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nir sa cause. Dans ce milieu éminemment favorable, de nombreux individus ne manquèrent pas de se déclarer Mahdis; cela leur coûta généralement la vie, l’autorité qui disposait des destinées du Maroc n’hésitant pas à supprimer des agitateurs dangereux qui se permettaient de devancer l’heure inconnue atout le monde, sauf à Dieu. Sous le règne de Yoùsouf ben Ya'qoûb, de la dynastie des Mérinides, au commencement du huitième siècle de l’hégire, un mystique connu sous le surnom de Touïzéri, c’est-à-dire « le petit habitant de Touzer en Tunisie », parut au couvent fortifié de Massa, souleva les populations en majorité Çanhâdja, et fut sans tarder assassiné par les chefs des Maçmoûda. Il en fut de môme d’un certain el-'Abbâs que l’on voit appeler à la révolte les Ghomâra du Rif, entre 690 et 700 (1291-1300), s’emparer de Yelez de Gomera, et être assassiné pendant sa marche sur Alhucema. Au Sénégal, en 1828, Mohammed ben A'mer ben Ahmed se déclare Mahdi; enfermé comme fou dans une cave construite à cet effet, ainsi que c’est l’usage en ces contrées, il s’en échappe douze jours après, prononce un discours devant les noirs assemblés et fait reconnaître sa mission. Les troupes de l’Almamy eurent raison de cet agitateur.
Pendant l’occupation de l’Égypte par les Français, en mai 1799, un Mahdi sortit de la Tripolitaine et entreprit, sans succès, de chasser les infidèles du pays. Il annonçait qu’il était descendu du ciel en plein désert; en réalité il avait débarqué à Derna. Il semait l’or à pleines mains et disait aux Arabes de Barqa qu’il le recevait du ciel. Son corps étant soi-disant immatériel, quoique visible et tangible, il n’avait pas besoin de manger pour vivre ; tous les jours, à l’heure de la prière du soir, et en présence de ses adhérents, il trempait ses doigts dans une jatte de lait et se les passait sur les lèvres, disant que c’était là toute sa nourriture. En jetant un peu de poussière contre les canons français, il empêchait la poudre de s’enflammer; les balles des fusils tombaient sur le sol sans atteindre ses partisans. Entouré de trois à quatre mille fanatiques, il surprit la ville de Damanhour, insuffisamment défendue par soixante
marins, qui se battirent bravement dans une mosquée et y furent étouffés par l’incendie. Le général Lefebvre, chef de brigade, marche contre ces sectaires à la tête de quatre cents hommes; assailli par une nuée d’Arabes, le chef fait former le carré à son petit bataillon, et les fanatiques viennent sans succès s’écraser contre la muraille vivante, qu’ils ne peuvent entamer. Le combat dura toute une journée. Quand on montra au Mahdi les morts et les blessés, il répondit qu’il n’y avait d’invulnérables que ceux qui ont une foi entière. De Damanhour, le Mahdi essaya de s’emparer de Rosette, mais sans succès; au contraire, le général Lanusse prit sa capitale et l’atteignit à la limite de la province. Une balle qu’il reçut dans une rencontre mit fin à sa carrière aventureuse.
La révolte d,eArabî-pacha et l’occupation de l’Egypte par l’Angleterre en 1882 eurent un grand retentissement dans le Soudan égyptien; c’est un peu avant cette époque qu’un nouveau Mahdi fit son apparition dans ces régions. Il se nommait Mohammed Ahmed, il était fils d’'Abdallah et d’Amina, c’est-à-dire que son père et sa mère portaient exactement les mêmes noms que les parents de Mahomet ; or la tradition du Prophète, déjà citée plus haut, qui n’est d’ailleurs rien moins qu’authentique, mais est réputée article de foi par les Musulmans, déclare que le Mahdi portera le même nom que le Prophète et que son père s’appellera comme celui de Mahomet. Le Mahdi du Soudan était de taille moyenne, couleur café au lait clair, barbe noire : il portait sur chaque joue trois cicatrices parallèles, traces de ces entailles appelées méchâli en Afrique et iachrît à la Mecque, que l’on fait aux enfants pour empêcher les humeurs de s’accumuler autour des yeux. Un grain de beauté sur la joue droite passait pour être le « sceau de la prophétie », celui que Mahomet avait entre les deux épaules, sous forme de loupe charnue.
Il avait la vocation : il savait par cœur le Qorân dès l’ûge de douze ans. Ses deux frères aînés, constructeurs de navires sur le Nil Blanc, remplaçant leur père mort, l’envoyèrent étudier auprès de deux professeurs des environs de Khartoum. A vingt-cinq ans, il se retira dans Pile d’Aba, y vécut
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quinze ans dans un trou sous terre, se livrant à des austérités et à des jeunes et déplorant la corruption des hommes. La tribu des Beggàra dominait ces régions : elle le considéra bientôt comme un saint et n’hésita pas à le ‘reconnaître comme Mahdi quand il prit cette qualité, à quarante ans et à l’aube de cette année 1300 de l’hégire, que l’on s’accordait à déclarer l’époque du triomphe de l’islamisme, annonce des derniers jours du monde.
En août 1881 (ramadan 1298), Ra’ouf-pacha, gouverneur du Soudan égyptien, résidant à Khartoum, est informé de l’agitation qui se produit autour du Mahdi ; il envoie une petite troupe de deux cents hommes pour l’arrêter; celle-ci, parvenue au milieu de la nuit à travers mille difficultés, la pluie et la boue, rencontre dans l’ile d’Aba une foule de derviches surexcités : l’un de ceux-ci ayant été tué par un coup de feu tiré du côté des Egyptiens, tous se lèvent, se précipitent sur les soldats et les massacrent jusqu’au dernier.
Le Mahdi se retira avec sa troupe de fanatiques sur le mont Gadir, y soutint de nombreux assauts. Giegler-pacha, d’origine bavaroise, qui commandait par intérim, rassemble à Khartoum les garnisons égyptiennes du Soudan : il est attaqué par cinquante mille insurgés, commandés par les deux frères du Mahdi, qui périrent dans la lutte, mais remportèrent une victoire complète, car il n’échappa, de l’armée égyptienne, que cent vingt hommes. Le Soudan tout entier est en insurrection : le Mahdi entre à El-'Obéïd, le 17 janvier 1883, et en fait sa capitale. Le 5 novembre de la même année, l’armée égyptienne commandée par Hicks-pacha est complètement anéantie. Enfin Gordon-pacha, enfermé dans Khartoum, succombe à son tour et l’armée anglaise de secours arrive trop tard pour sauver le héros (1884).
Les Senousiyya ont eu aussi leur Mahdi; c’estlefils du fondateur de la secte, Mohammed ben 'Ali es-Senoûsi, Algérien de Mostaganem,qui avait épousé une chérîfa, c’est-à-dire une descendante du Prophète par 'Ali et Fatima, et avait donné à son fils le nom d’el-Mahdi. Établi à Djaghboûb, en Cyrénaïque, il refusa de reconnaître le Mahdi du Soudan et le dénonça à l’indignation des Musulmans comme imposteur et menteur.
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