LES EYY0UB1TES
ses communications avec l’Égypte, el-.Mélik el-'Adil ; puis ils allèrent mettre le siège devant Damiette (615-1218). Le gouvernement de l’Égypte était alors entre les mains du fils d’el-Mélik el-'Adil, Nâçir-eddin Mohammed (el-Mélik el- KâmiL, qui se mit courageusement à l’œuvre en attendant l’arrivée de son père et des renforts que celui-ci lui expédiait en hâte ; el-Mélik el-'Adil s’était lui-même mis en route lorsqu’il mourut subitement, à l’âge de soixantequinze ans, dans les plaines de la Palestine (7 djoumâda 11 615 — 31 août 1218).
Les Croisés venaient de s’emparer de la Tour de la Chaîne ( bordj es-silsila ), ainsi appelée à cause de la grosse chaîne de fer qui barrait l’entrée du Nil et qui s’étendait entre elle et les murs de Damiette. En plus de ce succès, les troupes se mutinèrent et voulurent proclamer sultan un émir kurde, Mmâd-eddîn Ahmed : la situation était donc des plus périlleuses pour le jeune el-Mélik el-Kâmil, lorsqu’il fut sauvé par son frère Khaïr-eddin Isa (el-Mélik el-Mo'azhzham, Coradin des écrivains occidentaux), prince de Damas, qui réprima la révolte et battit les Francs sans pouvoir néanmoins leur faire lever le siège de Damiette ; cette place finit par être prise d’assaut (10 ramadân 616 = 19 novembre 1219).
Les Croisés ne voulurent pas en rester là et se mirent en marche vers le Caire ; mais ils furent obligés de s’arrêter à Mançoura, où le sultan était campé et où arrivaient les renforts amenés de Syrie par les Eyyoubites ; néanmoins, comme il n’avait pas confiance dans l’issue d’un second combat, le premier lui ayant fait éprouver des pertes considérables, il offrit aux Croisés la cession de Jérusalem, d’Àscalon, de Tibériade et des places de la côte, moyennant la reddition de Damiette ; les Francs demandèrent en outre des indemnités, dont une grosse somme pour rétablir les fortifications de Jérusalem qu’el-Mélik el-Mo'azhzham venait de faire démanteler pour qu’ils n’allassent pas en laire un réduit inexpugnable ; ces négociations traînaient en longueur lorsque les Musulmans, profitant de ce que la crue du Nil était dans son plein, allèrent couper la digue du canal de Mahallé sur les derrières du camp des Croisés. L inondation changea
la lace des choses et les Francs, pour pouvoir se retirer tranquillement, furent obligés de sacrifier Damiette sans compensation ; on échangea des otages et le traité d’évacuation fut signé (7 redjeb 618 = 27 août 1221).
El-Mélik el-Kàmil résolut de détourner à son profitlagrande force combattante que représentaient les Croisés ; désireux d’enlever Damas à el-Mélik el-Mo'azhzham, il négocia avec l’empereur d’Allemagne Frédéric et le détermina à attaquer la Syrie moyenne. Seulement il arriva ceci : le prince eyyoubite de Damas mourut, et son jeune fils Çalàb-eddin Da’oùd (el-Mélik en-Nâç.ir) se vit enlever par son oncle, el-Mélik el- Kàmil, les places deChaubaket de Jérusalem; ayant appelé de Mésopotamie à son secours el-Mélik el-Achraf, celui-ci s’arrangea avec le sultan d’Egypte et ils partagèrent entre eux les possessions du jeune prince dépouillé. Quand Frédéric II, aux ternies du traité, se mit en marche, les choses avaient changé ; mais il n’en tint pas compte, et continuant d’aller de l’avant, il s’empara de Tyr. Il s’en suivit de nouvelles négociations qui furent interrompues par la mort, à Damas, d’el-Mélik el-Kàmil (rédjeb 635= février-mars 1238).
Il avait laissé en Egypte son fils Séïf-eddîn Abou-Bekr (el-Mélik el-'Adil II) qui fut immédiatement reconnu par les émirs comme son successeur; celui-ci avait tout à craindre de son frère Nedjm-eddîn Eyyoub (el-Mélik eç-Çâlih), lequel venait d’échanger ses possessions de Mésopotamie contre la Syrie, que lui cédait l’émir Younous el-Mélik el- Djawâd ; il marcha à sa rencontre jusqu’à Belbéïs où éclata le complot que les émirs avaient formé à l’instigation du nouveau maître de la Syrie ; arrêté dans sa tente, il fut déposé (8 dhoul-hidjdja 637 = 30 juin 1240) après deux ans environ de règne. El-Mélik eç-Çâlih fit une entrée triomphale au Caire.
Une fois affermi sur le trône, le nouveau sultan pensa à se débarrasser des gênants collaborateurs qui l’y avaient amené ; appuyé sur sa garde particulière composée de mamloûks (esclaves) d’origine turque, il fit arrêter tous les émirs qui avaient comploté en sa faveur, et il dépouilla de ses Etats de Mésopotamie ce même émir el-Mélik el-Djawâd