‹ Histoire des ArabesChapitre 39 sur 57 · LE MAHDI · texte numérisé non relu

LE MAHDI

mais elles sont naturellement vagues ; cette heure doit arriver à l'improviste, on la donne même parfois comme très proche ( Qor ., LIV, 1) en souvenir de l’Apocalypse. Des traditions du Prophète semblent montrer que la venue de l’heure ne dépasserait pas la génération présente.

On est d’accord que la fin des temps sera marquée par de terribles calamités; toutefois on n’est pas sûr de l’ordre dans lequel elles se produiront. Un auteur du quatrième siècle de l’hégire (dixième de l’ère chrétienne), Motahhar ben Tâhir el-Maqdisi, originaire de Jérusalem mais qui écrivait à Bost dans le Sidjistân, nous a laissé sur ce sujet des renseignements utilisés plus tard par Ibn-el-Wardi, qui attribuait l’ouvrage d’où ils sont extraits, le Kitâb el-bècl' wattârikh « Livre de la création et de l’histoire », à Abou Zéïd Ahmed ben Sahl el-Balkhi, le géographe. D’après les autorités citées par lui, la dernière heure ne devait pas venir avant que les Musulmans n’aient combattu les Turcs, « peuple qui a un visage semblable à un bouclier doublé de cuir, avec de petits yeux et un nez aplati » ; certains disaient que cela signifiait que la fin du pouvoir des Hàchémites, c’est-à-dire des khalifes 'abbassides, aurait lieu par les mains des Turcs; coïncidence bizarre, cette prophétie, dont la dernière rédaction est de l’an 355 de l’hégire, s’est réalisée trois cents ans plus tard par la conquête mongole; car les soldats de Tchingiz-khan appartenaient en grande partie aux peuplades turques de l’Asie centrale. Déjà à cette époque, on prétendait que l’événement prédit avait eu lieu, et on l’expliquait par la prise de Bagdad par les Bouides.

La lutte contre les Turcs devait être suivie par un bruit souterrain en ramadan, par le soulèvement du Hâchémite dans le Khorasan avec le drapeau noir (prophétie qui ne peut remonter plus haut que la prédication 'abbasside, et qu’on expliquait déjà ainsi à Bagdad), par la révolte du Sofyanide, c’est-à-dire d’un Oméyyade descendant d’Abou- Sofyan, et enfin par l’apparition du Mahdi, antérieure à celle de F Antéchrist (Dedjdjâl, le Messie menteur), de Jésus, de la Bête terrestre, de Gog et Magog, aux appels de trompette, au rassemblement des créatures, au changement de

la terre et au reploiement du ciel, ces deux derniers phénomènes précédant immédiatement le jour de la résurrection.

« Le monde ne disparaîtra pas avant que mon peuple ne soit dirigé par un homme de ma famille dont le nom s’accordera avec le mien », dit une tradition attribuée au Prophète; c’est admettre que le Mahdî portera le nom de Mohammed. Son règne sera celui de la justice; il fera disparaître l’oppression parmi les habitants de la terre, il éta blira l’égalité entre le faible et le fort, il fera pénétrer l’islamisme jusqu’aux confins de la terre, et il ne restera personne qui ne se convertisse à la vraie religion ou ne paye une rançon.

Il semble tout d’abord, d’après une tradition d’Anas rapportée par el-Hasan el-Baçri, que l’école de Médine considérait le Mah^y, comme étant un surnom donné à Jésus, qui doit descendre du ciel à la fin des temps pour faire régner la justice; mais bientôt il fut entendu que ce devait être un personnage différent, précédant la venue de Jésus.

Il se pourrait fort bien que l’apparition du Mahdî, dont le nom n’est pas prononcé dans le Qorân, soit tout simplement le retour de Mahomet lui-même : c’est la thèse exposée récemment par M. P. Casanova. Il avait dit : « Il n’y aura pas de prophète après moi », et il est bien certain qu’on le considère comme le dernier de la série des prophètes. Aucun autre prophète ne devant venir après lui, celui de la fin des temps ne saurait être que lui-même, et voilà pourquoi le Mahdî doit porter le même nom que lui. Son apparition serait, en réalité, une réincarnation du Prophète ( raclj'a ). Cependant, quand le poète Hassan ben Thâbit appelle le prophète Mcihcli dans son oraison funèbre, il n’a en vue que son caractère d’homme bien dirigé.

Pour des esprits religieux, attentifs à épier les prodromes de la fin du monde, tout individu réunissant les qualités énumérées ci-dessus fut appelé Mahdî par ses sectateurs. Les uns ont attribué ce titre à 'Ali, fils d’Abou-Tâlib ; d’autres ont prétendu que ce personnage était certainement le troisième khalife 'abbasside, el-Mahdi, dont le nom était justement Mohammed; ou encore le khalife oméyyade 'Omar II

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