CHAPITRE m
Rmm est Tenre d'apothicaires pendant ftOO ans. — - Leur arrivée. — Ld ^u de Gaton TAnden. — - Les mediei éhirurgki. — Les mediti Qcuiarii. — Les apothicaires habitent les taTemea» à Tinstar dst barbiers et des tondeurs. -^ Sylla décrète la déportation 0| la mort contre les apothicaires. — Réaction. -^ L'empereur Aogsiii leur e<Hifère le droit de porter Tannean d'or. — Seete aiMio* dique. — Andromaque, médecin de Néron, iaTOSte la théfiatut, ~ Dioscoride^ auteur d'un traité, des plantes. — Liiûaients et 4N|* guents des apôtres et des confesseurs de la foi. —- Tibère fabr^pie des pommades contre les dartres. * Galien tient, à Eofae, wae boutique d'apothicaire dans la Voie sacrée. — Gatégoriei des ap^thir caires. — Les séplasiaires. — Les ropopoles. — Les fharmaeÊ^tiœ. — I^a pharmacopœt. — Les phannacopoles. — Les agyrtœ ou ^Mrytt^oi. — Les circumfmmei, — Les eirculatorm, — Les HUvimfH ou lict^îçptci« — Les herharii ou ^iÇoT^|Act, — Les pharmacotriliff m pharmacotritœ, «- Les €oT«voXo-foi. — Pharmacus on ampoisoniinn% selon Pétrone. — Juyénal. — Les femmes apothicaires. -- Cai^d^ et Gratidie. — Les sagœ (sage- femme en vient). — La saga Folia. — La soffa Gsesonia. — Les tnedicœ, *- Les philtres. -- Le tatyrUm. — L'hippomane, •— Le poculum desiderii, -^ Les aquœ amatrice$, -r- Les unguentarii. — Opinion d'Horace sur les apothicaires de Repie; il les assimile aux gueux ^ aux. mendiants^ aux histrions et ai|x jooeurs de 06te.
hue propiiis ne , vos ordine adite.
(Horat., lib. ii, itt. tu, rtn 81 ftt H.)
Tandis que le flambeau des sciences s*éleignait en Grèce et en Egypte , la puissance romaine s'élevait de Jour en jour et commençait à jeter le plus vif éclat. Le prestige, qui s'attache toujours à la gloire , avait fait refluer sur ritalie la civilisation qui abandonnait les nations vaincues ; les savants, les philosophes, les médecins accouru*
rent bientôt de tous les points de la Grèce, de TÉg^pte , de l'Asie Mineure , et transportèrent à Rome , qui les ignorait encorejes connaissances qui, naguère, faisaient Torgueil des peuples subjugués par elle.
La capitale du inonde, qui a^ait fermé ses portes aux médecins pendant cinq à six siècles , n*eut pas non plus d*apotbicaires pendant cette longue période. Le chou fut» pendant ce temps, presque le seul médicament en usage, et Ton sait avec quelle confiance et quel enthousiasme il était recommandé par Gaton Tancien '•
Rome accueillit enfin les médecins Tan 535 de sa fondation. Le premier qui y arriva fut Archagatns^ qui venait du Péloponèse ; il reçut le droit de cité romaine , droit que J. César, dans le but de les fixer, conféra plus tarda tous ceux qui suivirent»
On acheta pour ce médecin et aux frais du peuple romain, une taverne dans le carrefour >4c(7ttis, près du théâtre de Marcellus et du fontm OUtorium. On l'appela le vulnéraire^ vulneraiuus, parce qu'il s'adonnait surtout au traitement des blessures ; mais bientôt ce surnom fut changé en celui de bourreau , carnifex , en raison de la barbarie avec laquelle il maniait le fer et le feu -.
Cette réprobation générale n'empêcha pas les médedecins et les chirurgiens d'affluer à Rome où ils s'abattirent comme une bande de vautours ; ils venaient presque tous de la Grèce , et leur qualité d'étrangers leur avait fait obtenir un grand crédit. Le nombre en devint bientôt incalculable : il y en avait jusque parmi les esclaves. Toute personne un peu riche en comptait plusieurs dans sa maison ; il y avait des médecins topiques , des médecins chirurgiens^ medici-chirurgici^ des médecins
1 Pline ^ Hist. nat.^ xxviiij cap. i.
* Oesobry, Rbné ao siède d^Ançiiste, i. iii, p. 477.
DES APOTHICAIRES. 4i
oculistes, medici-ocuUxrii; les premiers se destinaient an traitement des plaies, les seconds à celai des maladies des yeux 9 et avaient des cachets dont ils scellaient les vases qui renfermaient des collyres et d*autres médicamenli destinés à la cure des affections oculaires.
Après leur affranchissement , ces médecins-dcnnesli* ques commencèrent à travailler pour le publie en s'inM* tallant dans des tavernes, à Tinstar et proche des tondeurs et des barbiers * . Ils n'avaient besoin d'aucune autorisa^ tion : leur profession éfait entièrement libre, nulle loi ne sévissait contre leur ignorance , nplle peine ne frappait leurs délits. Cet état de choses était d'autant plus déplorable qu'ils composaient eux-mêmes et vendaient les mé* dieamenis qu'ils ordonnaient *.
Les boutiques de ces médecins-dro^ut^^e^ était le rendez-vous des oisifs et des colporteurs de nouvelles.
Il parait , d'après un passage de Plante , qui mourut 184 ans avant l'ère chrétienne, qu'on y allait aussi pour se donner le plaisir de s'empoisonneri Charinus, chagrin ^
de voir que son père voulait vendre sa maîtresse, s'écrie :
Cértum *6t ibo ad medicum, aique ibi me toxico morti dabo 3.
Ce pogte comique rend le terme grec larpeîov, par celui de medtctna, et ce nom s'appliquait à toutes les boutiques, soit qu'on y pansât des blessés , qu'on y vendît des drogues, ou qu'on y exposât des plantes ; de même que medicus^ chez le même auteur, signifie un vendeur de médicaments *.
Sylla, pour mettre un terme aux malheurs publics qui
* Galen., de Composit. medic. sccundum loc.^ lib. vi^ cap. i.
* Id. in ibid. — Plante, Epidic. ^ ii , ▼. 14. — Gicero^ pro GUientio. ^ Plaute, le Marchand, acte ii, scène iv.
^ Encyclop, , t. xii , p. 492.
résultoient de la négligence et de Timpéritie des méde-' eint-apothicairei cités plus haut , publia , 60 ans avant JésuM]!brist , nne loi qui punissait ces deux vices de la déportation et de la mort ^ Cette loi tomba en désuétude, et il 7 eut à cet égard une réaction telle que l'empereur AngnatOt à l'occasion d une grande famine, chassa tous lis habitants de Rome, à rexception des apothicaires-mé* decins à qui il donna , dans la suite , le droit de porter Tanneau d*or : il alla plus loin encore, car, après avoir été guéri d*une maladie par l'usage de l'eau froide, il fit éle* ver à Antonius Musa , son médecin , une statue d'airain que le peuple plaça vis^-vis celle d'Esculape , dans le temple de ce dieu *.
Asclépiade , qui vint à Rome à l'époque des victoires de Pompée, rendit à la médecine sa dignité perdue entre les mains d'Arohagatus et de ses successeurs : aussi réus-* sit^il bientôt à capter la faveur des grands. Il combattit les abus de la médecine occulte [magicœ vanxiaiei)^ et s'é- , leva contre l'emploi des remèdes violents, tels que les pur* gatifs, les drastiques et les émétiques. Né à Pruse, en Bi* thynie, il apporta de sa patrie la diététique et Thygiènei presque entièrement abandonnées par les empiriques, et n'accorda aucune confiance aux médicaments ; il est l'auteur de la doctrine dite cycle thérapeutique^ appelée ainsi parce que l'usage des agents médicinaux était soumis à une sorte de périodicité.
École lUithodique. Bien qu'on soit dans l'usage de regarder Asclépiade comme le fondateur de l'École Méthodique, c'est cependant à Tbémison, de Laodicée, qui naquit 4 ans avant l'ère chrétienne, que se rapporte la
i ûigoit., ii^Yiiiy tit, 8^ ieg. 8,§ 1. •* Dcsôbry* t, lu. — So^ne , Aug., 42.
* Suét. , Dyon. , lui , 30 ; id. , Aug. , 59.
DES APOTBIGAIRES. 4S
véritable oxif^m de cette école. Thémifon donna plus d'extension qu'Asclépiade à remploi des raédicanienti; il écrii^it un livre sur le {dantain, doué, auivaiit loi, de loerveîlleusea propriétés ; on lai attribae aussi rintention du dia^ède, du diacode. Les méthodistes, qm succéda irent a Thémison , furent moins réservés sur l*usage des médicaments , et introduisirent dans la thérapeutjqoe remploi 4e la chair de yipère, de la laitue, de Tendive. JSiipîiorbe, médecin de Juba, roi de Numidie, qni loim^me était nfituraliste, imposa, par ordre de son souverain, son nom à la plante encore appelée êuphùrbid.
Philoménus, qui appartenait à la même école , iroa^ gina YanthorUt préparation longtemps célèbre contre les ai^itbes , et dont la base était Tespèce d*aconit connue sous le nom d*anthore (oeonitum anlhora^ Liini» )•
Cratéras fit connaître un antidote composé de verveine , de rue , de scordium et d*écorce de rlunnnics , incorporés avec du vin et du miel ; Galien le cite avec éloge.
Plusieurs sectateurs de la Méthode méritent encore d*étre mentionnés, conune ayant invmté et propagé l'emploi de divers médicaments énergiques et donné leurs noms h quelques compositions célèbres. Apuleius, Sicilien, proposa contre la rage un remède emnposé avec Topium , le poivre , le leastoréum et d'autres substances eicitantes ; il inventif , contre la {deurésie , un eeligma (dans lequel entraient le poivre, la myrrhe et le miel attique : ce médecin écrivit en outra un ouvrage sur les propriétés des plantes , et un antre sur l'économie rurale.
Celse vivait sous Auguste. Ce Cieàron de la médecine a donné, dans un langage d'une pureté et d'une élégance iJBOomparables , la formule de plusieurs compositions pkarmaeentiques, entr'autres YambrQ$ia de Zopyre, mé<- 4mn de Ptôlémée ; il s'attacha surtout à U description
des médicaments externes , tels que les emplâtres, et des formules de cataparta et de malaf/mala.
Tiberius Glaudius Ménécrate fleurit dans le même siècle , et inventa le diacbylon et un remède contre les dartres « qu'il nomma ecdorion ,
II faut ajouter à cette liste de médecins qui s'occupèrent spécialement de pharmacie et de matière médicale, Apol* lonius Ârchistrator, qui publia un traité des médica* ments euporistes ; Pampbyle , surnommé Sfygmaîoj^ès , et qui inventa contre la lèpre un remède composé d'arsenic, de sandaraque, de cuivre brûlé et de cantharides; Scribonius Largus; Xénocrate, d'Âphrodisie , qui rassembla beaucoup de traditions fabuleuses et vanta la propriété d'une foule de médicaments bizarres, tels que le sang de chauve-souris, les intestins d*hippopotame et d'éléphant, la chair de basilic, le sang menstruel, la cervelle et le foie humain , les ongles râpés, le cérumen des oreilles.
Si l'on fait abstraction des croyances superstitieuses et des écarts d'imagination auxquels se livrèrent un petit nombre de méthodistes au sujet des médicaments, on ne peut disconvenir que cette école, en général, n'ait travaillé heureusement aux progrès de la matière médicale. Ses sectateurs détruisirent l'abus des purgatifs drastiques : ils relevèrent l'emploi des émollients à l'intérieur comme à l'extérieur ; ils attachèrent une grande importance au régime, aux aliments, mais surtout à la pureté de l'air qu'on respire. Les nrëihodîstes avaient une série de re^mèdes relâchants et une afitre de remèdes toniques; les premiers étaient la saluée, les sangsues, les fomentations, les cataplasmet,* les boissons émollientes «t les légers purgatifs; lés remèdes toniques étaient « à l^iMirieur, l'eau froide, l'huile froide, le vinaigre, le» dé»codions de plantain^ de myrte, dé rosés, de .jaidiûrliéf
puis la craie* ralim, le plomb brûlé, le plâtre dont ils saupoudraient le corps pour arrêter les sueurs, ou dont ils composaient des emplâtres et des épithèmes : à Tiulérieur, ils faisaient manger du pain rôti, des coings, et faisaient boire de l*eau froide, du vinaigre et du gros vin rouge ; quelquefois ils faisaient mâcher de la moutarde ou du poivre mêlé avec du miel pour exciter la sécrétion salivaire ; ce mélange se nommait apophlegma-' tUme ; ils combattaient le mal de tète par la sternutation qu'ils provoquaient en injectant dans les narines du suc de bette noire ou de cyclamen.
Parmi les moyens spéciaux que les méthodistes introduisirent dans la thérapeutique» on peut citer les dropax, emplâtres fort adhérents que Ton appliquait sur les jambes, le dos, la poitrine, quelquefois sur la tête, les tempes et le devant du cou.
. Uadarce était une substance limoneuse que les rivières déposent sur les roseaux, et que Ton employait en application dans certaines affections de la peau.
Vaphronilrum était une efflorescence formée d'un mélange de carbonate de chaux et de soude que Ton tirait d'Egypte.
Le garum était une sorte de saumure préparée avec des intestins d'anchois ou d'autres poissons que Ton salait et que l'on exposait au soleil ; on s'en servait , en <3q>plic tion , pour guérir certains ulcères ' .
Après les antidotes et les médicaments dont je viens de dérouler la liste vinrent les bières - : la plus ancienne éfait Yhiera picra (sainte et amère) , parce que l'aloës en était ringrédient principal. Les bières étaient ordinairement purgatives; c'est eu cela qu'elles se distinguaient des
1 Gap, Joarn.-de Pharm. , xii , p. 348.
' De tipo;, saint, sacré.
i6 IMTOIfUS
antidotes. Lét plus cëtèbfei, at^rès Vhieru pitra, étaienl celles de Justin, d*Archigèfties« de Lognditis et d*Antb^ nitis Pacchiits. La pluport de ces comtrasitiotis portaient quelques titres emphatiques capables de les reletpr aox yeux du tulgakn ! ainsi « Tune s*appelait aihanoêia (inw mortelle) ; Une autre, umkfûêiù (diif ine) ; d'autres , iiô* th9o$ (égale à Dieu) , iêochryion (égale à lor) ; il y en avait une foule d'autres qui réunissaient, à des noms tant aussi séduisants, despropriétés tout aussi hypothétiques ^
Au premier siècle de notre ère, on troure Moschiofl et le philosophe Philon^ inventeurs et marchands de divers électuaires.
, Enfin, sôus Néron, ta thériaque fut composée par An»^ dromaque^ son premier médecin [Arehiater]^ qui regaf* dait cette préparation comme pouvant remplacer plns efficacement le mithridate , pour combattre les effétê meurtriers des substances vénéneuses et incendiaires. EUe ne différait guère du mithHdaiê que par Taddition de la chair de vipère et de quelques autres ingrédients pett éoergiquesi
Quoi qu'il en soit, là thérlaqUé s'empara dès \ùtê d'une réputation qui a traversé les siècles. L'enipereuf Antoniui qui l'estimait beaueoup, la faisait pi^parer dans son palais, sous ses yeux, et en prenait chaqtHS jour. Andromaque le Jeune, fils de l'Archiatre, modifia légèrement la composition de la thériaque, et crut Soth tenir la gloire de son nom en imaginant un nombre éonsidérabk de compositionspharmacetitiqueS compliquée!, dont ta formule heureusement n^st pàS parvenue jm^ qu'à nousi Qalien assure qu'il en atait intenté tingl^ ^Uatre^ seulement pour les maladies éè Toreille '.
< Cap, Hist. de la Pharm. , t. tiî.
* Idem^ ibid.
DES APOmCAIRES. 41
Yen le même tetnpi« Dioscoride« médecin d*Anftfarbe, en Ciiicie^ donna un Traité des Simples, dans lequel on trouYe les premiers principes de matière médicale ensei^ gnés aux Romains \
J'intercale ici, pour rester fidèle à la chronologie, unt opinion dont, par respect pour notre religion, je laisse toute la responsabilité à son auteur, qui Texprime du reste dans les termes les plus ré?ércncieU]t et les plus or« thodoxes :
n J'aurais pour moi^nême le plus profond mépris, dit Ké Sprengd (t. II, p. 138 et suiv.)» si, contre ma propre conviction, je cherchais à rabaisser le difin fondateur de notre religion, ses actions bienfaisantes et son étangile ; mais Tadorateur le plus sincère, le plus sélé de Jésus- Christ, lorsqu'il oonnaii Thistoire du christianisme, doit avouer, quoique à regret, que la croyance des chrétien! au don de produire des miracles, et ralliance de leur culta avec les idées des patens, donnèrent lieu à des erreurs pernicieuses, à des préjugés grossiers et à des ofunioni dépourvues de bon sens qui ^iortèrent un coup mortel aux sciences, et amenèrent les ténèbres épaisses de li barbarie.
« On croyait généralement, dans le premier siècle de notre ère, que les apôtres avaient la faculté de guérir les maladies par l'apposition des mains, par les onguents et les saintes huiles ^, et que ce pouvoir œ transmettait aux plus anciens de chaque communauté ; c'est pourquoi il est dit dans une lettre de saint Jacques, regardée du reste comme apocryphe par Eusèbe ^ : « Si quelqu'un tombe malade, qu'il fasse venir le plud ancieA de la com*
^ Venise^ 1499 > in-P^ grec et latUl, conuoenté par Uatlitote. <
> Marc, VI, 18.
' Hist. ecclesiast.^ lib. il, Wf^, XXUl, p. H.
munauté» et l'engage à prier pour lui et à Toindre au nom du Seigneur, car le Seigneur l'assistera ^ » Depuis lors, cette onction demeura toujours indispensablement nécessaire pour faire participer aux dons du Saint-Esprit et pour la guérison des maladies ^ L'application du chrême était si ordinaire chez les chrétiens, qu'on avait coutume de l'opposer aux païens conune l'ai^ment le plus irrésistible '. Qui ne sait les cures miraculeuses opérées par saint Martin, de Tours ^ ? Grégoire de Nazianze assure que, depuis le deuxième siècle de TÉglise, on attribuait aux martyrs et à leurs reliques le don particulier de guérir les maladies ^ Personne n'ignore les cures merveilleuses des martyrs saint Gôme et saint Damien, qui délivrèrent Justinien d'une affection incurable. Cet empereur, par reconnaissance, leur érigea un ten^e auquel les malades abandonnés par les médecins se rendaient en pèlerinage, et où ils guérissaient de la m^e manière qu'on recouvrait autrefois la santé dans les temples d'Ësculape ®. )>
11 ressort pour moi de cette exposition la preuve que les apôtres et les confesseurs de la foi possédaient des 11niments et des onguents dont l'efficacité était accrue de toute la vertu de la puissance divine : ils s'occupaient donc delà pharmaceutique sacrée.
Les empereurs eux-mêmes ne dédaignaient pas de se livrer à la pharmaceutique; ils portaient avec eux des^ médicaments qu'ils offraient en signe d'amitié. Tibère
» Jac, y, 14 ,15.
* Iren.^ contra Hœres., lib. ii^ cap. xxxii, p. 166. — Cyrill. ^ Biero- 8olym., Catech.^ II, p. 232.
3 Iren.^ 1, lib. il, cap. xxxi^ p. 164.
^ Sulp. Sever.^ Vit. Martin., p. 170.
* Orat., m, p. 76,77.
^ Procop. , de ^Edific.^ Ub. i, cap. VI, p. 17.
ras APOTHICAIRES. 4$
faisait des pommades et des ongueats pour le traitement des dartres dont il était atteint *•
Jui^énal, Fan 110 de notre ère, en parlant des méàt^ cins qui composaient et Tendaient les médicaments, dit :
Oeius ÀtxMgenetn quœre atque eme quod Mithridatei Compoiidt^ si vis alium decerpere fieitm Atque alias tractare rosas
Enfin, au deuxième siècle parut Galien ; il yivait sous le r^e des empereurs Adrien et Antonin, et fut médecin de Marc-Aurèle et de Septime-Séi^ère; ses œuvres fourmillent de préceptes sur la thérapeutique et de formules médicamenteuses; il fut h Rome, pour la pharmacie , ce qu'Hippocrate avait été en Grèce, pour la mé* decine. Les principaux traités qu*il a laissés sur cette science, qu*il cultivait avec le plus ardent enthousiasme, sont : 1* de pHsana ; 2* de simpïicium medicameniomm facultatibui ; 3* de theriaca ad Pisonem; 4* de mediciniê facile parabilibus. Il tenait une officine dans la Voie Sacrée , et composait lui-même des drogues pour les empereurs, ses illustres clients.
Les plus grandes célébrités médicales pratiquaient donc la pharmaceutique à Rome, «c Ainsi en usoit jà le grant Hippocrat, et long entreject de temps après, Galien ; chose dont nous pouvons encore trouver des remarques très-asseurées , car Ulpian, le jurisconsulte, disoit : a Si medictu $ervum tuum secuerilt dereliquerit curatitmem ejus^ et ohmwluus fuerit servus^ culpœ reui erit; imperitia quoqùeeulpœ annumeratuff veïuti $i 1n^» dicus servum tuum oecideritf quia maie eum secuerit aui perperam meikamèntum dederit *. r^
^ Goartin, Encyctop. mod.
* Êtitime Fasquier, ch. XUl^ p. V69. — loftiliit. de leg9 AquflU,
Ub. nr, I. m, 9 « et 7.
M msTomE
Cejpendant, en interrogeant attentivement i*tiistoirè, on découvre que déjà, sous le règne d'Auguste, 40 ans tnviron avant J.-G., cpiétques médecins commençaient àrènoncer aux préparations pharmaceutiques, et se reposaient de ce soin sur ceux qui exerçaient Tart de la sépïasie^ qui n*élail que fraude et sophistication ; ils pre* naient chez ces derniers tout ce dont ils avaient besoin; les séplasiaires, cfui en faisaient un objet de spéculation, léiJt* Vendaient des marchandises avariées *; ils habilitent tous un quartier spécial situé au pied du moat Ca* ]^uohn, eton appelait ce quartier Yicus thurarius,, Victù unguentarius'^. Horace le mentionne en disant :
Befsrar invieum vendentem thus et odores.
Et piper^ et quidquid chartis amicitur ineptis '.
Deux cents ans plus tard, les séplasiaires faisaient concurrence aiix médecins, et vendaient les drogues simples^ ^ûel^ucs préparations usuelles, ae la thériàque avec lee ^éfêgies comjposées par Àndromaque, médecin de Néron el rinventeûr de ce médicament. , .
Les boutiques ou magasms de ces nàarçnands s'ameiaiént sepiàsiay àû bom d'une place publique de Capooe OU se tenait un marche de drogues venant d Idumee : c( (fuodque ao Jaumœis veciumseglasia vendunt^ Cred^ni settàsîœ {^i Pline, lib. 34, cap. Il) omnibus fraadibus forrurripenti ^ factaque jampridem empïaslm et collyiui mercahtùr. idiesque mercîum. fraus seplasiœ sic extettlur. D Us vendaient non-seulement aux médecins, mais aussi aux peintres, aux parfumeii^rs, aux ^intuners lés (îrogiies iS&essalïes a leur industrie *. lÉn Grèce, on
i Pline ^ XXXIV. — Lamprid.^ Héliogab. ^ 30.
« Dézobry^ p. 479.
^ Les Pandectes.
DES ArotIttËAiRES. M
lë§ S^lâil i^^éoliikbi; IS^eki Veé désigtiiB sôiié lè wtà de ix)popolès et de migmatopoies ' , itiarchiinds de font : c'était des géiiis re^seihblaât beaticoujp à nos dn%ai8tek fbrain's.
II existait à ftoiiie un partage et des nuances dafas retercicé de là profession qui atait pour objet la prép)^^ ration et la tente d^s médicaments : il est nécessaire dé dohner tine idée exlacté et précise sut ce point:
Les auteurs de la fill^iothèque britaÂniqne et des Pan* dectes ont fait confusion , et n'ont pu décider en quoi les seplasiarii^ les phàhAVd6pà1œ\ tû ffiarmacolrilce 9 les pharmaceutCBy les medicammiarii et les pigmentarii différaient de nos apothicaires. I')ss]^r)è t\te plhs heureux.
Ceux qui cultivaient là inédecide Medicàméntaire s'ap* pelaient pharfnncentœ.
Le nom de phàrMic'àiià^ S^appliqUiàn ^ beux qui préparaient les médicaments ; dérivé du mol grec ^ dcpfxaxoy, ^i eât te terme gènéi^qù^ pà\it VôïAeé 'imm YMnes ou maùvaîsès, où p^ur Wûl {>ôhbii teint Mm^Te (j[û« Wtrir jpbse, li était pris eh lilâûvàisë pari, et dàlàs hc)^îfôï^ or^lhàire îl était syhoriyme d^eiï^îsdiihètth
Lé mot pKarmacus dans Klrôhe , ^tiî \îVâft Wià l^éron, et celui de phàrihacïufHàt signifient \Ms àè^
empoisonneur.
Les ^hà de m^^i miiiié^iÈmm M% \ék
deux choses, e^ \es èxpnmàtétat par WÂ ftôfafi t'èiS^M t ikekicainehtàfiuSf âpôlhîcàiré, empiôïïlèWnéàï'^ ': Wi^i^^ men^aWâ muliff, VA 05^
Les pharmacopoles étaient ceux q^ veûdài^l îël%?lilmcàments : ïïs parcouraîeJât ïoùfâs les conlr^ 'éèHkVné
* Satire;, toutes sortes de meanes iKiatttImiMiiieeB; p.î^(iOH mélaïqié. — Daniel Leclerc, Hist. de la Médeciiiey;p.8t4-Sté'. s Dict. de Trévoax , t. vi. — Daniel Lèidert;.
le faisaient déjà, sous le patriarche Jacob, les marchands ismaélites; on les appelait aussi circulatores^ cireuitorest circùmforanei ^ : c'étaient des charlatans nomades.
Ces noms latins, dit Daniel Leclerc, semblent être exprimés par le mot grec mptoStxjroCt. Saumaise et plusieurs autres savants sont de ce sentiment ^. Galien parle d*un Magnus qu'il appelle ntpto^iur^c et de qui il rapporte la composition d'un médicament '. Il est enfin parlé de ces coureiurs de marchés dans Finscription suivante :