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LES ALMORA VIDES ET LES ALMOHADES

mancls se fussent emparés complètement de File. Catane et Palerme tombèrent l’une après l’autre (463-464 = 1071-1072) ; Syracuse fut défendue par un brave guerrier, dont nous ne connaissons le nom que par les récits des auteurs chrétiens, Benavert ou Benarved; la ville ne se rendit qu’après sa mort (479-1086). La prise de Malte (484-1091) marque la limite des conquêtes de Roger.

L’immigration hilalienne en Afrique du Nord. — En 440 (1048), le ministre du fâtimite Mostançir, qui ne cessait de protester, sans aucun succès, contre le retour à l’orthodoxie des princes vassaux en Afrique, conçut le projet de lancer sur eux les tribus bédouines pillardes établies en haute Egypte, les Banou-Hilâl et les Soléïm ; on remit à chaque homme une pièce d’or et un chameau, à condition qu’ils videraient le pays et iraient habiter le Maghreb : ils ne se le firent pas dire deux fois, se mirent en route, pillèrent Barqa, l’ancienne Cyrénaïque, et Tripoli de Barbarie, et deux ans plus tard arrivèrent à Kairouan ; Mo'izz réunit une armée de trente mille hommes qui fut complètement défaite par les Banou- Hilâl auxquels s’étaient joints les Bédouins déjà établis dans le pays. Assiégé dans sa capitale, Mo'izz dut l’abandonner et se retirer à Mehdia en même temps qu’il mariait ses trois filles à trois chefs bédouins. Kairouan fut affreusement dévastée, et Mo'izz perdit du coup ses autres possessions, car les villes de son royaume se choisirent des chefs indépendants : Tunis eut pour maître les Banou-Khorasân, d’abord lieutenants des Banou-Hammâd, plus tard indépendants eux aussi ; de petites principautés se créèrent à Sfax et à Gabès, Sousse devint une république. Témim, fils de Mo izz, parvint à réoccuper Kairouan et même à envoyer des renforts à ses coreligionnaires de Sicile, mais son pouvoir ne s’étendait guère au delà des environs immédiats de Mehdia. Les Banou- Hammâd essayèrent en vain d’arrêter le torrent et ne purent empêcher plusieurs tribus bédouines de s’installer sur leur territoire ; pendant dix ans coula le flot ininterrompu de l’invasion, qui s’étendit jusqu’au Maroc. L’intrusion des Banou-Hilâl ruina pour toujours la civilisation du nord de l’Afrique, qui disparut petit à petit pour tomber dans l’anar-

chie et la sauvagerie où nous voyons aujourd’hui plongé le Maroc. Les Arabes nomades de l’Afrique du Nord sont les descendants des envahisseurs du onzième siècle.

Progrès des chrétiens en Espagne. — Petit à petit, à coups de guerres et de razzias, Alphonse VI étendait sa domination, gagnant de plus en plus vers le midi. A Tolède, Qâdir avait été chassé par les habitants, qui s’étaient jetés dans les bras de Motawakkil de Badajoz; le roi de Castille le rétablit sur son trône, le ruina par ses exactions, se lit remettre Lune après l’autre les forteresses de son territoire, et finit par lui enlever sa capitale elle-même, où il entra le 27 moharrem 478 (25 mai 1085). Le danger où se trouvaient plongées les possessions musulmanes fit faire des ouvertures aux Almoravides, qui franchirent le détroit de Gibraltar et apportèrent l’appoint de leurs jeunesforces àMo'tamid; Alphonse, qui était occupé au siège de Saragosse, apprit l’arrivée des nouveaux venus et se dirigea eu hâte vers Tolède ; les troupes ennemies se heurtèrent à Sacralias (Sallâqa) près de Badajoz et l’armée chrétienne fut complètement défaite (12 rédjeb 479 = 23 octobre 1086).

Yoùsouf n’avait pas songé à s’établir définitivement en Espagne, en venant prêter le concours de ses armes aux Musulmans opprimés ; son domaine était le Maroc, etil y retourna incontinent. C’était une faute, car son absence renditle courage aux Chrétiens, surpris de leur soudaine défaite : dès qu’Alphonseeut rassemblé de nouvelles troupes, il se porta contre Alméria etMurcie. A Valence, il trouva un personnage qui doit cà la légende un renom extraordinaire, Rodrigue ou RuyDiaz de Bivar, plus connu sous le surnom de Cid Campéador « le Seigneur champion ». C’était en réalité un condottiere, qui avait servi également les Banou-IIoùd de Saragosse et le roi Alphonse : il était à la dévotion de qui le payait. Il s’était finalement constitué une principauté en prenant Valence après un long siège (487-1094) et avait fait brûler vif le cadi Ibn- Djahâf, qui était le maître de la ville depuis que, deux ans auparavant, Qâdir avait péri à la suite d’un complot.il ne jouit pas d’ailleurs fort longtemps de son triomphe : en 492 (1099) il mourait de fureur après avoir été défait par les Almoravides.

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