‹ Histoire des Arabes (volume 2)Chapitre 22 sur 28 · AGHLABJTES EN TUNISIE, TOULOUNIDES EN ÉGYPTE · texte numérisé non relu

AGHLABJTES EN TUNISIE, TOULOUNIDES EN ÉGYPTE

HAMDANIDES A ALEP

Pourvus cl un diplôme cPinvestiture, astreints au payement plus ou moins régulier d’un tribut annuel pour la province, frappant monnaie et prononçant la khotba au nom des Khalifes abbassides, les gouverneurs des provinces lointaines, moyennant ces légères concessions, étaient de fait les souverains de ces pays, transmettaient le pouvoir a leurs héritiers et faisaient la guerre à leurs voisins.

C est sous le règne de Hâroun er-Rachîd que le fondateur delà dynastie des Agblabites fut envoyé comme gouverneur d’Afrique, à Ivairouan, et cet État dura plus d’un siècle. Il compi enait les territoires cl Afrique depuis Tripoli jusqu’à Alger, c’est-à-dire non seulement la Tunisie actuelle mais encore une partie de la Tripolitaine et le département de Constantine. C’est là qu'habitaitla grande tribu berbèredes Kétâma. En meme temps Tlemcen, capitale des Zénata, reconnaissait tantôt l’autorité des ïdrisites, tantôt la rejetait ; les Rostamides à Tâhert (Tiaret), les Banou-Midrâr à Sicljilmâssa défendaient leur indépendance avec zèle.

En 192 ^808) Iclrîs, au Maroc, s était constitué une nouvelle capitale par la construction de la ville de Fez (Fâs) et y avait accueilli huit mille bannis espagnols de Cordoue exilés à la suite de leur révolte contre el-Hakam Ier, ainsi que trois cents familles qui s’étaient enfuies de Kairouan. Ces efforts pour constituer un royaume solide et durable furent rendus

AGHLABITES, TOULOUNIDES, IIAMDANIDES 321

vains par la mauvaise politique de son fils Mohammed, qui partagea son royaume en dix régions gouvernées par ses frères, déplorable pratique trop commune en Orient, surtout en Perse, et qui, par les compétitions armées qu’elle suscitait, conduisait à la ruine les États les plus fermement établis. Les Idrisites devinrent si faibles qu’ils virent la petite région de Tâhert, sous les Rostamides, leur résister avec succès, malgré l’appui des Berbères Zénâta de Tlemcen. Les Aghlabites n’avaient donc rien à craindre de leurs voisins et purent s’installer en Afrique propre malgré les difficultés de leurs débuts. Il avait fallu réduire les commandants arabes qui n’avaient pas embrassé avec enthousiasme la cause d’Ibrahîm Ier ben el-Aghlab, et celui-ci même à un certain moment (194-810) se trouva tellement pressé qu’il fut contraint de quitter Kairouan et de se laisser assiéger un an durant dans sa nouvelle forteresse 'Abbâsiyya, ainsi nommée en l’honneur de la dynastie des Khalifes de Bagdad. Son fils, Abou’l-'Abbâs 'Abdallah se fit haïr par les impôts dont il poursuivit la perception avec rigueur ; le frère de celui-ci, Ziyâdet- Allah 1er, voulut combattre l’influence des principaux chefs militaires en s’appuyant sur le peuple par le moyen des jurisconsultes, quoiqu’il fût lui-même tout le contraire d’un caractère religieux. Il prit pour grand-cadi un élève du fondateur de l’école de jurisprudence de Médine, Malek, dont le rite s’était répandu dans tout le Maghreb et jusqu’en Espagne, et cet élève, Asad ben el-Forât, était un homme extraordinaire qui, à soixante-dix ans, avait pris le commandement d’une armée et l’avait conduite mieux qu’un soldat de profession. Toutefois les exécutions fréquentes de chefs militaires auxquels Ziyâdet-Allah se livra provoquèrent des séditions qui ne durèrent pas moins de quatre ans et le chassèrent de Kairouan, comme c’était arrivé à son père; mais en 212 (827) l’Aghlabite reprit le dessus et chercha à rendre de la splendeur au pays en le couvrant de routes et de constructions nouvelles. Pour occuper l’esprit de ses soldats, il les employa à des campagnes à l’extérieur, contre

les tribus berbères et dans des expéditions en Sicile. Cela

réussit à souhait, et l’Afrique propre fut un Etat prospère

sous ses successeurs, son frère Aboû-Ikâl Aghlab, le fils de celui-ci Abou’l-'Abbâs Mohammed Ier et son petit-fils Aboû Ibrahim Ahmed. Le frère de ce dernier, Ziyâdet-Allah II, ne régna qu'un an, et depuis lors l’État aghlabite ne fit que décliner. Son frère Aboû-'Abdallah Mohammed II, que sa passion pour la chasse aux oiseaux aquatiques avait fait surnommer Aboû’l-Gharânîq « l’homme aux grues », fut remplacé par un autre de ses frères Aboû-Ishâq Ibrahim II, qui se fit construire une nouvelle capitale, Raqqâda, à un mille au sud-ouest de Kairouan, qu’il inaugura par un crime atroce: ne pouvant entreprendre de soumettre la colonie arabe de Bilisma installée sur les limites de la tribu berbère des Rétama pour la contenir, et qui s’était révoltée, il fit venir petit à petit dans sa nouvelle résidence les principaux habitants de cette ville, et quand il en eut un millier de rassemblés, il les fit massacrer, sans défense, jusqu’au dernier. C’était libérer les Berbères de toute contrainte. Les plaintes devinrent si vives que le Khalife el-Mo'tadid déposa l’ Aghlabite et le remplaça par son fils Aboû’l-'Abbâs 'Abdallah (290- 903) ; mais celui-ci fut assassiné par son propre fds, Ziyâdet-Allah III, qui, monté sur le trône, fit disparaître ses oncles et ses cousins, et jusqu’à son propre frère AboiVI- Ahwal. Le châtiment ne se fit pas attendre : les Berbères descendirent des montages et le parricide, incapable de se défendre, s’enfuit en Egypte. Ce fut la fin des Aghlabites (296-909).

Une des principales occupations de ces princes avait été d’étendre le domaine de la guerre sainte sur la Méditerranée. Depuis longtemps des pirates avaient accoutumé de ravager les côtes des grandes îles ; dès l’an 8 !\ (703) 'Atâ ben RâfU, sur l’ordre de Mousa ben Noçéïr, avait dirigé une expédition de ce genre qui fut suivie de beaucoup d’autres; la Sicile, la Sardaigne, la Corse, Nice, Cività-Veccliia, Ischia furent dévastées et pillées. Enfin en 212 (827) une grande expédition fut organisée, non plus pour ravager, mais pour conquérir la Sicile, lorsque Euphémius s’enfuit de Syracuse devant le général byzantin Photinos ; réfugié auprès de Ziyâdet-Allah Ier, il lui proposa de devenir, après

AGI1LABITES, TOULOUNIDES, HAMDANÏDES

la conquête, son lieutenant et son vassal dans la grande île; le cadi Asad, toujours prêt à partir en guerre pour la cause sainte de l’Islam, approuva ce projet de toutes ses forces; bientôt onze mille hommes débarquaient à Mazara ; Photinos fut battu et se renferma dans Syracuse, dont les Musulmans, faute de machines de guerre, ne purent entreprendre le siège. Des renforts vinrent de Constantinople, et les Musulmans réduits à se maintenir dans Mazara et Mineo, songeaient déjà à retourner en Afrique, lorsque des corsaires d’Espagne vinrent leur apporter l’appui qui leur faisait défaut; de plus l’année suivante Ziyâdet- Allah envoyait une nouvelle armée qui alla assiéger Palerme, défendue courageusement par ses habitants (216-831). Plus tard Messine tomba à son tour {228-842). Les entreprises des Arabes, un moment suspendues par les difficultés intérieures, reprirent une nouvelle vigueur avec Ibrahim II, qui entreprit enfin le siège de Syracuse ; en moins d’un an la vieille forteresse succomba (264-878). La Sicile devait rester au pouvoir des Musulmans pendant un siècle et demi.

De la Sicile, les Arabes se répandaient sans difficulté sur toutes les côtes d’Italie et essayaient en vain d’attaquer Rome et Gaëte. Le danger était si grand que l’empereur d’Allemagne Louis II, arrière-petit-fils de Charlemagne, dut venir en personne terminer les différends qui séparaient les princes chrétiens et essayer de les unir contre l’ennemi commun. Avec l’aide des troupes byzantines, on reprit Bari qui faisait depuis longtemps partie des Etats de Mofarridj ben Salem, ancien général des Aghlabites qui, profitant de ce que ses suzerains ne pouvaient guère s’occuper de lui, s’était taillé un royaume dans la Pouille et les Calabres et s’y faisait appeler sultan. Depuis la défaite des Sarrasins devant Salerne (258-872), il n’y eut plus d’expéditions militaires ; mais les razzias continuèrent longtemps encore.

En Égypte, les Toulounides s’étaient constitué également un royaume. Leur ancêtre, Touloun, Turc de la Transoxiane, prisonnier de guerre, avait été envoyé à el-Ma’moun en cadeau par le gouverneur de la province ; il fit son •chemin à la cour, et son fils Ahmed accompagna Mosta'în

dans son exil à Wâsit. La mère d’ Ahmed ayant épousé en secondes noces le généraLttirc Baîk-beg, celui-ci, chargé de gouverner l’Egypte, envoya son beau-fils pour prendre possession de l’administration du pays. Ahmed ben Touloun entra à Postât le 23 ramadan 254 (15 septembre 868).

L’Egypte était en pleine anarchie ; déjà des entreprises 'Alides se manifestaient dans le sud. Le premier soin d’Ahmed fut de rétablir l'autorité du pouvoir central. Lorsque Mowafïaq devint le maître du pouvoir sous le khalifat de son frère Mo tamid, il obtint le commandement des troupes cantonnées en Egypte. Petit à petit, au milieu des désordres qui ravageaient l’Orient, il perdit l’habitude d’envoyer à Bagdad le montant du tribut annuel. Mowafïaq manquait d’argent pour diriger contre Ahmed une expédition destinée à le ramener dans la voie du devoir. Devenu libre de disposer à son gré de l’intégralité des impôts de l’Ëgypte, Ahmed les employa à des œuvres d’utilité publique : il construisit des palais, des casernes, des hôpitaux ; il dépensa de grandes sommes pour l’entretien des pauvres et des savants. La mosquée cathédrale d’Ibn-Touloun, qui existe encore aujourd’hui au Caire, est un monument grandiose de son faste (265-879). A la mort d’Amadjoûr, gouverneur de Damas, Ahmed envahit subitement la Syrie et s'y installa (264-878) ; le pays lui appartenait, ainsi que la Mésopotamie occidentale, y compris Antioche, qui fut prise d’assaut l’année suivante. Pendant ce temps un de ses fils, 'Abbâs, se révoltait et gagnait la Cyrénaïque à la tête des troupes qui lui étaient dévouées ; les entreprises que de Barqa il fit contre les Aghlabites, contenus par les Berbères, n'eurent aucun succès ; rejeté dans Barqa, 'Abbâs y fut quelque temps après fait prisonnier par les troupes que son père avait envoyées à sa poursuite. Ahmed, tombé malade au siège de Tarsoûs, mourut à Fostât âgé d’un peu plus de cinquante ans (270-884).

Khomârawéïh, son fils, qui lui succéda, ne possédait pas toutes les qualités de son père. C’était un jeune homme d’une vingtaine d’années qui fit distribuer au peuple les dix millions de dinars qu’il avait trouvés dans son héritage. Les difficultés ne se produisirent qu’après sa mort soudaine.

AGHLABITES, TOULOUNIDES, HAMDANIDES

Sur r ordre de Mowaffaq, Ishâq ben Koundadjiq, seigneur de Mossoul, et Mohammed ben Abi’s-Sâdj, gouverneur d’Anbar, envahirent la Syrie. Ce pays semblait perdu ; mais les deux chefs, en désaccord pour le partage du butin, laissèrent Mo'taçlid, fils de Mowaffaq, combattre seul à Ramlé, en Palestine, les troupes toulounides qui reprirent la Syrie. En 282 (895), Khomârawéïh fut assassiné dans son propre palais par des femmes ou des eunuques. Les officiers placèrent d’abord à leur tête Djéïch, l’un de ses fils, puis le remplacèrent, à cause de son jeune âge et de son incapacité, par Hâroûn ; mais comme il n’y avait pas d’argent, les lieutenants des Toulounides se détachèrent progressivement de leur cause. Les Khalifes reprirent l’avantage, réoccupèrent la Mésopotamie, la Syrie, et le général du Khalife Moktafî, Mohammed ben Soléïmân, se montrait devant Fostât en 291 (904) pendant qu’une flotte apparaissait devant Damiette. Hâroûn perdit la vie au milieu d’une sédition de ses gardes. Malgré un essai de défense de son oncle Chéïbân, Fostât fut pillée et le quartier des Toulounides

détruit; le pouvoir des Khalifes était rétabli, aux dépens de

la malheureuse Egypte.

Alep était plus fortunée, car les Haindanides, qui en avaient fait leur capitale, lui donnèrent l’éclat que procure la culture des belles-lettres. Hamdân était un chef d’une branche des Taghlib,qui s’était taillé une principauté dans le Diyâr-Rabî'a, au nord-ouest de Mossoul. 11 s’était fortifié dans Mârdin et songeait à s’emparer de Mossoul. Compromis dans la révolte des Ivhâridjites, il aurait passé un mauvais quart d’heure sans la présence de son fils el-Hoséïn dans l’armée du Khalife ; les services éminents rendus par celui-ci sauvèrent son père; d’un autre côté un autre de ses fils, AboiVl-Héïdjâ 'Abdallah devenait gouverneur de Mossoul. El-Hoséïn, compromis dans les complots qui se tramaient à Bagdad , y laissa la vie ; son frère périt dans les trou Ides qui accompagnèrent le retour d’el-Moqtadir sur le trône. Le fils d’Abou’l-Héidjâ, el-Hasan, fut aussi gouverneur de Mossoul, son frère 'Ali le fut de Diyarbékir, de sorte que le nord de la Mésopotamie leur appartenait. Ce fut là le point de départ de leur fortune.

Vers le même temps Ton voit croître l’influence et le pouvoir de Bouyè, en arabe Bowéïh. Originaire du Mazândéran, il était chi'ïte, comme tous ses compatriotes. Bouyè, qui portait la konyci d’Aboû-Chocljâ', était un chef de partisans qui s’était formé dans les luttes entre les Samanides du Khorasan et les 'Alides des bords de la Caspienne. Il avait trois fils, 'Ali, Hasan et Ahmed, qui fondèrent la dynastie dite des Bouïdes ou Bowéïhides. Lorsque le Khalife Râdi fut intronisé, ils avaient le Fars en leur pouvoir et s’étendaient même sur la Susiane, qu’ils avaient enlevée aux trois fils d’un maître des postes de Baçra, surnommés pour cette raison les fils du Bcirîdî (postier). Le plus important d’entre eux était Abou- 'Abdallah, et sa politique consistait à s’appuyer tantôt sur le Khalife, tantôt sur l’émir-el-omarâ, et par ses manœuvres il avait réussi à se faire confier à titre définitif l’administration de cette province, moyennant le payement d’un tribut annuel ; on y avait même joint la ville et le territoire de Baçra. Ibn-Râïq, chargé en 32 !x (935) d'occuper les fonctions d’émir-el-omarâ, avait fort à faire à contenir ces vassaux exigeants en même temps qu’il devait lutter contre les Qarmates, qui du Balirém dominaient toute l’Arabie ; et pour cela il ne pouvait compter que sur les troupes de l’Trâq-'Arabi, la seule province qui fût alors administrée directement par le Khalife. Le Turc Bokdjem, son lieutenant, réussit à défaire Abou- 'Abdallah, le fils du postier, mais il ne put empêcher le Bouïde Ahmed de s’emparer de la province. La confusion augmenta encore lorsque Bokdjem réclama pour lui-même les fonctions d’émir-elornarâ et qu’ Ibn-Râïq fut abandonné par ses troupes. Bokdjem voulut ramener le Hamdanide Hasan, de Mossoul, dans les limites de son devoir, mais Ibn-Râïq lui tomba sur le dos avec de nouvelles troupes; cela finit par une entente entre les deux compétiteurs; Ibn-Râïq, dont le terrain n’était pas bien solide, dut aller s’établir en Syrie et combattre les troupes du gouverneur d’Egypte, Mohammed benToghdj, surnommé Ikhchîd parce que son père descendait des anciens chefs du Ferghâna désignés par ce titre d’origine iranienne (, khchaêta , le brillant).

AGHLABITES, TOULOUNIDES, IïAMDANIDES

La mort clu Khalife Râdi et l’accession au trône de son frère el-Mottaqî donna au fils du postier l’occasion de s’attaquer à Bagdad meme, et il fallut envoyer contre lui un autre Turc, Touzoun; mais la défaite de Bokjdem dans une expédition contre les Kurdes (329-941) ouvrit au fils du postier les portes de la capitale ; toutefois il ne put s’y maintenir, les trésors du Khalife ne lui ayant pas fourni assez d’argent pour satisfaire l’insatiable avidité de ses soldats. Alors ce fut un effroyable gâchis. Il fallut appeler de Syrie Ibn-Râïq pour rétablir l’ordre, mais cela ne servit à rien, car il fut battu par Abou’l-Hoséïn, autre fils du postier, et dut abandonner Bagdad avec le Khalife lui-même et se jeter à Mos-

soul dans les bras des Hamdanides. Hasan saisit l’occasion

de se faire nommer lui-même émir-el-omarâ avec le titre de Nâçir ed-daula « protecteur de l’empire », en même temps que son frère 'Ali recevait celui de Séïf-ed-daula « glaive de l’empire » qu’il devait illustrer par la protection accordée aux lettres; celui-ci, commandant les troupes mises au service du Khalife, obligea le fils du postier à évacuer Bagdad, succès qui n’eut pas de suite, car il eut immédiatement affaire à une révolte des Turcs commandée par Touzoun, qui s’installa dans la capitale (331-943), et prit même Mossoul, de sorte que le Khalife dut s’en aller jusqu’à Raqqa sur l’Euphrate, où il fut rejoint par lTkhchîd appelé d’Egypte à son secours. Une conférence tenue entre les compétiteurs n’aboutit à rien. Le Khalife se résolut à retourner à Badgad, c’est-à-dire à se mettre sous la coupe du turc Touzoun, qui le fit aveugler dès qu’il l’eut en son pouvoir en le remplaçant par son fils Mostakfi (333-944). Touzoun ne jouit guère de sa victoire ; il mourut de l’épilepsie l’année suivante et fut remplacé par le ministre Chirzâd, le dernier des véritables émirel-omarâ. En effet, le 11 cljoumâda I 334 (19 décembre 945), le Bouïde Ahmed s’emparait de Bagdad ruinée par une atroce famine, et se faisait accorder par le Khalife les fonctions d’émir-el-omarâ qui allaient devenir de fait héréditaires, ainsi que le titre de Mo'izz-ed-daula « celui qui rend la gloire à l’empire » ; il se fit dès ce moment appeler Sultan ; c’était dire que le Khalife n’avait plus qu’un pouvoir pure-

nient spirituel, tout le temporel étant entre les mains de son émir-el-omarâ. C’est que les Bouïdes, bien que chi ites, avaient besoin de l’autorité morale du Khalife sur les populations sunnites qu’ils avaient soumises ; ils étaient bien obligés de la conserver tout en la détournant à leur profit. On maintint au Khalife son personnel domestique, on lui versa une pension journalière de cinq mille dirhems ; mais son nom ne fut plus cité que sur les monnaies, au prône de la prière du vendredi et en tête du protocole des pièces de chancellerie : en dehors de cela, il n’était plus rien. D’ailleurs à peine cinq semaines s'étaient écoulées que Mostakfî, rendu aveugle, fut remplacé par Moutî',fils de Moqtadir ; la pension promise fut supprimée, et le Khalife n’eut plus pour vivre que le maigre revenu de quelques biens personnels.

Les Hamdanides. — Les Bouïdes, maîtres du Khalifat en même temps que d’une grande partie de la Perse, étaient trop forts pour que les Hamdanides pussent espérer secouer le lien de vassalité qui les rattachait encore à Bagdad, et ils continuaient de payer le tribut, nominalement au Khalife, en réalité aux maires du palais tout puissants. La fin du fondateur de cette seconde dynastie fut tragique. Nâçired-daula s étant fâché contre son fils Abou-Taghlib pour des causes inconnues, fut mis en prison par celui-ci (356-967) et mourut dans les fers deux ans plus tard. L’État qu’il avait fondé, avec Mossoul pour capitale, périclita entre les mains de ses descendants; Aboû-raghlib commit l’imprudence de lutter contre le Bouïde 'Adod-ed-daula et perdit la Mésopotamie et meme sa capitale. Les descendants de Nâçired-daula entrèrent les uns au service des Bouïdes, les autres à celui de 1 Égypte ; le dernier périt au Caire dans une sédition, une centaine d’années plus tard.

Séïf-ed-daula, frère de Nâçir, était entré à Alep le 8 rébî'I 333 (29 octobre 944); bientôt après il battait à Homs les troupes envoyées contre lui par l’ikhchîd et commandées par le nègie Kâfoûr ; il allait s emparer de Damas lorsque l’arrivée de 1 Ikhchid en personne le contraignit à renoncer à ses .succès, et même à Alep. Mais il fut bien servi par le destin.

Page 1