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LES WA H HABITE S

furent vendues aux enchères publiques. On fondit les lampes, les vases, les chandeliers d’or. Les sommes produites furent distribuées à la garnison de la citadelle.

Une tentative des Wahhàbites sur Nédjef (Mechehed- 'Ali) en 1807 avorta par l’imprudence d’un chef de corps, qui voulut haranguer ses troupes au début d’une escalade nocturne et ne réussit qu’à réveiller les sentinelles; les habitants coururent aux armes et repoussèrent ceux des assaillants qui déjà s’étaient introduits dans la place; les sectaires qui se retirèrent dans une vallée voisine en furent chassés par un chef arabe à la tète d’un petit corps d’hommes déterminés. En se retirant le long de l’Euphrate, les Wahhàbites passèrent près de la bourgade de Sémâwàt qu’ils essayèrent d’escalader la nuit, mais ils ne réussirent pas davantage, furent complètement défaits par un chef arabe de la tribu des Khézàïl et rentrèrent dans le désert après avoir éprouvé de grandes pertes.

Sans se décourager, dès l’année suivante, ils attaquaient par suprise Âna sur l’Euphrate et la saccageaient horriblement. En 1808, ils apparaissaient devant Damas et invitaient les habitants à embrasser la réforme, sous peine d’un massacre général. Yoûsouf-pacha, surnommé Gendj (le jeune), qui gouvernait la ville, était pris au dépourvu; il négocia avec les envahisseurs, feignit de vouloir se convertir avec le peuple, et amena les Wahhàbites, moyennant une forte rétribution, à permettre le départ de la caravane de la Mecque, suspendue l’année précédente. Toutefois la mésintelligence ne tarda pas à éclater entre les pèlerins et leurs conducteurs; ceux-ci pillèrent les bagages et ramenèrent la caravane à Damas ; mais entre temps on avait réparé à la hâte les défenses de la place, et les Wahhàbites n’eurent pas la patience d’essayer de la réduire par la famine; ils partirent après avoir ravagé les environs de la ville, la plantureuse Ghoùta.

L’émir Sa'oùd était un esprit politique avisé, qui comprit qu’ayant à lutter contre l’Empire ottoman, il devait se concilier les ennemis de la Turquie; c’est ainsique, par extraordinaire, la caravane chi'ïte venant de Perse et qui est en

butte aux vexations des Musulmans sunnites dès qu’elle met le pied sur le territoire sacré, fut bien traitée et put accomplir son devoir religieux en toute sécurité, selon les ordres donnés par l’émir, qui s’en fit un mérite auprès de Feth-'Alî-Châh, roi de Perse, pour nouer avec lui d’amicales relations. Il eut soin également d’entretenir des rapports étroits avec la Compagnie des Indes.

De nouvelles tentatives vers P 'Iraq échouèrent misérablement, comme les premières. Les sectaires essayèrent de surprendre Kerbélâ comme ils l’avaient fait avec succès six ans auparavant; mais Suléïman-pacha, successeur d’eAli à Bagdad, en avait renforcé la garnison, et de plus il se mit aussitôt en marche pour les combattre, ce qui les décida à la retraite.

En passant à Chéfata, bourgade dans le désert, habitée par des Arabes Hoséïniyya qui y exercent le métier de cultivateurs, ils razzièrent la région ; ils furent battus sous les murs de Sémâwât, puis de nouveau près de Soûq-ech- Choyoûkh, par la tribu des Montéfik, et rentrèrent en Arabie après avoir enlevé la récolte de dattes de Baçra. Leurs essais en Svrie furent également infructueux; ils furent dispersés près d’Alep, ainsi que dans la région entre Homs et Hamâ. Presque tous ceux qui, sur les bords de la mer Rouge, entreprirent d’assiéger Djedda périrent sous les murs de la forteresse (1810).

Les Djaxvâsim, avec leurs chaloupes nommées dciw, couraient le long des côtes du golfe Persique ; leur appui semblait promettre aux Wahhâbites la domination de ces régions; mais la Compagnie des Indes ne pouvait pour la sécurité du commerce tolérer une piraterie qui désolait ces côtes ; elle équipa une escadre qui vint se joindre aux navires de l’imam de Mascate et détruisit complètement la Hotte des corsaires.

Ce que les gouverneurs turcs de la Syrie et de P 'Iraq n’avaient pas pu accomplir, un autre pacha allait l’entreprendre, celui de l’Egypte. Mohammed- Ali, plus connu chez nous sous l’appellation de Méhemet-Ali, prononciation turque des mêmes noms, venait de préluder à la déclaration

LES WAI1 HABITES

d’indépendance qu’il méditait par la destruction des Mainloiiks (1er mars 1811). Ayant reçu l’ordre de la Porte de se préparer à combattre les Wahhâbites, il prit des dispositions pour organiser une flotte de transport à Suez. Un corps expéditionnaire, placé sous les ordres de Tosoùn-pacha, fils de Mohammed- Ali, âgé de seize ans, partit de cette ville par la route de terre pour Yanbo', à la tète de la cavalerie, et y rejoignit l’infanterie qui y avait été transportée par mer. Après avoir établi un camp retranché, on s’avança jusqu’à Bedr; pour atteindre Médine, il fallait forcer les délilés de Djédidé; les troupes marchèrent bravement à l’assaut, mais bientôt rebutée par les difficultés de l’entreprise et par la résistance de l’ennemi, l’armée égyptienne se débanda, et s’enfuit tout entière à Yanbo', laissant sept canons aux mains de l’ennemi.

En attendant les renforts promis par le pacha d’Egypte, Tosoûn s’occupa d’entretenir des intelligences avec Ibn- Ghédid, un des meilleurs chefs wahhâbites, qui avait été destitué sous prétexte d’insubordination et qui, pour se venger, passa tout à coup du côté égyptien, entraînant avec lui l’adhésion de tribus arabes auxquelles le général fit de grandes largesses, ce qui lui constitua une armée auxiliaire de Bédouins qu’il plaça sous les ordres d’Ibn-Chédid. Tosoûn, avec les renforts reçus d’Égypte et le concours des auxiliaires, reprit sa marche en avant, traversa les défilés qu’il trouva sans défenseurs et ne tarda pas à s’emparer de Médine (fin de 1812), après un blocus de soixante-quinze jours. De là, il lui fut facile de gagner Djedda, où l’attendait le chéri f Ghâlib.

Enfin 'Abdallah, fils de l’émir Sa'oûd, laissé par celui-ci à la tête de l’armée du Hedjaz, fut forcé d’évacuer la Mecque qui fut aussitôt occupée par les troupes égyptiennes, sous les ordres de Mouçtafà-bey, beau-frère du vice-roi.

Tâïf était commandée par 'Othman el-Madàïfi, qui l’abandonna à l’approche de la cavalerie égyptienne et se retira dans une bourgade voisine dont la défense était plus difficile; aussi, victime de son imprudence, dut-il essayer de s’enfuir au milieu de la nuit; il fut fait prisonnier, conduit

au Caire, puis à Constantinople, et finalement mis à mort. Il était le beau-frère de Gliâlib et espérait être nommé chérif à sa place.

Mouçtafa-bey essaya de pénétrer plus avant dans le pays; il trouva à Taràbé l’ennemi commandé par Faïçal, fils de Sa'oûd. Les Wahhâbites sortirent de la place pour attaquer les Egyptiens; ils avaient à leur tête une femme, Ghâliya, épouse du chéïkh de la tribu de Sobéïh, et mirent en déroute complète le corps expéditionnaire, qui perdit à cette affaire son artillerie et ses bagages.

Maintenir l’occupation du Ilecljâz n’était pas facile. Sa'oûd s’empara d’el-Henakiya et bloqua Médine, (pii ne fut délivrée que par le prompt envoi de trois cents hommes; le climat éprouvait extrêmement des soldats habitués à vivre dans l’abondance sur les bords du Nil. Mohammed-'Ali résolut de se rendre en personne aux villes saintes, et il débarqua à Djedda le 28 août 1813. Attribuant au chérif Ghàlib la prolongation de la guerre, il le fit arrêter, le destitua et le remplaça par son neveu Yahyà, fils du chérif Souroùr. Ghâlib, exilé à Salonique, y mourut quatre ans après (1231- 1816).

Tosoùn, ayant pris Tâïf pour base de ses opérations, marcha sur Tarabè, mais ne put prendre cette ville à cause de la difficulté d’approvisionner l’armée et de la détresse qui s’ensuivit; on dut battre en retraite, brûler les tentes et les équipages, et se défendre constamment contre l’ennemi qui harcelait continuellement les Égyptiens. Mohammed- 'Ali savait encourager les troupes par des gratifications, de bonnes paroles et l’envoi opportun de provisions abondantes, de sorte qu’il empêcha le découragement de les gagner. En même temps il faisait occuper Qonfoda, où les Wahhâbites s’étaient installés depuis quelque temps; l’impéritie de Zaïm-oghlou fit que l’occupation se termina par un désastre; les Wahhâbites reprirent ce port de mer.

Sa'oûd mourut à Der'iyyè le 8 djoumâda I 1229 (28 avril 1814) ; il n’avait que soixante-huit ans. Il souffrait depuis huit mois de coliques néphrétiques; un accès l’emporta. On vantait son désintéressement, sa bravoure, son activité infa-

LES WAHHÂUITES

tigable; on dit qu’il maintint, autant que possible, la justice dans les provinces qui lui étaient soumises. Il avait eu onze enfants de ses quatre femmes légitimes : l’ainé de ses fils, 'Abdallah, lui succéda.

L’insuccès de la marche de Abidin-bey sur la province de Zahrân ramena les Wahhâbites sous les murs de Tâïf et rendit la position de Tosoun fort critique. L’approche de Mohammed-'Ali et sa jonction avec les troupes de son fils réduisirent les assaillants à la retraite; le vice-roi força Faïçal à s’éloigner et reprit Qonfoda.

Tosoûn-pacha avait réuni à Médine un corps de deux mille cinq cents hommes de cavalerie et d’infanterie, avec lequel il entreprit ce qu’il y avait de plus difficile, une campagne dans le Nedjd. Arrivé dans la province d’el-Qâsim, il bloqua Chenâné, dont il s’empara au bout de deux jours; les chefs d’er-Rass apportèrent la soumission de la ville ; mais les communications avec Médine ne tardèrent pas à être interceptées par les coureurs ennemis, et Tosoûn resta sans nouvelles de son père, qui entre temps avait dû retourner en Egypte, jusqu’au moment où, lors des négociations qui précédèrent une suspension d’armes sollicitée par 'Abdallah, on eut des informations par un prisonnier relâché. Un traité de paix fut conclu, par lequel 'Abdallah reconnaissait la suzeraineté du sultan de Constantinople. Là-dessus Tosoûn rentra en Egypte, oû son père avait maille à partir avec la soldatesque.

'Abdallah avait acheté par sa soumission la retraite des troupes égyptiennes d’er-Rass, mais il voulut s’affranchir de l’obligation de se rendre à Constantinople, qui lui avait été imposée par le traité, Mohammed-'Ali ayant au contraire insisté énergiquement sur ce point en menaçant le chef wahhûbite d’aller détruire sa capitale. 'Abdallah, d’accord avec les chéïkhs des Arabes, se disposa à la guerre, fortifia Der'iyyè au moyen d’ouvrages garnis d’artillerie et prépara de grands approvisionnements. De son côté, Mohammed-'Ali avait désigné Ibrahim, son fils aîné, pour commander l’armée envoyée en Arabie. Six mois furent consacrés aux préparatifs; on fit de Suez un vaste magasin, oû s’accumulaient le blé, la farine et les effets de campement.

Cinq cents Maghrébins, sous les ordres de Hassan Kâclief, allèrent à Yanbo' attendre le gros de l’armée, qui arriva sur des barques, après avoir traversé le désert de Kéné sur le Nil à Qoçéïr, au moyen de chameaux fournis par les 'Abâbdè, et ensuite la mer Rouge. Cette route, dont on n’avait pas l’idée autrefois, avait été montrée aux Egyptiens par les Anglais, qui avaient amené par là leurs troupes de l’Inde pour obliger les Français à évacuer l’Egypte.

Le 28 septembre 1816, Ibrahim-pacha débarquait à Yanbo'. Dix jours après, suivi seulement de sa garde particulière, il entrait dans Médine et y accomplissait ses dévotions au tombeau du Prophète. Le 13 dhou’l-hidjdja 1231 (4 novembre), il partit et alla camper à Es-Sowéïdara, entre Djedda et Yanbo' ; il était accompagné, entre autres Européens, d’un officier français, Yaissière, son aide de camp. Des razzias mirent à la raison les Bédouins hostiles. Campé à el-Henâkiya, il lança des reconnaissances de cavalerie dans diverses directions; malheureusement les troupes eurent beaucoup à souffrir de la dysenterie; pour y remédier, on remplaça les tentes par des baraquements. 'Abdallah résolut alors de se porter à la rencontre des envahisseurs, mais il attaqua imprudemment le poste d’el-Màwiyè, dont Ouzoun- ' Ali venait de s’emparer et où il s’était retranché; pour éviter l’effet de l’artillerie, il avait recommandé à ses soldats de se coucher à terre; néanmoins, après deux heures de combat, les Bédouins auxiliaires s’enfuirent et entraînèrent le reste de l’armée wahhàbite.

Ibrahim-pacha arriva à er-Rass et dut entreprendre le siège de la place, dont il ordonna l’assaut au milieu de la nuit, sans avoir fait brèche et sans avoir reconnu un fossé profond au pied des murailles. Ou n’avait préparé aucun moyen d’escalade; dans des conditions aussi irraisonnées, l’assaut échoua, et les Egyptiens perdirent huit cents hommes. Ce revers n’inquiéta pas Ibrahim, dont la tranquillité d’âme imposa aux soldats. Deux assauts successifs, dans les mêmes conditions, eurent le môme succès; les défenseurs, d’ailleurs, armés de lances et de fusils à mèche, se battaient avec courage et faisaient des sorties.

LES WAHIIÂBITES

Abdallah aurait pu avoir raison des Égyptiens; il préféra négocier, mais la fierté des envoyés fit échouer les pourparlers. La ville d’er-Rass, après un siège de plus de trois mois, demanda à se rendre et obtint une capitulation des plus honorables, puisque les habitants n’étaient tenus à rien et que l’armée égyptienne s’engageait à ne pas franchir les murs.

Cet arrangement avait toulefois, pour Ibrâhîm, l’avantage de lui permettre de marcher en avant. Il s’empara d’el- Khabrâ et cl’'Onéïzè, qui se rendirent après avoir été canonnées; un des forts qui défendaient les approches de Bouréïdè ayant été pris d’assaut, la ville se rendit. Chakrâ résista, car il y avait dans la ville cinq pièces de canon; mais, sur les conseils de Vaissière, on établit des batteries et l’on bombarda la forteresse; la ville capitula après six jours, et le général se porta de là sur Der'iyyè, où il arriva le 6 avril 1818.

Le siège fut long; les Wahhâbites défendirent avec opiniâtreté les abords de la place. Toutefois les renforts qui arrivaient incessamment réconfortaient les assiégeants, dont le camp était abondamment pourvu de provisions par des caravanes venues de différentes régions; il est vrai que la situation était la même pour les assiégés, l'enceinte n’ayant pu être complètement bloquée. Aussi les sorties étaientelles fréquentes. Un feu de bivouac mit l’incendie à la poudrière des Égyptiens, qui sauta; le lendemain, les Wahhâbites firent une sortie générale, mais n’attendirent pas que les adversaires eussent consommé le peu de munitions qui leur restaient; aussi furent-ils écrasés par la mitraille. Bientôt du matériel d’artillerie vint remplacer celui que le hasard avait détruit.

Ibrahim pressa le siège et s’empara successivement des divers quartiers fortifiés de la ville. Le 9 septembre, 'Abdallah envoya demander une suspension d’armes, puis il se rendit lui-même à Ibrahim-pacha, qui le traita avec considération et l’envoya en Egypte, d’où Mohammed-'Ali le fit conduire à Constantinople, où il fut décapité sur la place de Sainte-Sophie (décembre 1818).

Sur l’orclre de Mohammed-'Ali, on détruisit les murs et les forts de Der'iyyè, et l’on incendia les maisons, puis l’on évacua le pays, à cause de la difficulté de s’y procurer des vivres. Toutefois on y laissait un gouverneur, Isma'il-pacha, avec une garnison, qui tint les principales places ; mais l’insolence des soldats, et surtout la tyrannie du nouveau gouverneur qui le remplaça au bout de deux ans, Khâlidpacha, amenèrent promptement la révolte. Turkî, fils d’'Abdallah, qui s’était enfui de Riyâd lors de la prise de la ville, s’était réfugié dans le Sodéïr puis caché à Baçra, fut rappelé par les mécontents et mis à leur tête ; une lutte d’escarmouches commença, ensuite le soulèvement fut général et les garnisons égyptiennes massacrées presque toutes. Khâlid, pour conserver ses communications avec l’Egypte, se retira dans le Qâsim; Turkî rétablit l’Etat wahhâbite et choisit pour capitale Riyâd.

La situation de cette ville était plus avantageuse que celle de Der'iyyè, d’ailleurs complètement ruinée ; il y fit bâtir un palais que visita Palgrave, une grande mosquée et des murs d’enceinte. Il dut l’évacuer quelque temps, lorsque s’approcha l’expédition égyptienne, placée sous les ordres de Hoséïn-pacha et destinée à le combattre ; celle-ci était arrivée dans le Nedjd sans aucune difficulté. Devant elle, les garnisons wahhâbites s’étaient enfuies jusque dans le Harîq, au delà du Yémâma ; Hoséïn entreprit de les y poursuivre, et c’est en marchant à leur rencontre qu’il fut égaré par les guides dans le désert de sable qui avoisine le Harîq. L’armée égyptienne y périt tout entière de soif, au nombre de quatre à cinq mille soldats : on dit que Hoséïnpacha réussit à se sauver avec quelques hommes de sa suite.

Mohammed-'Ali renonça pour le moment à une nouvelle entreprise contre le Nedjd. Turkî put gouverner dans une paix profonde. Vers 1830, il songea à reconquérir la province d’el-Ahsâ et confia à son fils Faïçal le soin de la ramener à l’obéissance. A peine l’expédition s’était-elle mise en route que Turkî fut assassiné, pendant la prière du soir, par un de ses parents, Mochâri' ; le prompt retour de Faïçal empêcha le meurtrier de s’emparer du trône, mais il tenait

LES WAHH ÀBIT ES

le palais et s’y laissa assiéger pendant vingt jours, au bout desquels il fut surpris et tué par un chef du Djebel-Chammar attaché à la fortune wahhâbite, 'Abdallah. C’est ce même Abdallah qui, appuyé par les Wahhâbites, alla fonder dans le Djebel-Chammar le royaume qui existe encore aujourd’hui.

L’Egypte profita du changement de règne pour renouveler ses tentatives sur le Nedjd et venger le désastre de Hoséïnpacha. Khourchîd-pacha, avec le Qâsim, resté au pouvoir des Egyptiens, comme base d’opérations, envahit le Wàdi- Hanifa; Faïçal dut fuir en toute hâte; plusieurs membres de sa famille furent faits prisonniers. Khourchid installa à sa place un petit-fils cl’un des frères cl’'Abd-el-'Azîz, Khâlid.

Faïçal, au lieu d’entreprendre une guerre de surprises et de razzias, accomplit le pèlerinage de la Mecque sous un déguisement, et se rendit ensuite en Syrie; à Damas, il visita les docteurs hambalites, dont la science avait eu tant de pouvoir sur le fondateur de la secte wahhâbite. C’est là qu’au bout de deux ans un message vint le rappeler au Nedjd ; Khâlid avait résolu d’abdiquer un pouvoir précaire et ingrat ; les Wahhâbites revirentavec plaisir Faïçal, maisà peine étaitil rétabli que Khourchid, le gouverneur égyptien, fondit à l’improviste sur Riyâd et enleva Faïçal, qui fut emmené en Egypte et y resta détenu, dans une forteresse près de Suez, jusqu’à l’avènement d"Abbâs-pacha. Il nomma à sa place Ibn- Thanayân, cousin de Khâlid et petit-fds d’'Abd-el 'Aziz.

Celui-ci s’occupa de continuer les travaux d’embellissement commencés à Riyâd et de rétablir l’ordre dans le royaume, en réprimant avec sévérité les incursions des nomades ; mais il s'aliéna les cœurs par son caractère despotique et cruel. Le terrain était donc bien préparé pour le retour de Faïçal, qui s’était échappé pendant la nuit de la forteresse où il était enfermé depuis cinq ans, et qui profita, pour s’évader, du relâchement de surveillance qui coïncida avec l’accession d’Abbâs-pacha à la vice-royauté du Caire. Khourchid-pacha, ne pouvant plus compter sur l’appui de son gouvernement, évacua le Qâsim, où Faïçal rentra avec l’appui unanime des populations. Après un simulacre de défense, Ibn-Thanayân se rendit à son heureux rival.

Une ophtalmie contractée en Égypte empêchait Faïçal de prendre le commandement des troupes ; il y fut aisément suppléé par son fils 'Abdallah, qui entreprit contre les tribus nomades, El-Ahsâ, le Qatif, P 'Oman, des campagnes qui furent couronnées de succès. 'Abdallah ne succéda pas à son père sans soulever la compétition de son frère Sa'oûd, et celte lutte intestine affaiblit considérablement l’importance de l’État wahhâbite dans l’Arabie centrale, où le Djebel- Ghammar, sous la conduite des émirs de Hâïl, ne tarda pas à établir sa prépondérance.

Doctrine des WahhAbites. — Mohammed ben 'Abd-el- Wahhâb, élève des docteurs hambalites de Damas imprégnés des doctrines d’Ibn-Taïmiyya, s’était proposé de rétablir l’Islam dans sa pureté primitive, et pour cela il ne reconnaissait que le texte même du Qorân et la Sonna du Prophète : tout le reste était innovation (6/c/'a), c’est-à-dire hérésie, et par conséquent à rejeter. Gela excluait non seulement le culte des saints, mais encore les innovations récentes, telles que l’usage du café et du tabac. Toute vénération de personnes humaines était par lui qualifié de chirk , association de personnes diverses à la divinité, ou polythéisme ; ce terme, dont Mahomet avait fustigé les vieilles croyances des Arabes païens, il s’en servait pour lutter contre les idées admises par ces contemporains musulmans ; le culte rendu au tombeau du Prophète à Médine rentrait naturellement dans cette catégorie. La construction de minarets à côté des mosquées ou sur leurs murs d’enceinte, l’usage du chapelet, inconnus tous deux à l’Islam primitif, furent rejetés par lui. Tout luxe de vêtements fut banni, l’assistance aux cinq prières journalières exigée parla force : le but était de rétablir la société musulmane telle qu’elle se trouvait au fin début de son existence, à Médine, au premier siècle de l’hégire. L 'idjma ou consentement unanime de la communauté était rejeté comme base du dogme, car c’était lui qui avait autorisé l’introduction de toutes les hérésies répudiées par le réformateur.

Le wahhûbitisme trouva des. prosélytes hors de l’Arabie, dans les provinces musulmanes du nord-ouest de l’Inde. Le

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