‹ Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du mondeChapitre 32 sur 36 · EN DANEMARK ET EN KORWÈGE · texte numérisé non relu

EN DANEMARK ET EN KORWÈGE

Russie. — M. Sillcr. — Répcrtoirc de pharmacie de Bucbner. — Pharmacopœtts auxiliarius, — Pharmacopœus substitutus. — Pharmacopcsus, — Quatre années d'humanités. — Trois années de stage. — Minéralogie. — Botanique. — Zoologie. — - Physique. — Chimie. — Pharmacognosie. — Pharmacologie. — Le grade de proviseur. — Diq>ositions pénales sévères. — Statistique des pharmaciens russes.

Suède, No/^'ège et Danemark, — Lettre de M. le comte de Lœvcnhielm, ambassadeur de Suède, à Tauteur. — Apprentissage. — Ëdacation religieuse. — Humanité3. — Sciences. — Procès-verbal de Texamen au titre d'aspirant. — Titre de proviseur. — Chimie. — Pharmacie , histoire naturelle, botanique médicale, nomenclature pharmaceutique, choix ^ préparation , conservation des médicaments. — Licence et privilège du roi. — Considération des apothicaires suédois. ^ Discipline bénigne. — Bénéfices considérables. — Probité professionnelle des apothicaires. — M. Ch. Martins. — Les pharmacies limitées en Nonvcge. — Éuormité do leur prix. — Privilège. — Tarif. — Geiift vingt-huit pour ^/q. — Hambourg. — Schombcrg. — Magdebourg.— Les trois catégories des drogues simples. — La médecine homœopathique. — Rabais. — Taxe. — Amendes. — Absence de charlatanisme. — - Simplicité des pharmacies. — Description d'une pharmacie. — Études phannaceutiques. — Le Lehrhrief, — Loi du 4 décembre 1672. — Les aides. — Les trois épreuves. — Le règlement du château de Stockholm de 1837. — Sévérité des examens. — Leur complication. — Les tâches, — L'attestât. — Les réceptions des pharmaciens sont gratuites. — Les apothicaires marchands de vin et de comestibles, épiciers, boulangers, brasseurs et savonniers.

Russie. — Ce n'est qu'au XVP siècle que le premier règlement touchant renseignement et l'exercice de la pharmacie parut à Moscou.

Un ukose , confirmé par l'empereur le 28 décembre

1838 , et promulgué par le sénat dirigeant le 25 janvier

1839, a réglé en Russie tout ce qui intéresse la profession médicale. Ce règlement ayant été traduit et publié en allemand, par M. Siller, dans le Répertoire de pharmacie de Buchner, nous avons pensé qu'il serait intéressant d'en faire connaître les principales dispositions, du moins en ce quitouche particulièrement la pharmacie *.

En Russie, les pharmaciens sont considérés comme employés du gouvernement, ce qui leur donne une haute importance dans la hiérarchie sociale.

Les examens des employés médicaux, des pharmaciens, et en général de toutes les personnes qui exercent une profession médicale quelconque , se font par les académies ou universités impériales de médecine et de chirurgie.

L'examen a lieu en assemblée plénière de la conférence ou faculté de médecine.

Chaque professeur est examinateur pour la partie de la science qu'il professe ; il peut être remplacé par un adjoint. En l'absence de tous deux, la Faculté désigne un autre professeur pour procéder à l'examen. Toutefois, chaque professeur a le droit de poser des questions sur tous les sujets de l'examen.

Nulle personne, sujet russe ou étranger, ne peut administrer une pharmacie sans être munie d'un diplôme émané d'une académie ou université impériale de médecine ou de chirurgie.

Il y a trois degrés d'examen relatifs à la pharmacie , savoir :

1° Celui d'aide-pharmacien [pharmacopœus anxilia-rius) ;

2' Celui de proviseur (pharmacopœus substilutus) ;

* Bull, de Pharni., 26. — Cadet.

36t HISTOIRE

3* Celui de pharmacien (pharmacapœui).

I^es aides-pharmaciens et les proyiseurs sont divisés en deux ordres , relativement à l'étendue de leurs con* naissances, et ne passent d'un ordre à Tautre qu*après de nouveaux examens.

Pour être admis aux examens relatifs au grade d^aide* pharmacien 9 il faut : 1* justifier de connaissances suffi* santés dans les matières qui font Tobjet de renseignement des quatre premières tlasses dans les collèges; 2° avoir fait un apprentissage de trois ans au moins dans une pharmacie de la couronne « ou dans une pharmacie libre.

Les examens reposent sur les objets suivants :

l"" Dans la minéralogie « les principaux systèmes, la terminologict et principalement les minéraux qui intéressent la pharmacie ;

2"" Dans la botanique, la terminologie et les principaux systèmes ;

'S** Dans la zoologie, les divers systèmes, et principalement les animaux dont certaines parties sont employées en médecine ;

4"" Dans la physique , les propriétés générales des corps ;

S"" Dans la chimie , les corps simples non métalliques, les métaux, les principaux oxydes, acides, sels et produits employés en médecine ;

ô"" Dans la pharmacognosie , les substances les plus employées, leur dénomination, leur origine, leurs caractères distinctifs ;

7° Dans la pharmacie générale (il faut traduire de la pharmacopée latine un passage indiqué par le professeur) ;

8** Dans la pharmacologie (on est tenu d'indiquer les doses ordinaires des médicaments d'une activité violente).

Enfin, le candidat doit faire preuve de connaissances pratiques en exécutant, sous les yeux de l'examinateur , quatre préparations qui lui sont désignées.

L'aide-pharmacien qui veut obtenir le grade de proviseur doit , s'il est du premier ordre , avoir séjourné deux ans de plus, et trois ans, s'il est en second ordre , dans une pharmacie de la couronne, ou une pharmacie particulière ; il doit, en outre , prouver par certificat , qu'il a suivi , dans une académie ou université, un cours complet de chacune des sciences sur lesquelles doivent porter les examens.

Les examens reposent sur les mêmes sciences que les précédents, mais ils sont poussés plus loin.

Le candidat au grade de proviseur doit, en outre , savoir appliquer les principaux moyens dans les maladies qui réclament des secours momentanés, et qui sont désignées dans un règlement spécial.

L'examen théorique étant terminé, le candidat exécute deux préparations pharmaceutiques et deux opérations de chimie sous la surveillance d'un examinateur.

Pour être admis aux examens relatifs au grade de pharmacien, il faut : 1** posséder le grade de proviseur; 2' avoir exercé en cette qualité pendant deux ou trois ans, suivant l'ordre , ou bien avoir administré une pharmacie pendant le même espace de temps.

Les examens portent sur les mêmes sujets que pour le grade précédent , mais on exige du candidat les connaissances les plus étendues en théorie comme en pra* tique. Il doit se montrer capable d'exécuter différentes recherches ou analyses chimiques , prouver qu'il possède la tenue des livres et les connaissances commerciales nécessaires pour administrer un établissement. Enfin , dans une dernière épreuve , il doit exécuter trois préparations pharmaceutiques des plus importantes ,

toujours sous la surveillance de Tun des examinateurs.

Des proviseurs du premier ordre, connus par la bonne administration d'une pharmacie « ou qui ont publié des ouvrages sur la pharmacie, la chimie ou les sciences naturelles , honorablement accueillis par le monde savant, peuvent obtenir le grade de pharmaciexi sans être assujettis aux examens.

Par une disposition générale , il est interdit aux pharmaciens d'écrire des ordonnances et de s'occuper du traitement des maladies , si ce n*est dans le cas d un danger subit de la vie, tel que : empoisonnement, évanouissement, hémorrhagie, brûlure, etc., lorsque le secours immédiat est urgent , et en attendant l'arrivée du médecin. {Bulletin de Pharm.^ rf 26.)

Ce règlement, qui comprend des mesures fort judicieuses, est une nouvelle preuve de Fimportance que les nations du Nord attachent à la profession de pharmacien. Ajoutons que si les dispositions précédentes exigent du pharmacien russe de larges garanties de savoir, elles lui assurent en même temps le digne prix de ses services, une place distinguée dans la hiérarchie sociale, et la considération qu'a droit d'ambitionner quiconque se voue à Texercice d'une profession libérale et scientifique.

Voici maintenant la statistique des pharniaciens en Russie.

Au 1"' janvier 1850, on comptait, dans l'empire , 714 pharmaciens autorisés à vendre des médicaments , 77 dans les capitales, 150 dans les villes du gouvernement, 487 dans les districts. On a compté ce que ces pharma« ciens ont reçu d'ordonnances et de recettes dans le courant de l'année, et voici les chififres curieux qui ont été publiés à cet égard : 692 pharmaciens ont reçu , dans l'année, 3,024,021 recettes; ce qui donne une moyenne

par pharmacie, de 15,171 dans les capitales, 6,174 dans les villes de gouvernement, et 1,843 pour les districts. Évidemment, la pharmacie est plus heureuse en Russie qu'en France.

Suède. — Voici les renseignements que m\i transmis, à la date du 23 mars 1852, T Académie royale de médecine de Stockholm, par Torgane de M. le comte de Lœvenhielm, ministre de Suède et de Norwége à Paris, sur la législation de la pharmacie en Suède.

c( Le règlement actuellement en vigueur pour les pharmaciens et pour renseignement de la pharmacie, est du 11 août 1819. Il y a dix ans qu'une commission, par ordre du roi , a fait la révision de ce règlement; mais , par quelque raison que nous ignorons, le ministre n'a pas encore présenté ce projet très-complet et d'accord avec le temps, à l'approbation du roi.

D'après les lois existantes, un jeune homme qui se destine à la pharmacie, doit prendre des arrangements avec un maître apothicaire quelconque, pour entrer comme apprenti dans son officine.

Pour qu'il puisse être reçu, il doit être âgé de quinze ans, produire un certificat d'éducation religieuse, de bonnes vie et mœurs, d'assiduité et d'application au travail.

En outre, il doit avoir une belle main, savoir l'arithmétique, et être pourvu de connaissances suffisantes pour traduire un auteur latin facile en suédois.

L'élève reste chez le maître depuis trois ans jusqu'à six ans en apprentissage. Ce temps écoulé, le maître fait une demande au conseil royal de salubrité publique à Stockholm, pour que l'aspirant soit admis à la première épreuve, celle d'étudiant en pharmacie.

Cet examen se fait à Stockholm , en présence d'un

membre du conseil, et dans les contrées, devant le médecin principal de la province. L'élève est interrogé sur les principes de la chimie « et sur Tapplicatioii de ces principes aux opérations simples delà pharmacie, sar les plantes et les drogues simples tirées des trois r^nes de la nature , sur la manière de préparer les différents onguents et emplâtres ; il fait quelques préparations pharmaceutiques , en décrit les procédés et les résultats; enfin il doit donner des preuves suffisantes de connais* sauces dans les langues modernes.

Le procès-verbal de cet examen est remis au conseil, qui prononce sur Taptitude de Taspirant ; puis, s'il est admis , il est tenu de prêter serment de fidélité au roi et à rËtat , devant le magistrat en province , et si c'est à Stockholm, devant le conseil.

Après cette épreuve, l'étudiant doit rester encore chez Tapothicaire pendant un an. Alors il est payé ; mais si le maître ne veut pas qu'il reste à cause de son inhabileté, il peut le congédier ou le garder pour son apprentissage ultérieur : dans ce cas, il ne lui accorde pas de salaire.

Quand les années d'apprentissage sont terminées, l'aspirant doit indispensablement se présenter à l'École royale de pharmacie, à Stockholm, pour se faire inscrire. Là, il est admis aux cours réguliers , et quand les professeurs de l'école Font trouvé assez instruit, il est admis à l'examen, comme proviseur.

Pour atteindre ce degré, il doit se soumettre à une épreuve rigoureuse que lui font subir deux professeurs de l'école et deux maîtres pharmaciens de la capitale qui leur sont adjoints. Cette épreuve embrasse la chimie entière , la pharmacie, l'histoire naturelle, la botanique médicale, la nomenclature pharmaceutique, le choix, la préparation, la conservation, le débit médicinal des substances, et la manière de reconnaître leur sophistication.

Approuvé comme proviseur, il a le droit d*ouvrir une officine pharmaceutique pour lui-même, ou de diriger celle d'un autre.

Le droit de tenir une officine dépend d'une licence ou privilège que le roi seul peut accorder. On se procure cette officine par l'achat d'une ancienne officine privilégiée , avec approbation du roi , ou on en ouvre une directement par la grâce de Sa Majesté, sur la demande et la proposition du conseil de salubrité publique.

En Suède , les peines infligées aux apothicaires pour contraventions aux lois et aux règlements sont , comme toutes les peines décrétées par la législation du pays, trèspeu sévères. Pourtant, les dommages et intérêts peuvent, dans certaines circonstances, s'élever à des sommes considérables.

Les apothicaires sont généralement très-honorés. Dans les petites villes , ils tiennent le même rang social que le maire et le curé.

Quant à leurs bénéfices, la taxe à laquelle ils sont soumis est réglée de manière à leur donner un revenu de cent pour cent quand ils vendent en détail, et de soixante-six deux tiers pour cent quand ils vendent en gros, au-dessus de la valeur des drogues simples , conformément au tarif de Hambourg et d'Amsterdam ; sur quoi il faut faire figurer tous les faux frais. Quoi qu'il en soit, ce bénéfice est très-considérable dans les grandes villes où la clientèle est nombreuse, et rendrait bientôt les apothicaires très-opulents , s'ils n'avaient à payer à leurs prédécesseurs des sommes énormes pour l'achat du privilège et de l'officine.

Depuis une trentaine d'années, les apothicaires suédois n'associent plus à leur profession aucun commerce capable de la discréditer; ils n'exercent jamais frauduleusement la médecine : ce n'est qu'exceptionnellement,

et quand on ne peut se procurer à temps, dans un cas grave et urgent , le secours du médecin , qu'ils se substituent à lui ; mais ils s'acquittent toujours de cet office bénévole et forcé avec la plus sage discrétion. »

Norwège et Danemark, — J'emprunte à un rapport de M. Ch. Marlins, adressé à M. le ministre deFlnstruction publique, les détails les plus circonstanciés sur Forganisation de la pharmacie en Norwège ', et je les fais suivre de documents récents qui m'ont été conununiqués par M. le comte de Loewenhielm :

<c Pour éviter une concurrence également funeste au pharmacien, qu'elle met souvent dans 1* impossibilité de vivre honorablement par l'exercice de sa profession , et aux malades qui ne peuvent plus compter sur la bonne qualité des médicaments qui lui sont fournis , le nombre des officines est limité en Norwège.

On a établi en principe qu'une seule pharmacie peut desservir une population de dix mille âmes. La Norwège étant très-peu peuplée relativement à son étendue, il n'y a que 35 pharmaciens dans le royaume ; 8 sont dans les villes de Christiania, Bergen et Chrisliansand, et les autres dans les petites villes ou villages.

Le privilège d'une pharmacie , une fois accordé par rÉtat , ne saurait être retiré sous aucun prétexte ; il devient la propriété du titulaire. Cependant si ce dernier commet quelque fraude, s'il vend des drogues sophistiquées , ou s'il se rend indigne d'exercer sa profession , alors le privilège peut lui être retiré par un jugement des tribunaux compétents; mais le privilège n'en subsiste pas moins, et doit être immédiatement conféré à un autre pharmacien qui présente toutes les conditions de capacité exigées par la loi. Sauf ces cas exceptionnels^

» Bulletin de Pharm., xxv, p. 274.

qui se présentent rarement, le titulaire transmet son privilège à un de ses élèves , à un de ses enfants ou à lin étranger.

Le nombre des pharmacies étant peu considérable S leur valeur est très-grande ; elle varie entre 50,000 et 100,000 fr., la maison et le matériel pharmaceutique y compris. Les paiements se font à terme ; et comme Tacquéreur est certain de prospérer, on voit souvent un jeune homme sans fortune se rendre propriétaire d'une officine à un prix aussi élevé. Si le possesseur a un enfant destiné à lui succéder, il a le droit, en cas de mort , de faire administrer sa pharmacie par un titulaire provisoire, qui rend rétablissement entre les mains du fils, lorsque celui-ci a passé son examen de capacité.

Ce privilège donnerait lieu à un abus intolérable, s'il était loisible aux pharmaciens de fixer eux-mêmes le , prix de leurs médicaments; mais on a cherché à obtenir, par rétablissement d'un tarif, les avantages qui résultent de la concurrence , tout en évitant ses nombreux inconvénients. Ce. tarif suit les oscillations du prix des drogues simples, et accorde aux pharmaciens un bénéfice de 128 pour cent. Ce bénéfice ne paraîtra pas exagéré si Ton songe qu'en Norwège la navigation étant interrompue pendant huit mois de Tannée, le pharmacien est forcé de préparer, dans son laboratoire , une foule de substances que le pharmacien français achète toutes faites chez les fabricants de produits chimiques.

La loi dit positivement que le pharmacien doit préparer lui-même les substances chimiques, par exemple , les sels qu'il emploie. Celle injonction est sage; car, pour que la responsabililé ne soit pas une fiction , il faut qu'il

Ml y a vingt ans on n'en comptait encore que 3 à Christiania , S à Christiansand , à Bergen et à Drontheim , et 1 dans chaque bourgs oa district rural.

ai

rO HISTOIRE

ait procédé lui-même à la préparation des médicamenti : il faut ajouter à cela que toutes ces manipulations contribuent puissamment à Tinstruction des élèves en pharmacie.

Malheureusement , depuis quelques années , les pharmaciens, en Norwège, commencent à faire venir les pro« duits tout faits de Hambourg , ou de la manufacture de produits chimiques de Schombeck, près de Magdebourg. Le gouvernement lui-même a amené ce résultat sans le vouloir, en prenant pour base du prix des médicaments le cours de la place de Hambourg. Or, il est évident que le pharmacien ne saurait fabriquer lui-même au même prix que le fabricant de produits chimiques.

L'existence d'un tarif me paraît un fait i/nportant et caractéristique de l'organisation pharmaceutique norwé- . gienne. 11 semble, au premier coup d'œil, d'une application si difficile, qu'il est nécessaire d'entrer dans des détails peut-être minutieux, mais dont les praticiens reconnaîtront l'utilité.

C'est à l'époque où la Norwège était encore réunie aU Danemarck , . et en vertu d'une ordonnance datée du 28 avril 1813, que le bénéfice des pharmaciens, sur toutes les drogues, fut fixé à 128 pour cent. On avait admis , pour établir ce chiffre , que chaque pharmacie rapportait en moyenne et annuellement la somme de 40,000 fr. ; les charges des pharmaciens avaient été établies de la manière suivante :

Loyer et ustensiles de la pharmacie . 6^000 francs.

Entretien de la pharmacie .... 1,000 n

Trois élèves 2,500 »

Gages des manœuvres^ garçons^ etc. 4,500 »

Éclairage et chauffage 1,000 »

Perte sur les marchandises .... 500 »

Idem sur effets mobiliers 500 »

Impôts 1^000 »

DES APOTHICAIRES. fil

AppointemenU du pharraacieu . • • 6,000 frtECS. Achat de médicaments 17^000 »

Total, . 40,000 francs.

Pour répartir convenablement ce bénéfice , les différentes substances qui se trouvent dans une pharmacie ont été divisées en drogues simples et en médicaments composés. Les drogues simples ont été classées en trois catégories : l*" les drogues qui se trouvent dans le pays en quantité suffisante; 2° les produits indigènes de la Norwège ; 3"* les drogues ou marchandises exotiques qu'on est forcé de faire venir de Hambourg, de Londres ou d* Amsterdam. Le tarif des médicaments de la pre-» mière catégorie est fixé par leur prix courant à Chris^ tiania, et on ajoute à ce prix 128 pour cent. Ainsi, ce qui coûte 7 fr. est vendu 16 fr.

La seconde catégorie comprend les herbes, les racines» les écorces indigènes ; on prend pour base leur prix au moment de la récolte v et on ajoute la perte résultant de la dessiccation.

Le prix courant des médicaments exotiques (3* calé'* gorie) se règle d'après celui de Hambourg ; on compte 33 pour cent pour frais de transport, d'emballage, de douane et d'assurance , auxquels on ajoute les 128 pour cent.

L'apparition de la médecine homéopathique, en dimi^ nuant notablement , pendant quelques années , la quan«tité des médicaments débités par les pharmaciens, néces» si ta dans le règlement une modification qui fut mise en vigueur le 13 septembre 1830. On ajouta 16 pour cent aux déboursés présumés des pharmaciens ; de manière qu'on médicament qui coûte à Hambourg 100 fr. w vendit 335 fr. en Norwège.

Quoique l'ensemble de ces dfeposiiioDS concilie les iîH-

iéréts du public et ceux des pharmaciens , elles donnent cependant Jieu à quelques graves abus : i"" le prix des substances chères, telles que le musc et Topium, se trouve encore élevé outre mesure par le bénéfice que la loi accorde au pharmacien : il en résulte que les marchands en font venir des quantités énormes ; 2® le prix des substances qui sont à bon marché se trouve finalement réduit à rien. Aussi est-on très-disposé à adopter prochainement le tarif prussien. Tous les médicaments , dans ce ^ tarif 9 sont rangés suivant leur valeur et leur usage plus ou moins fréquent en médecine. Sur tous les produits qui sont peu chers ou employés à petites doses, le pharmacien perçoit un bénéfice considérable; il est, au contraire , très-minime pour les substances chères. L'intérêt du pharmacien et celui du malade tendront ainsi également à faire préférer les médicaments peu coûteux dans I tous les cas où des substances chères peuvent être remplacées par d'autres d un prix moins élevé.

Les pharmaciens jouissent en Norwège de quelques privilèges qui compensent en partie les charges qui leur sont imposées; ils ont seuls le droit de fournir, avec 20 pour cent de rabais , des médicaments aux médecins qui habitent des villages écartés et sont , par conséquent , forcés de les tenir eux-mêmes; ils fournissent aussi les hôpitaux et hospices au prix du tarif et sans aucun rabais. On a pensé que , puisque T accroissement des hôpitaux diminuait nécessairement le nombre des malades qui se font traiter chez eux, il était juste que les intérêts du pharmacien ne fussent pas lésés.

La taxe , telle qu'elle est établie en Norwège , est à la fois une garantie pour le public et pour le pharmacien ; celui-ci est sûr de vivre honorablement du produit d'une industrie qui nécessite tant de savoir et de probité. Le médecin et le malade peuvent compter sur la bonne

qualité du médicament. Sans doute quelques abus existent là , comme ailleurs : mais qu'ils sont minimes en comparaison de ceux dont nous gémissons en France !

Les pharmacies sont régulièrement inspectées, et toute drogue reconnue avariée ou de mauvaise qualité est jetée à l'instant même. Si une ordonnance est mal exécutée, le pharmacien est passible d'une amende. La première fois cette amende est de 500 fr.; la seconde, de 1,000 fr. 11 lui est interdit de vendre des remèdes secrets et de lé» afficher : aussi né voit-on nulle part, en Norwège, de ces honteux placards , pièges tendus à la crédulité de la classe indigente.

Tout individu qui vend des remèdes sans posséder une pharmacie est puni , pour la première fois, d'un emprisonnement d'un mois à six semaines, et condamné à payer les frais du procès. Une conséquence de cette sage organisation , c'est que tout pharmacien est sûr d'arriver à une honnête aisance après une carrière laborieuse , et toutefois il s'efforce de mériter la confiance du public afin de l'emporter sur ses confrères ; mais la concurrence n'étant pas trop nombreuse, ce n'est que par des moyens honorables qu'il cherche à Tobtenir. Aussi les deux pharmacies de Bergen sont- elles frappantes par leur simplicité ; on n'y voit ni peinture sur les murs, ni vases fastueux , rien , en un mot , d'un luxe ruineux.

Si on entre dans une maison portant l'inscription qui indique sa destination, on trouve une grande salle entourée de simples bocaux de faïence , où les élèves sont occupés derrière un comptoir de noyer; le patron, généralement très-aimable , fait les honneurs d'une vaste bibliothèque , et justifie en tous points la réputation de savoir et d'instruction de ces pharmaciens du Nord , qui comptent parmi eux Schèele, Tromsdorfif, Buchner, Bucholz , Gmelin , etc.

d74 HISTOIRE

Si rorganisatiou do la phannacie présente en Norwège un haut degré de perfection « il n*en est pas de même des études pharmaceutiques. Elles ont été régies, pendant longtemps, par la loi du 4 décembre 1672, dont je yais« à titre de monument historique, rappeler les principales dispositions .

Lés élètes doivent être choisis parmi ceux qui ont fait des études dans les écoles secondaires, et qui, par conséquent , savent le latin ; ils entrent dans une officine , et on leur fait connaître d*abord la taxe des médicaments ^ les éléments de la pharmacopée ; au bout d*un certain temps, ils sont admis à lire et à exécuter des ordonnances sous la surveillance des aides.

Lorsqu'ils ont acquis une instruction pratique suffr-^ santé, le pharmacien leur délivre une attestation appelée Uhrbriêf. Munis de cette pièce, ils vont subir un examen auprès du médecin du district , qui leur en donne certifi-' cat et les déclare capables d*exercer les fonctions d'mdei dans une pharmacie. Cette disposition est évidemment vicieuse , car le médecin , bon juge en médecine , ne Test souvent pas en chimie, en histoire naturelle et en pharmacie , et le pharmacien auquel ou enlève le droit déjuger de la capacité de son élève, n*y prend plus le même intérêt.

Cependant, après cette première épreuve, l'élève entre dans diverses pharmacies et y travaiUe aussi longtemps qu'il le croit nécessaire à son instruction : puis il se rend à Christiania pour y suivre des cours spéciaux. Il se pré-* sente ensuite devant le jury d'examen avec ses divers certificats. L'examen se compose de trois épreuves : Tune écrite, l'autre orale, la troisième pratique.

L'épreuve écrite est la description d'une ou de plusieurs préparations , avec l'histoire des phénomènes qui les accompagnent et leur analyse. Si cette épreuve n*e«*

pas satisfaisante, l'élève est renvoyé à un terme plus ou moins éloigné.

L'examen verbal roule sur la botanique, la zoologie , la minéralogie, la chimie, la pharmacie, les lois qui les régissent. Tachât et la conservation des médicaments. Dans cette épreuve , on présente au candidat des drogues simples qu'il doit nommer à leur simple inspection.

L'épreuve pratique consiste dans la préparation d'und substance, et dans l'analyse chimique d'un corps composé '. »

Pour compléter ce qui précède, je crois ne pouvoir mieux faire que de transcrire,, in extenso^ le règlement relatif à l'examen pharmaceutique^ daté du château de Stockholm , le 19 décembre 1837, et dont je dois la traduction à l'obligeance de M. le docteur Méding, médecin allemand, résidant à Paris. Ce règlement est applicable aux deux royaumes de Suède et de Norwége.

<i Nous, Charles-Jean, par la grâce de Dieu , roi da Suède et Norwége, des Gotbs et des Vandales, faisons savoir que, vu la loi du 2 juin 1836, et conformément aux conclusions de notre conseil d'État , nous avons approuvé et arrêté le règlement suivant pour l'examen pharmaceutique.

§ 1. Dans cet examen, on demande au candidat les connaissances et la dextérité suivantes :

l"" Les notions systématiques de l'histoire naturelle en général , et par conséquent une connaissance spéciale et exacte des corps naturels qui sont employés dans les pharmacies, savoir :

A. Zoologie, c'est-à-dire connaissance des animaux

> Bull, pharm. , t. xxv.

376 HBTOIRE

employés ou entièrement ou en partie dans les pharmacies.

B. Botanique, Connaissance du règne v^étal selon le système sexuel aussi bien que selon les familles naturelles. I^ candidat doit surtout bien connaître toutes les plantes officinales qui lui sont soumises ou en totalité ou en partie.

C. Minéralogie, Connaissances générales du système chimique des minéraux , de la cristallographie ; de telle façon que le candidat puisse assigner à chaque minéral sa place dans le système , et nommer ses parties essentielles constituantes.

2* Physique. Notions systématiques des parties de la physique mécanique nécessaires au pharmacien.

3* Chimie. Aperçu général du système chimique, surtout des notions approfondies sur la chimie pharmaceutique.

4* Pharmacoynosie. Notions suffisantes des médicaments , leur nomenclature et leur physiographic.

5° Art de lire les ordonnances, de les traduire en '

suédois, et d'expliquer le formulaire d'une pharmacopée nationale ou étrangère en langue latine; enfin, de se rendre compte des abré\ialions et des signes chiniiiques plus ou moins en usage.

6* Pharmacie spéciale. La nianière de récolter, de conserver, de préparer et distribuer les médicaments selon les prescriptions médicales ; l'explication de ce qu'il y a de pratique, de manuel et de technique dans les opérations mécaniques, chimiques et pharmaceutiques. — Connaissance de l'organisation, de la distribution et des travaux d'une pharmacie.

T Connaissance des drogues et du commerce pharmaceutique. Le candidat doit savoir de quelles >illes et de quels pays se tirent certains médicaments; la manière dont on les trouve dans le commerce, d'en reconnaître la pureté et le bon aloi. Il doit posséder la connaissance des monnaies, des poids et mesures, et savoir manier les lettres de change , les comptes de change et la tenue des livres. 11 doit également connaître la législation applicable aux pharmaciens.

8*" Quant à la taxation des prescriptions, on exige la connaissance des principes de la taxe médicinale, combinée avec une habileté savante pour pouvoir calculer les prix des médicaments.

9° Épreuve pratique. Analyse qualitative de deux substances chimico-pharmaceutiques et composition d'un médicament, suivies d'une explication écrite sur la méthode choisie et sur les motifs de cette méthode.

§ 2. Serviront de base pour les examens, la pharmacopée et la taxe médicinale offlcielles. Quant aux médicaments et formules que ces dernières ne contiennent pas encore, on devra s'en tenir aux formules et médicaments en usage dans le royaume. Par conséquent la pharmacopée ne sera pas la limite absolument exclusive, surtout quant aux changements postérieurement introduits dans la science. *

§ 3. La commission choisit dans son sein un président qui conserve ses fonctions pendant une année. II tient un journal des affaires qui arrivent , rédige le procès-verbal des délibérations et celui des examens. Toutes ces pièces doivent être contresignées par les membres de la commission.

§ 4. Le président de la commission reçoit toutes les

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demandas des candidats , et s'assure si elles sont dans les fonnes prescrites par la loi, savoir: si elles sont ac-r cotnpagnées du curricxilumvUœf de leur biographie, dés certificats de confirmation et d'apprentissage, et du certificat du physicien (médecin) de la \ille.

Dans le cas où tout se trouve en ordre , il inscrit les eàndidats sur son journal ; ensuite, il en prévient ses collègues de la commission , et il propose le jour de Texamen. Il convoque les candidats par une circulaire qui doit leur arriver au moins trois jours à Tavattce.

§ 5* On fixe l'épreuve écrite pour l'un des premiers jours des mois de juin ou de décembre. Les membres de la commission se réunissent la veille pour délibérer sur les épreuves, qui doivent être les mêmes pour tous les candidats qui se sont présentés en même temps. L'é^ preuve doit porter sur un sujet connu des candidats , mais qui ne doit point avoir été appris par cœur dans un livre quelconque.

§ 6. Au temps et à Tendroit fixés, se présente un membre de la commission pour dicter le sujet de l'épreuve, qui n'a dû être connu que des membres de la commission. La solution doit en être donnée en six heures, sans aide, et sous la surveillance incessanta d'un membre de la commission. Les candidats remettent leur travail signé au membre chargé de l'inspectioni qui l'envoie inmiédiatement au président. Celui-ci convoque alors tous les membres qui en délibèrent, en tenant compte, non-seulement du contenu de l'épreuve , mais aussi de la forme d'après laquelle elle a été subie.

§ 7. Les candidats qui ont obtenu un frten, sont admis à l'épreuve pratique. La veille du jour où elle doit avoir lieu, les membres de la commission les examinent édr dcfux tàcheê analytiques et une synthétique ; elles sont

DES APOTHICAIRES* rA

ks méme^ pour tous les candidats. Ces épreuves sont subies dans le laboratoire de rUniversité^ sous la sunreil^ lance incessante d'un membre de la commission et de péiv sonnes payées à cet effet. Le temps accordé auxcandidatu est réglé selon Fimportance de la tâche imposée. Toutefois i on choisit cette tâche de manière que Tépreuve puisse être terminée en douze heures, réparties sur àem journées. Dans le cas où elle peut se tenmner en lia jour, elle ne dure que six heures» do 9 heures à 3 heures.

Le candidat remet la préparation et Texplication qùî raccompagne an membre présent de la commission, ^ui Jes conserve , après les avoir scellées de son cachet et dé eelui du candidat.

Si répreuve exige deux jours, le candidat travaillera^ le premier jour de 9 à 3 heures , et le second , de 9 heu« rés à midi , et de 3 heures à 6 heures.

Avant de quitter le laboratoire, le premier jour, le candidat remet sa préparation dans Tétat où elle se trouve y en expliquant comment il a commencé son travail, et comment il pense le finir. Le membre de la comr mission y appose son nom. Le lendemain , le même membre rend au candidat sa préparation et son plan.

Si le candidat a obtenu la note bien pour les deux épreuves analytiques réunies et pour l'épreuve synthétique , alors il passe à l'épreuve orale , qui est publique et qui suit immédiatement.

Le candidat est examiné dans cette épreuve : 1* sur Vhistoire naturelle, par le professeur d'histoire naturelle de l'Université ;

2* Sur la physique et la chimie, par le professeur de physique et de chimie ;

3* Sur la pharmaeognoêie, la pharmacie légale^ par le professeur de pharmacognosie ;

4" Sur la pharmacie^ la connaissance des drogues et du commerce pharmaceutique ^ par un pharmacien, de manière que le candidat ait fini en deux matinées et deux après-midi.

§ 8. Aucun des examinateurs ne peut interroger plus d*iui candidat , et cet examen ne peut durer plus d'une heure. L'examinateur doit toujours être accompagné de deux qsembres de la commission pour arrêter la note à donner à la spécialité examinée.

§ 9. Pendant l'épreuve écrite, il est défendu au candidat de se servir d'un livre.

Pour l'analyse , la commission peut concéder l'usage d'un manuel systématique.

Pour la synthèse, on communique une formule complète, si la commission le juge convenable. En cas de contravention , le candidat est ajourné seulement pour cette fois.

§ 10. En cas d'empêchement de continuer son examen , le candidat recommencera , la fois suivante , tout l'examen ; mais si l'empêchement est occasionné par une maladie ou par tout autre motif aussi valable , l'examen peut être repris là où il a été suspendn.

§ 11. Aussitôt qu'un candidat est admis à l'examen, le président inscrit un aperçu de la vie et des études de ce candidat dans le procès-verbal des examens ; plus tard, il ajoute les notes spéciales et la note générale, con* formément à la loi.

§ 12. L'examen passé, et le candidat pourvu d'une note générale , le président lui donne un certificat [attestai) signé par tous les membres de la commission et scellé du grand sceau. I^ candidat n'acquitte que les frais du timbre.

\ § 13. Dès qu*un examen est terminé, la commission envoie un rapport sur son issue à Fautoriié du royaume de laquelle relèvent les affaires médicales.

Les pharmaciens suédois et norvégiens qui habitent les hourgs et les ports d'arrivage ont le droit de vendre des vins, de Tépicerie et des comestibles, ainsi que d'autres denrées. Avec Tautorisation du roi, ils exercent encore d'autres métiers, tels que la boulangerie, la brasserie, la savonnerie, etc.

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