Voy. l’appendice, n
prosélytes. Obligé de traiter avec autant d’affection ceux qui avaient embrassé sa cause par intérêt que ceux qui l’avaient fait par dévouement, mis en demeure par des questions insidieuses de prouver la vérité de sa mission, toujours en vue, il lui fallait satisfaire tout le monde sans oublier un instant son rôle. A tous moments on venait lui demander conseil, et j il devait avoir sans cesse sur les lèvres des versets de son livre divin pour indiquer les règles de conduite qu’imposait 1 la nouvelle religion. Tous ses actes étaient contrôlés. Sa vie publique, commentée par tous, ne devait laisser percer aucune contradiction ; une seule aurait suffi pour détourner à I jamais ceux qui, frappés de son assurance, hésitaient encore J à voir en lui un être supérieur au reste des hommes. Sa vie privée n’était un secret pour personne, et ses faiblesses £ étaient aussitôt dévoilées. Et comme si cette tâche n’était pas suffisante, il avait encore à s’occuper de la direction de ses plus zélés disciples, Ali, Zeid, Abou-Bekre, Omar, Oth- 1 man; tous prenant leurs inspirations dans la société intime du prophète , devaient montrer à l’univers le type des vrais 1 musulmans.
lies hostilités commencent entre Mahomet et les Coréischites ;
rivalité commerciale de Médine et de la Mecque; combat
de Beder (634).
Un an s’écoula au milieu de ces épreuves; ce temps passé, j* Mahomet comprit que sa doctrine périrait, s’il laissait se consumer dans l’inaction l’ardeur de ceux qui s’étaient attachés à sa cause. La guerre était le meilleur moyen de nourrir le fanatisme qu’il avait allumé ; elle devait attirer sur lui l’attention dont il avait besoin; enfin ses succès militaires étaient la seule preuve miraculeuse qu’il pût offrir de la protection divine dont il se disait l’objet. Il s’y ré-ft solut donc, et elle devint son plus grand moyen de propagation. Jusque-là il avait exigé des nouveaux convertis une formule de serment toute pacifique; on jurait de n’adorer qu’un seul dieu, de ne point dérober, de ne point tuer ses enfants, de ne pas commettre d’adultère, de s’abstenir de propos calomnieux et d’être docile à tout ce que le prophète ordonnerait de juste; il y ajouta l’engagement de
MAHOMET
combattre ses ennemis. II avait à venger les injures qu’il avait souffertes pendant son séjour à la Mecque, et à demander compte aux Coréischites de l’exil auquel ils l’avaient condamné. De plus, la rivalité commerciale de Médine et de a Mecque pouvait être très-habilement exploitée. Après avoir dicté une charte qui réglait les rapports des musulmans entre eux, qui assurait aux juifs la liberté de religion et la paisible jouissance de leurs biens, en les assujettissant toutefois à payer une partie des frais de la guerre, il se mit en campagne avec son oncle Hamza et fit plusieurs courses infructueuses; Abdallah, fils de Djahch, ayant pillé une caravane pendant le mois sacré de redjeb , fut blâmé par le prophète (S. II, 214). Les Coréischites ne négligeaient aucune occasion de critiquer les musulmans ; leurs poètes ne cessaient de les attaquer dans des satires d’une violence extrême; trois Khazradjites, Hassan fils de Thabit, Cab fils de Malek, et Abdallah fils de Rowaha, furent chargés de leur répondre; mais cette guerre de plume ne faisait qu’irriter les esprits. Mahomet préparait une nouvelle expédition ; avant de l’entreprendre, il régla le jeûne du ramadhan, la dîme aumônière, zecat; la kéblah ou direction des oratoires musulmans vers le temple de la Mecque et Yedhan, formule d’annonce pour les heures de la prière; puis, ayant su que les Coréischites ramenaient de Syrie mille chameaux chargés de marchandises précieuses, il partit avec trois cent quatorze hommes pour les attaquer; cette petite troupe se composait de trois cavaliers et de trois cent onze fantassins. Abou-Sophian, fils de Harb, était à la tête de la caravane ; instruit de la marche de ses ennemis, il parvint à les éviter; il avait demandé du secours à la Mecque ; mille Coréischites commandés par Abou-Djah, s’étaient dirigés vers la vallée de Beder; les musulmans les y avaient devancés; Abou-Djah apprend d’un message d’ Abou-Sophian que la caravane est sauvée ; au lieu de rebrousser chemin, il se croit sûr de la victoire , engage le combat et perd la vie dans une action dont le fugitif de la Mecque recueille toute la gloire. Placé avec Abou-Bekre sur un trône de bois construit à la hâte et hors de la portée des javelines, Mahomet animait les siens
par ses discours. Trois Coréischites étant sortis des rangs provoquent les partisans du prophète ; Hamza, Ali et Obeidah répondent à ce défi et sont vainqueurs. L’engagement devient général; tout à coup Mahomet voit ses partisans faiblir ; il s’élance à cheval, et jetant dans les airs une poignée de sable : « Que la face de nos ennemis, s’écrie-t-il, soit couverte de confusion. » Ses troupes, animées d’une nouvelle ardeur, reprennent l’offensive et la bataille est. gagnée. Rien n’est décisif dans les guerres de religion comme un premier succès, tant les hommes sont disposés à confondre le droit et lajorce. Le combat de Beder fit plus pour l’islamisme que les plus éloquentes prédications; les croyants furent affermis dans leur foi; ceux qui hésitaient se prononcèrent; les incrédules furent ébranlés.
lies Coréischites sont vainqueurs sur le mont Oliud: Mahomet tire, vengeance des tribus juives $ guerre du fossé ou des nations (G3G-G39),
L’année suivante, Mahomet réussit à mettre sur pied mille soldats ; ce n’était pas encore assez pour égaler les Coréischites qui venaient avec trois mille hommes ravager les environs de Médine ; néanmoins il pouvait espérer un nouveau triomphe grâce à l’enthousiasme qu’il avait su inspirer à ses prosélytes; il avait répondu à une incursion d’Abou-Sophian par le pillage d’une riche caravane dans le Nedjed; au combat d’Ohud il ne fut pas aussi heureux : une défection des Mounaficoun (les hypocrites ) et la désobéissance d’un corps de cinquante archers qui se débandèrent pour courir au butin avant d’avoir assuré la victoire, lui firent courir les plus grands dangers ; il n’échappa à une mort certaine qu’en payant de sa personne; frappé au visage , couvert de sang , il parvint avec peine à se réfugier dans un défilé du mont Ohud ; Ali, qui s’était signalé au commencement de la bataille par un exploit chevaleresque, Abou-Bekre et Omar étaient blessés; Hamza avait perdu la vie. Les femmes des Coréischites qui avaient suivi leurs époux et qui excitaient par des cris de guerre leur fureur belliqueuse , se livrèrent à des atrocités sans exemple sur les cadavres qui jonchaient le champ de bataille.
MAHOMET
Dans cette journée Abou-Sophian commandait les idolâres ; mais c’était Khaled, fds de Walid, qui avait habilement )rofité de la fausse manœuvre des archers pour reprendre 'avantage ; les circonstances qui avaient amené la défaite de Mahomet, lui permirent de la faire considérer comme le uste châtiment d’une infraction à ses ordres; rentré à Méline , il réunit autour de lui tous les hommes qui avaient )ris part à l’action et s’avança à leur tête jusqu’à Hamra-el içad, pour montrer que l’échec d’Ohud n’avait pas abattu on courage.
Le résultat de la victoire des Coréischites fut de donner i la guerre un caractère de plus en plus sanguinaire. Après îeder , Mahomet avait rendu la liberté aux prisonniers ; leux hommes dont il avait reçu les plus sanglants outrages, vaient seuls été mis à mort; à la suite du combat d’Ohud , es musulmans résolurent de ne plus faire de quartier aux dolâtres, et les meurtres isolés se multiplièrent ; tantôt des nvovés du prophète étaient massacrés ou condamnés à l’affreux supplices ; tantôt des Coréischites payaient de leur ie les crimes de leurs alliés. Cependant Mahomet évitait de ecommencer les hostilités avec les habitants de la Mecque t cherchait d’un autre côté des triomphes plus faciles ; les uifs n’avaient pas montré des dispositions favorables à son gard : ils prétendaient que le nouveau culte n’avait rien le particulier, que le dieu de l’islamisme n’était autre [ue leur Jéhovah défiguré; leur contenance équivoque atestait un mauvais vouloir et une inimitié cachée. Déjà lahomet avait attaqué les Caïnoca et après les avoir réduits t dépouillés de leurs richesses, il lés avait bannis du terrioire de Médine ; le même sort atteignit la tribu des Nadhiites dont les biens furent distribués aux émigrés de la ïecque, sur la demande des Ansars eux-mêmes; effrayés e ces deux exemples et des meurtres commis par des muulmans fanatiques qui allaient frapper au milieu de leurs imilles les adversaires déclarés du prophète, les autres trius juives se coalisèrent pour résister à un ennemi qui voulit les détruire toutes séparément ; elles obtinrent sans eine le concours des Coréischites et des Ghatafan qui
voyaient avec inquiétude les musulmans pousser leurs excursions dans le Nedjed , aux environs de Beder et jusqu’à Daumat-Djandal. Mahomet avait fait creuser un large fossé au-devant de Médine , et lorsque les alliés voulurent forcer le passage , leurs efforts furent inutiles. Le temps ne tarda pas à dissoudre la confédération à laquelle s’étaient joints les Coraizha ; la division fut adroitement semée entre les chefs, et à la suite de quelques escarmouches signalées par de nouveaux faits d’armes du courageux Ali , le siège fut levé. Mahomet reprit alors l’offensive et parvint à écraser successivement ceux qui, réunis, auraient pu anéantir sa puissance. Il vainquit d’abord les Caïnoca qui furent , dit-on , égorgés au nombre de sept cents et fit ensuite diverses expéditions contre les Corzha, les Lahyan et les Mostalik, tandis que ses lieutenants châtiaient d’autres tribus ennemies.
IMahoniet marche sur Modaabia; serment de l’acacia; trêve
de dix ans (62§) ; guerre de ithaiSsar ; puissance de maho-
inet; ses ambassades.
Mahomet s’avança en 628 jusqu’à Hodaïbia sous prétexte d’accomplir le pèlerinage de la Kaaba consacré par le Coran, mais en réalité avec l’intention secrète de former à la Mecque des relationsquipussentlui enouvrir l’entrée. Il reconnutbientôt que l’entreprise était prématurée et il se contenta après un nouveau serment defîdélité que ses partisanslui prêtèrent sous un acacia, de signer une trêve de dix ans avec les Coréischites en se réservant le droit de visiter le temple Tannée suivante.;
De retour à Médine, il envoya des ambassadeurs aux souverains étrangers pour les convertir à l’islamisme et marcha contre les juifs de Khaïbar, qui, maîtres d’une position formidable à cinq lieues de la ville du prophète , attiraienl à eux la plus grande partie du commerce de THedjaz et du Nedjed; la valeur irrésistible d’Àli renversa tous les obstacles et l’occupation des châteaux fortifiés où se trouvaien1 entassés leurs trésors, détruisit pour jamais la puissance politique des juifs; la soumission de Fadac, de Wadi’l-Core et de Ïaïma compléta leur ruine; dès ce moment, ils duren reconnaître sinon la mission , du moins la supériorité de Mahomet , qui préleva sur leurs dépouilles l’héritage qu’i
MAHOMET
voulait laisser à sa famille. Un autre résultat de cette expédition fut d’étendre l’islamisme au delà de l’Hedjaz ; un grand nombre de tribus du Nedjed vinrent saluer dans le fils d’ Abdallah le chef de l’Arabie : elles lui donnèrent sur elles-mêmes une autorité absolue et demandèrent à le suivre dans les guerres qu’il lui restait encore à terminer.
Mahomet venait d’échapper au poison qu’une femme de I Khaïbar lui avait fait prendre ; il recevait de tous les mu- I sulmans des marques multipliées d’un dévouement à toute ! épreuve, et réunissait véritablement les attributions royales . et sacerdotales. « J’ai admiré, disait un Coréischite, César \ et Chosroës dans toute la pompe de leur puissance , mais ■! je n’ai jamais vu de souverain vénéré comme l’est Mai homet par ses compagnons. » A la mosquée, le dos contre un palmier, ou dans une chaire sans ornements, le prophète dicte ses lois, et ses paroles excitent l’enthousiasme;
1 il ne néglige aucune occasion d’annoncer la grandeur de sa destinée ; lorsqu’il fait creuser un fossé devant Médine , t( lui-même saisit la pioche et fait jaillir du roc des étincelles. û La première de ces étincelles , s’écrie-t-il , m’apprend la Jt soumission de l’Yémen ; la seconde , la conquête de la Syi rie et de l’Occident, la troisième , la conquête de l’Orient ; ® ceux qui l’entendaient croyaient à ces prédictions que 4 1’ avenir devait justifier. De nouveaux messages furent adres- 4 sés aux rois de la terre. Lorsque Mahomet sut que Chosroës avait déchiré sa lettre: «Qu’ainsi son royaume soit déchiré,» dit-il. Héraclius lui fit une réponse gracieuse ; Mokawkas , gouverneur de l’Égypte et le négusch d’Abyssinie lui envoyèrent des présents ; Badhan, vice-roi de l’Yémen embrassa l’islamisme ; mais Harith , prince ghassanide et Haudha, prince de la tribu chrétienne des Hanifa dans l’Iémamah, repoussèrent les propositions qui leur étaient faites.
Pèlerinage de Mnliomct (6$9) ; bataille de Muta; prise de la Mecque (©3®); guerre de Slonain; siège de Taïef.
Cependant une année s’était écoulée depuis le traité de Hodaïbia. Mahomet, suivi de deux mille musulmans, visita a Kaaba (629), et ce voyage pacifique produisit un grand
effet sur les esprits ; plusieurs conversions importantes eu rent lieu : celles de Khaled et d’Àmrou fils d’El-As, annoncèrent la chute prochaine de l’idolâtrie.
Un chef ghassanide, tributaire d’Héraclius, Chourabhil, ayant mis à mort un envoyé de Mahomet qui se rendait à Bostra , provoque une sanglante collision entre les Arabes et les Grecs. Trois mille hommes, dirigés par Zeid , vont attaquer les armées romaine et assyrienne, près de Muta, au sud de Damas, dans le Balca (l’ancien pays des Moabites). Zeid est tué. Djafar, fils d’Abou-Taleb le remplace ; il a les deux mains coupées, serre l’étendard de l’islamisme entre ses bras mutilés , et meurt couvert de cinquante blessures toutes reçues par devant. Abdallah succombe à son tour; Khaled, plus heureux, repousse l’ennemi et regagne Médine avec les honneurs de la guerre.
La Mecque manquait encore au triomphe de Mahomet; il lui fallait cette ville, le sanctuaire de l’idolâtrie, la capitale de l’Arabie, pour établir solidement son nouveau culte sur les débris de l’ancien. Une occasion se présente; les Mecquois rompent la trêve en attaquant les Khozaa ses alliés : renforcé des tribus bédouines , nouvellement converties, il se dirige vers la Mecque à la tête de dix mille hommes. Cette démonstration en impose à ses ennemis qui ne font aucune résistance au prophète; Abbas et Abou-^ Sophian se rendent sans combat (11 janv. 630).
Le vainqueur marcha aussitôt vers le temple et détruisit toutes les idoles en disant : « La vérité est venue, que le mensonge disparaisse. » Toutes les dignités d’institution païenne furent abolies ; les fonctions du hidjaba et du sicaya furent seules conservées.
L’œuvre n’était pas achevée, quelques tribus dissidentes refusaient même dans l’Hedjaz d’adopter la religion nouvelle; leur soumission devint la grande affaire de Mahomet; j Khaled réduisit les Djadhima ; les Hawazin réussirent à ! rallier tous les mécontents ; la victoire de Honain chèrement achetée , et le combat d’Auhas terminèrent la guerre des idoles. Les Thakifs, alliés des Hawazin, obstinément attachés au culte du dieu Lat, soutinrent avec succès un siège j
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de vingt jours dans la ville de Taïef, et Mahomet espérant que le temps amènerait leur conversion, opéra sa retraite, et après avoir visité de nouveau la Kaaba, rentra à Médine.
La prise de la Mecque, la conversion des Coréischites, la défaite desHawazin, et la destruction des temples consacrés aux idoles avaient porté le dernier coup à l’ancien culte des Arabes; des députations venaient chaque jour annoncer au prophète de nouvelles adhésions à ses doctrines; le poète Caab, qui l’avait attaqué violemment dans ses vers, obtint son pardon par la Cacïdat el Borda (le poème du Manteau), et les Temim, à la suite d’une lutte de gloire , firent profession de foi musulmane.
jËxpédition de Taboue 5 année des ambassades; l'Arabie tout entière reconnaît les lois de ftlabomet*
Cependant un cri de guerre allait encore retentir. Sur la ausse nouvelle que les Romains et les Arabes chrétiens rasemblaient leurs forces sur les frontières de la Syrie, la uerre sainte est prêchée, et tous les musulmans aisés veu- 3nt par le sacrifice de leurs biens contribuer au triomphe e l’islamisme; on réunit dix mille cavaliers, vingt mille intassins , douze mille chameaux ; le prophète, revêtu de a robe verte, monté sur sa mule blanche , part à la tête de ette armée ; mais on ne rencontre d’autre ennemi que les 3nts pestilentiels et les sables du désert, une chaleur accalante et les tourments d’une soif ardente. Mahomet souteait vainement le courage de ses compagnons en leur ditnt : « L’enfer est plus brûlant que les feux de l’été. » rrivé à Taboue, à mi-chemin entre Médine et Damas, il "donne la retraite et se contente de réduire sous ses lois les lies de Djerba, d’Adhroh, d’Aïlath et de Daumat-Djandal. Le reste de l’année (630-631), appelée par les historiens innée des ambassades , est marqué par de nouvelles et ^portantes conversions. Les habitants de Taïef, les Thakifs,
3 chefs hémyarites de l’Yémen et du Mahrah , les princes ; l’Hadramaut, de l’Oman, du Bahreïn et de l’Iémamah, enientdes députés chargés d’offrir à Mahomet leur serment obéissance; quelques tribus retardataires, les Tay dans le
Necljed, les chrétiens de Nadjran, les Nakha, etc., dans l’Yémen, sont réduites parKhaledet Ali, ou font leur soumission.
Soulèvements partiels; mort de Mahomet (633).
L’Arabie était conquise à l’islamisme; les lieutenants de Mahomet, répandus dans les provinces, percevaient les dîmes et maintenaient l’autorité de son nom. Cependant quelques hommes ambitieux devaient bientôt aspirer à l’indépendance : Mosseilamah, habitant de l’Iémamah; Toulaïah, dans le Nedjed; El-Aswad, dans l’Yémen, s’érigèrent en prophètes. Des expéditions bien dirigées devaient anéantir ces tentatives de rébellion ; la mort ne permit pas à Mahomet d’en connaître le résultat.
Plus souffrant depuis quelques mois , il avait résolu au commencement de 632 de couronner son œuvre par un pèlerinage solennel ; deux fois depuis l’hégire, il avait accompli la visite des lieux saints appelée omra, qui pouvait se faire à toutes les époques de l’année ; suivi de cent quatorze mille musulmans, il entreprit le grand pèlerinage el- Haddj , prescrit par le Coran, et fixé d’après l’usage auxpremiers jours de dzoul-hiddjeh ; il fit ensuite au peuple, sur le mont Arafat, une allocution éloquente : « O mon Dieu, dit-il en terminant , ai-je rempli ma mission ? » Mille voix s’élevèrent pour lui répondre : « Oui, tu l’as remplie. » Et il ajouta : « Mon Dieu, entends ce témoignage. >*
De retour à Médine , il vit sa santé décliner de jour en jour; il avait alors soixante-trois ans; il hâta les préparatifs d’une nouvelle expédition en Syrie, et il en confia le commandement à Oucama, fils de Zeid. Il comprit bientôt que sa dernière heure était venue; jusqu’au troisième jour avant sa mort il récita la prière publique : « Est-il quelqu’un, j s’écriait-il en chaire, que j’aie frappé injustement, je me j soumets au fouet des représailles; si j’ai outragé un musul- i man , qu’il me fasse subir la peine du talion ; si je l’ai dé- j pouillé de son bien, qu’il reprenne ce qui lui est dû. » Une femme réclama trois drachmes d’argent qui lui furent payées j sur-le-champ. Mahomet s’affaiblissant de plus en plus, j chargea son beau-père , Abou-Bekre, de faire la prière à sa
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place. Le 8 juin 632, il se rendit à la mosquée et adressa encore aux musulmans de sages conseils. Quelques heures après il expirait entre les bras d’Ayescha.
Telles furent les principales vicissitudes de la vie de cet tomme extraordinaire. L’impulsion qu’il donna par son ^énie aux peuples de l’Orient fut si puissante, qu’après iouze siècles le mouvement dure encore. Certes, tout n’est pas à louer dans l’œuvre immense qu’il avait entreprise; mais quand on songe aux obstacles de tout genre qu’il devait rencontrer, aux profondes racines que les pratiques aarbares de l’idolâtrie avaient jetées au milieu de ses comiatriotes , aux améliorations sans nombre dont le triomphe ut assuré par l’autorité de sa parole , on ne peut se défen- Ire d’un sentiment d’admiration en présence des grands •ésultats qui lui sont dus.
La Mosquée de Médine, d’après Niebuhr.