CHAPITRE PREMIER
CONFIGURATION PHYSIQUE DE l'aRABIE
L’Arabie forme une vaste presqu’île, séparée de la Perse par le golfe Persique, de l’Inde par l’océan Indien, de P Afrique par la mer Rouge et artificiellement par le canal de Suez ; elle ne tient au continent asiatique que par le quatrième côté du rectangle, le désert de Syrie, entre la Méditerranée au couchant et la vallée des deux fleuves, Tigre et Euphrate, au levant. Elle se divise en deux parties : le Tihâma ou région côtière, et le Nedjd ou haut plateau de l’intérieur, en pente sensiblement inclinée de l’ouest à l’est, commençant par des altitudes considérables en bordure de la mer Rouge pour finir par des collines dans la région du golfe Persique. La chaîne bordière qui fait suite aux montagnes de Moab et descend de l’Idumée jusque dans le Yémen sans former toutefois une chaîne continue, car elle est entrecoupée par de larges vallées, présente des hauteurs remarquables ; de nombreux sommets dépassent 2.000 mètres d’altitude. Le Tihâma est parsemé de montagnes formées en général de granit ou de porphyre; dans P'Açîr, on trouve des grès et des calcaires. Au milieu de ces formations géologiques, on rencontre de nombreux foyers volcaniques éteints (harra) ; on n’en compte pas moins de vingt-huit dans la péninsule ; mais le seul resté en activité à la période historique est la Harra de feu au nord-est de Médine, près de
Khéïbar : elle vomissait encore des laves sous le khalifat d’Omar.
Les no fond sont d’anciens fonds marins qui interposent leurs lits de sable rouge ou blanc entre les massifs de montagnes ; ce sable est généralement amoncelé en hauts monticules courant parallèlement du nord au sud ; les sommets sont arrondis et profondément sillonnés ; ils sont remarquables par les foaldj ou gouffres, sortes d’entonnoirs profonds, qui descendent, à travers les masses de sable, jusqu’au sol ferme, roc ou argile. Au sud du Nedjd s’étend l’immense désert du Dahnâ, vaste mer de sable, sans trace de végétation, impraticable et dont les Arabes ne parlent qu’avec terreur ; il s’y trouve des gouffres de sables mouvants très fluides, où le moindre objet s’enfonce et disparaît. Dans les montagnes de Madian et la péninsule du Sinaï, on a observé des sables musicaux, qui produisent des sons analogues à celui du vent qui frôle les cordes d’une harpe; ce phénomène est d’ailleurs général dans la plupart des sables de l’Arabie ; c’est la voix du désert dont parlent les voyageurs et les poètes, et son existence est probablement en relation étroite avec les contes populaires relatifs au x djinns.
Le Hedjâzestla plus connue des provinces entre lesquelles se divise l’Arabie, parce qu’il renferme les deux villes saintes par excellence ( haramâni ), la Mecque et Médine. La première s’étend autour de la Ka ba, vieux sanctuaire païen devenu le centre de l’adoration du monde musulman et le but des pèlerinages annuels, devoir sacré auquel aucun croyant ne doit se soustraire ; la seconde contient le tombeau où repose la dépouille mortelle de l’homme qui a créé l’islamisme, du prophète inspiré qui a groupé sous une nouvelle forme de société des éléments ethniques divers et dont les successeurs immédiats ont donné à la religion établie par lui le caractère d’universalité qui la mit de plainpied, comme extension, avec le bouddhisme et le christianisme. Le Hedjâz est le berceau du mahométisme ; et quand le pèlerin, sous la conduite des motawwif , accomplit successivement les rites compliqués du pèlerinage, il revoit les lieux où se sont passés les événements historiques qui ont