‹ Histoire des Arabes et des Mores d'Espagne, traitant de la constitution du peuple arabe-espagnol, de sa civilisation, de ses mœeurs et de son influence sur la civilisation moderne (volume 3)Chapitre 45 sur 63 · ÉTABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS SCIENTIFIQUES

CJolUga. — Une foule d'établissements publics concouraient à entretenir, à développer le goût et les pro^ grès de la nation. Mous avons eu déjà l'occasion de dire que le premier soin des Arabes, lorsqu' ils avaient conquis ou fondé une ville, était d'y élever une mosquée et une école (nmdrézak), deux choses inséparables pour eux. Comme, dans ces écoles, les élèves n'étaient pas seu* lement enseignés, mais logés et nourris, ce sont les Arabes qui donnèrent à l'Europe le modèle des collèges, c'est-à-dire dQS institutions où les jeunes gens, rassem-

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blés sous l'enseignement de plusieurs maîtres, se livrent à r étude de toutes les siences. Le grand collège du Caire, fondé par Saladin (Salah-eddyn) était si vaste, qu'au dire de Léon l'Africain, il servit, dans une émeute, de forteresse à toute l'armée des rebelles. Le rabbin voyageur Benjamin de Tudela (mort en 1173) rapporte dans son Itinéraire qu'il trouva à Alexandrie vingt grandes écoles où affluaient de toutes parts, comme au temps des Ptolemées, les amis de la phUosophie. Dans l'Espagne musulmane, toutes les villes avaient leur collège; quelquesunes, plusieurs. Gordoue en comptait d'autres que la Madrézah de la mosquée, où le khalyfe entretenait trois cents orphelins, par exemple, celui qui se nommait Daral'Ikma, Domus sapientÙB; et Grenade eut plus tard, outre le collège royal, celui nommé du Fils dAzrah. Il est même fait mention du collège deCallosa, qui n'est qu'un petit bourg du pays de Valence. Al-Hakem II en fonda plusieurs, au dire d'Abou-Bekr dans son Histoire des Ihommes illustres ('), et un grand nombre de savants arabes, dont l'histoire rapporte fidèlement la naissance et la mort, les aventures et les œuvres, sont cités pour avoir rempli les places de professeurs ou de directeurs des collèges. L'un d'eux, Assaï, a raconté dans un livre considérable l'histoire de tous les collèges de l'islam (^). Si j'ai dit que les Arabesont donné à l'Europe le modèle de ces institutions, ce n'est point seulement parce qu'en cela, comme en tant d'autres choses, ils ont été nos devanciers, mais encore parce que le premier collège établi parmi nous, celui de Saint-Clément à Bologne en

(1) Complura coUegia studiorum.., j> (Trad. de Casiri.) p) lyHerbelot, au mot Madrassah.

Italie, doit sa fondation à un Espagnol, le cardinal Albornoz (ministre et général d'Alphonse XI, né à Guenca en 1300, mort à Yiterbe, en 1367), qui en avait pris l'idée parmi les Mores de Grenade (*].

Observatoires. — Les premiers observatoires astronomiques furent également élevés par les Arabes. Le khalyfe Al-Mamoun en fit construire un dans son propre palais à Bagdad, et la haute tour de la Giralda, qui sert actuellement de clocher à la cathédrale de Séville, était l'observatoire de cette cité. Le nouvel usage qui lui fut attribué par saint Ferdinand a conservé jusqu'à nous cette magnifique fondation de l'astronome Houhamad- Djeber.

Académies. — Les académies modernes doivent encore la naissance aux Arabes. On a fait honneur de leur invention à l'Italien Giacomo AUegretti, de Forli, qui, dans le XIV* siècle, fonda l'académie deRimini. Mais, bien avant cette époque, les Arabes avaient une quantité de ces corps savants qui se livraient à des travaux communs, et dont les membres se renouvelaient par élection . En Orient, les académies de Basrah (Bassora), de Roufa; en Espagne, celles de Gordoue, de Séville, de Tolède, de Valence, de Grenade, luttèrent par le mérite et la célébrité. Elles étaient de plusieurs sortes, et ne s'occupaient pasmoins des sciences que des belles-lettres.

(1) « C'est probablement des universités moresques que Ton a tiré nos anciens règlements académiques. On trouve dans Middeldorph (Comment iatio de iruHtuHs lUterariis m Hispania, p. 11-54.) une description trèsintéressante des universités arabo-espagnoles de Gordoue, de Grenade, de Tolède, de Séville, de Murcie, etc. L'instruction publique y était partagée en deux classes ; les grades s'obtenaient au moyen de thèses. » (Libri, Histoire des sciences mathématiques en JtaUe, discours préliminaire, p. 136, note 1.)

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a En 06 tempi^li (sous Abdérame III), il y avait de nom* breuses oonférences d'érudits chee le kady Aben-Zarb, auxquelles assistaient beaucoup de savants de la ville ^ les gens de la plus haute noblesse. Chez le wasir Izahben-Ishak, et chez Schalaf-ben-Abàsal-Zaraoujr, oéiàbres tous deux par leur savoir en toute science, et surfont par leurs doctes ouvrages de médecine, les conférences se composaient d'hommes adonnés aux sciences physiques, à lastronomie, aux calculs. Us étaient tous deux médecins du khalyfe, et leurs maisons étaient ouvertes de jour et de nuit.,. » (J.Conde, parte II, cap. 81.) H est fait mention d'une académie d'histoire fondée & Xativa par Mohammed-Abou-Amer, connu sous le nom d'Al-Monkarral, et d'une académie d'iltoraniites, fondée à Gordouepar Al-Easem-ben-al-Raby. Parmi les sentences d'Aly-ben-Âbou-Thaleby qui sont chez les musulmans comme les proverbes de Salomon furent chez les jui&, se trouve celle-ci : « L'académie des savants est un des prés du paradis. » Un jour, le roi de Grenade Mouhamad IV (1328), après quelques succès contre les chrétiens, recevait les louanges des savants de sa cour, qui vantaient à l'envi son mérite militaire : <( Pourquoi tant d'éloges? leur dit-il. Il semble que vous ayez trouvé le roi de la sagesse, comme c'était jadis la coutume dans les académies de Gordoue et de Séville. » (J. Coude, parte /F, cap. 19.j Cette réponse peut faire supposer que les académies arabes se choisissaient un chef, un prési* dent, qu'elles appelaient le Roi de la $age$$e (ou do la science, iapientùe).

Bibliothèques. — Nous avons vu précédemment que les kbalyfes omméyades d'Espagne entretenaient dans tous

les lieux où se parluit la langqe arab^ (les enyojfb dont Tunique charge était de leur transmettre les ouvrages importants qup les écrivains étrangers mettaient an jour. D'nne autre part, il était d'usage, pour les savi^n^ arabes, de faire d^^s voyages littéraires et scientifiques, comme par observance d'une sorte de pèlerinage ('). Il n'est pas de biographie d'un (lomme illustre par les travaux de l'esprit où l'on ne rapporte quelque voyage de cette espèce, en Espagne, s'il est d'Asie, en Asie, s'il est d'Espagne, et toujours par les côtes d'Afrique. Cette double coutume ne pouvait manquer d'accroître le noml)re infini d'ouvrages que produisaient des études si gé* nérales et si variées. Toutes ces richesses, propres ou d'emprunt, étaient recueillies avec soin, pour l'enseignement et le plaisir de la nation, dans les KiUdf'Kiina, ou Jrikors des Livres. L'Espagne arabe seule renfermait soixante-dix bibliothèques publiques. Il n'eût pas été possible d'en trouver autant dans le reste du monde, même longtemps après que Niccolo Niccoli, au xv^ siècle, eut donné & Cosme de Mjédicis l'idée de fonder un semblable institut littéraire. Voici ce que les historiens racontent de celle du palais Mérouân, k Cordoue, sous lekhalyfe Al-Ha|^em II : « Sa bibliothèque était arrangée par ordre de sciences et de connaissances humaines. Toutes les salles et toutes les armoires portaient d'élégantes inscriptions, pour indiquer les livres qu'elles

(i) Hujusmodi itm^raria m nostrit bibUothecis arabici$ frequentistime oc^ ctfiTunl. Mos enim erat per ea tempora doctit hispanit soUmnistinms m varxas scilicet orbis plaças excurrere, viros Utteratos visendi consulendique gratid ; mde eorwn seripta eum academiis hitpanU commumeare (CAsiri, Bibl, Bisp. Ar. Eic Umà U, p. 151).

contenaient, les sciences et les arts dont il était traité. Dans les catalogues étaient notés les ouvrages, les noms de leurs auteurs, leur famille et patrie, l'année de leur naissance et de leur mort, tout cela avec beaucoup de critique et d'exactitude.... Aben-Hay&n dit que les catalogues de cette bibliothèque Hérouânia, appelée ainsi parce qu'elle était dans le palais Mérouân, formaient quarante-quatre volumes, chacun de cinquante feuilles, seulement avec les noms des auteurs et des recueils. Suivant Télyd-al-Féty, le catalogue général ne fut terminé qu'au temps du khalyfe Hescham, fils d'Al-Hakem.... Il avait remis la direction de sa bibliothèque i son frère Àbd-al-Azyz, à cause du goût de ce prince pour les belles-lettres et la poésie, et son frère Al-Mondhyr était spécialement chargé du soin des savants et des académies... y> (5. Gonde, parte 11, cap. 88.) Ainsi, le seul catalogue de cette bibliothèque, dont la direction était confiée au propre frère du khalyfe, comme un honneur et une récompense, comme le premier poste de l'empire, formait quarante-quatre volumes de cinquante feuilles. On évaluait à six cent mille le nombre de ses volumes manuscrits. Quatre cents ans plus tard, après tous les efforts de Charles le Sage, la Bibliothèque royale de France se composait d'environ neuf cents volumes, dont les deux tiers étaient des livres de théologie. (Dulaure, Histoire de Paris.)

Tous ces trésors accumulés, toutes ces œuvres enfantées, de l'Euphrate au Nil et du Nil au Tage, par l'intelligence des Arabes, ont péri avec leur puissance. La nation des Al-Mamoun et des Âl-Mansoûr a disparu de la terre, sans laisser, pour ainsi dire, de vestiges. Des frag-

ments d'édifices et des lambeaux d'écrits, yoilà tout ce qui nous reste d'elle. Un fanatisme ayeugle, stupide, a ▼ouludétruire jusqu'à la mémoire d'un peuple contre lequel s'étaient élevées la haine nationale et la haine religieuse. Pouvons-nous croire, aujourd'hui, qu'après la prise de Grenade par les rois catholiques, en 1492, on brûla en grande pompe une telle foule de livres arabes, apportés de tous les points de l'Espagne pour ces déplorables autos-de-fe^ que les historiens contemporains portent le nombre des volumes dévorés par les flammes & plus d'un million? (J. Gonde, Prôlogo.) Il suffisait qu'un manuscrit contint des caractères arabes pour qu'on lui donnât, sans plus de vérification, le nom diAlcoran, et que ce nom maudit le fit aussitôt condamner au feu. Les plus puissants et les plus doctes imitaient la tourbe ignorante des fanatiques, et Fléchier, dans la Vie de Ximenez^ rapporte comme une prouesse de son héros qu'en 1500, dans une cérémonie publique à Grenade, Tarchevêque de Tolède brûla de sa main plus de cinq mille Korans ou livres arabes, oc sans épargner ni enluminures, ni reliures de grand prix, ni ornements d'or et d'argent. » Quel zèle et quelle grandeur d'âme I Et il brûla de la sorte plus de quatre- vingt mille volumes arabes (').

(^) a De orden del cardenal Cisneros se abrazaron mas de ochenta mil « volùmenes como si no tavieran mas libres que sa Alcoran. » (Aledrès, Descripcion de Espana, Prol. p. 4.)

Le pea de livres que les Mores porent soustraire h la destmction fbrent envoyés par eux en Afrique. Léon TÀfricain raconte que son hôte â Alger avait rapporté de Grenade, lui seul, plus de trois mille volumes. Mais dans le sac de Tunis , par l'armée de Charles-Quint, en 1530 , tous les livres arabes furent impitoyablement brûlés. Une circonstance heureuse faillit dédommager en partie de ces pertes irréparables. On prit-, sous Philippe TIF,

11$ msToms DES arabes

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