LES FAT1M1TES
Nous venons de voir < | u « ■ Obéïdallab le Mahdi s'était débarrassé de ses tleiix principaux collaborateurs : c est « | in- Le premier, Abou 'Abdallah Le Chi'ïte, général heureux <|ui venait de réduire les Kétâma et les Zénâta, s'était acquis la faveur des premiers en les disciplinant, ce qui Lui donnail une grande force <|ni prêtail à de nombreuses réflexion sentant atteint par La défaveur de son maître, il quitta la cour pour se livrer entièremenl à la pacification du Zâb. .Mais L'appui des K.étâmanepouvai1 servir de rien contre l'autorité religieuse d'un Imâm réputé impeccable el infaillible; le Chi'ïte fut assassiné près de Raqqâda par deux affiliés appartenant justement à La même tribu des Kétâma 16 djoumâda || 298=19 février 911 . L<' second. Abou'l-'Abbâs, frère, eut le même sort.
Après d'infructueux essais de conquête en Sicile. 'Obéïdallali envova son fils Abou'l-Qâsim, à peine âgé de vingtdeux ans, avec une armée appuyée par une flotte, dans la direction de TOrienl : car il en i rail dans sa politique A>' combattre le Klialifai Ar Bagdad, représentant du sunnisme, • à-dire le principal obstacle qui allait se dresser devant lui. Tripoli t\>- Barbarie et Barqa furent enlevées sans peine, puis Alexandrie 302-914), ce qui Lui donnait pied en Egypte. Depuis la eh nie des Toulounides,ce pays était g» nom du Khalife Moqtadir, par le Turc Tel in : mai tir Ai- troubles qui l'avaient ruine, il était trop faible pour ré-
sister à une entreprise sérieuse. Déjà l'armée d'Abou'1-Qâsim couvrait les environs de Fostàt, lorsque ce jeune chef jugea à propos de rappeler Habâsa, qui commandait l'avantgarde, et de donner sa place à un autre; Habâsa s'échappa du camp et regagna Tàhert, où il avait un frère, mais, sur l'ordre du Fâtimite, ils furent tous les deux promptement exécutés. En même temps l'émir el-omarâ Mou'nis envoyait à Tékin des renforts qui lui permirent de battre les Berbères ; il fallut retourner dans l'Afrique du Nord.
Ibn-Qorhob, qui s'était révolté en Sicile et s'était reconnu vassal du khalife de Bagdad, avait envoyé sur les côtes de la Tunisie une flotte qui avait pris et pillé Sfax ; limpératrice de Byzance, Zoé, qui avait besoin de toutes ses forces contre les Bulgares, s'était engagée à lui payer tribut ; mais ces commencements heureux furent entravés par l'impossibilité où il se trouva de réduire les chrétiens de l'Etna, réfugiés sur les flancs de la haute montagne, et par les révoltes de ses soldats berbères contre leur chef, qui était de race arabe. Fait prisonnier au cours d'une sédition, il fut envoyé au Mahdi, et exécuté. 'Obéïdallah, devenu ainsi maître de la Sicile, s'en servit comme de base d'opérations, non de guerre mais de piraterie sur les côtesdel'Italieetdelamer Adriatique, c'est-à-dire que ses troupes pillèrent et dévastèrent Gènes (323-935) ; au retour, la Corse et la Sardaigne éprouvèrent de sérieux dommages du passage de ces flottes de corsaires.
'Obéïdallah ne se laissait d'ailleurs pas détourner de son objectif principal, qui était la conquête de l'Egypte. En 304 (916-17), il reprend Barqa et envoie deux ans plus tard une nouvelle armée, commandée par le même Abou'l-Qàsim, son fils, réoccuper Alexandrie et piller le pays jusqu'à Ochmounéïn, sur le Nil; mais le général turc Tékin arrêtait bientôt ses progrès à Fostàt tandis qu'à Rosette la flotte d'Afrique était détruite par des brûlots envoyés de Tarsoùs (chawwâl 307 = févriers-mars 920) ; l'année suivante ce fut l'émir-el- Omarâ Mou'nis qui vint en personne diriger les opérations; en moins d'un an les troupes d' Abou'l-Qàsim durent, après une multitude de petits combats malheureux, regagner leur point de départ, en évacuant encore une fois Barqa.
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( Ibéïdallah venait d'inaugurer sa nouvelle capitale Mehdia, bâtie par Lui non loin de L'ancienne Thapsus, sur le bord 'I»' la mer. Il semble qu'à partir de ce moment '< Ibéïdallah :iit renoncé, au moins provisoirement, à ses visées sur L'Egypte. Son attention était plutôt appelée vers l'ouest de L'Afrique.
La forteresse de Mohammediyya, correspondant à La Msîla actuelle [département de Constantine), venait d'être bâtie pour servir de résidence an gouverneur du Maghreb pour les Fâtimites, poste auquel lbn Abi'l-'Afiya venait d'être nommé. Une révolte d'un Idrisite à Fez fut promptemeni réprimée 313-925 . Sauf Ceuta, restée aux mains des Idrissites bientôt remplacés par une garnison espagnole envoyée par EAbd-er-Rahman III, le Maghreb tout entier obéissait à lbn Abî'l-'Afiya. L'occupation de Ceuta par les troupes du Khalife de Cordoue Lui inspira le plus grand respect, et il ne tarda pas à se déclarer vassal des Oméyyades. Hun quedéfait par le gouverneur de Tâhert et forcé d'abandonner Fez, il ne larda pas à y rentrer dès l'évacuation du pays par l'armée victorieuse. En 323 i>.">."> . lbn Abi'l 'Afiya est incontestablement le maître du Maghreb.
'Obéïdallah, cet homme extraordinaire qui, de chef d'une religion secrète s'étail élevé au rang de fondateur d'empire, mourut dans la nuit <|ui précéda le l 'i rébi' I 322 'i m 934 . Son fils Abou'l-Qâsim lui succéda avec le titre d'el- Qâïm biamrillah <• le remplaçant par l'ordre de Dieu S< a règne ne fut pas plus heureux que ses deux campagnes infructueuses en Egypte. Une troisième tentative, dirigée par l'affranchi Zéïdân, se termina aussi malencontreusement. Le fils de Toghdj, Mohammed l'Ikhchîd, repoussa vigoureusement le corps expéditionnaire qui venait de prendre encore une fois Alexandrie. El-Qâïm allait envoyer contre l'Egypte des forces considérables lorsqu'il en fut empêché par les bouleversements qui agitèrent l'Afrique. Un Berb de la tribu des Zénâta, Abou-Yézid Makhlad, qui était Khâridjite, souleva les montagnards de l'Aurès 332-9fl ' tait un vieillard d'une soixantaine d années qui chevauchait ordinairement un âne, présent d'un Tunisien, ce qui lui valut le sobriquet de Hammâr - L'ânier ». Il s'empara de presque
toutes les villes de la Tunisie et vint assiéger El-Qàïm dans sa capitale même, Mehdia. L'investissement de la ville, défendue par les Kétàma, dura presque un an, pendant que des négociations actives tachaient d'obtenir du secours des Rétama et des Çanhàdja. Bien que les premiers fussent défaits près de Constantine, un chef Çanhàdja, Zîri, put jeter dans Mehdia une caravane de provisions, ce qui sauva la ville. Les Berbères se détachèrent petit à petit du fanatique Aboù-Yézîd. Cependant celui-ci, ayant changé d'allure, se procura de nouveaux adhérents avec lesquels il alla essayer de reprendre Sousse, défenduo par le Khalife en personne. C'est pendant le siège qu'El-Qàïm mourut (13 chawwâl 334- 18 mai 946) et fut remplacé par son fils Abou-Tàhir Isma'il qui eut dès le début la chance de battre Aboû-Yézîd, dont le rôle fut dès lors fini malgré les tentatives impuissantes auxquelles il se livra dans le Maghreb. Blessé à mort dans un combat, sa disparition mit fin à cette longue guerre qui avait duré quatre ans. Au Maroc, les Idrisites continuaient de se rattacher tantôt aux Fàtimites et tantôt aux (Jméyvades d'Espagne. La Sicile devenait indépendante de fait sous la domination de Hasan ben ' A 1 î , un Arabe de la tribu de Kelb. Aboù- Tâhir Isma'il, qui avait pris en montant sur le trône le titre d'el-Mançoùr « le victorieux », ne jouit pas longtemps de la tranquillité qui commençait à régner en Afrique ; il mourut d'un refroidissement le £8 chawwâl 341 18 mars 953 et fut remplacé par son fils Aboù-Témîm Ma'add, plus connu sous son titre d'el-Mo'izz.
Ses débuts furent difficiles. Le Khalife de Cordoue,'Abd-er- Rahman, pour venger le pillage des environs d'Alméiïa, envoya une flotte débarquer à Sousse et prépara une expédition par terre. El-Moizz eut cette chance que son adversaire dut faire face au même moment à toutes les forces des chrétiens. En 347, l'affranchi Djauhar, ancien esclave grec, se mit en campagne avec les troupes Kétania et Çanhàdja, et occupa tout le Maroc jusqu'à l'Océan, à l'exception de Tanger et de Ceuta. Ainsi rassuré ducôtéde l'ouest, el-Mo'izz put reprendre tout à son aise le projet qui était le cheval de bataille de la dynastie tout entière, la conquête de l'Egypte.
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Les choses \ étaienl bien changées. Après la mort de l'Ikhchîd, son affranchi Etâfoûr avait maintenu, à titre <le régent, la dynastie fondée par lui ; niais quand ce ministre énergique eut disparu a son tour, ce fut l'anarchie el le désordre. In juif converti a l'islamisme, Ya'qoùb Ibn-Killis, qui occupait un haut emploi dans l'administration égyptienne, maltraité par le ministre Ibn-Forât, se rendit auprès d'El-Mo'izz ei L'informa de la situation du pays. Laquatrièmeel dernière expédition, commandée par Ojauhar, quitta Mendia le l/i rébf Ier 358 (5 février 969 , occupa en passanl Barqa où Djauhar trouva des émissaires secrets de personnages influents qui rassurèrent de la soumission de l'Egypte, et battit aisément les troupe- des Ikhchidites à Gizèh, au pied des Pyramides (11 cha'bân = 30 juin : six jours après l)j;mhar entrait à Fostât et établissait son camp à l'endroit même où est aujourd'hui le Caire, el-Qâhira « la victorieuse », qui allait devenir la capitale des Fâtimites «'t rester, jusqu'aujourd'hui, celle de l'Egypte entière, au nord de Fostât, qui esl maintenant le Vieux-Caire.
La Syrie restait à conquérir ; elle était aux mains d'un neveu de l'ikhchîd, Hasan ben 'Obéïdallah, <|ui lui battu près de Ram la en Palestine; Damas tomba l'année suivante (359-970 . Le commandanl îles troupes fâtimites, Dja'far heu Fellah, m- remonta pas plus haut : Homs étail aux main- de Séïf ed-daula Le Hamdanide, aux prises avec les Byzantins établis à Antioche. Le nord delà Syrie parut trop troublé pour ([ue le chef fâti mite fût désireux de s\ immiscer. En outre, les Qarmates, qui avaient senti se relâcher les liens d'allégeance qui Les rattachaient aux Fâtimites, avaient fait un traite avec L'Ikhchidite Hasan heu Obéïdallah, qui leur payait tribut; naturellement la conquête de la Syrie par Les Fâtimites les privait de ce revenu : alors le conseil de régence qui les gouvernail se détacha formellement des Fâtimites, ht rétablira la Mecque la prière au uom du KJiali Bagdad et envoya une ambassade au sultan boufde Bakhtyâr pour lui proposer une alliance contre le pouvoir menaçant qui s'élevait à l'Occident. Celui-ci munit les Qarmates «l'armes et d'argent : une armée considérable de Bédouins,com-
mandée par Hasan el-A Vain, entra à Damas et y rétablit l'autorité religieuse du Khalife abbasside Moutf. Les troupes envoyées par Djauhar durent se jeter dans Jaffa, el-A'çam entra en Egypte (361-971) ; Djauhar temporisa, négocia avec les Ismaéliens qui se trouvaient au milieu des Bédouins, et avec ceux-ci, accessibles au pouvoir de l'or, et finalement les Qarmates durent évacuer l'Egypte.
Eu fondant le Caire, les Eàtimites déplaçaient Taxe de leur politique ; le Maghreb, séparé de l'Egypte par le Sahara, la seule route accessible aux armées étant celle qui contourne la Grande Syrte et qui n'est qu'un désert ponctué de quelques oasis, devait forcément, tôt ou tard, leur échapper; cela ne se fit pas tout d'un coup, mais en moins de dix ans l'Occident des terres musulmanes était redevenu indépendant sous une dynastie nationale, celle des Zirides. Ziri, chef des Çanhàdja, avait été un fidèle soldat d'el-Mo'izz ; son fils Bolouggin rétablit la paix en Barbarie et repoussa la confédération des Zénàta jusque vers Sidjilmâssa, dans le Maroc ; aussi le Khalife fàtimite lui conféra-t-il la dignité de gouverneui- de tout le Maghreb, auquel vint s'adjoindre bientôt Tripoli : la dynastie berbère des Zirides était fondée. Une fois Bolouggin installé dans son gouvernement, le Khalife el- Mo'izz partit pour sa nouvelle capitale où il fit son entrée au début de ramadan 362 juin 973).
El-Moizz ne survécut que peu de temps à son triomphe ; il avait à peine quarante-six ans quand il mourut au Caire 365-975). Intelligent, instruit, quelque peu poète, il poussait la tolérance jusqu'à permettre à Sévère, évèque d'Ochmounéïn, de disputer avec les cadis et autres dignitaires musulmans sur des questions religieuses ; il autorisa la reconstruction des églises coptes et assista même à la pose de la première pierre de la Mo'allaqa du Vieux-Caire. Son fils, qui lui succéda, Nizâr el-'Azîz, continua la politique de son père. Les choses allaient fort mal en Syrie ; un ancien officier du Bouïde Bakhtyàr, Aflékin, qui cherchait à se créer une principauté indépendante, avait réussi à enlever Damas aux Bédouins de la tribu de Tayy, et cà leur chef El- A'çam. Allié des Byzantins, Aftékin s'était emparé de tout le
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sud de la Syrie; j)our le combattre, on fil appel au glorieux général Djauhar, un peu délaisse dans les dernières années de Mo'izz. Aftékin appela les Qarmates à son secours; Djauhar fut assiégé dans Ascalon. El-'Aziz se rendil en personne en Syrie (367-977] ; les alliés furent complètement défaits prés de lîainla ; Aftékin lui pris par trahison et les Qarmates se reconnurent tributaires. Ce fui bientôt la lin de leur puissance; la Mecque <ut pour maître des 'Alides qui prirent le titre de chérif, qui se donne aux descendants du Prophète; les Bédouins cessèrent de leur obéir, Leur infligèrent en 378 (988 une défaite considérable; réduits à la région de Lahsà, on les voil disparaître peu après la date de 429 (1037-8), date qui marqua un progrès en avant des Fâtimites en Syrie ; le Turc Anouchtékin Dizbiri s'empara d'Alep et mit lin à la dynastie des Mirdâsides qui s'\ étail implantée.
El-'Azîz laissait a son ministre Ibn-Killis le soin de «li: les affaires. Cela dura jusqu'à la mort de ce personi