ÉCOLE DE PHARMACIE DE PARIS
Origine de TÉcole de Pharmacie de Paris. — Nicolas Houël, maître apothicaire-épicier. — Le palais des Toumelles. — Les Enfants rouge* du Marais. — La maison de la Charité chrétienne. — Édit de Henri III.
— L'hôpital de TOarcine ou de Saint-Marcel^ fondé par Marguerite de Provence, veuye de saint Louis. — 11 doYlent la propriété de Guillaume de Ghanac^ évêque de Paris. — Charles Audens^ successeur de Nicolas Houël. — > Ses tribulations. — La maison de Sainte-Yalère convertie en hôtel des invalides sous Henri lY.— Elle est rendue à sa première destination en 1606. — Usurpation de l'Université de Paris. — Arrêt de 1624. — Prétentions et cupidité des chapelains. — Résignation des apothicaires. — - Les vieux fossés»
— La rue de T Arbalète. — Mauvaise foi des épiciers. — Vires contestations. — Édit de 1777. — Description architecturale inédite de l'École de Pharmacie^ par M. Guibourt. — Liste des professeurs nommés depuis la création de TÉcole. — Dates de leur promotion.
— Personnel et enseignement actuels. — Costume des professeurs. •— Sceau de l'École.
L'histoire de Técole de pharmacie de Paris se trouve disséminée dans Félibien , L'Étoile , Dulaure , dans les lettres patentes de Henri III et de Henri lY , et dans le plaidoyer de Babille. Ces différents fragments , que j'ai compulsés et patiemment collationnés , ont été recueillis et coordonnés avec un soin si scrupuleux par les auteurs des Pandecles , que je crois ne pouvoir mieux faire que d'en extraire les principaux passages.
Lorsque florissaient les corporations» celle des épiciersapothicaires avait, comme toutes les autres, une chambre commune qui était, pour ainsi dire, le chef-lieu de la
corporation. La maison située rue de TÂrbalète, qui, avec ses dépendances , forme aujourd'hui la propriété de récole de pharmacie de Paris , ne fut jamais le bureau de la corporation, mais seulement une fondation pieuse , faite d'abord par urt tiiembre de la éorporalion , et entretenue, plus tard, par tous les apothicaires réunis. Celte maison devint, au dix-huitième siècle, roccasion de longs débats et de Yioléiites récriminations contre les pharmaciens qu'on accusait d'avoir envahi le bien des pâti Vires.
J'appelle toute Inattention du lecteur sur l'origine de cette maison si intéressante à plus d'un titre.
Nidblàs tîoUël , épicier et reçii ihaîtt^e apoihibaif è en lB48, sous Menri II, un des hommes les plus recommandables de son siècle , lorsque là cotltagion dû fandtlfime délrbràit Uitié pdHle de la J^opiilatîdti dé Paris * , s'était âcqiiis , par son étude et ses talents ^ une immense réputation^; Parvcfnu en 1576 à tin âge àvaiicé, sans enftuits, et h'aifârit oUcutis pslfents dans le bësôid. Il (;Oiiçut le dessein de fonder un établissement charitable qui pût porter son nom. Eh conséquence ^ il présenta à Henri III une requête ' tendant à obtenir licencd pour la fotiddtion d'une maison de charité dont l'objet principal serait de nourrir et instituer des enfants orphelins à la pièté^ avj: bennes lettrée et en Vart d'apothicairerie, et où seraient préparés et fournis aux pauvres honteux de Paris tous
> Dulaure^ Hist. de Paris ^ t. iv^ p. 182.
* Nicolas Houëi était un pharmacien instruit et lettré; il a exercé la eliargë de ^ài^e ih i*ap()ihicàirèric éh 1548. Il à publié eti i5?i UÛ diiiHf^ MMvAé PhàrniiïiséuUces HBH dùo^ et, en là7S, iih Trûité dé là Thériaque et du Miihridate. On cite encore de lut uii Traité de la Peste, une Histoire des François, et un manuscrit appartenant à la Bibliothèqiie hâtidhaié^ ayant pôiir iiive : Éisloirè de là royriê Àriemisè, et destiné à Gttteéiriiié de Médieië. ((G^uibëui^t j centré inédité.)
s Féttbito> Hist. dé PaHli t. iiti p. 7M.
médicaments convenables dans leurs maladies; et pour le lieu de cet établissement, il demandait au roi qu'il lui plût donner à Dieu et aux pauvres ce qui restait à vendre du palais des Tournelles , abandonné et détruit depuis la mort de Henri lî.
Cette requête fut d'abord renvoyée par le roi aux trésoriers de France , et ensuite aux présidents , avocats et procureurs généraux des cours souveraines , pour en avoir les avis.
La demande d'un emplacement sur le terrain du palais des Tournelles ne réussit pas ; mais Favis de^MM. du parlement fut^ en applaudissant au projet de Nicolas HouëU que, pour inciter^ par un prompi éiablissement , les personnes charitables à y aumôner ou élargir de leurs bienSy comme aussi pour saw)er une grande partie de la dépense ^ on se pourroil aider et accommoder de ta maison des Enfants-Rouges (au Marais) , laquelle , par bonne Visitation qui en avait été faite , se trouvait assez commode , capable et spacieuse. Ce fut en conformité dé cet avis des premier président, procureur et avocats généraux -du parlement que , par son édit donné à Paris au mois d'octobre 1576, Henri lll approuva et autorisa la fondation d'Houël , pour instruire les enfants en l'art de pharmff=cie, et ordonna que ladite maison de charité seroit fondée et instituée en la maison des Enfants^Rouges^ comme trouvée commode et spacieuse ^ et que là certain nombre d'enfants orphelins ou pauvres seraient instruits et enseignés à piété ^ service divin et aux bonnes lettres, et par après en Varl d^apothicairerié^ et qu'y seraient préparés, fournis et administrés toutes sortes de médicaments et remèdes convenables aux pauvres honteux de Paris en leurs infirmités et maladies.
Par le même édit^ le roi donna à Houël tous les deniers qui proviendraient de la recherche des comptes des
hôtels-Dieu f maladreries et léproseries da royaume, et des malversations de leurs gouverneurs.
Cet édit fut enregistré au parlement le 18 décembre de la même année. Cependant les difficultés que suscitèrent à Houël les administrateurs de Thôpital des Entante- Rouges le forcèrent de chercher un autre terrain. 11 eut recours au parlement qui avait enregistré Tédit de sa formation.
d Le procureur général du roy , est-il dit dans rarrèt, «c ayant remontré à la cour que le roy avait institué une a maison de charité pour faire de Tapothicairerie... qu*il «i avait établie en la maison et hôpital des Enfants-Rou^ a geSj pour la conduite de laquelle maison de charité n Nicolas Houël , inventeur de Vœuvre , avoit été nomci mé, etc.; et comme il étoit nécessaire d*avoir un autre
a endroit de la ville et faubourg s*étoit trouvé un
«( hôpital de VOurcine , au faubourg Saint-Marcel , disert <c et abandonné par mauvaise conduite , tout ruiné , les <c pauvres non logés^ le service divin non dit ni célébré. » Toutefois révoque de Paris et un nommé Marie Roussel , se disant titulaires de cet hôpital Saint -Marcel, s'opposaient à ce que la maison chrétienne de Nicolas Houël y fût transférée.
L*arrét du 29 août ordonna qu'ils seraient appelés , et le 2 janvier 1578, intervint arrêt définitif, en conformité duquel Nicolas Houël , déjà nommé^ par lettres patentes données à Blois le 20 janvier de Tannée précédente, à la superintendance tant de ladite maison , chapelle , apothin cairerie et jardin des simples , que pour Tinstruction des enfants , fut installé par des commissaires du parlement le 21 avril 1578, dans Vancien hôpital de VOurcine ou de Saint-Marcel;
Quel était cet établissement? C'était iin ancien hôpital qui avait été fondé , vers la fin du treizième siècle , par
Marguerite de Provence , veuve de saint Louis. Au quatorzième siècle , il avait appartenu à Guillaume de Chanac, évêque de Paris et patriarche d'Alexandrie ; rhospitalité n'y était plus exercée; ses bâtiments, en 1559, étaient occupés par Pierre Galand , et , par arrêt du parlement du 25 septembre de cette même année, ils avaient été mi» en la main du roi pour être employés à y loger, nourrir, médicamenter les pauvres atteints de la maladie vénérienne, dont le grand nombre causait beaucoup d'infection à THôtel-Dieu et ailleurs *. Cet hôpital était situé rue de FOursine, presque à l'entrée, à main gauche, en arrivant par la rue Mouffetard , et son enclos assez vaste s'étendait en pente par derrière jusque sur le bord de la rivière de Bièvre. En 1768 , époque où il fut détruit , il s'appelait la maison de Sainte-Valère ^.
Houël ne perdit pas un moment à remettre en bon état et à ses frais, autant qu'il était en lui , les édifices et clôtures ruinés de cet hôpital ; mais bientôt une inonda* tion de la Bièvre détruisit tous les travaux. « La nuit du mercredi 1" avril 1579, la rivière fut à la hauteur de quatorze à quinze pieds , abattit plusieurs murailles , moulins et maisons , noya plusieurs personnes surprises en leur lit , et fit un mal infini. L'eau fut i^ haute qu'elle se répandit dans l'église et jusqu'au grand-autel des Cordeliers de Saint-Marceau , ce qui dura trente heures '. » Houël réédifia les bâtiments dans l'endroit le plus élevé de son terrain , vers la rue de FOursine , et y dépensa de ses propres deniers plus de 2,000 écus soU ce qui for-* mait à cette époque une somme considérable.
; La générosité d'Houël ne se borna pas à réparer et à mettre en bon état les bâtiments , la chapelle et le grand
^ Dulaure^ t. iv.
' Les Pandectes pharm.^ p. 700.
' Mémoires de L'Estoile ^ 1. 1.^ p. 106.
enclos de Thôpital Sainl-Marcel , nommé depuis loi Maison de la Charité chrétienne, tel qu'il s'étendait entre la rue de TOursine et la rivière de Bièvre ; tl acheta tni^ core une place tout devant , de Vautre côté de la ru$f anciennement appelée les Fossés^ pour défricher ce tei^ rain et en faire un jardin botanique à l'instar du jardin de Padoue : c'est le premier qui fut créé en France.
Houël , affligé de voir que sa fortune, dont il faisait un entier sacrifice à sa Maison de la Charité chrétienhê , lui serait insuffisante pour remplir son dessein , déoou^ ragé en outre par la révocation qu'avait faite Henri III i en août 1585, de la recherche et rentrée (jusque-là in* fructueuse) des reliquats de compte des hôtels^Dieu et léproseries du royaume » que ce prince lui avait aumônes pour toute dot par son premier édit d'octobre 1576, surchargé de pauvres et de travail, tomba malade de chagrin et succomba en 1587.
Après le décès d'Houël, Charles Audens , aussi maître apothicaire y son successeur , et Catherine Vallée (veuve Houël) qu'il épousa , éprouvèrent bien d'autres traverses dans leur administration : la Maison de la Charité eJM** tienne de Houël changea elle-même d'objet et d'institut pendant les années de troubles qui agitèrent Paris et les autres villes du royaume.
On voit que le 6 mai 1597 il fut rendu arrêt au cou* seil privé, suivi en octobre de lettres-patentes qui por*> talent que les pauvres gentilshommes et soldats blessés pendant les guerres seraient reçus , pansés et médict*» mentes dans cette maison. Ce fut le premier établisse* ment des invalides, fondé par Henri lY. Louis XIII ayant transféré ces invalides au château de Bicétre , la Jfaison delà Charité chrétienne fut vacante. Diverses communautés l'occupèrent , et elle eut pour propriétaire TOrdre de Saint-Lazare, auquel furent réunis les biens des hôpitaux
abandonnés. On la retira bientôt après des mains de cet Ordre pour la donner à 1 evéque de Paris , qui la céda à r Hôtel-Dieu K
A répoque où Henri IV érigea la Maison de la Cha^ rite chrétienne en hôtel des invalides, Simon Lemusnier, prenant le titre de procureur général de ces soldats estropiés y fut établi procureur et receveur des deniers et tevenus de la maison. L'administration d'Âudens demeura réduite à la fonction d'apothicaire de cette mai'son, pour y servir et avoir aux dépens d'icelle une opo*thicairerie pour le secours desdits soldats ^. Il est bien croyable que la culture des plantes et Tinstruction de la jeunesse en souffrirent d'autant plus que les débris de la fortune de Houël suffisaient à peine pour soutenir AiH dens et sa femme.
D'autres lettres-patentes de Henri IV, de 1600, 1604 et 1606t confirmèrent, en faveur des officiers et soldats invalides , le droit d'être logés et pansés dans cette mai*** son. Le roi lui rendit même à cet effet le recouvrement (purement idéal) des anciens comptes des hôpitaux et maladreries; mais une maison de charité qui n'avait ni bAtiments ni revenus convenables à d'aussi grands objets, ne pouvait les remplir.
Alors la fondation de Houël parut être rendue à «a première destination : Instruction de jeunes gens en Vart d'apothicairerie; puis après composition et distribution gratuite de drogues et médicaments aus paximes ma* UxÂes : tel est l'objet de Tédit d'octobre 1576.
Pendant l'administration du sieur Lemusnier en quâ« lité de procureur-général des Invalides, les bâtiments de la maison, son apothicairerie, la culture de son enclos,
^ DoUure*
< Arrêt du 6 mai 1597. -^ Lettres-patentes de Henri IV. ^ Félibiea, Pièces justiflcat. , t. m , p. 7$0 et suit.
tu HISTOIRE
tout avait été étrangement négligé. Depuis, le mal ne fit qu'augmenter : chaque chapelain, chaque administrateur, tout le monde enfin, prétendait être maître; trois ou quatre apothicaires se disputèrent même le titre d'administrateur, et comme le véritable objet de la fondation de Houël en 1566 était Y instruction des jeunes gens aux bonnes lettres et en Vart (ï apothicairerie ^ on vit jusqu'aux maîtres des petites écoles du faubourg Saint-Marcel se présenter au procès pour revendiquer cette instruction dans la maison de T hôpital.
Mais les concurrents les plus redoutables furent les recteur y doyen et suppôts de YlJnisersiié^ et encore mieux les docteurs de la Faculté de médecine qui , en requérant que la fondation de Houël , de Tan 1576, fût cn^ tretenue audit hôpital, demandaient à être reçrn^ suivanl leurs offres , à instruire les pauvres enfants en Vart d'à-pothicairerie audit hôpital; y faire la compositim des remèdes et médicaments des pauvres malades, et que k jardin leur fût adjugé pour le semer et planter de toutes sortes de simples et d'herhes nécessaires^ tant pour Vinstruction desdits enfants que composition desdits remèdes.
Mais toutes ces requêtes étaient contraires à la teneur de la fondation dont TUniversité et la Faculté de médecine demandaient Texécution.
La fondation de Nicolas Houël , et Tédit approbatif de 1576 dûment enregistrés, portaient clairement : Que ce serait un maître apothicaire de Paris, résidant dans la maison même , qui y ferait Vinstruction des jeunes étudiants en apothicaireriCy la composition des drogues , leur distribution gratuite aux pauvres malades , et qui aurait soin de cultiver le jardin en plantes médicinales.
Aussi, l'arrêt du 10 septembre 1624, rendu sur toutes ces contestations, décida que la fondation de 1576 seroit entretenue, et qu'à cet effet le revenu de Thôpital
serait mis en bail judiciaire ; ordonna qu'a cette fin les maîtres et gardes de la communauté des apothicaires présenteroienty de trois en trois ans , trois maîtres d'entre eux, dont Vun seroit pourvu et établi dans Vhopital, pour y résider y exercer sa commission pendant trois ans, et distribuer gratuitement aus pauvres nécessiteux les drogues et médicaments, pour Tachai desquels les deniers du bail judiciaire lui seraient remis , à la charge par ledit apothicaire d'en rendre compte.
Au surplus, l'arrêt porte que : à la diligence des maîtres et gardes apothicaires, suivant leurs offres, le grand clos et jardin sera planté de toutes sortes de simples et herbes nécessaires, et la maison entretenue en bon état, dans laquelle sera établie une boutique fournie de médicaments nécessaires pour être distribués aux pauvres malades par l'apothicaire à ce commis.
Et y sur les autres instances, c'est-à-dire sur les demandes de TUniversité et des médecins , sur lesquelles, jusque-là, l'arrêt n'avait rien prononcé, les parties sont mises hors de cour et de procès.
En exécution de cet arrêt, par lettres du roi du mois d'octobre suivant , Jacques Grégoire, maître apothicaire, fut nommé pour résider dans l'hôpital et distribuer les médicaments aux pauvres ; mais cette nomination demeura vaine et inutile , car le bail judiciaire ordonné, du profit duquel ces médicaments devaient être achetés , ne fut jamais fait, et d'ailleurs les revenus de cette ferme auraient été trop minimes pour subvenir à toutes les dépenses nécessaires. D'autre part, les chapelains qui devaient prélever d'abord sur le prix du bail une somme de 120 livres , c'est-à-dire la partie la plus claire des re-* venus, fatiguaient tellement les apothicaires de leurs exigences, qu'ils finirent par s'emparer du tout y comme bien de leur bénéfice. Bâtiments de l'hôpital, chapelle ,
jardin, enclos, revenus, depuis 1624, ils regardèrent le tout conrime leur patrimoine, et s'y maintinrent jusqu'aux lettres d'union, faites en 1700, de cet hôpital à THôtel-Dieu de Paris.
Cependant le conseil du roi avait pris à cœur Futile fondation de Houël ; les apothicaires eux-mêmes se firent un point d'honneur de l'entretenir, et même de la transformer en un grand et durable établissement. Si les chapelains retenaient les titres de l'hôpital de l'Oursine, et ne voulaient abandonner aux apothicaires qu'une misérable masure tombant en ruines, on ne pouvait contester à ceux-K^i la possession du grand enclos acheté par Houël.
Ils abandonnèrent donc entièrement tout le matériel de cet hôpital, édifices, chapelle, cour, enclos; ils ne gardèrent rien de tout ce qui , depuis la fondation de la reine Marguerite de Provence jusqu'à l'entrée de Houël, en avait formé tout l'emplacement entre la rue et la
rivière.
Le seul terrain dans la jouissance duquel les apofiil* caires entrèrent fut cette petite langue de terre vaine et vague, appelée anciennement Vieux Fossés ^ étant do l'autre côté de la rue de l'Oursine, et remontant en équerre jusqu'à l'alignement de la rue des Postes.
Ce fut à cette portion de terrain que les apothicaires firent adaptation de leurs offres , agréées par l'arrêt et par les lettres du roi de septembre et d'octobre 1624, de semer et planter un jardin botanique pour l'instruction des étudiants; mais ce jardin eût été trop resserré, étant destiné à l'utilité publique d'une aussi grande ville ; il fallait, d'ailleurs, un bâtiment convenable pour l'instruction des élèves , et pour faire les compositions pharmaceutiques, notamment celle de la thériaque, qu'on avait jusque-là fait venir à grands frais des pays étrangers :
DES APOTHICAIRES. Ul
on voulut enfin, par honneur, suppléer au défaut de tout l'emplacement de l'ancien hôpital ilont on était privé.
Pour réaliser à leurs dépens un projet aussi louable, le corps des apothicaires, les 13 mai -et 20 juin 1626, fit acquisition, des sieurs Jacques Petit-Deslandes et Gabriel Hinselin, de plusieurs maisons et jardins s'entre-tenant, situés au faubourg Saint-Marcel, rue de TArbalète, aboutissant par devant sur cette rue, et par derrière à maître Petit-Jean, procureur, et au terrain vague acquis précédemment par Houël , et dont il a été question plus haut; le tout étant en la censive de l'abbaye de Sainte- Geneviève, où les contrats en furent ensaisinés le 11 février 1627; et pour les droits d'indemnité dus à cause de leur entrée en mainmorte, il fut constitué à cette abbaye 40 livres de rente.
Aussitôt ces acquisitions consommées, les apothicaires firent semer et planter. Us avaient, dès 1626, établi un jardinier-concierge; les deux années suivantes, 1627 et 1628 , ils s'occupèrent de la bâtisse d'un principal corps d'hôtel et autres commodités nécessaires, entre cour et jardin, avec une grande entrée par la rue de l'Arbalète. <c Et leur ont conseillé d'y faire venir des eaux ; et en effet ils traitèrent avec le prévôt des marchands et échevins de cette ville de Paris, pour six lignes d'eau qui leur fut accordée à tirer du grand tuyau qui vient des fontaines de Rungis, comme en effet il se trouve dans ce jardin des eaux à suffire pour l'arroser, ayant fait faire un fort beau bassin qui jette à toute heure de l'eau, et un grand réservoir sur le haut du côté de la rue de l'Arbalète , pour y enfermer lesdites eaux * . »
On sentira aisément que le corps des apothicaires n'é-
1 Les Pandectesi p. 706.
tait pas en état de subvenir , avec ses propres fonds » à des dépenses d'achat , de plantation et de bâtisse aussi considérables. Le paiement d'une partie en avait été fait avec des deniers pris à constitution, dont, en 1632 et en 1640, il était encore dû 240 livres de rente en trois parties, dont deux de 100 livres chacune, créées au profit de Mathurin Montcheny, le 31 mars 1629, et de Louis Courtois, le 22 juin suivant; la troisième, de 40 livres, était celle créée à Fabbaye de Sainte-Geneviève pour ses droits d'indemnité. Le surplus avait été acquitté des sommes que chaque maître avait volontairement données de suo , pour participer à la bonne œuvre commune ; tous s'étaient hâtés à Tenvi d'y contribuer.
Bientôt de vives querelles s'élevèrent; les épiciers, refusant de contribuer aux dépenses nécessaires à l'entretien de ce jardin, accusèrent les apothicaires d'avoir envahi le bien des pauvres : tout ce qui précède démontre cependant leurs droits à la possession légitime du jardin et de la maison. Ce fut là l'objet de longues contestations que la transaction de 1640 finit par assoupir. A cette époque , il fut décidé que « tous les deniers qui proviendroient , tant des compositions qui se font avec les aspirants auxdites maîtrises de la marchandise d'épicerie-apothicairerie et épicerie , qu'autrement , seroient conununs , et apportés de bonne foi par les conducteurs des aspirants entre les mains du garde-receveur de ladite communauté ; desquels deniers il seroit pris ce qui conviendroit pour l'entretènement, augmentation, réfection et réparations utiles et nécessaires, grosses et menues, de leur bureau et chambre commune; ensemble ce qu'il conviendroit pour l'entretènement et réparations grosses et menues de ladite 'maison de Saint- Marcel, jardin d'icelle, achat de plantes, gages du jardinier y que fournissement des drogues et médicaments
DES APOTHIGAIRES. 149
dudit hôpital ; comme pareillement pour le principal des rentes de 240 livres tournois , dues par lesdits apothicaires, pour le fait de ladite maison et jardin et arrérage d'icelles, échus depuis et qui écherront jusques au rachat qui s'en fera lorsqu'il y aura fonds suffisants pour cet effet; et toutes autres charges généralement quelcon-ques , sans exception^ qui seront dues par lesdites communautés , sans néanmoins, en conséquence de ce, que lesdits épiciers puissent prétendre aucun droit en ladite maison et jardin, qui sera et demeurera à l'avenir, comme par le passé, propre auxdils apothicaires, suivant et conformément audit arrêt du vingt-septième jour de novembre 1632; et néanmoins a été accordé entre lesdites parties , que lesdits gardes-épiciers qui seront en charge , et les anciens qui auront été en charge de gardes , auront et leur sera donné par honneur chacun une clef de ladite maison et jardin ; et seront tous lesdits deniers nécessaires pour le fait de ladite maison et jardin, gages du jardinier, achats de plantes, fournissement de drogues audit hôpital, et paiement de rentes jusqu'au rachat d'icelles, fournis par ledit garde-receveur, par l'avis de cinq autres gardes; et pour plus grande sûreté et autorité du présent traité et accord , ont lesdites parties consenti et accordé qu'il soit homologué en ladite Cour du parlement.» Suit l'homologation faite le 29 mars 1640. Cette transaction fut exécutée jusqu'en 1768, époque où les épiciers s'avisèrent d'en refuser l'observation. Cette nouvelle contestation donna lieu, dans le sein de la communauté, à de longs débats, auxquels l'édit du 10 avril 1777 mit fin, en détruisant l'union forcée des deux professions. Les apothicaires, constitués en collège de pharmacie, eurent une organisation particulière que j'ai lait connaître. Dès ce moment, la maison de la rue de l'Arbalète devint le seul et unique chef-lieu
de récole , ayant son administration qui régit la jnropriété commune , veille aux dépenses et aux recettes , à Tentretien de la maison et du jardin botanique ; enfin « son personnel de professeurs, qui» comme les écoles de Droit et de Médecine, la Sorbonne, le Collège de France et le Jardin du Roi , font des cours sur toutes les branches de Tart pharmaceutique.
Par cet enseignement, Técole répond à Tintention de la fondation primitive de Houêl , comme le porte Té* dit de Henri lU : dans ladite maisan , des enfants $ê^ roient instruits en Vart d*apothicairerie.
Ainsi , depuis la fin du seizième siècle et surtout depuis le commencement du dix-septième , époque où le corps tout entier des apothicaires accepta la fondation particulière de Houël , des leçons furent données d'abord rue de rOursine , puis rue de l'Arbalète , avec l'autorisation royale. Cependant les pharmaciens furent plus d'une fois arrêtés dans leurs vues bienfaisantes par l'opposition de la Faculté de médecine , qui voulut suspendre et fermer ces cours publics , où le talent et la réputation des professeurs attiraient une foule nombreuse ; mais, grâce à leurs constants efforts , les pharmaciens ont su conquérir une noble indépendance, et leur école rivalise aujourd'hui avec les plus célèbres établissements universitaires du royaume ; comme eux , il a la science ; mais il a de plus que beaucoup d'entre eux l'utilité pratique immédiate, car l'art pharmaceutique n'a pas, comme bien d'autres , le seul attrait de la curiosité scientifique : c'est le point de rencontre de la théorie et de la pratique, c'est l'application de toutes les découvertes des sciences chimiques et naturelles au soulagement des misères humaines.
M. Guibourt, dont l'obligeance pour moi n'a pas eu de limites, m'a communiqué un opuscule inédit ayant pour titre : Exposé historique sur V origine et les augmentations
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successives de Vimmeuble affecté à V École de Pharmacie de Paris. Je le transcris littéralement pour compléter l'histoire de cet établissement.
Voici l'exposé de ce savant professeur :
« Notre opinion , quant à l'origine du premier de tous les terrains qui appartiennent à l'Ecole de Pharmacie, est contraire à celle émise dans un certain nombre de mémoires ou ouvrages modernes , et notamment dans un mémoire rédigé en 1770 pour les maîtres et gardes apo*< thicaires- épiciers ; dans un autre Mémoire sur la propriété des bâtiments et jardins du Collège de Pharmacie^ écrit en 1791 dans le but de soustraire cet immeuble aux dispositions du décret du 23 octobre 1 790 qui prescrivait la vente de tous les biens appartenant aux collèges , hôpitaux, maisons de charité, etc. ; enfin, dans YHistoire de Paris j de Dulaure, et dans les Pandectes pharmaceutiques de M. A.Laugier: dans tous ces écrits, il est dit que le terrain primitif de l'école , celui qui se nommait les Vieux FosséSy et qui allait de la rue de l'Oursine à la rue de l'Arbalète , avait été acquis par Houël , de ses propres deniers ; de sorte que , dans cette supposition , la totalité du terrain occupé par l'école proviendrait d'acquisitions faites par les apothicaires, et aucune partie, de dotation royale. La vérité est que le terrain primitif de l'école , qui équivaut au tiers de sa propriété actuelle , était une dépendance et appartenance de l'Hôtel-Dieu de Saint- Marcel * , dont la fondation remonte à Marguerite de Provence, veuve de saint Louis.
1 Suivant les titres de propriété conservés à l'école^ le terrain primitif provenant de Tbôpital de la Charité chrétienne présente une contenance
de 1^086 toises ,
le jardin de Jacques Petit. . 540 » le jardin de Gabriel Hinselin. 1,200 »
le jardin Mariage 857 »
Total. . . . 8,1 83 toises , équivalant à ISO ares 91 cen*
Après avoir établi quelle a été Torigine des terrains qui forment la propriété de TEcole de Pharmacie, il me reste à dire quelles sont les augmentations ou améliorations successives éprouvées par cet établissement depuis lacon» struction du bâtiment principal^ qui eut lieu dans le courant des années 1628 et 1629 ; mais le peu d'intérêt qu'il y aurait à rechercher en quoi ont pu consister ces augmentations jusqu'à répoque de 1789, me fait prendre pour point de départ deux pièces authentiques de cette époque ; la première est un état de la maison et jardin appelés le collège de pharmacie, dressé en 1788, eu présence des prévôts du collège ; la seconde est une expertise faite à la date du 4 avril 1 792 , par M. Mangin , architecte.
Voici ce qui résulte.de ces deux pièces :
L'établissement du collège de pharmacie est fermé snr la rue de TArbalète par un mur percé d'une grande baie pour porte cochère , et d'une porte cavalière à gauche. Le principal corps de bâtiment est séparé de la rue par une grande cour; il est simple en profondeur, percé de huit croisées de face , avec porte au milieu , tant sur la cour que sur le jardin. 11 est composé d'un étage demi-souterrain du côté de la cour, formant rez-dechaussée du côté du jardin , d'un étage carré en dessus , et d'un second étage lambrissé avec grenier au-dessus* Au devant de la porte du milieu, sur chaque face , se trouve un perron en pierre à deux rampes.
liares. En 1846, sous le ministère de M. de Salvandy, Técole fut autorisée à traiter de l'acquisition de quatre propriétés formant enclave sur elle, sur une partie desquelles on aurait construit un laboratoire pour les ma nipulations de l'école pratique , et dont le reste aurait servi à l'agrandissement de l'école de botanique. Une seule de ces acquisitions a pu être terminée, et a été définitivement approuvée par arrêté du Président de la République en date du 27 mars 1849; l'immeuble a été soldé, mais l'école n'en aura la jouissance qu'en 1856.
L'étage demi-souterrain présente au milieu , un passage allant au jardin ; à droite, une orangerie ; à gauche» un escalier en pierre, et ensuite une cuisine, aux dépens de laquelle a été pratiquée une serre. Le tout est
voûté.
Le rez-de-chaussée sur la cour, formant premier étage sur le jardin , est composé , au milieu , d'un vestibule ; à droite ,* se trouve une grande salle d'assemblée , éclairée par trois fenêtres sur la cour, trois fenêtres sur le jardin et deux fenêtres au fond. A gauche du vestibule se trouve l'escalier , et au-delà un grand laboratoire servant aux démonstrations et aux cours publics.
L'étage lambrissé supérieur comprend, à la droite du bâtiment , un corridor sur lequel s'ouvrent deux chambres éclairées sur le jardin , et au fond une grande pièce à cheminée servant de magasin à la société de laThériaque ; à la gauche du bâtiment et au delà de l'escalier, se trouvent une grande pièce à cheminée servant de bureau, et une petite pièce pour les archives , pratiquée en retour derrière l'antichambre.
A droite de la cour, on trouve en aile un petit corps de bâtiment , simple en profondeur, et éclairé par cinq croisées de face ; il est élevé d'un rez-de-chaussée formant deux pièces et servant de logement au concierge , et d'un étage carré en dessus , formant une seule pièce qui sert de cabinet d'histoire naturelle.
Le côté gauche de la grande cour présente, adossé au grand bâtiment , un appentis en planches , couvert en ardoises; en deçà, une entrée à une seconde cour, et .contre la rue , le pignon d un petit bâtiment, lequel est suivi d'un autre longeant la rue de l'Arbalète , et éclairé au midi sur la seconde cour ; tous deux servent de logement au jardinier.
Cette seconde cour est bornée, du côté du jardin, par
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un mur, en partie à hauteur d'appui , qui la sépare d'une antre cour basse ou petit jardin , aucjuel on entre par la cuisine souterraine du grand bâtiment. Dans le petit jardin se trouve un réservoir en charpente ^ élevé sur piliers en pierre et doublé de plomb.
A la suite^ et formant le derrière de tous les bâtiments, se trouve le jardin de botanique , avec bassin au miliea, clos de murs de tous côtés. Au-delà est un bois de forme très-irrégulière » s*étendant à gauche derrière les propriétés voisines» jusqu'à la rue de l'Arbalète où il dé^ bouche par une porte charretière, ouvrant en face de la rue des Postes. En revenant vers T autre extrémité du bois , à Topposite du jardin de botanique » est un mur à hauteur d'appui , avec baie et escalier en pierre , par lequel on descend à un dernier jardin de forme carrée , clos de murs en tous sens et ayant issue sur la rue de rOursine * .
L'emplacement de ladite maison, cours, jardin et dépendances, contient 2,371 toises de superficie ^, dont 118 en bâtiments, le tout estimé valoir 140,550 livres.
Suivant la déclaration faite à la même époque à la municipalité de Paris, par les prévôts du collège de pharmacie, cet établissement possédait, en outre de Timmeuble ci-dessus, tant en une somme de 34,000 fr. prêtée au gouvernement, qu'en arrérages de rentes sur les États de Bourgogne , sur les aides et gabelles, en créances sur divers et en mobilier, une valeur de 59,302 livres; le
* Le bois irrégulier dont il yient d'être parle, aboutissant à la rue de l'Arbalète, et le jardin d'en bas situé sur la rue de l'Oursine^ forment ensemble le terrain vague dit les Vieux^Fossés , mentionné dans les an- €km» titres de l'hôpital de la Charité chrétienne. Le jardin de botani(iiie et les bâtiments ont été établis sur les deux jardins réunis de Jacques Petit et de Gabriel Hinselin.
* Cette appréciation est évidemment fautive , et bien au dessous de la vérité.
tout ensemble constituait au collège de pharmacie, au 5 avril 1792, un avoir de plus de 200,000 livres.
Nous allons exposer maintenant ce que l'immeuble est devenu : car, pour ce qui est des 34,000 livres prêtées au roi en 1 782 , des rentes sur les aides et gabelles et sur les États de Bourgogne , et des créances sur divers , le tout a été englouti dans la tourmente révolutionnaire , et le collège , après six années de réclamations inutiles , a renoncé à en poursuivre le recouvrement.
Nos pores aimaient à se réunir à table ; non*seulement les élections , les visites et les réceptions se terminaient par des repas, mais les membres de la communauté tenaient à honneur de faire leurs noces ou autres grandes réunions de famille dans la grande salle du collège ; aussi la cuisine était-elle une partie importante de rétablissement, et la voyons-nous occuper, pendant cent quatrevingts ans, la grande pièce située à gauche du passage souterrain. Cependant la facilité de disposer ainsi d'un local consacré a Tinstruction , pour une chose si étrangère au but de son institution, ayant donné lieu à beaucoup d'abus, il fut décidé , le 15 juin 1781 , « que désormais la jouissance de la grande salle et du jardin ne pourra être accordée à qui que ce soit pour y faire nopcêê et festins , pas même aux maîtres du collège , non plus qu'à leurs parents ou amis , excepté toutefois aux membres du corps municipal pour les deux cas d'usage. Arrête cependant que les repas d'usage que les aspirants donnent au jour de leur réception auront lieu dans la salle du collège , et non ailleurs, pour tenir toujours réunis ceux qui doivent les présenter.
Excellente raison ! mais avec de pareilles restrictions, la cuisine devait rester une pièce très-utile. Elle subsista donc jusqu'en 1814, où l'École décida qu'elle serait remplacée par un laboratoire destiné aux manipulation!
des aspirants ^ Cette destination n*a pas changé depuis.
En 1831, la grande pièce qui se trouve de Fautre côté du passage, et qui serrait d'orangerie, a pareUlement été transformée en un laboratoire à l'usage de TÉcole pratique.
Les deux pièces du premier Hage^ à droite et à gauche du vestibule , ont gardé leur première destination , et presque entièrement leur forme et leur décoration. Cdie de droite sert toujours aux actes publics et conserve encore la vaste cheminée ornée d'un bon tableau de Simon Youët. Suivant l'inventaire fait en 1788, ce tableau représente Tarrivée d'Hélène et de Ménelas en Egypte, et le don fait à Hélène par Polydamna, reine d'Egypte , du nepenthès. Ce remède, qui procurait aux plus affligés l'oubli de tous leurs maux, parait être le hatchich, pâte enivrante et hilarante, faite avec le chanvre, dont l'usage est répandu de temps immémorial en Orient, et que nos relations modernes avec l'Egypte nous ont fait connaître de nouveau. Suivant une explication plus simple, inspirée par la vue du tableau, il représenterait, sous la forme de deux reines , la Pharmacie et la Botanique offrant les secours de leur art à deux guerriers.
Le plafond de cette salle montre toujours ses poutres carrées et ses solives , et le pourtour des murs est orné des portraits qui ont pu être conservés de tous les prévôts et démonstrateurs qui se sont succédé depuis la fondation de l'établissement; seulement, le tableau au-dessus de la porte d'entrée, qui représentait Louis XIV donnant à la communauté des apothicaires et épiciers de Paris le droit d'étalonnage sur les poids et mesures , ayant été
1 Pareille décision ayait déjà été prise par l'assemblée du collège , le ft ventôse an x, mais elle n'ayait pas été mise à exécution.
détruit en 1792, il a été remplacé par Houël fondant le Collège de Pharmacie; juste hommage rendu à Fhomme instruit et charitable qui , ayant essayé sur une partie du terrain que nous occupons, et aux dépens de toute sa fortune, de créer un établissement pour instruire des enfants orphelins dans Tart de la pharmacie,"^ doit être , en effet , considéré comme le premier fondateur de l'école.
Dans la construction primitive, l'entrée de l'amphithéâtre , à gauche du vestibule et de l'escalier, se trouvait au bas de l'escalier, du côté de la cour, et était suivie d'un couloir longeant les fenêtres du même côté, et conduisant jusqu'à la place réservée aux démonstrateurs. L'escalier, compris entre le vestibule et l'amphithéâtre, était en bois de chêne, avec balustrades et lourds piliers à jour. En 1827, l'entrée latérale fut remplacée par une grande baie cintrée pratiquée au milieu du vestibule; l'escalier, commençant à gauche, s'élevait, en tournant, jusqu'à un palier faisant face à la baie, et donnant une nouvelle entrée à l'amphithéâtre; de là, il reprit, en tournant, jusqu'à un autre palier soutenu au milieu de l'espace , et formant l'entrée d'un nouveau vestibule établi au second étage. Tous ces changements donnèrent au nouvel escalier un style architectural aussi développé que pouvait le permettre l'étroit espace dans lequel il fallait se renfermer.
C'est à la même époque, de 1826 à 1828, que se rapporte le principal changement opéré au second étage ; auparavant, cet étage était lambrissé et composé, à gauche , d'une antichambre, d'un cabinet aux archives et d^une grande pièce qui avait été disposée en 1 781 pour servir à la fois de salle de délibérations et de bibliothèque. La partie de droite était occupée par un couloir du côté de la cour, deux cabinets éclairés sur le jardiu, et , au fond , par une grande pièce dont la jouissance était
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anciennement abandonnée à la SociiU de la Thériaqyê^ mais dans laquelle on avait établi, en 1805, un petit amphithéâtre pour les démonstrations de botanique et dliistoire naturelle. En 1826, les murs du bâtiment fuH rent surélevés d'un étage ; les trois pièces de gauche cou* $ervèrent leur distribution , sauf que l'eflcalier conduis sant aux combles fut pris aux dépens du cabinet ans archives, qui fut converti en bureau. Quant à la partie de droite, à Texception du premier cabinet qui servit à faire le vestibule , tout le reste fut converti en une Mok et belle salle entourée d* armoires et munie de mantTei vitrées, qui furent garnies d'une grande et unique colléetion de matière médicale, et d'une collection de minéraux*
Après 1830, les améliorations de l'école, loin de M ralentir, prirent une progression plus rapide ; le pim^en sur la cour fut reconstruit, et la porte principale agraa^ die et embellie ; le vieux mur de clôture, sur la rue de TArbalète, fut remplacé par un mur en meulière , avee soubassement , pilastres et attique en pierre, plateforme et vases à fleurs au-dessus ; l'ancienne porte en boi» fit place à une grille élégante; enfin, les deux petits bâti-* ments latéraux furent reconstruits au delà des pignons du bâtiment principal , lequel fut lui-même augmenté de deux pavillons extrêmes qui portèrent sa longueur totale à 46 mètres.
L'étage inférieur du nouveau pavillon de droite fut consacré à un laboratoire à l'usage des candidats qui, iu^ dépendamment des neuf compositions prescrites par h Loi , désirent terminer leur réception en soutenant vme thèse, fruit de recherches spéciales, dont l'école supporte les frais. La pièce du premier étage , faisant suite à la salle des examens , fut d'abord occupée par le cabinet de physique, mais renferme aujourd'hui une collectioa de zoologie ; celle du second étage a été consacrée à une
DES APOTHICAroES. JBH
bibliothèque, dans laquelle oa remarque, indépaDdammeqt des ouvrages anciens et nouveaux sur les diffiérentes sciences nécessaires aux pharmaciens, de curieuses arcb^ ves concernant les anciennes corporations des marchands^ bourgeois de Paris, et plus spécialenjent sur celle desapp^ thicaires épiciers^ dont les discussions ont été sifréquente^* tant entre les deux corps d*état qui la composaient, qu'avec les autres états et les membres dç la Faculté.
Quant au pavillon de gauche , l'étage inférieur forme une serre pour les plantes d'orangerie j l'étage intermé** diaire , partagé en deux , comprend un cabinet avec Id^ boratoire de pharmacie, et un cabinet de produits chimiques. L'étage supérieur est consacré à une salle d'assemblée pour les professeurs, en remplacement de l'ancienne salle? devenue une dépendance du bureau , et récemment garnie d'armoires vitrées , occupées par nm partie des instruments de physique t et par des modèles d'instruments ou d'appareils de pharmacie.
Telles étaient les améliorations que l'école avait 3U tirer de ses propres ressources, lorsqu'en 1840 la n^ cessité d'un second amphithéâtre pour remplacer celui qui avait été converti en cabinet d'histoire naturelle, et celle d'un cabinet de physique plus vaste i se faisant sentir de plus en plus , on commença la construction, prisa sur le jardin , d'un bâtiment adossé à l'ancien ^ conte^ nant un amphithéâtre pour la chimie avec toutes ses dépendances, une grande salle d'attente pour les élèves, un nouveau cabinet de physique, et au-dessus, encore, une pièce pour l'herbier. L'école fit aussi placer une horloge à la partie supérieure du bâtiment principal et construire une serre-chaude. Ces constructions complètent , à peu près f celles qui sont nécessaires à l'instruction des élèves. Voici cependant ce que l'école peut encore désirer :
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l*" Un autre emplacement pour Y École pratique ^ ou cours de manipulations, qu'on a été forcé d'établir dans une ancienne orangerie, coûtée, et sans courant d*air, pouvant devenir préjudiciable à la santé des élèves, lorsque leurs opérations donnent lieu à des vapeurs dangereuses;
2"* Un agrandissement du terrain occupé par VJÈcole de Botanique , sur lequel on a pris l'emplacement du grand amphithéâtre. L'espace en est tellement limité aujourd'hui, que c'est à peine si on peut y placer des arbustes , et que beaucoup de plantes herbacées se confondent les unes avec les autres, ou s'étouffent réciproquement.
L'école aurait trouvé les moyens de parfaire ces améliorations dans l'acquisition de plusieurs propriétés faisant enclave sur son terrain , et dont l'achat avait été précédemment autorisé ; mais , ainsi qu'il a été dit plus haut, une seule de ces propriétés, dont l'école n'aura la jouissance qu'en 1856, a pu être définitivement acquise, et les dernières améliorations réclamées se trouvent ajournées quant à présent. »
Après le curieux travail de M. Guibourt, il ne me reste plus qu'à faire connaître l'ordre chronologique dans lequel les nominations des professeurs ont été faites.
Le 15 vendémiaire an xii, Bonaparte, à Saint-Cloudt nomme :
Pour la chimie : le citoyen Bouillon-Lagrange.
— le citoyen Henri, professeur adjoint.
Pour la pharmacie : le citoyen Brongniart.
— le citoyen Bourriat, professeur
adjoint.
Pour Vhistoire naturelle \ i^ '^l'^^î^" ^if f l^""' ,
des médicaments : '« "*«y«" ^.^^^ ' P^^®^
I seur adjomt.
Pour la botanique : le citoyen Guyart père.
— le citoyen Guyart, fils, professeur
adjoint.
Le 15 germinal an xii , Bonaparte nomme le citoyen Nachet professeur de pharmacie , en remplacement du citoyen Brongniart, décédé.
Le 28 germinal an xii, le ministre de Fintérieur adresse au citoyen Vauquelin , directeur de l'école de pharmacie , l'arrêté de nomination du citoyen Nachet à la place du citoyen Brongniart.
Le 29 mars 1811, Napoléon nomme M. Laugier, l'un des professeurs de l'école de pharmacie, directeur adjoint de cette école, en remplacement du sieur Trusson, décédé.
Le 12 juin 1811 , Napoléon, à Saint-Cloud , nomme le sieur Vallée , professeur suppléant à l'école de pharmacie de Paris , au titre de professeur titulaire pour la chaire d'histoire naturelle de la même école, en remplacement du sieur Laugier, appelé à d'autres fonctions.
Le 30 août 1811, Napoléon, à Compiègne , nomme le sieur Robiquet professeur adjoint d'histoire naturelle à récole de pharmacie de Paris, en remplacement du sieur Vallée , appelé à d autres fonctions.
Louis XVIIl , le 25 janvier 1815, nomme le sieur Pelletier professeur adjoint d'histoire naturelle , en remplacement du sieur Robiquet, appelé aux fonctions de professeur titulaire de la même chaire.
Louis XVIIl, aux Tuileries , le 2 février 1816, confirme la réélection du sieur Vauquelin à la place de directeur de l'école de pharmacie, et celle du sieur Chéradame à celle de trésorier de la même école.
Le 30 juillet 1818, envoi de l'ampliation d'une ordonnance royale qui nomme professeur de botanique M. Guiart fils , en remplacement de M. Guiart père , décédé.
iM HISTOIRE
Par ordonnance du 23 décembre 1818, Louis XVIII nomme le sieur Clarion , docteur en médecine et pharmacien ordinaire de Sa Majesté, à la place de profesMur adjoint de botanique.
Par arrêté ministériel, M. Robiquet, professeur d'histoire naturelle , est nommé trésorier de I école de pharmacie, en remplacement du sieur Chéradame.
; Par une ordonnance du 10 mars 1825, Charles X nomme M. Pelletiçr, professeur adjoint , à la chaire àû professeur titulaire d'histoire naturelle, en remplacement du sieur Robiquet, appelé à d'autres fonctions.
Par ordonnance du 8 juin 1825, Charles X nonune le sieur Guilbert , pharmacien à Paris , professeur adjoint à Técole de pharmacie , en remplacement du sieur Pelletier, nommé professeur titulaire.
Par ordonnance royale du 11 avril 1826, Charles X nomme M. Bussy professeur adjoint de chimie ^ en remplacement de M. Henri, démissionnaire.
Par une lettre du 19 juin 1826 , le ministre de Tintérieur annonce qu'il ne peut, malgré son désir d'acquicicer à la demande qui lui en a été adressée, nommer professeur honoraire de Técole de Paris M. Henri , qui n'a pas été professeur titulaire.
Par arrêté ministériel du 17 décembre 1829, M. Laugîer, professeur de chimie et administrateur du Muséum d'histoire naturelle , est nommé directeur de Técole de pharmacie, en remplacement de M. Vauquelin, décédé, et M. Bouillon-Lagrange y docteur en médecine et professeur de chimie, est nommé directeur adjoint en remplacement de M. Laugier.
Par ordonnance royale du 13 avril 1830, Charles X nomme M. Bussy, professeur adjoint, à la chaire de professeur titulaire de chimie, en remplacement de M. Bouillon-Lagrange.
Par brdonnanee royale, rendue à Saint-€loud, le 18 juillet 1830, Charles X nomme professeur adjoint M. Caventou, en remplacement de M. Bussy, appelé aux fonctions de professeur de chimie.
Le 12 octobre 1830, M. Guizot, ministre de Tinté-* rieur, délègue le directeur de Técole pour recevoir le serment prescrit par la loi du 31 août 1830, des administrateurs de récole.
Par arrêté du ministre du commerce et des travaux publics, en date du 31 mai 1832, M. Bouilion-Lagrange, directeur adjoint , est nommé directeur de l'école.
Par arrêté du ministre du commerce et des travaux publics y à la date du 4 juillet 1832 , M. Pelletier, professeur d'histoire naturelle , est nommé directeur adjoint, en remplacement de M. Bouillon - Lagrange f nommé directeur.
Lettre du ministre du commerce et des travaux publics, à la date du 14 juillet 1832, donnant avis de la nomination de M. Le Ganu^ de préférence à M. Bourriat, à la place de professeur adjoint.
Par ordonnance de Louis-Philippe , en date du 7 octobre 1832 , M. Guibourt, pharmacien, est nommé professeur d'histoire naturelle , en remplacement de M. Pelletier, nommé directeur adjoint.
Par ordonnance du 24 décembre 1 832 , Louis-Philippe nomme M. Le Canu, professeur adjoint à l'école de pharmacie , professeur titulaire de pharmacie , en remplacement de M. Nachet , décédé.
Par ordonnance du 22 février 1833, M. Soubeiran est nommé professeur adjoint , en remplacement de M. Le- Canu, nommé professeur titulaire.
Par son ordonnance du 7 janvier 1834 , Louis-Philippe autorise l'ouverture de deux nouveaux cours, 1" de physique élémentaire appliquée à la pharmacie; 2* de
toxicologie ) confiés, jusqu*à nouvel ordre, à deux des professeurs ou adjoints actuellement attachés à Vée^e de pharmacie.
Louis-Philippe, par ordonnance du 19 octobre 1834 , nomme MM. Soubeiran et Gaventou, professeurs adjoints , le premier, professeur titulaire de physique élémentaire , et le second , professeur titulaire de toxicologie.
Par ordonnance du 4 mars 1835 , Louis-Philippe nomme MM. Gaultier de Glaubry et Chevallier professeurs adjoints , le premier pour la chaire de chimie, et le second pour la chaire de pharmacie.
Par arrêté du ministre de Tinstruction publique , du 6 juin 1840, M. Bussy, professeur de chimie, est nommé aux fonctions d* administrateur trésorier, vacantes parla mort de M. Robiquet.
Par son arrêté du 28 octobre 1 840, le même ministre nomme M. Bussy secrétaire agent comptable.
M. Villemain , ministre de l'instruction publique , informe , par sa lettre du 26 janvier 1 842 , qu'il a nonrnié MM. Chatin et Gobley agrégés près de l'école de pharmacie.
Par une autre lettre, il annonce qu'il a nommé M. Buignet agrégé près ladite école; ce qui porte le nombre des agrégés à quatre, nombre qui peut être élevé à cinq, d'après l'ordonnance du 27 septembre 1840.
Le ministre de l'instruction publique complète le nombre de cinq agrégés par la nomination de M- Henri, comme agrégé près l'école de pharmacie , à la date du 21 avril 1842.
Par arrêté ministériel du 3 septembre 1834, M. Bussy, professeur titulaire de chimie à l'école de pharmacie, est nommé directeur de ladite école , en remplacement de M. Bouillon-Lagrange , décédé ; et M. Guibourt, profes-
seur d'histoire naturelle , secrétaire agent comptable de Fécole , en remplacement de M. Bossy , appelé aux fonctions de directeur.
MM. Ducom (Louis-Catherine-Marguerite) , Lhermite (Michel) , Grassy (Jules-Âuguste-Gasimir) , ont été nommés agrégés , par arrêté du 1" novembre 1847 , et M. Ghatin, professeur titulaire , le 13 juin 1848.
Le personnel et renseignement actuels de l'école de pharmacie de Paris sont réglés ainsi qu'il suit :
Semestre d'hiver y commençant au 1" novembre.
Chimie générale : M. Bussy, directeur et professeur*
Histoire naturelle des médicaments {végétaux) : M. Gaibourt , professeur et agent comptable.
Physique : M. Soubeiran , professeur.
Pharmacie : M. Ghevallier, professeur.
Histoire naturelle des médicaments [animaux) : M. Guilberty professeur.
Semestre d'étés commençant au !•' avril.
Pharmacie : M. Le Ganu , professeur.
Toxicologie : M. Gaventou , professeur.
Chimie organique : M. Gaultier de Glaubry, professeur.
Histoire naturelle [minéraux) : H. Guiboart.
Cours de manipulations : M. Gaultier de Glaubry.
Botanique [organographie , physiologie) : M. Ghatin, professeur.
Botanique rurale [herborisations) : M. Chatin.
Agrégés en exercice pouvant suppléer les professeurs :
MM. Ducom, pour la pharmacie.
Grassy, pour la physique.
Lhermite , pour la chimie.
MA HIST(HRe DES APOTlOCAIItBS.
Agré^ hmWMres :
MH. Boudet , Buignet , Gobley , Henri.
SKfiUArt dé VaâminUttation :
H. Chapelle.
En vertu d'un décret impérial do 22 fractidor U xil , l«a profeseeurs , dans l'exercice de leurs fonctions, portent un coitume qui ie compose, 1* d'un habit noir i II fraocaise ; 2" d'une robe noire d'étamine avec les devants de soie couleur rouge foncé; 3* d'une toque en soie, même couleur, et d'une cravate de batiste tombante.
Après avoir fait en sorte de relater tout ce que présente d'intéressant l'histoire de l'école do pharmacie de Paris, je ne puis terminer plus heureusement mes recherches qu'eu offrant aux lecteurs la reprodaclios fidèle dn leaau de cette école. Je n'accompagne la vignette ct-dessous d'aucune explication, persuadé qae le dessin qol en a été fait par l'obligeant crayon d« M. Michel en dira pliu que tous les commentaires.