LA PRÉDICATION ABBASS1DE
Les sectes chi'ïtes s'étaient répandues clans le Khorasan, et les partisans des 'Alides y étaient nombreux. Ce furent ces partisans qui se soulevèrent contre l'empire oméyyade et le détruisirent au profit, non des 'Alides, mais des Abbassides. Comment ce phénomène se produisit-il ? C'est ce que nous allons expliquer.
A cette époque, le Khorasan dépendait de Baçra, et les luttes des tribus arabes entre elles s'y continuaient comme avant la proclamation delà nouvelle religion. Le plus important <les groupements était formé par la tribu de Témim jointe à celle de Hibàb : son influence était ass"/ grande pour que ce qu'il restait des chevaliers perses recherchai sa protection; de même les /.«.ils de l'Inde. Les Yéménites étaienl représentés par les Azd; ils étaient mal vus, étant venus bien lard prendre part aux grandes luttes des conquêtes sous 'Omar et 'Othmàn, mais l'arriver au pinacle de la famille d'el-Mohallab avait singulièrement agrandi leur rôle. De là, partage d'influence et lutte: les Témim joints aux 'Abd-el-Qaïs représentant la race de Mo.Jar se trouvèrent places en face des Azd allies aux lîabi 'a. La première d( coalitions fut assez forte, en 96 715 . pour jeter à bas, vaincre et tuer sur le champ de bataille un chef aussi puissani que Qotéïba, qui, étanl de la tribu de Bfthila, n'avait pas derrière lui un clan assez compact pour le soutenir; de sorte qu'un Arabe qui n'était p. «s appuyé par une famille
influente et comptant de nombreux clients, ne pouvait espérer arriver ta rien. On vit le contraire lors de la nomination de Yézîd ben Mohallab, dont la famille était nombreuse et qui s'établit pour longtemps dans le Khorasan. Les Azd revinrent au pouvoir, les Témim perdirent toute considération ; la roue tourna lorsque la famille des Mohallabides tomba du pouvoir.
L'Iran restait tranquille: c'est au delà de l'Oxiis que se passent les révoltes des Sogdiens et les entreprises des Turcs, dont les succès passagers provenaient de l'incertitude du gouvernement et des changements fréquents des vice-rois. Le Témîmite Hârith ben Soréïdj de Dabboûsiya, un ancien khâridjite, se laissa proclamer khalife au nom de la secte des Mourdjites, dans le Tokharistan ; les villes de la Transoxiane se soumirent à lui avec une facilité qui n'eut d'égale que celle avec laquelle elles reconnurent le souverain légitime, quand il envoya des troupes contre les révoltés. Il s'allia aux Turcs, mais fut chassé de Chàch par Naçr ben Sayyâr, et réduit à errer au delà du Iaxartes Sir-DeryA). Plus tard, il alla assiéger Merv et obligea le gouverneur d'en sortir; mais il y fut tué à la suite d'une défaite en redjeb 128 (avril 746).
Naçr était un vieil agent des Oméyyades, blanchi sous le harnais. Il pratiqua des réformes financières, veilla surtout à ce que les Musulmans n'eussent pas à payer la taxe de capitation — tellement les règles étaient mal observées — et à ce que le kharàdj fût perçu exactement des non-Musulmans.
Les difficultés qu'on avait éprouvées à se rendre maître de H à ri th. ben Soréïdj en firent présager de plus grandes quand on vit les Chi'ïtes du Khorasan s'agiter sous les drapeaux noirs qui caractérisaient les menées abbassides et former un camp non loin de Merv, sous le commandement d'Abou-Moslim. Naçr ben Sayyâr suivait depuis longtemps la naissance de ce mouvement, mais ses demandes de renforts ne furent pas écoutées par la cour de Damas. Une bataille entre Ibn-el-Karmânî, qui avait à venger la mort de son père et était appuyé par les Azd et les troupes de Naçr, sous les