‹ Histoire des ArabesChapitre 8 sur 57 · LES MAMLOUKS CIRCASSIENS · texte numérisé non relu

LES MAMLOUKS CIRCASSIENS

et demi qu’Othmàn régnait. Inâl (El-Mélik el-Achraf) n’avait aucune instruction; il ne savait même pas signer son nom. D’une faiblesse incroyable, il fut le jouet de ses Mamloûks, devenus de plus en plus les maîtres de l’Egypte et à la tyranie desquels rien ne pouvait résister. Les voleurs euxmêmes se costumèrent en Mamloûks pour pouvoir réussir plus aisément leurs entreprises.

Depuis l’expédition de Barsbâï, l’ile de Chypre était vassale de l’Egypte, et lui payait un tribut annuel. Un Fils naturel de Jean II, Jacques, revendiqua pour lui File que son père avait assignée en dot à sa fille Charlotte, mariée d’abord au prince Jean de Portugal, puis à Louis de Savoie. Sur l’avis de son père, Jacques avait embrassé l’état ecclésiastique et se trouvait alors archevêque de Nicosie. Il s’enfuit secrètement en Égypte, fut bien reçu par le sultan, et obtint de lui la promesse de troupes de secours pour l’aidera conquérir Chypre. Cependant Inâl, à la suite d’une ambassade, avait reconnu Charlotte comme reine lorsque les Mamloûks se soulevèrent et l’obligèrent à prendre le parti de Jacques, que l’on savait soutenu par le peuple de File. Nicosie fut occupée sans difficulté (864-1460). C’est pendant le règne d' Inâl qu’une ambassade envoyée par le sultan ottoman Mohammed II vint annoncer officiellement la prise de Constantinople (857-1453); à cette occasion, la ville du Caire fut ornée et décorée pendant plusieurs jours.

Inâl resta sultan pendant huit ans, jusqu’à sa mort (jeudi 15 djoumâda I 865 = 26 février 1461), mais non plus que bien d’autres avant lui, il ne put assurer à son fils Cliihâbeddin Ahmed (el-Mélik el-Mo’ayyad) l’autorité royale pour laquelle il l’avait désigné un peu avant sa mort : au bout de quatre mois, celui-ci fut remplacé par un nouveau sultan, Séïf-eddin Khoch-qadam (el-Mélik ezh-Zhâhir), esclave d’origine grecque qui avait été vendu à un certain Khodja Nâçir-ed-dîn, d’où son surnom d’en-Nâcirî. Il n’avait pas le caractère rude des esclaves turcs et circassiens; néanmoins, poussé par la faction des Mamloûks entre les mains de qui il se trouvait, il n’hésita pas à faire assassiner Djânibeg, auquel pourtant il devait le trône ; il essaya ensuite

d’opposer coterie à coterie, pour pouvoir régner sans luttes intestines; son règne de six ans fut tranquille, sauf vers la fin, où les Bédouins se livrèrent à des déprédations dans le pays, que les Mamlouks continuaient de traiter comme un pays conquis et de soumettre à un pillage continu devenu la règle; il en avait soixante-cinq quand il mourut (samedi ]<) rébî' l 872 = 10 octobre 1467) des suites d’une dysenterie qui l’avait longtemps affaibli.

Ce fut l’émir Abou’n-Naçr Yelbâï (el-Mélik ezh-Zhâliir) qui fut choisi pour le remplacer, choix bien malheureux, car sa faiblesse fut telle qu’il fallut le déposer au bout de cinquantesix jours (7 djoumâda I -- 4 décembre) ; son successeur ne resta guère plus longtemps en place ; Abou-Sa'id Témourboghâ (el-Mélik ezh-Zhâliir) fut remplacé au bout de deux mois (Grédjeb— 31 janvier 1468) par Qâït-bâï, et ce choix fut au moins définitif. Ancien esclave de Djaqmaq et affranchi par lui, Qâït-bâï (el-Mélik el-Achraf) était un soldat de grande valeur à qui il était réservé de se mesurer avec le pouvoir grandissant de l’empire ottoman.

Mohammed II, sultan de Constantinople, qui venait d’enlever aux Grecs leur capitale pour la faire sienne, accomplissant ainsi la promesse donnée aux croyants par le Qoran, avait résolu d’envahir la Syrie (884-1480) à la suite de ses luttes contre les princes de la dynastie des Dhou’l-Qadriyya, qui occupaient la région d’Abolostin et de Mar'ach, lorsque la mort vint l’empêcher de suivre le plan arrêté ; la lutte entre ses fils Bajazet II et Djem (Zizirn) détourna de la Syrie les projets des sultans. Qâït-bâï avait donné l’hospitalité au prince Djem fugitif, avant sa seconde entreprise en Asie Mineure ; convaincu que Bajazet se vengerait du secours prêté à son frère, le sultan d’Égypte prit les devants et ouvrit les hostilités en pillant la caravane de la Mecque et en enlevant aux Turcs les villes de Tarsoûs et d’Adana.

Défaites dans la première rencontre sous les murs de Malatia, les troupes égyptiennes s’arrêtèrent dans les montagnes où elles surprirent les troupes ottomanes et les massacrèrent. L’émir Ezbèk, qui avait chassé les Turcs de Tarsoùs et d’Adana, et défait l'armée commandée par Ya'qoùb-

Page 1