art. V. Nous déclarons pareillement que notre intention est de perpétuer rétablissement d'instruction fondé parles pharmaciens de Paris, et nous nous engageons mutuellement à continuer de faire dans notre laboratoire et jardin, sis rue de TArbalètre, des cours et démonstrations publics et gratuits de chimie, de pharmacie, de botanique et d'histoire naturelle.

Examinons les causes qui ont donné naissance à cette Société.

Le collège de pharmacie avait été établi , on doit se le rappeler, par la loi drî 25 avril 1777 : les pharmaciens de Paris composant ce collège avaient formé depuis longtemps, à leurs frais, un établissement d'instruction relative à l'art de guérir, dans leurs laboratoire et jardin situés rue de l'Arbalètre où ils faisaient des cours publics et gratuits de chimie, de pharmacie, de botanique, d'histoire naturelle , terminés chaque année par une distribulion solennelle de prix d'émulation en faveur des élèves qui «'étuent le plus distingués par leurs talents et leurs

connaissances. L'utilité reconnue de cet établissement lui mérita d'être maintenu provisoirement par la loi du 17 avril 1791 concernant l'enseignement et Texercice de la pharmacie, et tacitement par celle du 14 frimaire an m portant création d'écoles centrales de santé.

Les pharmaciens de Paris , animés du désir de porter cet établissement au plus haut degré de perfection , se réunirent le 30 ventôse au iv, conformément à l'article CGC de la constitution, en Société libre, Société qui avait pour objet de concourir aux progrès des sciences et des arts, et notamment de la pharmacie, de la chimie, de 1^ botanique et de Thistoire naturelle, et qui admettait dans son sein, comme associés libres et correspondants « les savants, soit français, soit étrangers, adonnés à l'étude des sciences naturelles. Le directoire exécutif, pour don* ner à cette partie de l'instruction publique les encouragements nécessaires, confirmait, par arrêté du 3 prairial suivant, rendu sur le rapport du ministre de l'intérieur, ce même établissement sous le titre d'École gratuite de Pharmacie dont le personnel fut primitivement établi ainsi qu'il suit :

Jean-Nicolas Trusson, directeur;

Jean-Pierre-René CUradame, directeur adjoint;

Edme-Jean-Baptiste BouiUon-Lagrange , secrétaire j

Simon Morelot, secrétaire adjoint.

Professeurs et Adjoints.

Chimie. Vauquelin^ Bouillon-Lagrange ; Bouriat^ adjoint.

Pharmacie. Uorelot, Trusson; Nachet, adjoint. Histoire naturelle. Demachy, Dizé, Martin.

Botanique. Guiart père, Sagot; Guiart fils, adjoint. .

La Société se composait de 123 membres : il y avait en outre 17 associés libres et 48 correspondants.

Le^6 ventôse an v, le directoire exécutif adressa à la Société une lettre ainsi conçue :

Le Directoire exécutif à la Société libre des Pharmaciens

de Paris.

ce Le directoire a reçu , citoyens , la lettre par laquelle vous lui donnez avis de l'ouverture de vos séances ; il regrette de ne pouvoir prendre sur ses fonctions le temps d'assister à une cérémonie si intéressante pour les amis des sciences et de Thumanité.

« Pour le directoire exécutif, le secrétaire-général ,

« Signé Lagabde. »

Le règlement de la Société de Pharmacie a été clos et arrêté dans la séance du 15 thermid(Spb an xi.

Il importe maintenant de faire conoaitre une lettre du président de cette société au préfet du département de la Seine.

« Société de Pharmacie de Paris. Le président de la Société libre des Pharmaciens de Paris, séantàTÉcole spéciale de Pharmacie, rue de TArbalètre, à Monsieur le comte de Chabrol, conseiller d'État, préfet de la Seine.

« Monsieur le Comte ,

« Pour répondre au dé»r de Son Excellence le ministre secrétaire d'État dellntérieur, j'ai l'honneur de vous transmettre les renseignements que vous m'avez demandés par votre lettre du 4 mars 1818.

« Le Collège de Pharmacie, établi par la loi du 25 avril 1777, et composé de tous les pharmaciens reçus «téta-

hMpk Paris, avait formé, à ses frais ^ un établissement d'instruction relative à lart de guérir dans leur laboni^ toire et jardin situés rue de TArbalètre ; on y faistit des cours publics et gratuits de chimie, de pharmacie , de botanique et d'histoire naturelle. L'utilité de cet établisornent lui mérita d'être maintenu par la loi du 17 avril 1791 concernant renseignement et Texercice de la pharmacie. Les pharmaciens de Paris, animés du désir de porter cet établissement au plus haut degré de perfection , se sont réunis le 30 ventôse an iv, conformément à Tarticle 300 de la Constitution , ainsi conçu : Les citoyens ont le droit de former des établissements parti-culiers d'éducation et d'instruction, ainsi que des sociétés libres pour concourir aux progrés des sciences, des lettres et des arts, et ils se sont constitués en société libre pour suivre Vétude de la pharmacie. Cette société a admis dans son sein, conqjme associés libres et correspondants les savants des antres départements et des pays étrangers. Le Directoire exécutif, voulant donner à cette partie de rinstruction publique les encouragements néces^ saires, a, par son arrêté du 3 prairial an v^ rendu sur le rapport du ministre de Fintérieur, confirmé ce même établissement sous le titre à' École gratuite de Pharmacie,

« Depuis cette époque. Monsieur le Comte, on a changé l'organisation de Vinstruction publique; le Collège de Pharmacie a été supprimé , le gouvernement s'est emparé de la propriété immobiliaire [sic), on y a fondé l'Ecole spéciale de Pharmacie dont les professeurs, conformément à la loi du 21 germinal an xi, sont chargés des cours publics et des réceptions : mais la Société libre des Pharmaciens, toujours réunie dans le même local, a continué ses travaux.

« La Société de Pharmacie a compté et compte dans son sein les chimistes les plus distingués de France « Fourm-

DW tfOTHiCAIRES. 215

Gtoi/f Vauqtteîin^ WS, ihyeux^ Bayen^ Parmentier^ Baume ^ CÂùfftah Gu^Um de Morveau, etû.^ tous membres de rinsiiiut.

« Tous les ans elle propose une ou deux questions de prix, soit pour le perfectionnement de l'analyse, soit pour provoquer des recherches sur quelques produits peu connus , soit pour l'amélioration des procédés pharmaceutiques. L'émulation que ces pYix excitent a déjà procuré des perfectionnements très-avantageux ; l'art dé la distillation, l'extraction dé la fnatière sucrée des végétaux, la pharmacologie et la pharmacie proprement dite, ont dû une grande partie de leurs progrès au zèle que la Société a su inspirer à ses membres et à ses correspondants. Enfin , c'est au milieu de (îette Société que le Journal de Pharmacie a pris naissance; ce recueil intéressant, qui forme déjà neuf volumes in-8°, renferme les observations les plus curieuses et les plus utiles sur la chimie, l'histoire naturelle, la thérapeutique et la pharmacie.

« La Société a douze séances par an ; elle s'assemble le 15 de chaque mois : les frais de bureau et de correspondance, les jetons de présence, la somme des prix qu'elle distribue, sont payés par une contribution volontaire de 36 f. par an que donne chaque membre résidant. Jamais la Société de Pharmacie n'a coûté un sol au gouvernement ; jamais elle n'a sollicité ni reçu aucun encouragement; elle ne demande à l'autorité que la protection spéciale qa'a droit d'espérer toute réunion d'hommes utiles dont les travaux ont pour but unique le progrès des sciences , des arts et des lettres.

c( J'ai l'honneur, Monsieur le Comte, etc.

« Cadet de Gassicourt. »

L'accusé de Féception de cette lettre par la préfecture

216 HISTOIRE DES APOTHICAmES.

de la Seine est du 22 avril 1818 » et a été adressé à M. Cadet de Gassiceurt, président de la Société libre des Pharmaciens de Paris.

Considérée au point de yue historique, cette lettre est intéressante en ce sens qu^elle fait connaître le lien d'union entre le Collège de Pharmacie supprimé , et FEcole de Pharmacie , actuellement existante; de plus, elle fait voir que V École gratuite de Pharmacie , lors de la promulgation de la loi du 21 germinal an xi , contenant organisation des écoles de pharmacie , s*est fondue pour disparaître dans la Société de Pharmacie qui subsiste

encore \

^ £\tr. des arcb. de la Soc. de pharin.

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