CONFIGURATION PI1YSIOUE DE L’ARABIE
régularité des saisons ». En hiver, les grandes tribus se transportent jusque dans le Nedjd ; au printemps, elles remontent vers le nord.
Au milieu de la steppe calcaire, se rencontrent, comme dans. l’intérieur de l’Arabie, des liarra , séries de manifestations éruptives, entourées de leurs déjections, coulées de lave, blocs et pierres basaltiques : c’est ce genre de région volcanique dont le géographe Yâqoût a donné une définition très juste en disant qu’elle est remplie de pierres brisées et noires comme si elles avaient été passées au feu. Il y a un grand nombre de ces régions entre Médine et Damas. C’est un terrain de ce genre que l’on traverse au sortir de Ma 'an : la vaste plaine monotone, toute parsemée d’innombrables cailloux noirs, n’est coupée que de loin en loin par de petits espaces de sable blanc ou de gazon jaunâtre.
Le centre de la presqu’île du Sinaï est occupé par un massif de hautes montagnes granitiques, entrecoupé de profondes vallées, et ceint par le sable qui l’entoure complètement et le borde du côté de la mer; toute la contrée est déserte. Le Wâdi-Mokatteb est remarquable par l’énorme quantité de graffiti et d’inscriptions gravées qui couvrent ses flancs, en toutes sortes d’écritures et de langues, s’étendant sur une aire historique considérable, depuis l’araméen jusqu’à l’arabe. Dans une de ces vallées a été bâti par l’empereur Justinien et l’impératrice Théodora le couvent de Sainte-Catherine, entouré de hautes murailles et ayant l’aspect d’une forteresse ; on n’y entre qu’au moyen d’une fenêtre jusqu’à laquelle les moines hissent, dans une grande corbeille attachée à une longue corde, les voyageurs qui demandent l’hospitalité ou les provisions qu’on leur apporte du dehors. L’église renferme une mosaïque qui rappelle celles de Saint-Vital à Ravenne et représente l’empereur et l’impératrice dans leur costume de cérémonie.
Au nord de la presqu’île du Sinaï, et sur la droite du Wâdi-'Aqaba qui semble la prolongation de la profonde dépression où s’accumulent les eaux de la mer Morte, se trouve Wâdi-Mousa, qui contient les ruines de Pétra, l’ancienne capitale des Nabatéens, remplie de tombeaux taillés
dans le roc et dont plusieurs ont l’apparence d’ouvrages d’architecture grandiose : l’art nabatéen est fortement influencé par l’art romain de l'époque impériale.
Au sud, ce sont les montagnes de l’Asîr, habitées par des tribus qui ne reconnaissent guère que nominalement l’autorité d’un pouvoir central; sur la côte, le petit port de Qonfoda assure un abri à la navigation. Vers l’est, à la lisière du grand désert inconnu, est la province de Nedjrân, qui était chrétienne au septième siècle de notre ère, et qu’a parcourue M. Joseph Halévy dans son exploration. Çan'â est, comme nous l’avons vu, la capitale actuelle du Yémen; son port est Hodéïda, qui est devenu le centre du commerce dans la région et a supplanté nombre de localités jadis célèbres, telles que Mokhâ, au pied des montagnes où l’on cultive le café. Dans l’île de Kamarân est installé un lazaret pour les pèlerins. Le détroit de Bab-el-Mandeb est fermé par File de Périm, qui appartient à l’Angleterre; sur la côte, la France avait des droits sur la localité de Chéïkh Sa'îd. Dans l’intérieur, Béït el-Faqîh, Ta'izz, Kaukébân sont les localités les plus marquantes.
Ap rès 'Aden commence la côte du Hadramaut, marquée par les ports de Makalla, Chihr, Zhafâr, les villes intérieures de Chibâm et de Térim. A côté de sa capitale, Maskat (autrefois Masqat), F'OmancompteencoreMatrah, Çohâr, Niswa, Rostâq. Nous retrouvons les possessions ottomanes avec l’Ahsâ, appelé parfois officiellement Nedjd, avec ses villes d’el-Hofhoûf, d’el-Qatîf, de Hadjar, les îles Bahréïn aux pêcheries de perles, et Kowéït gouvernée par un chéikh indépendant, future tête de ligne du chemin de fer de Constantinople à Bagdad.
Dans cette immense étendue, il y a quelques villes, dont certaines très anciennes, marquant les étapes du commerce des caravanes; nous avons cité déjà les deux villes saintes, là Mecque, que les anciens ont connue sous son appellation araméenne de Macoraba « la grande Mecque », et Médine, la ville du prophète, la capitale de son empire, autrefois Yathrib; nous avons indiqué Çan'â, une des capitales du ùémen, encore aujourd’hui chef-lieu de la province turque du même nom. Ces centres habités et fortifiés peuvent se