EN GRÈCE ET EN EGYPTE
Chine, — Simplicité des pharmacies chinoises. — Absence d*ornementaiion.
— Les médicaments différents de ceux d'Europe. — L'opium^ si employé chez les Chinois, n'occupe qu'un rang secondaire dans les pharmacies. — Médicaments héroïques. — Drogues miraculeuses. — Format et caractères des ordonnances. — Enveloppes rouges et blanches. — Volume monstrueux des pilules. — Le Gitiseng, — Pharmacopée chinoise.
Perse, — Traduction de la pharmacopée persane, par le R. Père Ange de La Brosse. — Les neuf choses immondes. — Les onze cent dix prescriptions du dispensaire persan. — Les soixante espèces de pilules. — Les collyres de fiels d'animaux. — Le Cahiva, — Les noms pharmaceutiques persans. — Leur métamorphose française.
Turquie. — M. Géorginoff. — Lettre du prince de Gallimachi, ambassadeur de la Porte ottomane, à l'auteur. — Le Madjoum de l'ambassadeur Ghalib-Effendi. — Les Masch'allah. — Le Ténasoukb. — Les Médresses. — Programme des études pharmaceutiques. — Discipline austère.
— Révolution dans renseignement pharmaceutique.
Grèce, — Lettre de M. Costi , membre du congrès sanitaire international , à Fauteur. — Études préUminaircs. — Le gymnase. — L'Université.
— Uexamen rigoureux, — L'examen pratique. — Age requis pour l'exercice de la pharmacie. — Un pharmacien sur quatre mille habitants. — Sévérités du code pénal. — Tarif du conseil médical. — Visites semestrielles des officines.
Egypte, — Génie de Mobammed-Aly. — Le docteur Clôt. — M. Hamon.
— M. Destouches. — Fomiation de Técole d*Abou-Zabel. — Les Égyptiens à Paris. — M. Jomard. — Hussein-Ganem-el-Rachidi. — Musée médical. — Collection d'échantillons. — M. F. Boudet.
Chine. — Les pharmacies chinoises sont vastes et disposées d'une manière commode. Elles sont garnies d'un grand nombre de tiroirs et de pots rangés comme dans les officines anglaises. Les vases de verre ^ sont très*ra-
res; chaque classe de médicaments occupe un casier différent; chaque médicament est maintenu avec le plus grand soin à la place qui lui appartient , et leur ensemble offre un caractère d'ordre et de régularité qui ferait honneur à une pharmacie européenne.
Les pharmaciens chinois ne cherchent pas à faire remarquer leurs magasins au moyen de flacons bigarrés de diverses couleurs , ou de ces signes cabalistiques qui jouent un si grand rôle sur les devantures de quelques marchands de drogues en Angleterre. Leurs établissements sont d'une extrême simplicité, et n'offrent que les dispositions strictement nécessaires pour les faire reconnaître.
En examinant le contenu des tiroirs et des boites, on y trouve peu de médicaments semblables à ceux qui sont employés en Europe.
Le camphre, la rhubarbe, la réglisse, se remarquent en première ligne ; mais on ne trouve nulle part les sels purgatifs, le calomel, les teintures , qui sont d'un emploi si familier dans nos contrées; l'opium lui-même, Fopium, dont les Chinois font un usage si passionné, ne semble pas faire partie de leur matière médicale , du moins on ne l'aperçoit sous aucune forme dans les magasins des droguistes. Le cinabre, ou une substance qui lui ressemble beaucoup , est le remède favori dans ua grand nombre de maladies externes : aussi est-il l'article le plus apparent dans chaque collection.
Sur les comptoirs sont placées de grandes boîtes garnies de préparations vraiment miraculeuses : l'une arrête instantanément le choléra , une autre donne immédiatement des forces , une troisième infuse le courage, d'autres excitent l'amour et donnent la faculté d'être aimé ; il y en a , enfin , de quoi satisfaire les besoins et les désirs de chacun.
Ëa Chine, les panacées, les mixtures héroïques , les philtres et les breuvages composés dans les laboratoires des pharmaciens , passent pour être parfaitement inoffensifs. Le médecin chinois, lorsqu'il est appelé auprès d'un malade, examine Tétat de son pouls, lui témoigne beaucoup d'empressement et un vif désir de le soulager, s'efforce de le convaincre qu'il a une profonde connaissance de sa maladie, et enfin écrit une formule d'une apparence si imposante, que l'ordonnance la plus soignée, la plus attentivement rédigée d'un professeur européen ne saurait soutenir avec elle la moindre comparaison. Elle occupe ordinairement une large feuille de papier; souvent elle est ornée de caractères rouges, disséminés au milieu des caractères noirs, et toujours elle offre l'aspect d'une œuvre savante et laborieuse. Cependant , le croirait-on? pour tant de soins, les honoraires du docteur ne s'élèvent pas à un schelling (24 sols de France) .
L'ordonnance portée chez le pharmacien, celui-ci l'étalé sur son comptoir, l'examine avec attention, et s'occupe de l'exécuter selon l'art. Le nombre des articles prescrits est rarement au-dessous de huit à dix; ce sont le plus souvent des poudres, des racines incisées, ou d'autres substances séchées , car ce n'est que par exception, en quelque sorte, que l'on voit des médicaments liquides sortir d'une pharmacie chinoise. Chaque préparation est enveloppée avec symétrie d'un morceau de papier blanc ou rouge. Le papier blanc s'emploie pour les drogues les plus communes; le papier rouge est réservé pour celles dont l'efficacité est la plus grande et la valeur la plus considérable, pour le giuseng, par exemple.
Les surgeons (chirurgiens) préparent leurs prescriptions eux-mêmes, appliquent les topiques, et font, autant
qu4ls peuvent , la l^édecine auprès des personnes qui réclament leur assistance. Ils remplissent à peu près les fonctions attribuées en Angleterre au praticien général (général practitionner), mais leurs magasins sont, d'ordinaire, assez pauvrement garnis, et leurs bénéfices sont, comme leurs fonctions , d'une médiocre importance. La profession de droguiste est plus lucrative que celle de surgeon, car le peuple chinois a un goût bien prononcé pour la médecine, et les droguistes n'ayant aucune envie de contrarier cette disposition, ne négligent aucune occasion de faire prendre des médicaments et même à des doses considérables. Les pilules sont d'un volume énorme, et égalent presque celui de nos billes de marbre. La pharmacopée chinoise est un livre qui n'a pas moins de 1300 pages in-8^
Le giuseng est , par excellence , le garant de la santé et le moyen de prolonger la vie; on lui attribue le prodigieux pouvoir, non-seulement d'entretenir, mais même de régénérer toutes les parties du corps humain , et il inspire un degré d'admiration qui ressemble vraiment à un culte.
Il n'y a jamais de cas désespéré pour celui qui peut se procurer en abondance ce remède si précieux, ce véritable aliment de la vie ; mais il est d'un prix si élevé que le plus grand nombre des malades ne peut y atteindre. En général, excepté pour de petites quantités, il est l'objet d'un commerce spécial et exclusif, et on ne le trouve pas dans toutes les maisons de droguerie. On n'aperçoit dans la boutique du marchand qui l'exploite qu'un rempart de comptoirs, derrière lesquels sont rangées des boîles très-solidement construites ; c'est dans ces boîtes que le giuseng est rigoureusement renfermé : il est distribué dans de petits flacons qui en contiennent chacun environ un gramme. Un étranger bien recommandé, ou une
personne dont le caractère offre toute garantie, peut être admise à le regarder, mais elle ne pourrait pas y toucher avant d'en avoir payé la valeur. Proverbialement , on dit qu'il vaut plus que son poids d'or, et l'usage confirme pleinement ce dicton populaire, car on le vend à raison de 25 dollars ou environ 120 francs l'once. {Extrait des Observât, médic. sur la Chine; Pharma^ ceutical Journah of Jacob Bell, trad. par F. Boudet ^)
Perse. Tout ce que les voyageurs modernes ont dit de la médecine en Perse , donne à penser que cette science, ainsi que la pharmacie, y sont peu avancées quoique fort cultivées. On y fait grand cas des médecins étrangers, et ce titre, appuyé des recommandations diplomatiques , y fait obtenir sûreté, crédit et protection.
Nachet et Cadet. disent qu'il y a une pharmacopée persane assez considérable, publiée en latin, en 1681, par le R. P. Ange de La Brosse de Saint-Joseph, carme déchaussé, natif de Toulouse, et missionnaire apostolique en Orient. Ce religieux dit l'avoir traduite de la langue persane vulgaire. Le docteur Hyde, savant commentateur anglais, prétend que cette traduction est l'ouvrage du P. Mathieu, religieux du même Ordre -.
Quoi qu'il en soit, l'éditeur de la Pharmacopée per^ sane établit d'abord que les Persans regardent neuf choses comme immondes , savoir : l'urine , les excréments, le sang, le cadavre, le vin, l'alcool, le cochon, le chien et l'infidèle ; mais , parmi ces choses immondes, celle qui leur inspire le plus d'horreur est la dernière, qu'ils nomment kafer^ mot qui, dans leur langue , signifie traître et chrétien. Une telle aversion pour
* Journ. de Pharm., t. x. 1846. — Observ, médic. du D» Wilson, sur la Chine.
* Bull, de Pbarm.^ iv^ p. 54(^.
les adorateuro du Christ a mis pendant longtemps de grands obstacles aux communications que les Européens, et surtout les prêtres catholiques, youlaient avoir avec eux. Mais en leur offrant les secours de la médecine et de la pharmacie, les missionnaires parvinrent à diminuer leur crainte, à vaincre leurs scrupules, et, comme l'avoue le carme traducteur, souvent, par une pieuse fraude, ces religieux ont fait des conversions en simulant de ne s'occuper que d'une cure. Il est probable que le P. Ange de La Brosse a composé la phannacopée persane avec d'anciennes pharmacopées françaises, et qu'il y a inséré toutes les prescriptions arabes et ^yptiennes qu'il connaissait, avec quelques formules conservées chez les Persans par tradition.
Examinons le dispensaire du P. Ange, puisque c'est le seul qui puisse nous donner une idée de la pharmacie persane.
Ce dispensaire contient onze cent dix prescriptions; elles ne sont pas rangées par ordre naturel, chimique ou pharmaceutique , mais bien groupées par chapitre. Chaque chapitre contient les formules des médicaments propres à combattre un certain nombre de maladies plus ou moins analogues, et l'on y trouve pêle-mêle des poudres, des sirops, des électuaires. Le miel est toujours l'excipient conseillé, ce qui tend à prouver l'ancienneté de cette pharmacopée : les sirops y sont indiqués sous le nom de vins. Les Persans font un grand usage de drogues chaudes, telles que le gingembre, le macis^ le myrobolan, le poivre, le cardamome, le safran, la cannelle. On les retrouve dans toutes leurs préparations. Les confections et les électuaires sont au nombre de soixante : la thériaque d'Andromaque, le diatessaron, le mithridate, sont les mêmes que les nôtres; le diascordium de Fracastor s'y trouve sous la dénomination de thériaque cmtre la diar-
DES APOTHICAIRES. 3Si
rhée ; il en est de même de plusieurs médicaments conseillés par Galien et Logadius, médecin de Memphis. On y rencontre trois confections anacardines, composées , à quelques additions près, des mêmes substances que celles qu'inventa Avicennes, et que corrigea Mésué. Le pMJomium romanum et Télectuaire de baies de laurier ne diffèrent pas sensiblement de ceux que nous préparons dans nos contrées.
Les loochs ou éclegmes sont de deux sortes : les \m% ne sont que des sirops composés et rapprochés en con-* sistance de loocb, les autres sont formés d'émulsions de toute espèce de semences huileuses , ou sont des mélanges de décoctions avec de Thuile d'amandes douces , le tout épaissi avec la gomme arabique ou adragant.
Il y a peu de poudres purgatives.
On y trouve les trochisques scillitiques d'hédicroï , d'alkekenge et de myrrhe, avec quelques drogues de plus que chez nous. Il y a aussi les trochisques de vipère imités de ceux du médecin Andromaque.
Les pilules, au nombre de soixante espèces, sont près* que toutes purgatives.
On compte vingt-quatre espèces d'huiles composées , employées à l'extérieur pour calmer les douleurs ou stimuler quelques parties. La pharmacopée du P. de La Brosse mentionne aussi l'onguent égyptiac , tout à fait semblable au nôtre; les emplâtres qui diffèrent entière^ ment de ceux que nous préparons, et qui ne sont que des espèces de cataplasmes composés de poudres, de pulpes , incorporées dans divers véhicules.
Ce dispensaire renferme enfin des formules de décoctions, d'apozèmes, de collyres, de lavements.
Parmi les collyres, on eu remarque un qui témoigne du charlatanisme et de la superstition dont cet empire est infecté. Il est composé de fiel de grue, de perdrix, de
loup, de bouc, d*onagre, de pigeon, de cigogne, de cochon, de renard, de liëyre, de chevreau et de poisson, le tout délayé dans Teau de fenouil.
La pharmacopée persane mentionne aussi dix-sept espèces de pessaires, parmi lesquels il en est de calmants, de stimulants, de toniques et d* astringents.
Quoique les Persans fassent un usage immodéré de Topium, le livre du P. de La Brosse garde le silence sur ce médicament; mais il parle du cahivay dont la propriété anti-aphrodisiaque tarit la fécondité des époux. C'est la décoction d'un fruit apporté d'Egypte.
Je termine cette notice par la nomenclature des noms persans correspondant à nos dénominations pharmaceutiques latines :
Confectio — anguardiai ou giovaresch ; collyrium — bézoud, ou schiaf ou koubel; îheriaca — tériaq ; piltUœ habb ou bénadouq; clysterium — hoqench; tinctura — c-hezzab ; medicamentum — daroui ; pulvis — dzerour ou sefouf ; oleum — rougan; syrupus — sekengebin; errhinum — saouti ; dentifricium — senounî ; vinum — scharab , lotio-sabghi ; emplastrum — zzemad ; linimentum — teloni ; gargarisma — gherghereh ; electuarium
— f eirouz ou magi-oun ; pessarium — ferougek ; tr(h chisci — quours; eclegma — laouq; ptisana — ma-elassoul; apozema — malboug; unguentum — marham; infusio — nequoueh ; embrocatio — netouli ; remedium
— veg-iouri; sternutatorium — atousi; decoctio — tebichi ; suppositonum — schiaf.
Turquie. — Je vais faire connaître les diflFérentes phases que Fart pharmaceutique a subies en Turquie depuis 1804; cet examen est tiré d'une lettre de M. Gréorginofr, négociant grec , adressée à Cadet S et ne s'étend
^ BuU. de Phann. , t. ti ^ p. 558.
que jusqu'à Tannée 1828; les renseignements postérieurs à cette époque m'ont été communiqués, en janvier 1852, par M. le prince de Callimachi, ambassadeur de la Porte ottomane.
Dans les premières années de ce si(îcle, la chimie n'était pas encore cultivée à Constantinople ; ce n'est qu'en 1804 qu'on y vit pénétrer la Philosophie chimique de Fourcroy. La bibliothèque de Sainte-Sophie ne renfermait que les livres arabes de Hiaber,deGéber,de Rhazès» et un traité manuscrit des médicaments chimiques attribué à uii auteur du nom de Taflissy. La chimie, chez les Musulmans, s'appelle encore elsièj et c'est de ce nom qu'on a fait élixir, dont la traduction est : breuvage chimique.
Plusieurs électuaires jouissent de la plus grande faveur en Turquie ; ce sont : 1° le madjoum. Le madjoum ordinaire est l'opium purifié auquel on ajoute divers aromates, tels que la cannelle, la poudre d'aloës, le safran et le girofle ; on en forme des pilules appelées habb, dont on fait une prodigieuse consommation. Le madjoum des riches est composé d'ambre gris, de poudre de perles , de rubis, d'émeraudes, de corail , de cochenille ; il porte le nom de djeicahir-madjoum; le prix du pot est de 400 piastres (près de 1,000 fr.) : aussi n'est-il réservé qu'au Sultan, aux princesses du sang et aux grands de la cour. C'est celui dont l'ambassadeur Ghalib-Effendi faisait usage à la cour de France. 2° Le tenasoukh. Le tenor soulîh est une pâte odorante composée avec du musc, de l'aloës, de l'ambre gris, de la poudre de perles et de l'essence de roses; 'on en mêle de petites portions dans le café pour s'exciter aux voluptés, et on en forme des pastilles appelées mascKalldh.
Tous les ans , vers l'équinoxe du printemps, le hechim-baschi ou premier médecin , le djerrah-baschi ou pre-
3»i HISTOIRE
mier chirurgien de Sa Hautcsse, sont tenus d*enyoyer du tenasouhh ou du madjoum^ dont ils ont le monopole , et reçoivent en échange de magnifiques présents de la cour.
Les Arabes (comme nous l'avons dit) , du temps de leurs califes , et surtout sous les Abassides et les Fatimites » avaient établi à la Mecque, à Médine , à Kiaffé , à Damas, à Bagdad, des collèges où Ton enseignait la pharmacie ; mais les médressés ou collèges turcs n'enseignent jamais cette science , et ce n'est guère que par tradition , chez les médecins , dans les bibliothèques et dans les livres arabes, presque tous manuscrits, d'Avicennes, d'Avenzoar, de Rhazès, d'Albucasis , d'Aaaron al Raschild , de Mesué , de Sérapion et d'Averrhoës , que les Turcs s'instruisirent , jusqu'en 1830 , de la science des médicaments.
Depuis que le Sultan est entré d'un pas ferme et progressif dans des voies de réforme , une de ses premières sollicitudes a été de réglementer et d'organiser à l'européenne l'art de guérir et ses annexes, qu'il a considérés, à très-juste titre, comme l'instrument le plus puissant de la civilisation. Avant cette époque , l'art pharmaceutique était un véritable fléau entre les mains de quelques ignobles charlatans, et faisait la honte de l'Orient.
« Il y a vingt ans environ que le Grand-Turc a créé dans la capitale de son empire une Faculté de médecine tout-à-fait sur le pied de celle de Paris, comprenant dans son domaine l'enseignement spécial de la pharmacie en langue française, devenue depuis lors la langue scientifique du pays , et dans les auteurs français les plus accrédités. En sorte qu'aujourd'hui cet enseignement est en Turquie à peu près ce qu'il est en France, et que l'exer- •cice de cet art est soumis à des conditions absolument et littéralement les mêmes , et aussi rigoureusement obser-
DES APOTHICAIRES. m
vées que celles qui sont prescrites par les lois françaises * . »
Ainsi , en Turquie , en dehors des études générales et préliminaires , les sciences spécialement exigées de celui qui se destine à la pharmacie sont :
1° La chimie , la botanique ^ la matière médicale et la 'pharmacologie.
^ 2° La durée des études en pharmacie est de quatre ans.
3**. Il n'y a pas un âge requis et déterminé pour commencer l'exercice de cette profession , il suffit d'en avoir les titres.
4"* Le nombre des pharmaciens n'est pas limité.
5° II y a des peines sévères infligées par les lois contrt les différentes contraventions.
6° Il est expressément défendu aux pharmaciens d'exercer la médecine , de quelque manière que cela soit, et de mêler h leur profession quelque trafic étranger capable de la déshonorer.
Grèce.— M. Costi, membre du Congrès sanitaire international, et médecin de Sa Majesté le roi de Grèce, a eu l'obligeance de m'adresser,à la date du 21 janvier 1852, au moment où il allait quitter Paris , les documents suivants sur plusieurs points relatifs aux études pharmaceutiques et à l'exercice de la pharmacie.
Selon M. Costi, le jeune homme qui se destine à l'étude de la pharmacie doit être âgé de dix-huit ans au moins; il est obligé de produire un certificat de bonnet mœurs, indiquant' de plus qu'il possède des moyens pécuniaires suffisants pour faire face aux dépenses de ses études pharmaceutiques et de son entretien; en outi'e, il
* Lettre du prince Callimnrlii , aint>n»»nflenr de la Porte ottomane , è rnuteiir.
faut qu*il fournisse une attestation portant qu'il a fréquenté le gymnase jusqu'à la quatrième classe inclusivement, c'est-à-dire qu'il est en état de comprendre bien le grec ancien , le latin, l'arithmétique et l'histoire.
A ces conditions , il est inscrit comme élève.
D'abord il doit rester dans une pharmacie au moins pendant trois ans, afin d'acquérir des connaissances pratiques ; ensuite il faut qu'il étudie pendant deux ans et demi, dans une école spéciale, la chimie, la physique, l'histoire naturelle, la botanique, la pharmacologie, la posologie , la médecine légale et l'art des manipulations.
Ses études terminées, il subit, à l'université, un examen dit rigoureux ; s'il réussit , il obtient un diplôme avec lequel il se présente au conseil supérieur des médecins attaché au ministère de l'intérieur, pour se soumettre à un second et dernier examen , appelé pratique, à l'issue duquel, s'il est vainqueur, on lui accorde la permission d'exercer, en lui assignant toutefois le lieu de sa résidence.
On ne peut commencer l'exercice de la profession d'apothicaire qu'à Tâge de vingt et un ans.
En Grèce, le nombre des pharmaciens n'est pas limité; il y en a à peu près un sur quatre mille habitants.
Le Code pénal lenr défend sévèrement d'avoir des relations pécuniaires avec les médecins , et de mettre des capitaux dans leurs entreprises respectives. Ils jouissent d'une grande considération; mais la loi leur inflige de fortes peines lorsqu'ils commettent même la plus légère contravention aux règlements, et surtout quand ils sont convaincus d'avoir empiété sur la profession médicale. Aussi ce délit est-il presque entièrement inconnu en Grèce.
Les médicaments sont vendus d'après un tarif fixé par le conseil médical supérieur, et la moindre dérogation est punie d'une peine sévère.
Tous les six mois une commission de médecins et de chimistes fait la yisite des pharmacies, pour constater la quantité et la qualité des médicaments , Tétat de Tofficine, des vases, des autres ustensiles, et pour vérifier les poids et les mesures.
Enfin , les pharmaciens étrangers , pourvu qu'ils produisent un diplôme de leur pays, sont reçus et peuvent exercer, toutefois après avoir subi un examen préalable.
Egypte. — Je donne un extrait de la notice insérée par M. Félix Boudet, en 1835, dans le Journal de Pharmacie, sur Fétat de la pharmacie en Egypte * . Cette notice a été rédigée d*après les documents transmis à son auteur par M. Destouches, le docteur Clot-Bey etHussein- Gànem-el-Rachidi :
(( Un des traits les plus remarquables de notre époque est sans contredit ce mouvement rapide qui porte vers rOrient la science et l'industrie de l'Europe.
L'Egypte , fécondée par le génie de Bonaparte , s'est réveillée de son long sommeil. Poussée par la main vigoureuse de Mohammed-Aly, elle s'avance, d'un pas as-' sure, dans les voies de la civilisation. Elevé au rang suprême par le seul ascendant de son grand caractère et de son irrésistible volonté, Mohammed-Aly est Tun des hommes les plus extraordinaires de notre siècle ; simple caporal , il ne savait ni lire ni écrire , et cependant il a osé entreprendre de régénérer l'ancien berceau des connaissances humaines. Ses vastes projets, conçus aux souvenirs de l'occupation française et fécondés par notre consul , avaient besoin , pour être exécutés , de ce même peuple auquel il en devait l'inspiration. Aussi, c'est surtout l'activité française et notre génie civilisateur qu'il a voulu appeler en aide à l'accomplissement de sa glo-
* Journal de Pharm. , xxi, p« G84.
a»8 HISTOIRE
rieuse entreprise. Eu toutes choses, c'est en France qu'il prit ses modèles , dans toutes les branches de la vaste organisation scientifique de son royaume. Ainsi , c'est au docteur Glot, à M. Ilamon, qu'il confia l'organisation de l'enseignement médical et vétérinaire, et à M. Destouches, la direction de l'enseignement pharmaceutique.
En 1827, il fonda le grand hôpital et l'école de médecine d'Abou-Zabcl , près le \illage de ce nom , situé à quatre lieues du Caire. Plus tard, et toujours par ses soins 9 une école de pharmacie , une école vétérinaire , une école d'accouchement et une maternité furent réunies à rétablissement primitif, qui présente aujourd'hui le plus vaste ensemble d'enseignement médical qui ait encore existe.
Non content d'avoir ainsi créé les moyens de répandre dans ses États les sciences médicales, Mohammed-Aly voulut que de jeunes Egyptiens vinssent à Paris puiser à la Faculté de médecine l'instruction nécessaire pour remplacer dans les chaires de ses écoles les professeurs étrangers qu'il avait dû appeler d'abord à les occuper.
Déjà une première mission , partie en 1826 et confiée, en France , à l'active direction et à la généreuse soUici-^ tude de M. Jomard , avait répondu aux espérances qu'on avait fondées sur elle. Le docteur Clôt fut chargé , en 1832, d'en organiser une seconde qu'il amena lui-même à Paris.
Parmi les élèves qui composaient cette mission, se trouvait Hussein-Gàneni-el-Rachidi. Ce jeune homme , destiné d'abord à la médecine , se sentit bientôt entraîné vers les sciences pharmaceutiques, et se consacra tout entier à leur élude.
Après avoir suivi pendant deux ans les cours de l'école de médecine , de la Faculté des sciences et de l'école de pharmacie , il fui placé par M. Jomard dans l'officine de
M. F. Boudet, pour y être exercé aux manipulations de la pharmacie pratique.
Pendant que le jeune Hussein venait puiser en France des connaissances pharmaceutiques, un ancien pharmacien de Paris, M. Destouches, était appelé à perfectionner en Egypte Fexercice et renseignement de la pharmacie. Arrivé en Egypte au commencement de 1834 , M. Destouches a dignement répondu à la confiance de Mohammed. Sous son influence , Técole de pharmacie d'Abou- Zabel s'est animée d'une nouvelle vie ; l'enseignement a été dirigé avec plus d'ensemble et d'activité ; des appareils de laboratoire , des produits chimiques de toute espèce ont été demandés en France , et une collection de 830 échantillons de matière médicale, préparés par M. F. Boudet, ornent aujourd'hui le musée médical de ce magnifique et incomparable établissement. »
11 résulte de ce qui précède que si , avant l'expédition de Napoléon, l'Egypte, au point de vue pharmaceutique, était plongée dans le chaos de la barbarie , elle s'est placée, depuis cette glorieuse époque, au même rang que la France, qu'elle a fidèlement copiée.