‹ Histoire des ArabesChapitre 16 sur 57 · LES ALMORAVIDES ET LES ALMOIIADES · texte numérisé non relu

LES ALMORAVIDES ET LES ALMOIIADES

chesses provenant des villes voisines, elle comprenait un groupe important de chrétiens auxquels le pape Grégoire VII donna pins tard un évêque. A partir de ce moment, Hammâd put se considérer comme indépendant, et il le fut en effet. L’occasion de se déclarer lui fut fournie fort maladroitement par Bâdis, qui lui donna l’ordre de consigner sa province à son propre fils Mo'izz, déclaré héritier présomptif , et qui était à peine âgé de huit ans. Hammâd s’y refusa, et pour bien marquer qu’il rejetait tous rapports, même lointains, avec les Fâtimites,il se déclara sunnite de l’école de Mâlek et rétablit l’enseignement orthodoxe de la théologie et du droit. Bâdîs, il est vrai, marcha contre lui, mais après quelques succès, il mourut en route, et le tuteur de Mo'izz, régent de l’État, fut obligé de conclure la paix (408-1017) en reconnaissant l’indépendance de Ilammàd. Celui-ci régna jusqu’en 419 (1028) et fut remplacé par son fils Qâïd (juqu’en 446-1054). En 460 (1068) la ville de Bougie fut fondée et la dynastie des Banou-Hammâd y ^transporta son siège. L’histoire de celle-ci n’est qu’une suite ininterrompue de combats avec ses voisins, les Zîricles de Mehdia et de Kairouan, les Zénâta de Tlemcen.

La Sicile. — Une attaque d’apoplexie avait, non pas tué, mais rendu incapable de gouverner Yoûsouf, qui représentait les Fâtimiles dans la grande île méditerranéenne (388- 988). Son fils Dja'far, qui rompit tous liens avec le Khalife fàtimite Hâkem, gouverna d’une manière cruelle, contrairement à la politique de son père, qui avait assuré à la Sicile de longues années de tranquillité ; une révolte de ses soldats berbères fomentée par son frère Ali, échoua; 'Ali fut condamné à mort malgré les supplications de son père Yoûsouf, et les Berbères renvoyés en Afrique. Dja'far n’avait plus autour de lui que des Arabes, qu’il réussit à mécontenter ; une conjuration mit sur le trône son frère Ahmed, surnommé el-Akhal (aux yeux noirs); Dja'far et le vieux Yoûsouf furent embarqués pour l’Égypte, emportant avec eux six cent soixante-dix mille pièces d’or, somme d’après laquelle on peut juger de la prospérité de la Sicile à cette époque. Mais les malheurs allaient commencer :

pressés sur mer par les Pisans et les Byzantins, les Arabes de Sicile ne prirent le dessus que grâce aux renforts envoyés par Mo i zz, qui avait jeté sou dévolu sur l’ile et espérait compenser, en l’occupant, ses pertes territoriales en Afrique. Les flottes unies ravagèrent Corfou, la Grèce, les Cyclades, la Thrace. L’empereur Michel IV conclut la parx en 426 (1035). L’augmentation des impôts qui pesaient sur les mowallads, les descendants de l’ancienne population chrétienne, amena un soulèvement; Ahmed el-Akhal fit appel au concours des Byzantins pour réprimer la révolte, mais les rebelles se tournèrent du côté de Mo'izz, qui leur envoya un renfort de six mille hommes commandés par son fils 'Abdallah; el-Akhal, rejeté dans Palerme, y périt (429- 1038). L’empereur Michel envoya un corps expéditionnaire composé de Russes, de Yarègues et de Normands, sous la conduite du fameux général Maniacès : après la prise de Messine, les Musulmans furent définitivement vaincus à Rametta et l’armée byzantine ne s’arrêta que devant les murs de Syracuse. Une nouvelle armée musulmane fut défaite à Traina (431-1040 , Syracuse prise, et la Sicile serait redevenue byzantine si de sérieux dissentiments n’avaient séparé les Normands du gros de l’armée ; la mort de l’empereur Michel et les troubles qui la suivirent laissèrent le champ libre aux Arabes, qui reprirent bien vite l’île tout entière. Les Berbères eux-mêmes durent regagner l’Afrique- La Sicile se divisa en petites principautés ; il y eut même, comme en Espagne, une république à Palerme. Mohammed ben Thimna, à Syracuse, qui luttait contre Ali ben Ni'âina, surnommé Ibn-Hawâchi, avait été défait par lui ; pour se maintenir, il fit appel aux Normands qui, après leur brouille avec les Byzantins, s’étaient installés dans le sud de l’Italie, et, sous le commandement de Robert Guiscard, duc d’Apulée, vinrent en réalité conquérir la Sicile pour leur compte : d’abord Roger, frère cadet de Robert, qui prit Messine avec seulement deux cent soixante-dix hommes (453-1061), puis Robert lui-même avec mille cavaliers et mille fantassins, juste le double du nombre des compagnons de Garibaldi; mais il fallut trente ans avant que les Nor-

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