‹ Histoire des apothicaires chez les principaux peuples du mondeChapitre 8 sur 36 · L. SABIiniS^ PRIMIGENIUS · texte numérisé non relu

L. SABIiniS^ PRIMIGENIUS

. . Ortus ab Iguvio, fora muiia sequtUus,

Arte feror nota, nobiliore fide.

Me consurgentem valida fortuna juventa

Constituit, rapidis eocposuitque rogis, CltAsino cineres flammœ cessere sepulcro,

Patronus condidit ossa sdo.

Ces charlatans portaient encore le nom d'&fjpm^ agyrtCBf d*un mot qui signifie assemblée, parce qu'ils réunissaient le peuple autour d'eux , et que le vulgaire « toujours ami du merveilleux, se pressait en foule, aussi confiant dans leurs parolesqu'il l'est encore, de nos joiurs» dans celles de leurs honorables descendants; fls s'appelaient aussi ôx^a7«>7ot, pour la même raison. Tout le monde ne tombait pas dans leurs pièges, ainsi qu'on en peut juger d'après ces paroles de Caton dans Aulu- Gelle : Itaque auditis^ non auscultaliSf tanquam pharmacopolam ; nam verba ejus audiuntur^ verum nemo ei se commuât^ si œger est.

Quelques noms de ces antiques faiseurs de dupes sont restés dans l'histoire : ce sont Eudamus ; Chariton, de qui

i Cîod. Theodos. , de R^nd. titnl. ^ 16, leg. S.

* Saumaise (Plin.^ Eiercit. in Solin).

* De Gompos. medic.^ lib. y, eap. vu.

Galien a tiré quelqaes descriptions de médicaments, et quil appelle ox^^Toyyoc; L. Clodius d* Ancône, que Cicéron {oratio pro Clumiio) désigne sous Tappellation de pharmacopola circumforaneuê j et qui n*était qu*un empoisonneur ; enfin Epicure reproche à Aristote cet avilissant métier • .

Par opposition à ces apothicaires ambulants, il y atait encore à Rome les pbarmacopoles sédentaires; on les nommait sellularii^ tfrc^cfpiot, parce qu*ils attendaient les acheteurs, assis près de leur comptoir ou sur le seuil de leur boutique '.

Ce n*était pas seulement de là que les médecins tiraient leurs médicaments : ils achetaient aussi les plantes chef les Aer&ara, les p(2;oTo>o( ou coupeurs de racines, chez les ^orflcvo\(>7oc OU cueillcurs de racines. Ces herbKoristes , pour se donner de Timportance et aussi pour donner du relief à leur métier, affectaient de cueillir les simples en de certains temps, avec des cérémonies superstitieuses et des momeries ridicules; ils tenaient le milieu entre le pharmacopole et lepicier; leur magasin était un sanctuaire entre la seplasia et la boutique, et leur rôle Consistait à dessécher, contuser, épister, concasser tous les végétaux du monde connu. On voyait des rues entières tapissées de plantes de toute espèce : la devanture de leurs maisons était une véritable décoration, un séduisant et curieux spécimen des richesses renfermées dans rintérieqr. Ces maisons, comme à Paris dans la rue des Lombards ou des Ârcis, se reliaient entre elles par des guirlandes de.gramen chevelu, de bourrache, de tilleul , de véronique et de rouge centaurée ; les fenêtres et les portes étaient pavoisées de chèvrefeuille, de

< Daniel Leclerc.

* Encyclop. , t. xn , p. 49).

Il vmm»

ic^entes et de cent autres plantes entrelacées et o)^ riées de manière à représenter les plus bizarres et |^ plus capricieux ^cssins ; les plafonds étaient tapissés d^ qropodiles égyptiens et dp tortues numides.

Tons ces marchands étaient fort enclins à tromper les médecins, auxquels ils vendaient, par spéculation, trèçfouven^ upe herbe pour une antre. Pline l'anciep déj^o- K)ut amèrement ces fraudes audacieuses^ ^\, reprochai| aux médecins de son tempu de pégUger la connai^sancs des drogues, de recevoir les compositions telle; 4n*0D les leur donnait, et de les employer sur la parole d*homT lues sans ci>Qiptence, ^u lieu dp se pourvoir des un^s et éê couJ^giQ9fE! m mires, i Texemple des anciens n^^-r dedns.

Les plMmacotribes , pbarmacotrUes , p^rm^^f^^^ • étaient les pileurs, les broyeurs# les mi^eiirs 4e drogues. kHs qi}* pn en voit à Paris dans la rue di^ }a Verrerie 4 les rues adjacentes. On comparait leur monotone occur patîon au mouvement régulier du jcbronomètre, au bat^ tant d'une docfae destinée à appeler les chdands. Piacé; en dehors de leurs boutiques, [es pharmacQtril^es en (étaient, pour ainsi dire, renseigne vivante, et leur figui:^, sâ>rée etiatouée des nuances de toutes les drQgues qu-il^ travaillaient, témpignaU de Fincr^statio^ des ajlom^ f olalilisés dans ienr peau squalide et maladive.

£hez les iGrecs, les boutiques ji'appljiîcaires s'a(^.laient iorpua. Ce mot a été traduit par Planète {Anigfiif.^ fcte IV, scène l'^. — Epiiic.^ acte 0, scène II) par ^ mU $Miicinat parce qfk'i Tépoque où y^yi^t qç po^^e comique, le médecin^ ^ chirurgien, Tapo^aire et ^ ân^uiste étaient un» seule personne* J. Pc^iux jies appelle pharmacopolia^ et celles des apothicaires unguentaires, myropolia et myrolhecia.

Telles sont les différentes catégorijes des apothicaires

DES APOTQICAmES. Ift

qui exeçaien| à Rome sous les règnes d'Auguste* de Tibère et de Caliguk! Vers la fin de cette période, le luxe des préparations composées et des remèdes exotjoues de\int révoltant, et dan fout Tempire la polyp&àrmacie fut portée a un excès désordonné.

^ Ces apothicaires, dont je viens de faire le classement, faisaient des gains fabuletix ; certains bénéficbient', pai* an, de 500,000 sesterces (100,000 fr. de notre monnaie); d autres allaient plus loin encore. Oh n*en sétîi pas éfonné quand on connaîtra leurs honteusiès ^xfoir^ ëions. En effet, ils avaient usurpé le monopole deà 'maladies infamantes dont la grande et impudique cité S^tàTt gangrenée, et, outre leur vente patenté et publique', ifs avaient une arrière-boutique , véritable guet-apéns , d& Us exploitaient les maux incurables, et où tombait encore la clientèle flottante de la banlieue qui venait y exposist ses infirmités, et qui y laissait, en échange d^une drogué inutile ou meurtrière, le fruit de ses longues et pénible^ épargnes. Ils faisaient des spéculations plus criminetTà encore sur la santé publique, car ils vendaient, avec le plus efironté cynisme , des drogues illicites aux'dam^ romaines, trafiquaient du deuil de$ familles, et exploitaient, sans pudeur, les grossesses clandestines.

Ils n'étaient pas moins déconsidérés à Rome qu'ils ne l'avaient été à Sparte et à Athènes ; ils étaient placés ail dernier échelon social et mêlés à Técume populaire : nous en trouvons la preuve dans ce que dit Horace à l'occasion de la niort du chanteur TigeUius : ce pôëtb les met au rang et en compagnie des bateleurs , des joueuses de flûte, des gueqx, des porte-besace, dés M^ bauchés et des danseurs. Le convoi de ce TigeUius était en effet composé ainsi qu'il suit :

Ambubcnjarwn colfegia, pharmacopolœ, Mendici, mimœ, batatrânes. Hoc gems ^nnu

m HISTOIRE

Jtofum ae MollicUum est eanioriê mùrte TigeUi, Quippe benigmu erat ^

Les apothicaires de Rome avaient ds nombreux oon^ eorrents dans la personne des medicce^ débris surannés et hideux de la prostitution, qui se livraient au traitement des maladies des femmes, et des $agœ (le mot sage-femme en est dérivé) qui composaient et vendaient des onguents* àtB philtres et des potions abortives. Elles ne se contentaient pas de pratiquer leur art exécrable, et quand elles «valent atteint leur but, elles tiraient encore un grand bénéfice de Texposition des enfants qu'elles étouCEûent dans le jM de leurs robes, ou qu'elles jetaient sans pitié dans la mare du Yélabre, sur le pavé du Forum OltVofîimi» ou au pied de la Columna Lactaria. La punition de ce délit était fort rare, et les impératrices, qui aussi s*en rendaient coupables, n'avaient pas même la pudeur de cacher cet outrage fait à la nature. Ces sagœ étaient consultées par les femmes qui ne voulaient pas que la pureté de leur ventre ou la fraîcheur de leur gorge fus^ sent altérées par des grossesses multiples ou par un allaitement prolongé, ou qui voulaient détruirela preuve de leur adultère ^ et rendre des ardeurs nouvelles et inextinguibles aux feux éteints des passions, et enfin pour glacer l'énergie virile d'un mari incommode '•

Dès qu'une femme devenait enceinte, les sagœ la circonvenaient et l'entouraient de toutes sortes de séductions pour vaincre la pudique résistance de l'honneur, et pour la décider à faire à sa beauté le sacrifice de son

enfant ^.

s Horat.,ut. n^lib. I.

* Aulugelle, les Nuits attiques. Paris, 1680^ in-4^.

* Macrobe, les Saturnales. Leyde^ 1670.

* Plaute, ThÊCutmhn,

Nulle part, même à Athènes, la science des philtres d*an)our ne fut poussée plus loin qu^à Rome, sous les Césars : Ganidie et Gratidie ont été citées par Horace comme ayant acquis la plus triste célébrité dans cette infâme spéculation ; ces sagœt dont je Tiens de citer les plus illustres, allaient, à la clarté douteuse de Tastre dès nuits, cueillir les plantes magiques aux Esquilles, elles y ramassaient aussi les os et les cheveux des morts aux* quels elles associaient des décoctions d'herbes, telles que le thym, la sarriette, rhysope,lepouliot, et des substances minérales restées inconnues; elles faisaient de ce mélange des breuvages funestes qui portaient le nom d*amàtoria. Ganidie, dit Horace, possédait seule le secret d*une mixture qui portait le nom de potion du désir, poculum desiderii : elle avait encore des eaux incendiaires qui s'appelaient aquœ amatrices.

Pour avoir une idée précise de la manière dont s'exerçait cette criminelle industrie, il faut lire les pages saisissantes que M. Félix Deriège a écrites, il y a quelques années, sur les Mystères de Rome.

Voici comment elle est racontée par cet érudit *, dans Texposition qu'il fait des angoisses et des regrets déchirants de la jeune Daphné, séduite et abandonnée par un patricien :

« Ainsi raisonnait Daphné, lorsqu'elle aperçut

une lumière au-dessus d'elle, au milieu d'une sépulture abandonnée.

« Aux rayons vacillants que projetait cette lumière, deux têtes de femmes pâles, hideuses, se dessinaient dans Tombre ; leurs cheveux blonds flottaient en désordre ; leur corps se perdait dans les plis de leurs vêtements noirs; elles s*avançaient comme deux spectres, en mur-

> Les Mystères de Rome^ seconde partie, iii^ Canidia.

Kg ingTAIPg

ff^ur^pt des papier magiques ; enfin elles $*arrétèrent, ^épo^fent leurs lampes Seyant elles, et, s'étant âge* Çpm)|(ies, elles cofnmencèrent à creuser la terre de leijrs pngles crèclfuç ; c*étaient deux magiciennes Yenue9 là popr faire leui^s enchantements» e^ composer |ppr^ ^liiltres. »

Vpiçi iqdntenaot la descnption qu*il donne du domi-* cilç infernal» et le portrait qu'il fait de Ganidie :

<c ^n passant près de la tour carrée la plus occidentale di| Cirque, Prosper sentit une main serrer la sienne avec nue force contre laquelle il ne chercha pas à lutter ; unç femmp ^ demi vêtue d*une tunique en lambeaux Fentr$dna spus yne dçs yoiUes profondes qui aboutissaient fax ppisons ; autant qu'il pouvait en juger, eu égard à |*pbsçurilé de la voûte , cette femme était encore jeune et avait dû être d*uue remarquable beauté; mais sef regards ftaieipt effarés, ses traits hâves, les ponimettes <|e $e|9 joife9» saillantes; de profondes rides sillonnaient spi^ frppt, la fiaim o^ jia débauchp avaient déchaussé sq| dents.

atià, )|^ çpepl^cle étrange s^offrit aux yeux de Prosper. §ur Vimpo^^ ep çaillie où la courbure de la voûte venai|( s*appuyer, b^llait une lampe enfermée dans ui;ie tél$ de mort. Aux lueurs funèbres que répandait cet appareil l^ingulier d'éc]lairage, on apercevait sur une table un jcar^^ circulaire contenant les douze signes du zodiaquQ inscrits dans douze compartiments ; sept autres petits cartons, de même forme (fae le premier, se pouvaient au-dessus de jiui autour du même axe ; ils portaient l^ n^nis des sept planètes, e^ Jeûrs combinaisons poK^^raj^ent )représepter jfef divers aspeçîs ducii^.jtjp volume crasseux, #r/)ui,éprjBS;def p por^tait çesm^^^^ en titre :f!pfif'

mérides ou Caîcuïs astronomiques de Pitosiris^ égyptien. Tels étaient, ^c^ttjé^,^e, les in8U:ijpi|iite jé^^^^yes

IffiS iEOIHlCilRES. m

à l'exercice ie l'astndpgie, ioBtrameoto que les derii» arabes nous ont da reste coDienr js.

La taga Ganidie, qui rendait set opades dans pet aptrt. pratiquait encore d'autre^ méthodes de connattreraTeoir* car sa taUe était encombrée d'osselels et de [daDt^Hei en sapin, de figures de cire, d< foltt mOïïUirttuei «k macéraient diverui êvbttançti, et lurtout dt$ planlM véninemei, teUes que la morellB nommée, en style d'einpoisoaaeur, halicçie^on. On Toyait briller au fond de la caverne les yeux ronds et folguranls d'un hibou. »

C'est dans ces lieux maudits que B'accom[rfisBaieDt des mystères aussi funestes à la santé qu'à la morale publique.

Selon la tradition, la mandragore, la pomme épi- Ijeuse, 1^ ç^aUTre ^ifTag.Q, probablgn^ent |e t^atsclucbs pe népenthès d'flomère), les aristoloches, les résine» if:i^, les graines des plantes labiées, les ipsecb», 1^ pissons, étaient tour ù tour appelés â eaïf^f ^ms la fTomposilion du mélange qu'on désignait sous Iç nom âr gnificatif de salyrion-, des grillons, des araignées, des pantbarides macérées dans du vin, les œufs de inuge, de ièc}te , de tortue , de l'ambre gris étaient encore employés ^ur ranimer les folles ardeurs des sens; les agarics, les morilles et les champignons Surtout étâ^t ^ grande faveuf '.

Qui prailart virvm Cypriee epiatttine ntieit,

Mandw^ iufioi, ft îew foriit frif.

fMgvff fmiu : parfter (tulfai nç tTttmtffff ^flfltr

SI tua rùlebU pr^elia àlanâa Ytnui *'. ' ' ' '

Le plus cél^re , et en même temps le plus redoutable des philtres aphrodiûaques compo^ pat- les taga, ét^l

* DntUor, Hiri. de 1t Proililution i Borne, p. IM.

M mSTOHŒ

Vhippomane^ sur les éléments duquel les écrivains de Tantiquité sont partagés. Je ne donnerai pas ropinion de Virgile, par respect pour la chaste délicatesse de mes lecteurs. Quant à Juvénal, Lucain, Pline et Ovide, ils pensent que ce breuvage se faisait avec une proéminence de cbair qui surmonte quelquefois le front du jeune poulain au moment de sa naissance et que la jument arrache avec ses dents et dévore. Lies paysans se hâtaient de la retrancher pour aller la vendre aux sagœ^ qui lui faisaient subir une horrible préparation dont parle Juvénal en citant la $aga Cœsonia :

Cui totam iremuli frontem Cœsonia pulli ïnfudit

Quoi qu'il en soit, le féroce Caligula en devint fou, et mourut pour avoir goûté de ce mélange *.

L'austère pudeur me fait une loi de jeter un voile sor la composition des autres philtres qui, non-seulement, al» lumaient la salacité des débauchés, mais qui , en même temps, engendraient des maladies formidables dont furent victimes l'ami de Cicâron, L. Licin. LucuIIus, le roi des voluptueux de Rome, le pôëte Lucrèce, et une foule d'autres qui passèrent de la démence à la mort.

La sensualité romaine trouvait encore de nouveaux aiguillons dans la famille multipliée dés essences, des huiles , des baumes , des pommades , des poudres , des pâtes dont les trois règnes de la nature étaient tributaires. Les $agœ avaient emprunté à laluxure asiatique l'art de combiner ces produits ; elles vendaient ces mixtures balsamiques dans leurs bouges immondes, ainsi que le pratiquaient, dans leur arrière-boutique, les séplasiaires et ks pharmacopoles auxquels elles faisaient une active conclir-

^ Dufour^ p. 183.

DES APormcAmES. (m

rence. Parmi ces parfums les plus renommés et les plus virtuels, on cite la nicérotiane^ dont Martial vante l'odeur fragrante ; le nard appelé foïialum , inventé par la saga Folia^ complice de Canidie; le nard à'achœmenium; le baume de Mendès^ d'origine égyptienne ; le malobathrum^ de Sidon; les myrobalana; YffpoMsamum de Judée; Yamome^ d'Assyrie; lamyrrftf ♦ de l'Oronte; le dropax unguentuniy Yodonlotrimma^ le diapasma^ le melinutn unguentum , le megalium et le telinum.

Le satirique Lucilius parle de ces unguentaires en termes foudroyants; Horace ne les désigne qu'avec un amer et profond dédain, a Tusd turba imjria vici^ » et Gicéron, dans son traité de Offictis^ les accable sous le poids de son écrasante parole ^

* Dntour^ HUt. de la Prostitation, 1. 1.

CHÀtiiTRE iV.

Période grecque (an iOi de J.-C, josqu'eD 641, époque de la d^Une» tioD de la Inbliothèquc d* Alexandrie). — Aêtiut. — Panl dTE^lâk

— Alexandre de TraUes. — Oribase. — Ln pimeitlmrii, — Les mfé^ thicaîre* ciintoodnt avec les oaoriert^ les batelcsrs el les marcMndi de pierret fausse^. — L'emperenr Tbéodose les exclut des roar^/MMS ciViles. — Ils Tendent dans les cabarets et sur des écbo|ipes. -^ fim du tMpe Pelage 11 , au ti« siècle. — Décrets de ploilem cniicleic -r Les'moines coplaU les pharmacopées grecques.

Période arabique (de l'an 640 jusqu'à la fin du XIT* siècle). — Rhaièt.

— Ali-Abbas. — A^icenncs. -^ Albucasis. — Le calife AÎmansor.

— Écol*s de Bagdad. — Sommeil de Tart pharmaceutique en Occident. — Sa splendeur eu Orient. — lean Séràpiota. -— OdTérlnre de pharmacies publiques. — Les princes arabes apothicaires. — Géber.

— Le Krabadio. — Écoles de Saleme et de Naples. — Règlemealt séTères, — L*empereur Frédéric IL — Les stationarii. — Les eonfeetionarii. <— L^érangéliste des apothicaires. — Le Liber servaiorii,

— L'antidotaire Nicolas. — L'art pharmaceutique s'éveille en Ocd* dent. — * Époque des Croisades. — Introduction des médicaments par les croisés. — Les apothicaires d^Afrique arrivent en Espagne. -• Écoles pharmaceutiques de Tolède et de Cordoue.—- Les apothicaires se répandent en Allemagne, en Prusse^ en Pologne , en Suède et dans le Danemark. «— Saladin d'Ascoli. — Saint Ardouin de Pesaro. *• Les apothicaires soumis à la surveillance des Facultés de médecine.

L*an 200 de notre ère Galien meurt, et sur sa cendre 8*élève une école célèbre qui fleurit jusqu'à Fan 640, époque de la destruction de la riche bibliothèque d'Alexandrie; c'est l'école grecque, illustrée au V* siècle « sous Constantin et Théodose , par Aëtius (d'Amide) , qui inscrivit dans son livre, ayant pour titre Tetrabiblos^ tout ce qu'il avait puisé dans les pharmacopées d'Egypte ' ; il

A Contracta ex Teteribof Medicioa, Janns Gomanis. Blle^ 1542«

HISTOIRE bkà ÀPbTHICÂlRES. (t3

faut citer encore, au nombre des illiî^tiràtiohâ d'é éettb ^àndë éjpoquê ; Paul d'Ej^ine , (Jui vivait sôùâ Constantin Pogonat, et qui écrivit un Abrégé des œuvres de Gàliieù; Alexandre de Trallés; Etienne d'Athènes , qui jpublia plusieurs Essàiii de préparations cbiniiqdés que i*Dii cbhsultait enèbre à là fiii dii VUP siècle * .

Tous ices auteurs ont traité de la jpnârtnâc^tiiiqtië ^ inâiis c'est surtout dâiis les écrits d'Oribâse ; cëUîjp'àihbte aë Gàlien , (j[ù'bh voit figurer, pour la préiîilêre fôîs; iiiife cliassè dé citoyens â lâqdëlle était cbn8ë le sotti de ^t^ pârër les ihedicàHients ordonnés par les médecins ^.

Nous àlloiiâ voir ce Qu'étaient lés â^btkicàîireè ^ettdatlt fe quatre siècles qu'a dure cette pénôdfe.

Vers l'àû 400 de notre ère, on coiiiniéiiçalt tféjâ â voit pbindre ies rayons d'un nouvel avfehir. Oribàèfe, nieclecrh de Julien l' Apostat ; au IV® siècle , âpVès àVoit ipàrïé de gens qui fabriquaient des drogues sôûé le§ ord)r<ès <lé^

k àftonéique let^lÉfâihftimi; uuxittôV&m 'et fkeàtciMen" à torurn quorurndaik cof^pùsitô^iàk , pr&s^in ''êeÀ> « èorurà ùrtificibhis Wiperiire ta eu, èdHftcià^Kt. Voiiûque 4 piréM quim màànide eùrum c(ypià àtli^ WripeYida tur; neque enim solurà ut^es; seà étiSik à^ m^t

t , * J)eReMedicâ,iii-P. Bâle,1551; — grec, in-P, Venise, iSiSilàïrii:, in-40.

le

la Médec, 1. 1, p. 404. — Jean -Jacques Manardi, Medici Ferrariensis. — -Yirey, Discours sur Tart de la Pharm. — Guria medic. Hano? ,1611, in-P.

> orii^.', Khi vitsAifo fe^piMrsi ', là W^iùm.

les fonctions de leur état , de manière à ne laij»er aucun doute que ce qu*ils furent autrefois, leurs successeurs ne le soient aujourd'hui \

Si quelque chose pouvait faire douter que les apothicaires fussent plus anciens qu'Oribase, c*eet la considération qu'à répoque oii cet auteur grec écrivait, ils n'avaient pas encore de dénomination propre ; ils n'en avaient pas même encore cent ans plus tard» car le philosophe Olympiodoré, commentateur de Platon et contemporain de Théodose le Jeune, en 450, se sert pour les désigner da mot pimentarii : le médecin ordonne, dit-il, et le ptmentarius prépare et sert. C'étaient, du reste, selon Morean dé la Sarthe , des hommes sans dignité : ils étaient compris parmi les usuriers, les bateleurs et les marchands de verroteries et de pierres fausses. Us furent exclus des fonctions civiles par l'empereur Théodose , comme on le voit dam le passage suivant :

a Apothecani junguntur trapexitiê , gemrnarum , air» « gentique, vestiumve venditùribui, quo$ Theùdo9iu$ et « Valentinm a provincialibm offidis remùverant, et <c omnis honos atque militia a cùntagione htguemoài a segregetur. Ex quibus verbis patet inter vilmis con- <c ditimis homines fuisse apothecarios. Videntur ergo c( intelligi institores qui res viliores in pergulis et ta^ «c bemis venum exponunt Kï>

Cette citation prouve que les apothicaires étaient confondus avec les baladins, les revendeurs; qu'ils vendaient dans les cabarets, et qu'ils étalaient sur des échof^pes dressées sur le devant de leurs portes. Le mot pimentarius ou pigmentarius correspond au mot grec fravroTroi^ai, doUit Galien {de ÀrUidot.) se sert pour désigner un marchand

A Diuardiii et Peyrilhe, Hist. de la Ghir.

« Hein, ia Ub. »i, § S. CkNi. de Gobortal. prinçip. GeraiciU,

€pà vendait les drogues pour la Ihériaque qui se prépa* rait chez Tempereur Ântonin. Dans les derniers temps de la Grèce, on disait Trsfavtaiptoc. Ce mot est tiré de pigmentum^ qui signifie les substances dont les peintres et les teinturiers se servent , mais on a fini par l*appliquer à toutes sortes de drogues médicamenteuses ; c'est ainsi que Gaelius Aurelianus appelle de ce nom Faloës : ce Credibile est ad ejus pigmenti (id est aloës) m stomacho effectum^ etc.^ lib. ii, cap. ix. » Du reste, le règne des pimentarii dura jusqu'après la fondation des premières Facultés , et du IV* au X* siècle les médicaments furent colportés par des courtiers , des Juifs , des aventuriers et des gens de la plus infime condition.

Cependant, bien que la pharmacie eût été interdite au VP siècle par un bref de Pelage II , et que , par les décrets de plusieurs conciles \ il eût été également défendu à tous clercs et gens d'église de tenir boutique» (( ut clerici apolhecarii non ordinentur^ et non liceal cle-ricos nostros eligere apothecarios^ » les moines, pour charmer les longs ennuis du cloître, s'étaient mis à copier les poèmes Theriaca et Aleœipharmaca du médecin grec Nicandre, les œuvres de Scribonius Largus, médecin du siècle d'Auguste, et de Philon d'Alexandrie, qui florissait quarante ans avant J.-C. Ils extrayaient ce que renfermaient de plus pur les difi'uses compositions de ces auteurs, et passaient au crible les drogues inconnues et suspectes associées entre elles de la manière la plus monstrueuse et la plus barbare.

A la période grecque succéda la période arabique, sur laquelle Rhazès, ce Galien des Arabes et médecin du calife Moklader Billah, Ali-Abbas, Avicennes, du sang royal de Cordoue, et Albucasis jetèrent, comme une

*■ CoQcU. GarUiag. 8ub Jalio P.P., c, ix* — Ducange, p. 578.

tÔ HISTOIRE

rayonnante plciadc, un éclat plus \if encom que eahp qui a\ail clc répandu sur la période précédente par lès compilateurs Oribase» Aéiius, Alexandre de Traites et Paul A'Ègine.

Ouverte lors de la destruction de la biblioth^ue d*AleiandriCf en Tan 640 , l'école arabique se ferme yen la fin du XiV- siècle.

En comparant attentivement le Traité de Pharmacie du savant Virey avec la Pharmacopée raisonnée de Henri et Guibourt, on trouve, entre ces auteurs» une notable disfidence, au point do vue chronologique, sur les hommes qui ont brillé dans la longue période où je vais entrer. De plus 9 on est frappé , en parcourant ces deux ouvrageSf d'omissions graves qui auraient dû ne pas échapper à la plume d'hommes placés au rang le plus élevé d'une science dont ils écrivaient l'histoire.

Ce n'est qu'après un patient contrôle que je crois être parvenu à rétablir l'ordre des dates » un peu interverti dans le premier de ces livres, et à combler les regrettables lacunes qu'on rencontre dans le second.

Pour atteindre mon but , je vais suivre pas à pas les progrès de la pharmaceutique dans le cours des huit siècles qui constituent l'âge arabique.

Tandis que dans l'Occident la pharmacie était ensevelie dans d'épaisses ténèbres, et qu'elle était abandonnée aux gens du plus bas étage, en Orient, au contraire, elle brillait du plus vif éclat, et elle était cultivée par les hommes les plus éminents.

Les princes de ces vastes contrées se reposaient de leurs conquêtes dans les loisirs pleins de charme qu'ils trouvaient dans l'étude des médicaments. Il est pourtant vrai de dire que, jusqu'au milieu du YIII* siècle, la nation arabe montra peu de sympathie pour les études scientifiques : mais, lorsque le calife Almanzor, après avoir af-

fèriDi son empire, eut fondé la \ille de Bagdad, les arts de la paix s'introduisirent chez les Sarrazins^ L*académie de cette ville acquit par la suite une célébrité qui Téleva au-dessus de presque toutes les autres académies des États mahométanSf car on y compta jusqu'à six mille savants ^. Ce fut là aussi que les califes ouvrirent les premières pharmacies publiques où la jeunesse studieuse s'exerçait à de savantes manipulations sous les yeux de ^laitres illustres. Parmi les produits de la nature, les plantes fixèrent surtout lattention de ces laborieux disciples ; dès lors la botanique prit un nouvel essor '. ^ La pharmacie est donc lune des branches de Fart de guérir qui doit le plus aux travaux des Arabes. La chimie Qvait été cultivée par les savants de l'école d'Alexandri^f 4ans des vues théosophiques : ils eurent pour elle un culte fervent, et s'y adonnèrent de bonne heure.

Leur premier chimiste vivait au VHP siècle : c'est ^e Sabéen Moussah-Dschasar-Al-SoH, de Harran, en Mésopotamie» et plus généralement connu sous le nom de Géber ; dans son ouvrage sur Talcfaimie ^ , il est déjà fait mention de quelques préparations mercurielles, telles que le sublimé corrosif et le précipité rouge , de l'acide nitrique, de l'acide nitro-muriatique, du nitrate d'^fg^Qt et de plusieurs autres préparations chimiques '.

Quelques philosophes et médecins ari^bes s'occupèrçpt aussi de la chimie, mais particulièrement sous Je rapport pharmaceptique : on peut niéme dire qu'ils ont communi-

* Ëlmacin. Hist. Sarracenorum ad Erpen.,iii-40. Lug. Bat^y.^ IW, lib. 11^ cap. iy> p. 122.

* Léo Afnc, de Phil. et Med. arab., apud Fabric, Bibl. gnec, Tol. Xlli, p. 274.

* Albufarag. , Hist. dynast. , p. 32. — Abulfed. , vol. \\\ , p. 374. ^ Alchemia Gebri, in-4o. Berne^l545.

^ Gmelin's gescbicbte, c'est-à-dire Hist de la Chimie, P. L.^ p. 15-20. — Pandectes pharmaceutiques.

68 HISTOIRB

que une grande impulsion à la pharmacie , et qu^ils lui out donné une face presque entièrement nouvelle. Ce sont eux qui out inventé le mot alcool, alkoal; julep» djoulab^ mol quiy en persan, veut dire eau de rose; sirop, schirab; loock, kaac; camphre, kafour; bezoard , bedfjjruar , bédu^ icard , badezohr^ et une foule d'autres encore usités de nos jours. Toutes les richesses pharmaceutiques de TOrient ont été importées en Europe au XII* siècle par Alchindi et Âverrhoës , et telle est la force de Topinion , que, depuis le temps des croisades, on n'a point cessé de faire usage de ces médicaments, de préférence à ceux de nos contrées qui, à plus d'un titre, pourraient les égaler.

Les croisades, en effet, en donnant de Textension au commerce, firent affluer les médicaments de l'Orient vers rOccident. Avant cette époque, les villes de la mer Baltique étaient presque les seules qui communiquassent avec r Allemagne par Visby, Moscou et Kiew ' ; mais, plus tard , les États de Venise et de Gènes firent pencher la balance de leur côté-, parce que leurs flottes conduisaient les vivres aux armées chrétiennes de FOrient où elles prenaient, à leur retour, des épiceries et des drogues de toute espèce que les marchands de ces deux nations débitaient en Italie et en Allemagne ^. On attacha dès lors un plus grand prix aux médicaments tirés du Levant, et l'usage de ceux de nos contrées tomba chaque jour en désuétude.

Vers la moitié du IX* siècle, Sabour-Ehnsahel, chef de l'école de Dschoudi-Sabour, publia sous le titre de Kra» badin la première pharmacopée qui ait paru, et qui a été longtemps consultée par ceux qui en ont publié depuis ^

< Hist. du commerce de rAllemagne, P. l., p. 24 a«

* Hist. de la Grande-Bretagne^ vol. iv, p. 597.

* K. Sprengel^ t. ii, p, 879.

Au XP siècle, les Arabes fondèrent Técole de Saleroe, devenue depuis si célèbre : la police de cette école et de celle de Naples sa rivale, établie par Roger I^"*, roi de Sicile, et par Tempereur Frédéric II , respire une grande sévérité, tempérée toutefois par une sagesse paternelle. Une loi déterminait le nombre d'années que les élèves devaient passer dans cette école, et elle obligeait le candidat à prêter le serment de se conformer aux règles observées jusqu'alors, <( servare formam curiœ hactenus observer tamf ï> d'informer les autorités royales lorsqu'un apothicaire falsifiait les médicaments, et de traiter gratuitement les pauvres ^

Dans les Deux-Siciles , les apothicaires étaient divisés en deux classes : l"" les staiionarii qui vendaient des médicaments simples et des préparations non magistrales d'après un tarif arrêté par les autorités compétentes; 2** les confectionarii dont les fonctions consistaient à exé* çuter scrupuleusement les ordonnances des médecins. Tous les établissements pharmaceutiques étaient soumis a la surveillance du CoUegium Medicorum. Tout médecin était obligé par l'empereur, et sous la foi du serment, de dénoncer l'apothicaire qui avait violé les règlements en vendant des drogues avariées. Il était enjoint aux apothicaires de se pourvoir d'un certificat de la Faculté de médecine constatant leur capacité , et de s'engager à ne préparer les médicaments que d'après lantidotaire de l^cole, approuvé par l'État : en outre, le bénéfice qu'ils devaient faire sur leur vente était fixé. Si les remèdes étaient de nature à ne pas se conserver plus d'une année dans leurs boutiques, ils ne pouvaient ajouter, pour chaque once, que trois tareni au prix coûtant; mais s'ils se

Lindenbrog^ p. 808; Constitutiones Neapolitanœ et Siculœ, Ub. m, tiè. xxxit; Cod, legum antiquarum, Francofurti, 1613, in-fol.— Hœf<$r, Hist. de la Chimie, 1. 1, p. 840-341.

gardnient au-delà de ce terme ^ il leur était permis de faire monter leur bénéfice jusqu'à six tarent. Us ne pouvaient s'établir que dans certaines villes et dans les grandes cités ; deux personnages de marque étaient chargés d'exercer sur eux une active surveillance ; ils devaient préparer les électuaires, les sirops et les antidotes en présence dé ces jurés qui, à Salernc, étaient choisis de préférence parmi les maîtres. Dans le cas de contravention à la loi ^ on confisquait leurs biens, et s'il était reconnu que les jurés eussent pris part à la fraude , ils étaient punis dd mort * •

Une seconde pharmacopée vit le jour au XIP siècle, eo fut celle d'Aboul-Hassan-HébatoUah-Ebno'talmid , é?êque, et médecin du calife de Bagdad ; elle jouissait d'une grande faveur et servait de règle aux apothicaires arabes '« Ceux-ci étaient sous la surveillance immédiate du gouvernement qui portait une attention particulière à cd que les médicaments ne fussent pas altérés ou vendus à trop haut prix , et le général Afschin visitait lui-mémi les officines de son armée pour s'assurer qu'elles contenaient toutes les substances désignées dans ses dispensaires '.

Avant Tapparition de cette pharmacopée, l'art de préparer les médicaments s'apprenait dans les œuvres de Jean Sérapion , qui écrivait au VlU* siècle * ; dans Avicennes, qui florissait au X% et dans Mesué de DamaAi compilateur de Sérapion, qui vivait un siècle avant AvI» cennes, et qu'on a nommé l'é vangéliste des apothicaires ! on consultait aussi le Liber servaioris qui , si l'on en croit M. Guibourt, donnait des conseils pour la conservation

1 Kurt Sprengcl; Hist. de la Médec, t. ii, p. 361.

* Abulfed., Tol. ni^ p. 598. — Albiifarag. ^ p. 894. ^ Alburarag. , p. 236.

* MediciDse therapcuticœ. ^ Ghaudon, Dict. histor.

DES APOTHICAIRES. n

des plantes et la préparation de quelques retnèdes ëhlmiqoes alors en usage.

Vers la fin du Xn"" siècle, il parut une troisième pharmacopée : Fauteur était Nicolas Myrepsus d' Alexandrid ^ le dernier des écriyains arabes, et qu'il importe de ne pas confondre avec Nicolas de Salerne. Ce Codex porte, daun l'histoire, le nom d*Antidotaire Nicolas; il fut la charte des apothicaires jusqu'au commencement du XYIP siè-* ele. Ce dispensaire, qui n'avait pas reçu la sanction dé l'autorité, fut, dans les premières années du XYI'' siècle, revu et corrigé par la Faculté de médecine de Paris, et tous les apothicaires devaient se conformer rigoureuse* ment à ses prescriptions ^

Dans le XIIP siècle, le calife Monstanser rétablit à Bagdad l'académie et le collège médical, car, dans lé cours des cinq siècles qui s'étaient écoulés depuis l'illustre institution fondée par Almanzor, le grand nombre des écoles judaïques avait presque entièrement fait disparaître celles des Arabes^. Monstanser salaria généreusement les professeurs, rassembla une grande bibliothèque et établit de nouvelles pharmacies : lui-même assistait aux leçons publiques.

Ce qu'il y a de surprenant, c'est que, pendant le développement intellectuel de l'Asie, il ne s'échappa aucune étincelle de ce foyer de lumière pour venir éclairer l'Ëurope^ Cependant, bientôt subjuguée par le principe religieux, l'Europe crut trouver dans les œuvres de Dieu des vertus surnaturelles et miraculeuses. Aveuglés par lé bandeau de la superstition, c'était la nuit que les adeptes se livraient à leurs mystérieuses investigations; les rocs les plus sauvages, les vallées les plus ténébreuses, les fd-

^ Dict. des Se. médic. . t. XLi.

* Beiy. Tudel^ in-So. Lugd. Batay.^ 1633^ p. 65.

7t HISTOIRE

rête les plus sombres, tels étaient les lieux où se faisaient leurs savants pèlerinages : c^est là qu ils allaient moissonner les plantes au port lugubre et dont les sucs inoculaient la mort, qu*ils abattaient les reptiles les plus effrayants, et qu'ils emprisonnaient les insectes les plus immondes \

C*est ainsi que s'accumula cette foule de préparations repoussantes dont Tefficacité est restée problématique. Des médicaments si horribles devaient jeter la terreur dans les esprits, et ce n'était, en effet, qu'avec hésitation qu'on franchissait le seuil de ces officines où se trouvait réuni tout ce que la nature a de plus mons-* trueux.

L'Espagne fut la première nation de l'Europe qui reçut les bieniails des deux célèbres écoles de Salerne et de Naples, parce que, comme elles, elle se trouvait presque entièrement sous la domination des Arabes' qui fondèrent à Tolède et à Cordouc des établissements pharmaceutiques qui s'élevèrent depuis au plus haut degré de prospérité.

Dès l'année 1267, il y avait à Munster une boutique d'apothicaire : elle était tenue par un bourgeois du nom de Willekin '.

A la même époque, les émigrés de Prague avaient également ouvert une pharmacie à Leipsig*, et en 1285 la ville d'Augsbourg comptait aussi un apothicaire *.

Au XIV' siècle, Frédéric 111 signala son avènement au trône de Prusse par plusieurs améliorations dans la po-

< Les Pandectes pharro.

• Favrot, Dict. de la Conversât.^ t. xliii.

* Add. de Munster, t. iii^ p. 208.

* Man. des Voyageurs, t. ii, p. 413.

• Hist. des Arts et Métiers de Li^ ville d'Augsbourg, p. 203.— -Noël, Dict. des Origines.

lîce médicale. La Prusse fut un des premiers pays d'Europe qui posséda un dispensaire basé sur les principes lâmineux de la chimie et de la pharmacie : il y existait un règlement relatif à la réception des apothicaires.

Le collège supérieur de médecine de Berlin publia à cette époque une excellente instruction qui défendait aux apothicaires de faire des présents aux médecins praticiens, et qui introduisit encore d'autres améliorations non moins importantes * .

Ici se termine la période arabique : nous allons faire quelques pas au-delà pour compléter le moyen âge à l'égard de l'Europe, à l'exception pourtant de la France, à laquelle nous réservons de larges développements.

Le XV* siècle vit éclore deux ouvrages intéressants pour l'histoire de la matière médicale et de la pharmacie : le premier a pour auteur Saladin d'Ascolo ou d'Ascoli, qui raconte avoir puni un apothicaire pour ses fraudes dans le temps où Alphonse V, roi de Portugal , gouvernait Naples. On trouve dans ses œuvres de rares et curieux renseignements sur les connaissances pharmaceutiques que l'on possédait alors. Saladin indique aux apothicaires les livres qu'il leur importe de posséder, leur donne des instructions morales et leur trace les occupations particulières auxquelles il faut qu'ils se livrent chaque mois : il expose enfin , avec un religieux scrupule , les caractères auxquels on peut reconnaître la bonté des médicaments, et détermine le temps pendant lequel les préparations officinales sont susceptibles de se conserver 2.

Le second ouvrage fut écrit par Saint-Ardouin de Pesaro, qui pratiquait la médecine à Venise vers Iç mi-

^ Kurt. Sprengel^ Hist. de la Médec., t. yi^ p. 517. • Compend. Aromatorior. , ad Venct., 1562, f* 456.

74 msTome

Hou du XV^ siècle ^ Ce livre traite des pobons, et on y trouve la description du mercure précipité per $$. Da l'esté, il fourmille d'opinions superstitieuses sur les effilÉ des pierres gemmes contre les substances vénéneuses '.

G^est dans le courant du XV* siècle qu*on adopta, dans presque toutes les contrées de TEurope, la coutume des Arabes, et que Ton soumit les apothicaires à la surveillance des facultés et des médecins salariés par FEtat.

En Allemagne, les apothicaires n*étaient que des droguistes , ils ne préparaient pas les médicaments , mais ils les tiraient d'Italie pour les colporter dans la plupart des villes; ils exerçaient en même temps le métier de confiseur, et les magistrat9 spécifiaient toujours dans leurs clauses que Tapothicaire serait tenu d'envoyer, chaque année, une certaine quantité de confitures à la chambre communale ^.

Dans les instructions qui furent données, en 1493, à Simon Puster, premier apothicaire de Halle, lors de Tou* verture de la première pharmacie en cette ville, il est dit : a Pour cela il doit et veut bien donner à nous et à nos « descendans deux collations pendant le carême, etja « notre maison de ville huit livres de sucre bien confit, a comme il convient décemment qu'il soit pour ces col- « lations 4.

A peine du temps de Gustave Wasa comptait-on quelques apothicaires dans tout le royaume de Suède ^. Ce ne fut que trente-cinq ans après la mort de ce prince qu'on

^ Mazzuchelli^ t. i, part, n^ p. 987.

« Sanctut de Ardoyais, de Venenis, in-fo. Veiiei.> 14M, t. U. — K. Sprengel, t. ii, p. 483, 484, 485.

^ Ast., Mémoires, p. 33.

♦ Descript. du Cercle de Saal., t. n, p. 561. — Les Pandectes.

• Brahe, OËconomia^ aller h\|^liaelU. Bok Mr migt Âdes-lblk, p. 45.

nomma les premiers professeurs à Upsal ^ A la même époque, il n'y avait que trois apothicaires à Copenhague, et quatre seulement dans le reste du royaume de Danemark.

< BerguiSy on Stockholm foêr 200 der son^ och Stockholm nu foêr tiden, p. 249. *

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