‹ Histoire des Arabes (volume 3)Chapitre 18 sur 53 · I. I MIGR CI ION A Ml MM · texte numérisé non relu

I. I MIGR CI ION A Ml MM

autremenl périlleuse, car c'était un apostat. Il savail écrire, et avait été employé à Médine pour transcrire les révélations coraniques ; mais Mahomet se fâcha contre lui, en lui reprochanl de reproduire inexactemenl le texte du Qorân, d'ci rire par exemple ' alîm hakîm savanl <■[ sage au lieu de samV 'alîm qui entend el sait toul . Cette information est très grave ; «'Ile tendrail a l'aire croire que Mahomet, comme tant d'autres orateurs, corrigeait le texte une fois rédigé el reprochait ensuite à ses secrétaires d'avoir mal entendu ses paroles. 'Abdallah perdit toute loi dan- la nouvelle religion ce qui ne serait pas arrivé s'il n'avait pas eu 1 intime conviction qu'il avait raison contre le Prophète), redevinl païen et retourna à la Mecque. Pour les Musulmans, il méritait la mort. Heureusement il se trouvait être le frère <\<lait d'Othmàu ben 'Affân, et celui-ci obtint, après de uombreuses supplications et des tentatives renouvelées à plusieurs reprises, sou pardon définitif.

Il ('-tait impossible de rétribuer les Musulmans vainqueurs au moyen du pillage, puisque la ville ne s'était pas défendue. Mahomet inventa la contribution de guerre. Sous forme de prêt, il se lii remettre des sommes considérables par les plus riches, Çafwân lien Oméyya, 'Abdallah lien Abi-Rabî'a et tjowéïtib ben 'Abd-el-'Ozzà ; cet argent fut employé à secourir ceux des compagnons qui étaienl danla gène. Une partie égalemenl dut être versée a la famille

de Djadhîma, pour prix du sang des individus tués par Kliàlid dans les petites escar uches qui marquèrent l'arrivée de sa di\ ision.

I n héraut lit le tour de la ville en annonçant a liante voix la proclamai ion suivante : « Que ceux qui croient en Dieu elen son prophète, ne laissent pas d'idoles dans leurs maisons, mais les cassent ou les brillent : il esl défendu d en faire le commerce. » Il est question ici de- idoles particulières, lares ou pénates, queles Mecquois avaient «lie/ eux : il est aise de re ma n pie i <|ue l'ordre donné par Mahomet ne coin prend que deux points : interdiction dé vendre c< - idoles, invitation aux Musulmans de détruire celles qui se trouvaient dans leur- maisons; le- Qoréïchites païens n •

pas compris dans ce nombre, il faut en conclure que le Prophète les laissait libres de continuer leur culte particulier, probablement pour ne pas s'aliéner tout d'un coup la population restée en grande majorité païenne. On ne détruisit que les idoles publiques, mais nous ne savons guère comment cela s'opéra, ni même quelles idoles il y avait à la Ka'ba. Tout est douteux : Ilobal n'est même pas mentionné dans le Qorân. Nous avons des détails plus précis sur la destruction des images en dehors de la Ka'ba. Ibn-Hichâm parle d'une idole appelée Dhou'l-Kafïeïn (aux deux mains), sculptée en bois, qui fut brûlée ; Manât, divinité femelle, dont l'image avait été apportée de Syrie dans des temps très anciens et dont le sanctuaire se trouvait près du mont el-Mochallal et du village de Waddân, sur la route de la Mecque à Médine, vit son effigie détruite; l'idole de Sowà' à Rouhât près d'el-Hodéïbiya, qui appartenait aux Hodhéïlites, fui jetée à terre. Khâlid fut envoyé à la tête de trente cavaliers détruire el-'Ozzà dans la vallée de Nakhla.

Mahomet était entré à la Mecque Je 10 du mois de ramadan ; il y séjourna une quinzaine de jours. Avant de retourner à Médine, où le rappelait la jalousie des Ançârs, qui n'auraient pas supporté que le conquérant, considéré un peu comme leur créature, leur échappai en transportant sa capitale à la Mecque, Mahomet envoya une expédition, sous les ordres de Khâlid, inspecter les tribus avoisinantes, et en particulier celle des Banou-Djadhîma, dans le Tihâma, au sud de la Mecque, qui s'était déjà convertie à l'islamisme et avait construit des mosquées sur son territoire. A l'arrivée de Khâlid, les Banou-Djadhîma s'avancèrent en criant: Çaba'nd (nous sommes devenus Çabiens) ! Cette exclamation n'était pas faite pour assurer Khâlid de la sincérité de leur conversion et de leurs progrès dans le catéchisme de la nouvelle religion, car de véritables Musulmans auraient plutôt poussé le cri de : Aslamna nous sommes devenus Musulmans). Le reproche de Çabéisme était celui que les païens de la Mecque avaient fait le plus souvent à Mahomet, avant son émigration, quand on le voyait procéder aux ablutions rituelles, comme les Çabiens des bords de l'Euphrate. Il y

L ÉMIGRATION \ MÉDINE l«','.i

savait aussi parmi les troupes de Khàlid des gens qui avaient a régler de vieilles querelles avec les Banou-Djadhîmai comme les Banou-Soléïm et Les Banou-Modlidj. Toujours est-il que Khàlid, déclarant qu'il n'avait pas d'intention hostile, lit déposer les armes aux Djadhîmites, puis tomba à l'improviste sur eux. pilla leur camp et lit un grand nombre de prisonniers que l'on décapita le lendemain malin. Cetacte infâme souleva la réprobation unanime des Ançârs et des Mohâdjirs, quand il l'ut connu a la Mecque ; Mahomet déclara qu'il se lavait les mains de l'acte commis par Khâlid, et le blâma publiquement, bien que Khàlid soutînt qu'il ignorai! la qualité de Musulmans des Banou-Djadhîma, et que d'ailleurs il avait reçu l'ordre du Prophète d'attaquer les Arabes. Mahomet reconnut les torts commis en envoyanl Ali en mission pour payer le prix du sang au moyen d'une partie de l'argent emprunté , et comme cela ne suffisait pas, il s'en fit encore prêter d'autre par Abou-Râfi .

La prise de la Mecque n'avait pas terrorisé les Bédouins à tel point qu'ils n'entreprissent plus rien contre le conquérant. Les Hawâzin et les Thaqîfites se coalisèrent et vinrent camper a Honé'ïn, vallée dans la direction de Dhou'1-Mad jà/. Màlik l>en 'Auf en-Naçrî, chef des Hawâzin, prit le commandement en chef et conduisit ses troupes à Autâs, vaste plaine sablonneuse, qui se prêtait le mieux an développement de la cavalerie. Le vieil aveugle Doréïd heu eç-Çimma, des Banou- Djocham, prétait aux confédérés son expérience des choses militaires et leur donnait des conseils avises. Mahomet envoya Abdallah beu-Abi-Iladrad a la découverte, el celui-ci bu rapporta des indications sur la force de l'ennemi, qu il n'estimait pas a moins de vingt mille hommes. Le Prophète reunit environ douze mille combattants, l'armée la pins forte qu'il eh I encore eue sous ses ordres; beaucoup de païen-.

dans l'espoir de part ici per au butin, s'étaient joint- a lui : il

s'était l'ait donner on plutôt prêter par Çafwân ben Oméyya les cottes de maille- et les armes donl celui-ci se trouvait approvisionné, lui promettant de le- restituer intégralement

à la lin de l'expédition. C'était un mon veinent national, et

Mahomet se trouvait a ce moment, non pas le chef des

vrais croyants, mais un chef d'expédition en qui se synthétisaient les intérêts des Qoiéïchites, les uns païens, les autres Musulmans. Cela ressort clairement du cri de Çafwân ben Oméyya : « Si je dois consentir à reconnaître un maître, je préfère un Qoréïchite à un Hawâzin ! »

Mâlik ben Auf avait profité de la nuit pour dresser une embuscade à l'entrée d'une des gorges étroites qui ferment la vallée de Honéïn. Quand l'avant-garde musulmane, à l'aube, pénétra dans ces passes étranglées encore plongées dans l'ombre de la nuit, elle fut attaquée par la cavalerie ennemie, prise de terreur panique et mise en pleine déroute. Elle aurait entraîné l'armée entière, si Mahomet n'avait ordonné à son oncle El-'Abbâs d'appeler à haute voix la troupe des compagnons, la réserve de l'armée, et de la rallier autour de sa mule blanche. La voix sonore d'El-'Abbàs réussit à arrêter dans leur fuite un certain nombre d'émigrés et d'auxiliaires, qui vinrent lutter à côté du Prophète. Sa d ben 'Obàda et Oséïd ben Hodaïr ramenèrent au combat les Aus et les Khazradj. Les femmes elles-mêmes se mirent de la partie et arrêtèrent la fuite des chameaux. Les Hawâzin ne purent pas résister au choc des Musulmans : ils s'enfuirent, et les vainqueurs massacrèrent tout ce qui leur tomba sous la main, même les enfants en bas âge. Le Prophète dut intervenir pour arrêter le carnage. « Ne sont-ce point des fils de païens ? s'écria Oséïd ben Hodaïr. » — « Et vous-même, n'ètes-vous pas des fils de païens ? » répliqua vivement Mahomet. Ainsi finit la grande coalition des Hawâzin et de leurs alliés (ahlâf).

Le même jour, Mahomet s'en alla camper sous les murs de Tàïf. Les habitants s'y étaient renfermés, sans faire de sorties; les Musulmans, n'ayant aucune machine de guerre, ne pouvaient procéder au siège de la place ; ils levèrent 1 investissement au bout de quinze jours. Mahomet avait essayé tous les moyens possibles pour obtenir la reddition de la forteresse; il ne put y parvenir. Il avait envoyé comme émissaire, porteur d'ailleurs d'un sauf-conduit, (haïna ben Hiçn el-Fa/.àri, mais celui-ci, au lieu de plaider la cause des assiégeants, confirma les habitants de Tàïf dans

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