‹ Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du mondeChapitre 6 sur 36 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le berceau de la Pharmaceutique repose sous le ciel d'Orient. — De b pharmaceutique en Chine. — L*herbier de Chin-nong^. — RichcMet pharmaceutiques de l'Egypte. — Abus révoltant des médicamesU chez les Mages. — Le roi Osymandias. — Les Momies, d'après Hérodote et Ambroise Paré. — De la Pharmaceutique chez les Assyriens et les Indiens, d'après Strabon. — En Chaldée, d'après Démocrite.

— De la Pharmaceutique chez les Juifs. — Les patrittches AbrahanHy Jacob. — Le roi Ésécbiat. — Salomon. — Les prophètes Jérénaîe et Isaîe. — De la Pharmaceutique chez les Perses. — Cambyse. — Démocède. — Darius. — Chez les Macédoniens. — Alexandre4e- Grand. — De la Pharmaceutique en Grèce. — Mélampe. — Machaon et Podalyre. — Patrocle. — Siècle de Périclès. — Les Guêpes d'Aristophane. — Hippocratc. — Aristote. — École d'Alexandrie. — Théophraste d'Érèse. — Hérophile. "- Ses disciples. — Érasistrate. -^ Premier partage des professions relatives à l'art médical. — Le sucre de canne. — De la Pharmaceutique sous la secte Dogmatique et sons la secte Empirique. — Onguent d'A grippa. ~ Pompée rapporte à Rome rÉlectuaire de Mithridate , roi de Pont. — Nicandre. — Les Thériaques et les Alexipharmaques , poèmes. — Femmes apothi* caires. — Médée et Gircé. — Gléopàtre, reine d'Egypte. — Agnodice d'Athènes. — Aspasie y de Milet. — Artémise , reine de Carie. — Le Céramique d'Athènes. — Les Femmes de Phrygie et de Thessalie.

— Lois sévères de Lycurgue et de Solon.

Scrutemur vias nostras et qucramui.

Thikii. 3. V. 4.

L*origine de la pharmaceutique remonte à Tantique berceau du monde ^ elle est contemporaine de la création. En effet, le premier homme qui fut malade ou blessé, dut être tout à la fois son médecin, son chirurgien et son apothicaire.

Un philosophe chagrin et contempteur de Thumanite a écrit que , dès qu'il s'était trouvé deux hommes sur la terre, il y avait eu une dupe et un fripon. Cette proposi-

lion injurieuse doit faire place à une autre plus conso* lante, et qui se formulerait en disant qu'à cette primitire époque , en raison de Tinstinct charitable qui nous porte à chercher un remède aux maux de nos semblables , aussitôt qu'il ;y eut un malade, il s'est trouvé un guérisseur.

Bientôt, avec Texpérience, les traditions de famille descendirent le cours des siècles et commencèrent à constituer les rudiments de Fart dont je vais m'occuper.

Je passe sous silence les rêveries de J.-J. Mader, savant bibliographe allemand, qui, à grand renfort d'érudition, essaie de prouver que la pharmacologie, comme science, était connue avant le déluge , et je me hâte d'arriver à quelque chose de moins problématique et de plus précis.

Il est universellement reconnu que les premières semences de la pharmaceutique ont commencé à germer sur le sol d'Orient, dans ces contrées fertiles en parfums, en plantes aux suaves senteurs et en fragrantes résines ; de plus, il est hors de doute que les habitants de ces fortunés climats ont laissé des prescriptions médicamenteuses à l'aide desquelles ils calmaient la douleur et tempéraient les ardentes hallucinations du délire : ils doivent donc être regardés comme les pères de cette science.

Le seul ouvrage qui ait été légué par ces peuples anciens, et qui ait bravé les ravages du temps, a pour auteur un empereur de la Chine , Chin-nong. Cet empereur était , selon Cadet de Gassicourt , contemporain de Manès, premier roi d'Egypte ^ qu'il aurait, au contraire, précédé de six siècles, si Ton en croit Henri et Guibourt*. Quoi qu'il en soit, Chin-nong serait mort 2699 ans avant J.-C, laissant un herbier qui porte

< Dict. des Sciences médic.^ t. xu.

* Henri et Guibourt^ Pharmacie raisonnée, introd.

son nom et qui renferme une nomenclature historique détaillée de toutes les plantes du céleste Empire.

C'est surtout en Egypte qu'il faut se tranqxirter pour assister à Taurore de la science pharmaceutique : « liin apud Egyptiot miiUa sanitati hominutn pharmaea invenhse Egypii tradunt^ utpote quœ icieniiœ medicœ fntrit peritinima , adeoque multa soïerter excogitoiêe ' . »

Les témoignages les plus importants se pressent pour conGrmer la vérité de cette asseriion. I.ie roi Osymandias avait fait placer, sur la porte de la bibliothèque de son immense et splendide palais de Thèbes « ces mots : Pharmacie de Vàme. Ce fait indique, à n'en pas douter, que cette inscription avait été empruntée à la pharmaceutique, et appliquée métaphoriquement aux trésors rassemblés dans cette riche collection pour le soulagement des maladies morales.

Pline l'ancien et Clément d'Alexandrie citent les Égyptiens comme ayant appris des mages ou enchantovrs l'art de préparer les médicaments, et disent qu'ils faisaient un abus révoltant des remèdes^. Galien attribue à Hermès Trismégiste (trois fois grand) , professeur d'Esculape ^ la manière de préparer l'opium , et fait honneur à ses dis* ciples de la découverte du bol d'Arménie , ainsi que de son emploi dans lé traitement des hydropisies et des hémorrhoïdes'. Le médecin de Pergame prétend, en outre, que les Égyptiens employaient le sel cyrenaïque, c'est-àdire le chlorhydrate d'ammoniaque, la lilharge et l'alun contre les furoncles, les ulcères et les ophthalmies*. Pline dit encore qti'ils composaient , avec de certaines herbes ,

1 Diodor. Sictil*» Bibl. i. i., part, i*

s Plin., Hist. nat., i, xui. — Clément d'Alexandrie , Strom. , i ^ n. — Virey, introd.

9 Gai. de Simpl. med. facult. , lib. ix^ cap. il. ^ De Compost, médicament.^ lib. v, cap. i.

DES APOTHICÂmES. «9

des breuvages purgatifs '. Enfin ^ Tari des embaumemeabs prouve que les propriétés des résines, et des essences htxr étaient parfaitement connues.

Néanmoins, les prêtres égyptiens n*ont rien ou presque rien laissé de leur science pharmateutiqi^ qu'ils concentraient entre leurs mains, et qu'ils tenaient cachée dans Tombre mystérieuse de leurs temples. On sait seulement, d'après un passage d'Hérodote qui écrivait 484 ans avant l'ère chrétiennes et d'après une citation d'Âmbroise P»ré^, qu'ils ne se faisaient pal Icrupule de vendre à des prix exorbitants des momies préparées avec des ihgiiédients de qualité suspecte « «c Ce qui a e$meu quelques faii quel- « ques uns de ces apoticaires pïuê hardis et plus auuidés « de gain à prendre de uuyct des corps au gibet ^ les ara- « matisent et sallent de mauJlvaises drogues f et apreê Us il sécher au four ainsi farcis pour Us vendre bien chère^ a ment pour vraye et bonne mumie. r>

Selon Strabon, qui florissait Sous l'empereur Tibère^ et qui avail fait de longues et savantes pérégrinations êa Orient, les Indiens et les Assyriens possédaient la cotnposition d'une multitude de remèdes^. Le philosqihe Démocrite, 342 ans avant J.-€r, après avoir fait, à l'âge de 95 ans , un voyage chez les adorateurs dlsis, visita I6S prêtres de Chaldée et les sages de la Perse, et rapporta de ces lointaines contrées des formules pharniaceutiques auxquelles la médecine grecque fit plus tard de larges emprunts^.

L'obscurité et l'incertitude qui couvrent leséféne^

& In ffîst. nstf itbé xxvi, eap. t, leet. m.

* Héroé.^ BkL, Irad* ea françait psr àm Hpnt, S tél. wnii, ** Larehet,

7 vol. in-8'>, t. II.

' Ambr. Paré, t. m, p. 481. — Ed. Malgaigne.

♦ Strab., Géogr., t. ii. Amsterdam,! 6 W.

> Cadet de Gassicourt.

ments des premiers âges du monde ^ m'ont forcé de traverser rapidement cette période pendant laquelle je n*ai rencontré, relativement à mon sujet, que des traditions vagues et confuses comme toutes celles de ces temps reculés, et qui ne m*a fourni le nom d'aucun personnage qui se soit fait remarquer par son goût pour l'art pharmaceutique.

Je laisse ces temps nébuleux pour arriver à une ère moins éloignée, plus précise et plus féconde.

Jadis, la médecine, la chirurgie et la pharmacie ne formaient qu'une profession.

c( Eii ce temps-là, la profession de médecin gisait en l'exercice de trois points :

1"* Au conseil selon les préceptes de l'art, pour les maladies intérieures du corps humain ; 2® au razouër et oignements , pour les extérieures ; 3** et finalement , en la confection des potions et médicaments. Je veux dire qu'il estoit médecin , chirurgien et apothicaire tout ensemble ^ . »

Cet état de choses a existé chez les Juifs et les Egyptiens, chez les Babyloniens, les Perses, les Macédoniens et les Grecs, dans les écoles asclépiadéennes, à Gos, à Smyrne et à Alexandrie *.

On saura plus tard quand s'est opéré le partage.

Lès médecins n'étaient pas les seuls s'occupant de pharmaceutique : les patriarches, les prophètes, les princes et les rois étaient eux-mêmes versés dans cette science.

Vers les années 1990 et 1880, sous les patriarches Abraham et Jacob, circulaient déjà en Egypte des mar* chands ismaélites qui interrogeaient les malades sur ce

t Estienne Pasquier, ch. xxxi^ p. 963.

s J. Gonlio^ Ms.^ t. ii.

qu'Us éprouvaient et qui, véritables apothicaires ambulants, leur vendaient des aromates, de la gommé, de Tambre, du baume et de la myrrhe.

Chez les Juifs, Salomon a écrit plusieurs formules pharmaceutiques que le roi Ezéchias , son arrière-petitfils , détruisit pour que Dieu ne fût pas offensé par les maléfices en lesquels avaient été convertis les salutaires secrets de son bisaïeul ^ .

Au temps des prophètes qui cultivaient surtout, la science du pronostic, et qui passaient pour ressusciter les morts, on voit Jérémie, 800 ans avant J.-C, faisant une médecine active, et employant les médicaments les plus excitants : numquid in Galaad résina balsamique ^.

Deux cents ans plus tard, Isaïe avait substitué une thérapeutique moins incendiaire ; le brownisme de Jérémie avait été remplacé par une doctrine antiphlogistique plus lénitive , ainsi que nous l'apprend la Vulgate où il est dit que ce prophète employait de Thuile et des figues dans le traitement des plaies.

En Perse, Cambyse fabriquait lui-même des onguents et en faisait le commerce avec le roi d'Egypte.

Démocède, de Crotone, 522 ans avant Fère chrétienne, portait avec lui, après les avoir préparés, les médicaments nécessaires au pansement de Darius qui avait contracté une violente entorse, et confectionnait luimême les onguents qu'il appliquait sur le cancer du sein dont Atosse, femme de ce roi et fille de Cyrus, était atteinte^: il renfermait dans une chambre tous les emplâtres et toutes les préparations externes et internes; cette chambre s'appelait larp^ov : c'était une véritable

^ Galmet^ Prov. de Salom.^ p. 5.

• Proph. , ch. vm, v. 22.

^ Gbaudon^ Dict. encyclop., t. ni.

2t HISTOIRE

boutique d'apothicaire , comme on l'apprendra lorsque je parlerai du siècle de Périclès.

Chez les Macédoniens, les souverains s'exerçaient eux«> mêmes dans l'art des préparations pharmaceutiques : fit Alexandre aussy le grant, roydes Macédoniens, comme récite Justin en son XU* liyre, fut grant ppothiquaire, et guérit Ptolomée, lequel avoist été blessé à mort, par la vertu d'une herbe par lui trousvée et par icelie herbe guérit tous ceulx qui avoyent esté blessez en la bataille*. )»

Si nous nous transportons en Grèce, en commençant d'abord par ses temps héroïques, nous voyons, en 1380, Mélampe, habile médecin, guérissant avec de Tellébore noir (melampodium) les filles de Prœtus, roi d'Argos, ainsi que d'autres femmes atteintes de folie furieuse '.

Pendant les dix années que les Grecs furent rassemblés sous les murs de Troie (1280-1270) , Machaon et Podalyre, deux fils d'Ësculape , préparaient et portaient avec eux tous les médicaments nécessaires aux guerriers ' ; c'est Machaon qui pansa la plaie de Ménélas et l'ulcère infect que Philoctète portait au pied ; Patrocle, pour extraire une flèche de la cuisse d'Erypile, étancha le sang avee une racine broyée et connue de lui seul ^.

Cicéron dit qu'il y eut trois Esculapes, et que Tan d'eux, fils d'Arsippus et d'Arsinoë, dont le tombeau re*posait en Arcadie, inventa des potions purgatives qu'il allait distribuer lui-même sous les tentes de l'armée grecque ^

Le chantre d'Achille nomme encore d'autres méde^ cins-^apothicaircs qui secouraient, de leurs mains et de

* Sympli. Cbampicn le Myrouël de^ Appotbiq.

* r.haudon, t. vi.

5 Iliade, lib. iv, vers 19 i.

* Ibid.,lib. IX, vers 828.

5 Cicer. de Natura Deorum, lib. m.

leurs drogues 9 les maladies contractées pendant la durée du long siège d*Ilium.

« Lesqueux aussi guérirent Thelephum d'une playe f aicte par une sagette envenimée par les Troyens , et Cyron aussi fust grant ppothiquaire, et Achiiles )e fort et preux qui tuast Hector, troyen, voulust apprendre, de Giron, son grani-père, la science par laquelle il guéryssoit ceulx quiestoyent avec luy quand ils estoyent blesses en guerre, et plusieurs aultres qui estoyent roys et princes ^ »

Nous entrons dans le siècle de Périclës, et nous trou-- YODS , dans une comédie d'Aristophane , 460 ans avant J.Al.j rbistoire d'un certain Lamachus qui, blessé à la jambe, avait été transporté dans Yhrpiîw du médecin Pit-* talus, et on lit, dans les Guêpes du même auteur, qu'un sybarite, atteint à la tète, avait été conduit chez ce même' Pittalus, dont la boutique était garnie de drogues de toute espèce : ce fait est consigné aussi dans le livre de la boutique d'Hippocrate.

Le divin vieillard , qui florissait 430 ans avant notre ère, quoiqu'il fût sobre de préparations médicamen*teuses, composait cependant lui-même ses drogues et les portait à ses clients ^. « Et a esté la cyrurgie la partie de médiclne la première trousvée , mais après la venue de Hippocrates , lequel trousva la médicine dogmatique et raisonnable, la cyrurgie a esté comprinse sur médicine et fust Hippocrates médecin, cyrurgien et pharmacopole, lequel cueiiloit luy-mesme les herbes et aultres raé^ dicines et appliquoyt aux malades nonobstant qu'il fust seigneur et prince *. »

* Le Myrouël, p. 15.

* Gourtin^ Encycl. mod.^ art. Pharm.

* Le MyrouëL

24 HlSTOlRIi;

Cinquante ans après Hippocrate, Aristote, jeune encore, exerça la pharmacie pour se soustraire aux atteintes de la misère ^

L*école d'Alexandrie s*ouvrit Tan 320 avant J.-C.

<c Les sciences pharmaceutiques ne firent pas de grands progrès dans cette école; cependant elle était la seule où Ton pût acquérir des connaissances d'une certaine étendue, et c'est à elle qu'appartiennent quelques médecins célèbres, tels qu^Erasistrate et Hérophile, dont les noms, comme ceux de plusieurs de leurs disciples, se rattachent à l'histoire de la matière médicale et de la pharmacie.

Erasistrate était, selon Pline, petit-fils d'Aristote par samère; il avait suivi les leçons de Théophraste,d'Erèse, ville de Tile de Lesbos, qui avait puisé dans les écoles ^yptiennes les éléments de sa botanique médicale '. Il vécut à la cour de Sélcucus Nicanor, roi de Syrie; on sait comment il découvrit et réussit à guérir la maladie d'Antiochus, fils de ce prince, épris d'une violente passion pour Stratonice. Erasistrate écrivit un ouvrage sur les poisons ; quoique, suivant Galien , U ait employé le premier le castoréum et quelques autres médicaments actifs , il travailla à simplifier l'emploi des remèdes, et blâma les médecins qui en faisaient un déplorable abus; il s'éleva surtout contre les antidotes et les composilions dites royales^ que les médecins de son temps appelaient la main des dieux {manus deorum)] il ne se servait guère que de médicaments externes, et avait une prédilection particulière pour la chicorée , la citrouille , la tisane d'orge, les ventouses et surtout YhydroJewn , mélange

' Henri et Guibourt^ avant-propos.

* Traité des Plantes^ Amsterdam, 1644, in-r>, traduit en français par Gara. — Daniel Leclerc, Hist. de la Médecine, 1. 1, p. 339.

d'eau et d'huile qu'il employait en injections et en fomentations dans les maladies inflammatoires.

Hérophile, de Ghalcédoine, professa sur l'emploi des médicaments une doctrine entièrement opposée à celle d*Erasistrate ; il employait beaucoup d'ellébore et attribuait aux substances végétales de puissantes propriétés ; il écrivit sur la botanique et donna, par son exemple, une grande impulsion à l'étude de la matière médicale ; c'était lui qu'Erasistrate avait principalement en vue lorsqu'il blâma l'abus des médicaments, parce que Hérophile avait dit le premier qu'on pouvait les regarder comme la main des dieux^ lorsqu'ils étaient employés convenablement.

La plupart des disciples d'Hérophile s'occupèrent de matière médicale; on peut citer parmi eux : Eudémus, qui avait composé une thériaque dont Galien a conservé la formule. Celte composition, décrite en vers, avait été gravée sur les portes du temple d'Esculape ; Antiochus Philométor en faisait journellement usage ^

Mantias , autre élève d'Hérophile , écrivit un traité sur la préparation des médicaments ; cet ouvrage, cité par Galien, n'est pas parvenu jusqu'à nous.

Apollonius, de Memphis, a laissé un ouvrage sur la botanique et plusieurs formules de médicaments composés dont il fut l'inventeur.

Zenon, de Liodicée, imagina un grand nombre de compositions pharmaceutiques ; il vantait, contre la colique, celle qui portait le nom de diœstochados ; Galien cite plusieurs autres préparations de son invention.

Apollonius Mys, autre hérophilien, écrivit un traité sur les onguents [mp\ fAvpo>v) , un autre sur les euporistes

* Théophraste vivait 371 ans avant J.-G. ; liérophile 344 ans, et Érasi»trate 325 ans avant Tère chrétienne. (Biographie de Michaad.)

9S HBTOIMS

(médicaments faciles à se procurer), et un troisième snr les antidotes.

Andréas, de Cariste, écrivit, sur les propriétés des médicaments, un ouvrage intitulé NipOnt ^ et un autre sur les poisons ; il inventa plusieurs collyres ; il combattit Topinion fabnleuse de raccouplement de Taspic ayec la mu* rêne, et indiqua plusieurs altérations que subissait Topium dans le commerce à Alexandrie.

Aucun de ces ouvrages n'a traversé les siècles. La fureur d*Omar n*en a pas seule anéanti les vestiges ; déjà, au temps de Jules César, la bibliothèque du palais des Ptolémées fut incendiée; elle renfermait, dii-on, 400,000 volumes ; mais celle du temple de Sérapis subsista, et Marc-Antoine Tenricbit en donnant à Cléopfttre celle des rois de Pergame qui , selon Plutarque y s* élevait à 200,000 volumes de plus.

Ce fut dans Técole d'Alexandrie que s'opéra , pour la première fois , le partage des professions relatives à l'art médical ; soit que cette division ait eu pour cause, comme le pense Sprengel • , l'oisiveté et l'opulence des médecins qui abandonnèrent à des subalternes une partie de leurs attributions , soit que l'étendue toujours croissante des connaissances qui se rapportent à la médecine eût montré l'urgence de les séparer, pour en rendre l'étude plus facile et l'application plus profitable. Celse nous a conservé à ce sujet des documents curieux ' dont nous allons extraire particulièrement ce qui concerne les attributions des pharmaciens.

La distinction entre les différentes branches de l'art de

> JHé^l, en grec, signifie verge^ bàton^ tbyrse^ férule, et aussi botte ; c^était comme l'arsenal des médicaments. Ce nom fui donné depuis à plusieurs recueils ou formules.

t Histor. rei Herb. y 1. 1 > p. 111.

8 Gels, de rt Ifedica.

DES APOTHICAIRES. f7

gaérir que je viens de signaler ne ftit jamais bien tranchée ; elle parait même n*avoir en qu^une existence momentanée, car elle s*efibça ches les Romains, et Ton n'en retrouve plus les traces qu'à Tépoque de lu renaissance des sciences et des leltres. Peu de temps après Celse, les médecins reprirent Tancien usage de pratiquer euxmêmes ou firent pratiquer, sous leurs ordres, par des subalternes, toutes les parties de l'art médical ; ils eonti* nuèrtnt seuls d'écrire sur toutes les branches de la mé« decine , et particulièrement sur la pharmaceutique ; les ouvrages sur cette matière étaient encore très«»rares , les recueils de recettes étaient fort rechercha et avaient pour les bibliothèques une grande valeur.

Cependant , la matière médicale s'était enrichie d'un grand nombre de substances actives , de parfums, d'épi-^ ces, d'aromates venus de diverses contrées, notamment du fond de l'Inde et de TÉthiopie. C'est à cette époque que l'on commença à connaître le sucre de canne dont la ta« brication resta longtemps grossière , mais qui remplaça peu à peu le miel comme condiment. Hérophile avait donné à l'emploi des médicaments une asses grande im« pulsion ; ses disciples, comme il est d*usage, exagérèrent la doctrine du maître; mais déjà s'élevait, dans la même école, une secte , celle des empiriques qui devait donner à la matière médicale mie activité nouvelle , et à l'étude des médicaments une meilleure direction t heureux si cette réforme n'eût pas été la source de déplorablei abus.

£e0Ï0 empirique. On peut attribuer l'origine de l'école empirique à plusieurs circonstançee qui concoururent à la foif , mais ind^ndamment l'une de l'aufare , à une sorte de révolution dans les sciences pharmaceutiques ; c'est dnsiqiie les perfectionnements de l'anatomie et les objections qui en résultèrent contre les principes

de l'école dogmatique, que rinfluencc du système philosophique de Pyrrhon, alors très-répandu, enfin que Tintroductiôn de médicaments nouveaux importés par le commerce , jetèrent presque en même temps le trouble dans les doctrines établies , et commencèrent à détourner les médecins de la route qu*Hippocrate avait tracée à lobservation.

Phiténus, de Gos, disi^iple d'Hérophile, s'attacha à expérimenter sur toutes les substances dont la matière médicale s'était récemment enrichie; malheureusement, les empiriques ne se servirent pas toujours d*une bonne méthode d'observation : au lieu d'étudier Taction isolée de chaque médicament, ils les associèrent dans des formules extrêmement compliquées. Puisque le médicament avait réussi dans un cas simple , ils pensaient que des substances mêlées devaient agir simultanément dans une affection qui aurait un double siège, et comme dans certaines maladies on remarquait de nombreux symptômes , on imagina qu'une préparation qui renfermerait toutes les drogues capables d'agir sur chacun d'eux, aurait une efficacité complète, comptant, comme le dit Daniel Leclerc , que le médicament serait plus habile que le médecin.

Telle est la source des écarts auxquels la secte empirique fut entraînée , et de cette polypharmacie dont les abus, à partir de cette époque , s^ accrurent et se propagèrent de siècle en siècle.

Cœlius Aurelianus nous a transmis plusieurs exemples de ces informes associations; ainsi, il dit qu'on employait contre le choléra des pUules composées avec la semence de jusquiame, Fanis et l'opium, formule qui se rapproche assez, du reste, de celle qui fut employée récemment contre cette cruelle maladie. Dans la passion iliaque, on se servait d'une composition dans laquelle entraient les

baies du daphne mezereum^le sel, réiaterium, la résine, le casloréum et le diagrède * ; on combattait la teigne et certaines maladies de la peau avec un mélange de nitre, de soufre et de résine; l'épilepsie était traitée par le castoréum , la cervelle et le fiel de chameau , la présure de veau marin , les excréments de crocodile , le cœur et le rein de lièvre , le sang de tortue et les testicules de bélier, d'ours, de coq ou de sanglier *.

Apollonius, d' Antioche, écrivit un traité sur la préparation des onguents, et un autre sur la composition des médicaments extemporanés.

Héraclide , de Tarente , disciple de Mantias , perfectionna beaucoup la matière médicale et écrivit un ouvrage complet sur les médicaments: ce livre est aujourd'hui perdu ; il s'occupa aussi des contre-poisons ; la ciguë , Topium et la jusquiame étaient la base de ses antidotes dont il faisait toujours Fessai sur lui-même; Topium était un de ses remèdes favoris, ainsi que quelques-uns des nouveaux aromates importés d*Orient, tels que le costus, le poivre long, la canelle, Topobalsamum et Tassa fœtida.

Cléophante , qui fut le maître d'Asclépiade, laissa une savante description des plantes médicinales.

Zopyre , qui vivait à la cour des Ptolémées , composa un antidote auquel il donna le nom à'Ambrosia; Galien rapporte qu'il proposa à Mithridate d'en faire l'essai sur un criminel qu'il aurait préalablement empoisonné , assurant que son antidote détruirait l'effet du poison ; il

* Préparation de la scammonée , dont le nom vient de ^axpu^itv , larme, parce que cette substance étant fondue prenait la forme d'une larme.

* Par une préoccupation regrettable, M. Gap a fait figurer, dans THistoire pharmaceutique de TÉcole d'Alexandrie, Aëtius (d'Amide) et Serapion, qui vivaient , le premier au iv«, et le second du viii« au u« siècle de notre ère. {Note de l'auteur,)

ao HBTOmB

imagiiia le premier ime clamfiGâtion des médicaments dkfOêéê dans Tordre de leurs pro|»îété8.

Cratetas « célèbre botaniste, écrint sur les ptantes im ouvrage qui avait pour titre RhizoUmimmina ; il ajouta à sa description des végétaux des dessins qui les repré-* sentaient ; le manuscrit en existe encore dans la BibliiK llièque de Saintr-Marc, à Venise.

Une circonstance intéressante à constater pour rhiitoire de la pharmacie, c*est que, pendant les deux ou trois sikies oii les sciences fleurirent dans l'Egypte et dans TAsie mineure, les souverains s'occupèrent presque tous d*étndes pharmaceutiques, et que leurs découvertes .répandirent une certaine lumière sur la doctrine des poi* sons et des contre-poiscms. J'ai parlé des encouragements donnés aux sciences naturelles par les Ptoléraées , et des travaux personnels de plusieurs princes de cette famille.

Antiochus Pbilométor, Nicomède, roi de Bithynie, les rois Attale et Mithridate composèrent eux-mêmes des médicaments auxquels ils ne dédaignèrent pas de donner leurs noms. On attribue à Agrippa, roi de Judée, l'invMi* tion de l'onguent qui portait son nom ^ Attale PhUo* métor, roi de Pergame, fut célèbre par ses connaissances en botanique et en pharmacologie } il cultivait luinnème dans son jardin la jusquiame, l'aconit, la ciguë, l'dlébore, et fit de nombreuses expériences sur l'activité de ces plantes. Galien et Marcellus Empiricus citent deux médicaments qui portèrent son nom : l'un est un em^ plaire dont le blanc de plomb était la base , l'autre un remède interne contre la jaunisse.

^ On pourrait tout aussi bien rapporter le nom de cette préparatîM att mot â'i^xmtù't qui, chez les Grecs, Bigmûait suc de plante, Snidas assure ^^à Sparte ce mot signifiait ToUtier sairrage. L*huil« d^olift , ainsi ^^ la me de ^nsients j^tes, entrait an efli»t dana la compaaitkia de ïm» «Mat tÂpî^^.

Le plus célèbre de tous les souverains pharmaceutes fut, sans contredit, Mithridate Eupator,.roi de Pont, le rival implacable et si longtemps heureux de la puissance romaine. Sa cruauté et ses passions violentes qui lui suscitèrent tant d'ennemis , lavaient pénétré d'une telle crainte d'être empoisonné , qu*il fit d'étonnantes recherches pour connaître tout ce qui se rapporte à la toxicologie ; il faisait, sur les criminels et sur lui-même, l'essai de toutes les substances vénéneuses, et prenait journellement une certaine quantité de poison et de contre-poison ; il s*accoutuma tellement ainsi à l'usage des toxi^^ ques, qu*au moment de sa dernière défaite, voulant user du poison qu'il portait toujours avec lui, il ne put réussir par ce moyen à se donner la mort. On assure qu'ayant été blessé dans une bataille, les Âgares, peuples de la Scytbie, Tavaient guéri avec des médicaments dans lesquels entrait du renin de serpent. C'est là probablement la source de 1* intérêt qu*il attachait à Tétude des toxiques et des animaux venimeux.

Mithridate est particulièrement célèbre en médecine comme auteur d*uû électuaire dont la formule figurait encore, naguère, dans toutes les pharmacopées, et auquel il attachait une grande itâportance comme alexitère. Cette composition était si fameuse, qu'un des premiers soins de Pompée , après la mort de Mithridate, fut de la faire rechercher dans les papiers de ce prince. On en trouva, en effet, la formule parmi des mémoires secrets qui , pour la plupart , se rapportaient â des observations médicales, à rexpUcation des songes et à des recherches pharmacologiques. Indépendamment de la formule du célèbre électuaire , on en trouva une autre que Ton regarda comme ceHe de êoû véritable contre-poison : elle se composait de feuilles de rue pilées avec du sel , des amandes de noix et des figues grasses.

Q. Serenus Sainonicus s*exprime de la manière suivante sur cette composition et sur son mode d*admini»tration :

Bis denum rutœ fàlium , salis et brève gremum , Juglandesque duas, totidem cum corport ficus, Hœc, oriente die, pauco conspersa Lyœo Sutnebat

Pompée s^empressa de faire traduire par son affranchi Lœnus tous les livres de recettes de Mithridate, et les rapporta à Rome comme Tun des trophées de sa victoire.

Le goût prononcé de Mithridate pour les connaissances pharmacologiques porta naturellement Tesprit de ses contemporains vers des recherches analogues, et contribua évidemment aux progrès de la matière médicale. Presque tous les empiriques mirent leur gloire à imaginer de nouvelles compositions , de nouveaux antidotes , et à y attacher leurs noms. Cratevas dédia à Mithridate son ouvrage sur les végétaux, et donna le nom de ce souverain à Taigremoine, qu*il appela Àgrimonia Eupataria. Pline cite un Babylonien nommé Zachœlias qui lui dédia aussi un ouvrage sur les pierres précieuses.

L*électuaire de Mithridate se composait de cinquantequatre substances ; c^était le plus compliqué de tous les antidotes alors connus. On sait que la célébrité de cette composition a traversé près de vingt siècles; elle n*a cessé que depuis peu d'années de faire partie de nos dispensaires pharmaceutiques, et figure encore dans quel-» ques pharmacopées étrangères. Le savant Meibomius a écrit une volumineuse dissertation sur cet électuaire \

L'infortuné monarque-apothicaire avait inventé cet électuaire pour lutter contre la polypharmacie qui n'avait plus de frein.

1 Gap, Hist, de la Ph., J. de Ph. , t. xii, p. 318 et suiv.

La composition du médicament qui fut baptisé du nom de Milliridate, son auteur, était moins complète qu'elle ne Ta été depuis; Pompée en a trouvé la formule dans les cassettes du vaincu, aussi restreinte qu'elle a été agrandie depuis. Voici ce qu'en dit Serenus Samonicus qui vivait sous Garacalla :

Antidotus muUis Mithridatica feriur

Consociata modisj sed magnus scrinia régis Cum raperet victor, vilem deprendit in illis Synthesin et vulgata satis medicamina visit.

Cette dérogation à la composition primitive a fait dire, en 1603, à Corn. Agrippa, ce qui suit :

^ XJùe ma^e pesante ,

Lourde ^ sans art et mal daisante , Coi4<mction de choses en un corps Eatremeslé d*adnairables discords :

L*bumide au sec faisoit la guerre dure , Et la chaleur nuisoit à la frodure.

L'école empirique compte encore plusieurs auteurs dont les noms appartiennent à quelque titre à l'histoire de la pharmacie. Héras, de Cappadoce, laissa, comme Andréas de Cariste, sous le nom de Narthex^ un ouvrage relatif à la matière médicale et à la préparation des médicaments. Ce livre renfermait la description de tous les remèdes dont il avait éprouvé lui-même l'efficacité; il fut nnventeur d'un antidote dont Galien rapporte la formule, ainsi que quelques préceptes sur la préparation des onguents.

Mais celui des ^nfHristes qui doit surtout fixer l'intérêt

générât sous plus d'un rapport, est Nicandre : il étaft

fils de Damœus et était né en lonie ; il était contemporain

d'Attale m, de Scipion l'Africain et de Paul-Emile. Ni-

candre avait été prêtre d'Apollon, a Glaros; il se distingua à la fois comme poète, médecin et naturaliste; il écrivit plusieurs poèmes qui, tous, avaient rapport aax sciences naturelles et à la matière médicale. Celui qui portait le nom de Géorgien avait trait à Tagriculture, et fut dédié à Altale Philométor, dernier roi de Pergame, qui déclara les Romains héritiers de son royaume. Cicéron * cite avec éloge cet ouvrage qui n'est pas parvenu jusqu'à nous.

II ne nous reste aujourd'hui de Nicandre que deux poèmes qui ont Tun et l'autre l'histoire naturelle et la toxicologie pour objet. Le premier est intitulé Theriaca ; il renferme la description des serpents et des inseetM venimeux, le tableau des précautions à prendre pour éviter leurs morsures et la série des médicaments propres à les guérir. L'auteur cite quatorze espèces de serpents, sept espr^ccs d*araignées, le lézard, la ctintharide (meloë cichorei et non la Utta veiica(oria) , la guêpe, le taon d'Egypte, puis les scorpions, l'abeille, la scolopendre, la musaraigne, la salamandre et quelques poissons. On trouve dans le poème des Thiriaques plusieurs observa^ tions curieuses et nouvelles sur les efiTets du venin àtâ serpents. La description de l'amphisbène a été copiée par Linnée. Nicandre a reconnu le premier que le venin des vipères était placé dans une membrane qui entoure les dents; la division qu'il a établie entre les espèces de scor» pions a été répétée par les naturalistes modernes ; il a distingué les papillons de jour des papillons de nuitt at a dondé le premier à ceux-ci le nom de phalènes.

Parmi les moyens qu'il indique pour guérir la mor^ sure des animaux venimeux^ on remarque des appUcations à rextérieiu' et des médicaments internes. Les pra«»

1 De Ùhàon, lii». i, cap. xvi.

DES APOrmCAIRES. M

niiertftont des ti^iques composés de plantes aroftistiqnêA broyées aved du vin et quelquefois du vinaigre ; quant aux seconds, ce sont des éiectuaires plus ou moins com^ posés, mélange bizarre des substances les plus incohé<« rentes. Selon lui, le meilleur préservatif des attaques des animaux venimetix et surtout des insectes, est un onguent préparé avec deux serpents, mâle et femelle, de lamoellé de boeuf, de Thuile, de la cirv et de l'onguent rosati

Le poëme des Thériofâêê^MÛent environ onse cents vers;iB style des description!^ est parfois sec, aride. Oit conçoit, en effet, que ces détails prêtaient peu au déve»» loppement de Timagination ; mais quand il peint kM symptômes de la maladie ou les tourments des maladedy il s'anime, s'élève et devient tout à fait poétique; des épisodes ingénieux jettent de la variété dans cet ouvrage, et détournent agréablement la vue de quelques tableaux pénibles.

Le second poème a pour titre : AlMiphahnaeai c'eét une continuation du poëme Theriaca. Dans le premiiH** l'auteur ne s'était occupé que des poisons qui agissent pai* l'extérieur; dans celui-ci, il traite des toxiques intemds« U commence par énumérer les substances des trois règnei qui peuvent agir (Éonoune poison ; il décrit les symptômes qui eu goût le réstdtat, puis il indique les moyens thérft«« peutiques propres à ks combattre.

Ces poèmes, dont l'édition grecque a été imprimée ett 1606 et en 1614) à Genève, ont été traduits en vers fran* çais par Gortis, Calviniste^ qui mourut de frayeur en entendant le toeain de la Saint-Barthélémy^ et par Qré^ vins, l'un des plus rudes adversaires de rantimoine«

C. L. Cadet a fait, sur les Thériaques et les Alexipharmaquàl, une intéressante et spirituelle dissertation insérée dans le Bulletin de Pharmacie .

Outre ces deux ouvrages, généraiement écrits dans

rhellénisme le plus pur, Nicandre a encore donné rénumération de substances dont Tusage s'est traditionnellement perpétué jusqu'à nos jours, telles que des vins médicinaux, des topiques émoliientset excitants, des bols et des électuaires très-composés ^

C'est à Nicandre que s'arrête l'histoire de l'école d'Alexandrie; les Romains vainqueurs de Mithridate et héritiers des rois de Pergame, la Grèce subjuguée et veuve de ses philosophes) l'Egypte abandonnée des savants et livrée à la guerre dvile , telles sont les causes de la décadence rapide de cette école dont nous allons voir Mentôt les débris se transporter en Italie, et, sous le nom à' Ecole mélhodiquej relever dans le siècle suivant l'édifice des sciences naturelles, physiques et médicales '• »

Non^seulement , dans l'antiquité, les médecins exerçaient Tapothicairerie, mais Thistoire rapporte encore que des femmes, dont elle a enregistré les noms, n'y étaient pas étrangères; l'art dont Médée, 1292 ans avant notre ère, fit une si criminelle application sur Jason et ses deux enfants, les effets magiques obtenus sur Ulysse par les enchantements de Gircé, se rattachent de près à la pharmaceutique.

A Athènes, la célèbre Agnodice allait entendre les leçons d'Hérophile ; cette jeune et belle Athénienne se déguisait en homme pour se livrer plus facilement à ses études favorites ; les médedns, dupes de ce travestissementyl'accusèrentun jour de s'introduire chez les femmes pour les séduire ; Agnodice, citée devant l'Aréopage, prouva son sexe. Après plusieurs audienciSt ce tribnnal, non moins convaincu du mérite de l'accusée que touché

* Corpus paetarum gt'œcorum, Anvers, 1667, — Paris , 1557, in-4«. — Genève, 1606.

* Gap^ Hist. de la Pharmacie, Journal de Pharmacie, t. xil, p. S18 el suivanies.

de ses charmes, lui accorda le libre exercice de ses ta^ lents : les dames de cette polie et savante cité, qui avaient pris parti, pour elle dans le cours du procès, obtinrent aussi la permission de pratiquer la médecine et la pharmacie.

Âspasie, de Milet, dans Tlouie, contemporaine de Périclès dont elle était adorée, donnait des leçons publi-r ques sur la botanique, et Artémise, reine de Garie, 380 ans avant J.-C., étudiait les vertus secrètes des plantes et des drogues; elle donna son nom à Tarmoise [artemiéia vuï{iari&). Enfin, je citerai Tébloaissante et fastueuse Cléopâtre, reine d'Egypte, à qui Ton attribue un ouvrage ayant pour titre : De medicamine faciei ^

Ces illustres pharmacopoles ont trouvé, de nos jonc», quelques imitatrices qui méritent d'être connues; ce sont : madame d'Ârconviile , qui a traduit les leçons de chimie de Shaw; madame Dupiéry , qui a dressé les tables analytiques du système des connaissances chimiques de Fourcroy; madame Foucquet, qui a publié deux volumes sur les remèdes faciles et domestiques, et madame Guyton de Morveau, à qui Ton doit une édition française des mémoires de chimie de Scheèle.

Outre les sorcières Médée, Circé et les pharmaciennes dont nous venons de parler plus haut, il y eut encore des femmes qui écrivirent des formules et des recettes pour les maladies de leur sexe; mais plusieurs de ces remèdes ont été proscrits à cause de leur but et de leurs dangers.

De plus, le Céramique d'Athènes étaitpeuplé de courtisanes de Phrygie et de Thessalie qui préparaient et vendaient à des prix fabuleux des philtres destinés à raviver, chez les débauchés, les sens épuisés par le liber-

< Ghaudon, Dict. hist., t. ii.

tinage, ou des breuvages narcotiques qu'administraient, à leurs débonnaires maris, les femmes qui voulaient •'échapper de la couche conjugale pour aller, sous le voile de la nuit, se vautrer dans la fange des mauvais lieux ; ces mêmes courtisanes débitaient aussi la racine de cyclamen pilée ou mise en pastilles, et qui passait, selon Dioscoride , pour un antidote héroïque contre les philtres les plus redoutables '.

Ces misérables étaient l'objet d^une active surveillance, et déjà bien avant cette époque, selon Sénèque, Solon et Lycurgue avaient promulgué une loi qui ordonnait l'expulsion des apothicaires d'Athènes et de Lacédémone, à cause de leurs infamies ; cette loi ne réservait qu*aux étrangers la permission d'exercer la pharmaceutique '.

^ Dutour^ Hist. de la Prostitution, t. r, p. tIS. * Digardiii et PoyriUie. — K. Sprengel.

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